Translate

Affichage des articles dont le libellé est RDCongo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est RDCongo. Afficher tous les articles

mardi 12 novembre 2013

Est de la RD Congo: Ces guerres..."au nom des Tutsis !"

Minova: Des enfants dans un camp spontané pour déplacés internes ayant fui les violences dans le territoire de Masisi. Photo: JMobert.

Par Jean-Mobert N.Senga

1996 : la guerre qui allait emporter le régime trentenaire de Mobutu éclate, quelque part au Sud-Kivu, dans l'est de la République Démocratique du Congo. En première ligne se trouvent les Banyamulenge – ces Tutsis Congolais vivant principalement dans les plateaux de Mulenge au Sud-Kivu et dont la citoyenneté zaïroise était déniée par les caciques du Mouvement populaire de la Révolution, parti-Etat. Ils ont pour principaux alliés, si pas meneurs, d’autres Tutsis – étrangers, ceux-là – les militaires de l’Armée Patriotique Rwandaise venus de l’autre côté de la rivière Ruzizi, chez le minuscule voisin de la RDC, le Rwanda, où ils venaient fraîchement de renverser le régime du Hutu et ami personnel de Mobutu, le général Juvénal Habyarimana.

Deux ans plus tard, presque jour pour jour, alors que la rébellion de l’AFDL dans laquelle les Banyamulenge et d’autres Tutsis Congolais s’étaient tant investis dirige désormais le pays, avec à sa tête Laurent-Désiré Kabila, une autre rébellion éclate : le Rassemblement Congolais pour la Démocratie. Elle fait suite à l’endurcissement de ton – appelons - le comme cela – par Laurent-Désiré Kabila à l’égard de ses parrains Tutsis (Congolais et Rwandais). Soutenu également par le Rwanda, le RCD occupera jusqu’à la moitié du territoire national et durera jusqu’à la transition politique de 2003. Entretemps, le « traître » Laurent-Désiré Kabila – « traître » aux yeux des Tutsis et du Rwanda ayant substantiellement contribué à le faire installer au pouvoir – aura été assassiné dans des circonstances encore troubles à ce jour. Victime de la revanche des Tutsis qui lui en voulaient de les avoir trahis ? C’est l’une des hypothèses plausibles...

En 2003, à la suite d'âpres négociations entre Kinshasa et ses rébellions, un Tutsi (Munyamulenge) occupera le poste de vice-président pour la première fois dans l'histoire du Congo, en la personne d’Azarias Ruberwa Manywa, tandis que de nombreux autres seront déversés dans l’armée, la police, les services des renseignements et l’administration publique. Pour la première fois aussi, en 2006, un Tutsi – le même Azarias Ruberwa – sera candidat à l’élection présidentielle. Pourtant, à peine le « nouveau président » Joseph Kabila élu, d’autres Tutsis tentent une rébellion : Jules Mutebusi et Laurent Nkunda. Ayant échoué au Sud-Kivu, ce dernier émigre au Nord-Kivu où il crée, quelques mois plus tard, le « Congrès National pour la Défense du Peuple » (CNDP). En réalité, c’est un « Congrès pour la défense des Tutsis » qu’il estime marginalisés, forcés à l’exile au Rwanda et dans d’autres pays, et menacés par les rebelles Hutu rwandais installés au Congo depuis 1994. Au fur et à mesure des péripéties, on ira jusqu’à la création, début 2012, de l'actuel « Mouvement du 23 Mars » (M23) qui occupait encore il y a quelques jours une partie importante du Nord-Kivu.

De Azarias Ruberwa, Bizima Karaha, à Bosco Ntaganda, Sultani Makenga, en passant par Laurent Nkunda, les chefs de guerre Tutsis qui mènent les rébellions en République Démocratique du Congo prétendent lutter pour les droits de leurs frères Tutsis : droit à la nationalité, droit à être considérés dans la vie nationale, droit à retourner au pays pour les exilés, etc. Mais la main du régime Tutsi du Rwanda n’est jamais loin de toutes ces intrigues guerrières, si bien que les Tutsis sont de plus en plus indexés – collectivement, hélas ! – comme étant en grande partie à la base des souffrances endurées par les populations congolaises. L’idée qu’il y aurait un plan d’instaurer un empire Tutsi-Hima dans la région, ou encore d’opérer la partition de l’Est de la RDC à leur faveur a fait long feu. Le président Joseph Kabila, accusé à tort ou à raison d’incompétence est lui-même taxé de Tutsi ou de Rwandais. Mais bien sûr l’exacerbation, parmi les autres Congolais, du ressentiment envers les Tutsis n’est pas l’unique conséquence de ces rébellions menées en leur nom. D’une part, outre les millions de morts depuis 1996, des millions de gens ont dû fuir leurs maisons et leurs villages pour s’installer en lieux relativement plus sûrs au pays ou à l’étranger. La perte des biens, l’abandon de l’école pour des millions d’enfants, le viol massif des femmes, …sont autant d’autres conséquences. D’autre part, la situation des Tutsis Congolais ne s’est guère améliorée; bien au contraire. Des milliers d’entre eux vivent en exile depuis des décennies, et les guerres que l’on mène en leur nom sont loin de leur permettre un retour serein, voir un retour tout court.

Bref, comme le résumait si bien dans une interview Enock Ruberangabo, le lucide président de la communauté Banyamulenge de la RDC, les Tutsis Congolais sont « doublement victimes » des guerres chroniques que connaît la République Démocratique du Congo : comme d’autres Congolais, tout d’abord, ils vivent au quotidien les violences, l’exile et la misère ; et comme Tutsis, ils sont désignés comme étant les coupables, marginalisés, exclus, haïs, honnis par les autres communautés. Or, bien peu parmi les Tutsis ordinaires sont ceux qui trouvent leur compte dans cette folie, dont seuls quelques officiers militaires, hommes d’affaires et politiciens connaissent les tenants et les aboutissants. On en dirait autant, d’ailleurs, pour les autres groupes armés soi-disant communautaires (Hunde, Hutu, Lega, Nyanga, Tembo, Shi, etc.), dont seule une poignée de manipulateurs sont toujours bénéficiaires, et qui n’en embrasent pas moins les communautés tribales et ethniques, en les opposant les unes aux autres.

Alors, ces guerres et ces violences valent-elles vraiment la peine ? A qui profite-t-elles réellement ? Rarement à ceux dont elles portent abusivement le nom, qu’ils s’appellent Tutsi, Hunde, Lega, Hutu, Nyanga, Nande ou Tembo. Le jour où la population aura intériorisé cette réalité, personne ne pourra plus se servir de l’instrumentalisation ethnique pour justifier ou essayer de légitimer les violences. Et heureusement que ce jour est entrain de poindre à l’horizon, puisque de plus en plus de gens réalisent combien on est tous perdants dans la guerre ; combien les guerres qui opposent les uns aux autres ont toujours leur manipulateur, au pays ou à l’étranger, qui en tire parti et qui a intérêt à ce qu’elles perdurent.

Article publié initialement sur le site de Christoph Vogel (le 12 novembre 2013) dans le cadre des essais "Amani Itakuya", sur ce lien : http://christophvogel.net/2013/11/12/amani-itakuya-14-est-de-la-rdc-ces-guerresau-nom-des-tutsis/

samedi 14 juillet 2012

RDC : Et s’il y avait du vrai dans les revendications du M23 !


Ce soir, en lisant une interview du représentant du M23 en Europe publiée par le journal Africarabia qu’un ami de Kinshasa a eu l’amabilité de m’envoyer, il m’est subitement venu à l’esprit cette idée que de nombreux congolais trouveront sans doute saugrenue : et si le M23 avait raison de hausser le ton vis-à-vis du Président Kabila et de son régime ? Et si la haine (avouable ou non) que certains ont contre les meneurs de ce mouvement les empêchait carrément de juger de façon objective la situation, ou à tout le moins, de se dire que les revendications qu’ils portent ne sont pas (toutes) forcément incongrues ?

Dans cette interview, le nommé Jean-Paul Epenge égraine les « raisons » qui justifient la naissance du M23, et partant, les objectifs que ce mouvement poursuit. En résumé, il explique que leur but n’est pas de chasser Kabila du pouvoir, ni d’occuper tout ou partie du territoire de la RDC, mais simplement d’amener le gouvernement Congolais à honorer ses engagements contenus dans l’accord passé entre lui et le CNDP le 23 mars 2009. Selon lui, ils voudraient que le gouvernement s’engage résolument à :

-          Mettre fin au phénomène FDLR (forces démocratiques pour la libération du Rwanda) et autres « forces négatives » qui insécurisent l’Est de la RDC ;
-          Assurer le retour des réfugiés congolais établis dans les pays voisins, en assurant un climat favorable à ce retour (il parle ici d’instaurer la « bonne gouvernance » ;
-          Garantir le respect de la constitution, en particulier  en qui concerne l’autonomie des provinces ;
-          Reconnaître les grades des militaires issus du CNDP et assurer le paiement régulier des soldes de tous les militaires ;

Je ne suis pas sûr que ces revendications se trouvent comme tels dans les accords évoqués, et je n’ai jamais été le partisan de l’arrangement qui a consisté à « mixer » ou « brasser » de manière brute les troupes issues de différentes rébellions, encore moins de la distribution absurde de grades à des gens sans aucune formation ni éducation conséquente. Mais hormis cela, je pense que les revendications ayant trait à la sécurisation de l’Est de la RDC, au retour des réfugiés et des déplacés (pas seulement ceux se trouvant au Rwanda, mais tous les réfugiés congolais), ainsi que les exigences de démocratie, d’application de la constitution et de la bonne gouvernance, sont une chose tout à fait légitime.

Je ne suis pas non plus convaincu que ceci soit le vrai ou l’unique agenda du M23, pas plus que je n’adhère guère à ses méthodes, mais je suis persuadé qu’il y a des millions de congolais qui sauteraient volontiers sur la première occasion pour faire entendre raison au Président Kabila, tant son bilan des cinq dernières années – pour ne compter que celles-là – est plus que décevant à bien des égards.

La propagande et les rumeurs vont bon train sur les vraies raisons d’exister de cette rébellion : mise en œuvre du complot international de balkaniser la RDC ; guerre du Rwanda pour annexer le Nord-Kivu ou en vue de garder la main mise sur les ressources du Congo ; distraction orchestrée par Kabila lui-même pour justifier son incapacité à répondre aux attentes des congolais ou s’attirer leur sympathie après une réélection controversée ; … Il y en a de tous les goûts.

Mercredi dernier, à l’appel de la société civile, toutes les villes de l’Est de la RDC ont été paralysées par des marches et des « journées ville morte » pour « protester contre cette nouvelle guerre » et soutenir les efforts qui sont menés en vue d’y mettre fin. Ce qui est bien bon. Cet élan national, cette solidarité du peuple autour d’une question aussi importante que la souveraineté et la sécurité nationales.

Ma satisfaction serait pourtant plus complète si l’on pouvait observer la même dynamique et la même solidarité lorsqu’il s’agit d’autres questions d’une importance similaire (ou presque) comme par exemple :
-          S’opposer à la modification intempestive de la constitution (comme celle de janvier 2011 qui a réduit le scrutin présidentiel à un seul tour au lieu de deux) :
-          Réclamer l’application de la constitution en ce qui concerne la retenue à la source de 40% des recettes des provinces, ou la mise en place du Conseil constitutionnel et de la Cour des comptes, ou encore la tenue des élections locales ;
-          Dénoncer la corruption et exiger la fin de l’impunité et d’autres antivaleurs, …

Balkaniser la RDC : quoi de neuf ?

Brandir l’idée que le M23 procède d’un « complot international » visant à la balkaniser la RDC, c’est tout simplement une idée ridicule à mes yeux. D’abord parce que les autorités de Kinshasa ne font absolument rien pour mettre le peuple dans les conditions minimales qui lui permettent d’apprécier le bien fondée de l’unité tant vantée : l’insécurité est permanente, la pauvreté, l’oppression parfois de la part de ceux qui sont sensés assurer la protection, exclusions, stigmatisation, … Ensuite parce que la sécession du Congo n’est pas une idée que des étrangers : il y a de nombreux peuples (au nord, au sud, à l’est, au centre) qui préféreraient être autonomes, espérant ainsi pouvoir enfin se développer, et l’idée séduit de plus en plus les gens, surtout la jeunesse. Je ne sais pas si c’est aussi le cas des Tutsi, ou plus généralement des populations de langue kinyarwanda. Ce qui est sûr c’est que si c’était le cas, ils ne seraient ni les premiers, ni les seuls à y croire.

Exploiter les ressources naturelles ?

Quant à dire que cette guerre serait justifiée par le souci pour le Rwanda ou des pays tiers de continuer à exploiter les ressources de la RDC, je pense que cela n’a non plus rien de vraiment convainquant. En effet, les richesses de la RDC sont partout exploitées, que ce soit par les congolais ou les étrangers, sans que cette exploitation ne profite à la majorité d’entre nous. Et cela se fait de Moanda à Aru, de Gbadolité à Kolwezi, de Tshikapa à Bukavu… et les prédateurs n’ont nullement besoin de faire la guerre pour exploiter ce dont ils ont besoin. Déjà que personne n’a la capacité de les en empêcher. Ni l’armée ou la police, qui au contraire les convoient ou les alimentent bien souvent ; ni le gouvernement ou le parlement dont les membres s’en partagent les parts ou les miettes à cœur joie ; moins encore la population qui est dupe, ou résignée, ou amorphe, lorsqu’elle n’est pas elle-même exploitée de façon vulgaire.   

En conclusion

Certes cette énième guerre que mène le M23 est de trop : elle rajoute à l’insécurité qui en fait n’a jamais cessé au Nord-Kivu depuis plusieurs décennies ; elle aggrave une situation humanitaire déjà précaire et oblige des centaines de milliers de gens à fuir leurs maisons, leurs champs, sans compter ceux à qui elle prend la vie ; elle ranime des tensions communautaires qui étaient peut-être en passe de s’apaiser ; elle ravive la méfiance, voire la haine à l’égard du Rwanda et des Rwandais ; elle donne de nouveaux prétextes à un pouvoir qui a déjà montré ses limites à répondre aux attentes de la population ;…

Mais peut-être les gens ne voient-ils les choses que d’un côté : celui où le politique ou leurs préjugés les oriente. Il est possible que les revendications officielles de ces hommes – aussi détestables, aussi peu dignes de confiance soient-ils – aient quelque chose de vrai, quelque chose que chaque congolais porte silencieusement en lui.

Si l’on peut souhaiter que cette nouvelle tragédie prenne rapidement fin, je propose que l’on souhaite aussi que le Président Kabila et son gouvernement trouvent dans cette situation une belle occasion de se remettre en cause et de se demander s’ils n’ont pas des choses à améliorer dans leur camp. A commencer par la création d’une vraie armée républicaine, mais aussi au niveau des standards de la démocratie, de la bonne gouvernance et du développement du pays dont ils ont dûment ou indûment la charge. Dans le cas contraire, je suis certain que Makenga ne sera pas le dernier à agiter les armes. Quel reproche fera-t-on au prochain s’il se trouve qu’il n’est pas Tutsi, et s’appelle tout simplement LE PEUPLE ?    

mardi 10 juillet 2012

Goma, comme les esprits se surchauffent ... Manipulation ou exaspération ?

Goma a vécu dans la terreur ce lundi 9 juillet. Et pour cause, des jeunes gens en colère ont pris d'assaut les quartiers généraux de la Huitième région militaire (le siège du commandement militaire du Nord-Kivu), réclamant qu'on leur donne des armes pour qu'ils aillent s'occuper du M23 si les FARDC en sont incapables.

Mais ce n'est pas tout. Ces jeunes se sont attaqués aux ressortissants rwandais et à ceux et celles qui peuvent en avoir l'air, dans les rues, mais aussi au sein des universités et autres écoles de la ville. Pour ce qui ne le saurez pas, de nombreux rwandais traversent chaque jour la frontière pour suivre les cours à Goma où les études coûtent relativement moins cher, et où - c'est peut-être aussi important - les cours sont (encore) dispensés en Français. D'autres y viennent simplement pour affaires, pour y travailler, pour des courses, ou simplement en promenade.

Les révoltés de Goma sont pour la plupart des jeunes motards, badauds et autres incontrôlables. Ils en veulent aux rwandais, en particulier ceux de "morphologie Tutsi" au pretexte que "leur pays agresse encore une fois la RDC". C'est après que ces derniers jours les rebelles du M23 aient fait une progression spéctaculaire dans le territoire de Rutshuru dont la limite australe est située à seulement quelque 30 kilomètres au nord de la capitale provinciale Goma.

Après la prise vendredi de la cité de Bunagana à la frontière congolo-ougandaise ainsi que de la localité de Jomba, les hommes fidèles à Sultano Makenga (ou à Bosco Ntaganda, je n'en sais plus rien) ont pris samedi et dimanche le contrôle de Rutshuru (le chef-lieu du territoire de ce nom), de la cité de Kiwanja (la plus importante agglomération de ce territoire), ainsi que de nombreux autres villages environnants, dont Rumangabo, om se trouve une importante base militaire.

Les FARDC ont pris le large, butins au dos

Hormis Bunagana, Jomba et Rubare où les troupes gouvernementales ont tenté de résister à la déferlante du M23, partout ailleurs il n'y a pas eu de combats, ou presque. Les FARDC ont déserté leurs positions avant l'arrivée des rebelles. Ce qu'ils n'auraient pas oublié dans leur fuite c'est de dépouiller la population de ses biens. Des témoignages concordants font état de pillages à Kiwanja et dans les autres villages le long de la route vers Goma.

Aussi le M23 ne se prive-t-il pas de surfer sur cet élément (quoique repréhensible, cette méconduite de quelques militaires FARDC n'était ni généralisé, ni systématique) pour se faire passer pour une troupe de sauveurs. Déjà ce soir on pouvait entendre sur certains médias des journalistes raconter que dans les contrées conquises la population "se dit soulagée de ce départ des FARDC et réjouie de l'arrivée des hommes du M23". La guerre des nerfs est engagée, et les FARDC ont tout à y perdre, comme sur les autres fronts d'ailleurs...


Chasse aux rwandais ou manipulation ? 

Pendant ce temps, et comme si l'opprobre des FARDC sur le front militaire ne suffisait pas, à Goma c'est un autre front qui s'est ouvert ce lundi contre les ressortissants rwandais vrais ou vraisemblables.

Pour certains, cette chasse ouverte aux "rwandais" est le signe d'une exaspération de la population de Goma qui, non seulement est déçue de son armée, mais aussi anxieuse à l'idée que Goma pourrait être la prochaine cible des mutins.

Pour d'autres, dont le gouverneur de province Julien Paluku, ces jeunes gens "ont été payés" pour s'attaquer aux Tutsi et aux ressortissants rwandais afin de donner à ces derniers (dont les troupes seraient déjà infiltrées dans la ville) une fausse raison d'attaquer la ville de Goma.

Qui dit vrai ? Je vous laisse deviner, si c'est possible.
Quoi qu'il en soit cette chasse à l'homme est une insulte à l'humanité et un sale jeu qui ne peut qu'aggraver une situation déjà assez déletère. La xénophobie a apporté à la RDC et à cette région malheur, larmes, et guerres. Et on croit s'en servir pour calmer une situation ou gagner une guerre? Franchement, c'est du délire...

Si ceux qui font ces actes croient aimer le Congo et le servir, ils se trompent sur toute la ligne. Cela ne peut être que contre productif. Par exemple, ça donne une raison au Rwanda de brandir (encore) son drapeau de victime, et de tourner la situation en sa faveur alors même que l'opinion internationale lui en voulait de soutenir (d'après le rapport des experts onusiens) la rébellion du M23. Ce dernier pourrait aussi s'empresser de prendre la ville pour "sécuriser la communauté Tutsi" menacée. Quoi de plus légitime !

J'espère vivement que ça ne va pas se répéter. Les autorités ont tout intérêt à s'en assurer. Je ne veux pas être prophète sur ce coup-ci ! Quant à la version du gouverneur (qui me semble avoir pris quelques leçons accélérées auprès d'un certain Lambert MENDE), je doute qu'elle soit sérieuse, car à voir la manière dont Rutshuru a été pris en si peu de temps et sans grand péril, l'on peut se demander si le M23 a besoin de se donner un faux prétexte afin d'attaquer Goma. Prions seulement qu'il ne le veuille jamais, car en dehors de ça je ne vois pas de bouclier qui lui fasse peur. L'on peut chanter à longueur des journées et dans toutes les langues que le soutien du Rwanda est la seule explication à cet exploit, cela ne change rien. Ils pourraient avancer inexorablement.

Dans un communiqué publié ce lundi, et dont j'ai vu une copie, le M23 a annoncé qu'il avait décidé de se retirer de toutes les localités qu'il avait conquises ces derniers jours, et de les laisser sous le contrôle de la "Police nationale congolaise" et de la Monusco. En s'addressant aux médias nationaux et internationaux à Bunagana ce même lundi, le leader (officiel) du M23, le colonel Sultani Makenga, a indiqué que cette décisiona avait été prise parce que le M23 n'a pas l'ambition d'occuper le terrain, mais veut simplement convaincre le gouvernement à engager des pourparlers avec lui. Pour Makenga, la PNC et la Monusco sont qualifiées pour assurer la protection des civils et de leurs biens; ses militaires resteront dans leurs quarties de Runyoni et Mbuzi.

Il n' a pourtant pas manqué d'avertir les FARDC que toute tentative de reprendre le contrôle de ces localités donnerait lieu à une réaction "rapide et énergique du M23", allant jussqu'à menacer de poursuivre alors les FARDC aussi loin qu'il le pourra. Ce qui ne trompe pas les analystes avertis sur le jeu de ce Mouvement.

Le territoire de Rutshuru est depuis 2009 sous le contrôle d'éléments de police issus du CNDP. Or, il est désormais évident que le CNDP et le M23 ne sont qu'un. Déjà, le communiqué de presse susévoqué porte sur son entête l'emblème et le nom du CNDP à gauche, et ceux du M34 à droite, quoiqu'il n'est signé que par Sultani Makenga.

Les  FARDC sont-elles à mesure de se ressaisir ?

Rien n'est moins sûr. Lorsque, au début de cette insurrection, l'on a vu des bataillons entiers être déployés depuis Kindu, Ituri, Kisaangani et ailleurs avec comme objectif affiché d' "écraser les mutins", peu de gens étaient prêts à parier que l'on parlerait encore du M23 deux mois plus tard. Pourtant on n'a jamais parlé de lui autant qu'aujourd'hui. L'on ne compte plus le nombre de militaires congolais qui ont fui vers l'Ouganda, et qui y ont été humiliés. Le M23 semble être plus fort que jamais. Il a dit avoir fait d'importantes prises d'armes (ainsi même si un pays étrangers lui en rajoutait d'autres personne ne se doutera de rien). Côté FARDC, l'organisation, l'entretien, la nourriture, la paie, et surtout la discipline se font toujours attendre. Résultat: on a des troupes démoralisées, démotivées, démobilisées. Ce n'est vraiment pas l'état idéal pour affronter un ennemi aussu redoutable qu'imprévisible...

Le gouvernement lui se perd dans des conférences et des diplomaties sans fin. Tel un malade qui, au lieu de prendre sa pilule, court dans tous les sens chercher des exaurcistes. Dieu sait si le ciel (ou l'enfer) l'entendra. Mais espérons ! Déjà que nous ne vivons plus que d'espérer...

mardi 3 juillet 2012

Est de la RDC : Indépendance pan ! pan ! pan !

Samedi 30 juin, alors que la RDC commémorait le cinquante-deuxième anniversaire de son indépendance, les combats faisaient de nouveau rage dans le Nord-Kivu, où les FARDC sont opposées depuis plus de deux mois au Mouvement du 23 mars (M23).

Les belligérants avaient convenu d'une trêve qui a duré une semaine, en vue de permettre la passation de l'examen d'Etat pour les finalistes de l'école secondaire. Ils se rejettent la responsabilité de l'initiative de la reprise des hostilités.

Au même moment, on signale la résurgence d'une coalition "contre-nature" entre les FDLR - les rebelles Hutu rwandais - et l'Union des Patriotes Congolais pour la Paix du chef de guerre La Fontaine, plus au nord de la province dans le territoire de Lubero.

Le gouvernement congolais a accusé le Rwanda de soutenir cette nouvelle alliance en vue de disperser les efforts des FARDC qui étaient concentrés sur le M23, ce que le Rwanda refuse d'admettre tout naturellement. Au contraire, il (le Rwanda) accuse ouvertement le gouvernement congolais de "réactiver sa collaboration" avec les FDLR en vue de les aider à "déstabiliser à nouveau le Rwanda". A son tour le porte-parole du gouvernement congolais a balayé ces allégations du revers de la main, les jugeant insensées. "Les FARDC mènent depuis des années une lutte sans merci contre les rebelles rwandais et toutes les autres forces négatives actives à l'Est de la RDC", a-t-il scandé.

Une alliance entre les FDLR et les rebelles congolais ne serait pas une première, et à mon avis sa réactivation ne serait pas étonnante d'autant plus que l'on se rappelle que la milice congolaise dirigée par La Fontaine s'est formée à l'époque où le CNDP conduit par Laurent Nkunda imposait sa loi dans le Rutshuru, avec pour objectif de servir de forces d'autodéfense pour les populations Hutu de cette contrée. A l'époque déjà, elle avait dû s'allier aux FDLR, car leur ennemi commun était la rébellion du CNDP essentiellement Tutsi, et soutenue par le Rwanda.

Bien plus, les alliances de la même nature sont fréquentes dans le territoire voisin de Masisi, entre par exemple les FDLR et les Nyatura (qui est aussi une milice d'autodéfense essentiellement hutu).

Ce qui est troublant par contre c'est le rapprochement fait entre ces alliances et le soutien désormais avéré du Rwanda au CNDP nouvelle formule - j'entends le M23 - , avec pour hypothèse que le Rwanda essaie par ce moyen de distraire les FDLR de leur principale cible que constitue le M23.

Dieu sait que le Rwanda n'en est pas incapable. Cependant, il faudrait bien plus d'éléments pour adhérer à cette hypothèse. Il n'est pas en effet impossible que les Hutu de Rutshuru essaient de former leur propre défense contre le M23 - qui est, sauf hypocrisie, un mouvement essentiellement Tutsi - et les FDLR seraient dans ce cas leur allié le plus naturel.

Plus inquiétant que ce jeu vrai ou imaginaire d'alliances, c'est la polarisation tribale que risque de recristalliser ce conflit, entre les Hutu, soutenus éventuellement par d'autres groupes tribaux de la contrée d'une part, et les Tutsi d'autre part.  Dans un camp comme dans un autre, il y a des personnes innocentes, qui ne comprennent ni ne savent rien de cette nouvelle guerre. Pourtant ce sont elles les victimes: elles que l'on tue, elles qui fuient, elles qui perdent bétails et champs.

C'est dommage que les politiciens continuent d'opposer les tribus et les ethnies dans des guerres qui ne les concernent pas du tout. Les séquelles de ces oppositions sont bien plus durables que les hostilités militaires, et le Nord-Kivu n'en connaît que trop les ravages.

Si j'avais l'occasion de parler aux uns et aux autres, je leur dirais tout simplement : battez-vous si vous en avez envie. Battez-vous parce que vous savez ce que vous en tirez. Mais tâchez de nous tenir à l'écart de votre bassesse, et de nous utiliser comme vos boucliers. Les Hutu et les Tutsi du Congo et d'ailleurs, tout comme les autres  peuples du Nord-Kivu, ont une seule aspiration commune et profonde : c’est l’aspiration à la paix, à la sécurité, et au bien-être. Et en ce jour mémorable du 30 juin, nous méritions mieux que des crépitements de balles si réellement nos intérêts et notre survie étaient votre préoccupation…



samedi 23 juin 2012

RDC - RWANDA : Le premier pleurniche, le second ricane !

Je ne suis pas prophète. Pourtant, dès l'annonce de la création du M23 au mois d'avril dernier, j'ai écrit plusieurs billets sur ce blog où j'essayais de démontrer que le M23 et le CNDP étaient comme Jésus et Christ. La parade n'a pu tromper que les ignorants sur ce qui se passe dans la sous-région des grands-lacs, ou les naïfs, ou alors les aveugles et les sourds.

Tout le monde se rappelle qu'au commencement, le lien entre ce soi-disant nouveau mouvement et le général Bosco Ntaganda avait été nié, aussi bien par Monsieur Makenga Sultani - le pare-chocs du M23 - que par les officiels politiques du CNDP restés à Goma.

Aujourd'hui, il est établi que l'homme meneur du M23 n'est autre que Bosco Ntaganda. Aujourd'hui, le CNDP a clairement et publiquement annoncé son ralliement au M23 en se retirant des institutions publiques auxquelles il était associé depuis 2009. Aujourd'hui, les principaux leaders du CNDP vivent (en exile?) au Rwanda, ce n'est un secret pour personne.

Et aujourd'hui, les liens entre le Rwanda et le M23/CNDP sont de plus en plus évidents. Il y a quelques semaines, je n'aurais pas fait le pari d'affirmer que le Rwanda soutient le M23, tant on nous faisait croire que le Rwanda était du côté du gouvernement de la RDC et appuyait ses efforts pour rétablir la sécurité et mettre fin à ce qui à l'époque était présenté comme une simple mutinerie. Mais les liens entre d'une part ces mouvements depuis l'AFDL jusqu'au M23, en passant par le RCD, et le Rwanda d'autre part, sont si séculiers, si enracinés, que ce jeu de dupes ne pouvait pas durer longtemps. Human Rights Watch (les mots sont amères dans la bouche de Kigali !) a mis à nu et apporté la preuve, ou au moins les indices, que le Rwanda était lié au M23.

Si les choses s'étaient arrêtés là, les officiels rwandais auraient vilipendé cette organisation, comme ils en ont l'habitude, et aurait jeté le discrédit sur son rapport. Mais la Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo a vite confirmé les informations données par HRW. Les FARDC ont elles-mêmes fait prisonniers plusieurs dizaines d'éléments rwandais qui combattaient aux côtés du M23, et dont les témoignages ont été largement diffusés.

Le gouvernement congolais a presque titubé devant cette situation. On aurait cru qu'il eût préféré que ces révélations sur l'implication de son faux ami dans cette nouvelle guerre ne fussent jamais faites. Il a semblé fort embarrassé, plus même que le principal intéressé, c'est-à-dire le Rwanda. Vous croyez, vous, que c'était par pure prudence que Kinshasa avait préféré mettre en place une commission "de vérification" ? Permettez-moi d'en douter.

En fin de compte, le gouvernement congolais a lâché le morceau et accusé publiquement son traître de voisin de soutenir les rebelles du M23 en leur fournissant armes, munitions, renseignements, et hommes. Oh ! Là encore l'hésitation de Lambert MENDE était perceptible. "Nous savons que le territoire rwandais est utilisé comme base arrière pour l'entraînement et le ravitaillement des hommes du M23", avait-il annoncé à demi-mots, ajoutant qu'il y aurait un "réseau officieux qui apporte de l'aide au M23".

La version d'un réseau officieux qui appuierait les rebelles congolais à partir du Rwanda serait bien sûr un moindre mal diplomatique pour Kigali. Mais quiconque connaît le système rwandais actuel comprend que c'est du leurre tout ça: il est quasiment impossible que des activités d'une telle gravité (recrutements, entraînement, ravitaillement, rencontres avec des généraux du M23, ...) se déroulent sur le territoire rwandais sans la bénédiction du Président Kagame, ou à tout le moins, sans qu'il ne soit au courant.

Le gouvernement congolais le sait sans doute. Mais fallait-il y aller avec des pincettes pour interpeler le gouvernement rwandais et la communauté internationale sur ces faits ? De quoi a-t-il peur ? Vous vous en doutez, il a peur de sa faiblesse. Pas plus ni moins. Avec une armée infestée d'anciens rebelles à la loyauté douteuse, désorganisée, sous-équipée, mal entretenue, ... l'on comprend que la RDC fasse profil bas, y compris lorsqu'un petit pays comme le Rwanda lui met des doigts souillés dans la gorge.

Alors Kabila ne trouve pas mieux que d'implorer le Conseil de sécurité de voler à son secours et d'arrêter les audaces du petit voisin gênant. Drôle d'inspiration ! D'une part le tonitruant Ministre congolais de l'information avance qu'un complot de balkanisation de la RDC qui utiliserait le Rwanda est en cours, et qu'il serait orchestré par certaines puissances occidentales (ce qui est peut-être vrai), mais d'autre part Kabila appelle au secours ces mêmes puissances pour le tirer d'affaire. Il ne faut pas être un génie pour juger de l'incohérence d'une telle démarche de la part d'un gouvernement qui voudrait pourtant qu'on le prenne au sérieux.

A présent, il paraîtrait que les Etats Unis sont entrain de bloquer la publication d'un rapport du panel des Nations Unies sur l'embargo sur les armes en RDC qui porte des annexes accablants pour le Rwanda. Sérieusement, qu'est-ce que les Congolais peuvent bien attendre de cette "communauté internationale"? A mon avis, pas grand chose, sinon qu'elle va tout faire pour étouffer l'affaire ou ajouter ce rapport au tas d'autres qui gisent dans les archives de l'ONU, comme ce fameux Mapping Report sorti en 2010 et que l'on a vite fait d'oublier.

Kabila doit se mettre à l'évidence: le Rwanda n'est pas l'ami du Congo, mais un adversaire avec qui il faut apprendre à se mesurer. C'est trop naïf de compter sur sa bonne foi pour respecter la souveraineté de la RDC et ne pas se mêler de ses affaires. Je ne dis pas qu'il faut l'affronter militairement à tout bout de champ, mais il faut se mettre en état de le faire au cas où ce serait la solution ultime. En clair, il faut lui imposer le respect. Comment? En se dotant de moyens de persuasion; en ayant le courage de lui dire la vérité en face, sans demi-mots ni demi-mesures. Je m'imagine ce qu'aurait fait un Kagame s'il se trouvait dans une situation  où son pays est agressé, et que ses agresseurs sont notablement soutenus par une puissance étrangère, voisine ou même lointaine... Dans le passé il n'a pas hésité à entrer au Congo de manière préventive, simplement préventive, au motif que les réfugiés hutu rwandais installés à l'Est de la RDC menaçaient la sécurité du Rwanda. Aujourd'hui encore, les FDLR sont sur toutes les langues, et le Rwanda a réussi à en faire une épée perpétuellement brandi sur la tête de la RDC.

La RDC, elle, confie toujours son destin à des tiers: renseignements? Faisons appel aux services de toute la région. Frontières? Nous n'en avons pas le contrôle, mais s'il vous plaît Kagame ne les franchissez pas ! Rébellion? Ce n'est qu'une mutinerie menée par nos militaires indisciplinés, cher Kagame aidez-nous à les maîtriser...

Il est temps que les choses changent, cher Kabila !      

 

jeudi 17 mai 2012

La "libération" du Zaïre, 15 ans après...


17 mai 1997 - 17 mai 2012, cela fait quinze ans, jour pour jour depuis que l'Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDL) mettait fin au règne du Maréchal Mobutu Sese Seko, après une guerre de seulement quelques mois, lancée depuis les maquis du Sud-Kivu.

L'armée de kadogos (enfants soldats recrutés au fur et à mesure de la bataille vers Kinshasa), soutenue par les armées rwandaise et ougandaise entrait triomphalement à Kinshasa, tandis que le vieux Mobutu prenait le chemin de l'exile, comble de l'humiliation qu'il venait de subir. Les Zaïrois ont accueilli Laurent Désiré Kabila comme un sauveur, un libérateur des trente années de règne de Mobutu.

Je ne souhaite pas m'attarder sur les mérites et les ratés du Mzee et de son AFDL, car le fait que cet événement a été vécu à juste titre comme un tournant majeur dans leur histoire, et jusqu'au jour la majorité des Congolais de tous bords considèrent L.D. Kabila comme un véritable révolutionnaire visionnaire et patriote.

L'unique question que je considère comme essentielle, à ce jour anniversaire, c'est celle de savoir l'héritage qu'il reste au Congolais de cette lutte juste contre la dictature légendaire de Mobutu, lutte qui aura en fin de compte coûté cher aux Congolais, en plus de susciter en eux un espoir inédit et incommensurable.

L.D. Kabila n'a pas vécu assez longtemps, mais à l'avènement de son fils au pouvoir en 2001, nombreux sont ceux qui ont eu la naïveté qu'il serait au moins pareil à son père, en termes de leadership et d'actions révolutionnaires. Ils ont dû déchanter eu fil des années, et je me réjouis qu'il n'en reste pas beaucoup (hormis peut-être sa petite famille et quelques naïfs - j'allais dire quelques aveugles).

Certes, L.D. Kabila n'avait rien d'un démocrate - et Dieu sait si c'est de démocratie (à l'occidental) qu'il faut - mais il a su, en très peu de temps, donner l'impression que les choses pouvaient évoluer positivement, et que le Congolais pouvait recouvrer sa dignité, se remettre au travail, et prospérer. Cela allait-il durer? Là n'est pas mon propos.

Son fils, par contre, a contribué à tout remettre à néant, avec l'excuse bienveillante des rébellions successives (dont la dernière en cours du M23 !). Il peut se targuer d'avoir réunifié le pays, mais cela ne suffit pas: à mes yeux (et j'espère aux yeux de la majorité des Congolais) il devait plus : réunifier le pays, pouvoir consolider cette unité, mais aussi construire son économie, ses infrastructures, ses institutions (surtout), ses systèmes éducatif et sanitaire, ...

Même sur le plan idéologique, je puis parier la perception que les Congolais ont aujourd'hui de leur avenir est loin, très loin d'égaler celle qu'ils avaient en 1997 - 1998, avant le début des sinistres rébellions du RCD et du MLC. Or, cette espérance est essentielle, en ce qu'elle joue un rôle de leitmotiv, de stimulant. Le leadership de L.D. Kabila avait ceci de magique qu'il était parvenu à remettre les gens sur la voie du travail et de l'abnégation, de l'amour et du don de la patrie. L'autorité de l'Etat avait été rétablie en un rien de temps, contrairement aux slogans que les autres balancent à longueur des journées, sans les accompagner d'aucune action concrète et cohérente. Il était brutal, me diront certains. La méthode est discutable, mais permettez-moi de voir les résultats. Franchement, les maux congolais sont si enracinés et si nombreux qu'on ne peut pas les traiter avec la simple carotte. Il faut la chicotte. Hélas, après Kabila L.D., on a eu droit - jusqu'à présent - à un président aux mains molles et aux idées inconnaissables. Et vous serez d'accord que cela n'arrange rien? Bien au contraire...

 A suivre...

jeudi 10 mai 2012

Joseph KABILA : Président par accident ?

Jacques Chirac disait un jour : "on accède pas à la magistrature suprême sans une volonté tenace, constante d'y parvenir, ni l'intime conviction, chevillée au corps,  du destin qui nous y conduit".

KABILA KABANGE Joseph est à la tête de la République Démocratique du Congo depuis le mois de janvier 2001, soit depuis plus de 11 ans aujourd’hui. La RDC, vous le savez sans doute, le troisième plus grand Etat d’Afrique en termes de superficie, l’un des pays du monde les plus riches en ressources naturelles, et en même temps l’un des pays les plus économiquement pauvres.

Kabila a succédé à son père, Laurent-Désiré KABILA, lâchement abattu dans son bureau présidentiel le 16 janvier 2001 par son garde du corps, dans des circonstances non encore élucidées à ce jour. (Certains ont pu penser qu’il était lui-même impliqué dans cet horrible assassinat, ce qui me semble être la plus extrême des hypothèses !)

A l’époque (2001), le pays était confronté à deux grandes rébellions (le MLC de Jean-Pierre Bemba Gombo à l’Ouest, et le RCD à l’Est), qui occupaient à elles deux plus de la moitié du territoire national.

A la faveur de l’Accord global et inclusif signé en 2002 entre tous les belligérants, le jeune Président (à l’époque il n’est âgé que de trente ans) va diriger la transition politique, à la tête d’un gouvernement atypique composé de quatre vice-président (issus des trois courants politiques majeurs et de la société civile). C’est ce gouvernement d’union nationale qui réussit doter le pays d’une nouvelle constitution et à organiser, en 2006, les premières élections présidentielles et législatives plus ou moins libres et transparentes que la RDC ait jamais connues depuis son indépendance ; élections que Kabila remporte haut la main, à l’issue d’un second tour particulièrement tendu.

Son élection de 2006 était tout à fait logique : il s’est présenté comme l’unificateur ; celui qui avait osé ouvrir la porte de dialogue avec les rebelles, ce que son défunt père de Président avait toujours refusé de faire. Pour les populations de l’Est, où il fut massivement plébiscité, Kabila représentait à la fois le salut après la longue expérience de la guerre et de l’occupation (le mot n’est pas trop fort) étrangère, et la confiance en sa jeunesse et son charisme présumé. Mais surtout, Kabila incarnait, aux yeux de beaucoup de Congolais, la poursuite de la révolution engagée par son père après trois longues décennies  de règne sans partage du Maréchal Mobutu Sese Seko.

Permettez-moi de dire déjà à ce niveau qu’il semble que Kabila n’ait jamais vraiment ambitionné de devenir Président, au regard des circonstances de sa première accession à cette haute fonction, à moins de donner raison à ceux qui voient sa main derrière l’assassinat de son père… (ce qui n’est nullement ma conviction). Il s’est réveillé un bon matin, et on lui a dit : « toi là, tu deviens Président ! » Qu’est-ce qu’être Président ? Quelles responsabilités cette fonction implique-t-elle ? A quoi ça sert, un Président ? Tout cela, il a dû l’apprendre coup pour coup, après qu’il ait été installé dans le fauteuil présidentiel, peut-être bien malgré lui… Et, « l’appétit est venu en mangeant », comme on dit. Il s’est accommodé petit à petit, et il a fini par prendre goût à être (et demeurer ?) Président.

Pourtant, dans ce que j’ai pu retenir de l’histoire de la république, l’accession à la fonction de Président de la République – et au-delà d’elle, l’accession à toute fonction politique importante – a toujours été le résultat d’une ambition, souvent nourrie depuis la tendre jeunesse. Les plus grands révolutionnaires du monde ne sont pas des « parvenus », des gens juste parachutés du jour au lendemain à des hautes fonctions, sans savoir ce qu’on en fait. Ce qui est normal et logique, parce que l’ambition suppose que l’on se fait une certaine idée du bien-être social ou de l’Etat, et que l’on voudrait la réaliser ; que l’on a un certain idéal, et que l’on se propose de l’atteindre. Alors  on s’engage, on lutte, on franchit des échelons, on a le temps d’apprendre de ses échecs ; on a un ou des modèles, des maîtres ou des mentors, et lorsqu’on arrive au sommet, on est suffisamment préparé. On ne tâtonne pas, on a une idée nette de ce que l’on veut accomplir. Ce peut être un bel idéal ou une folie (voyez Staline), mais au moins on en un. Mais dites, Kabila, a-t-il jamais eu quelque ambition pour le Congo ? Laquelle ? Les « Cinq Chantiers » ? La « révolution de la modernité » ? Oh ! de grâce, ne me faites pas rire…

Même à supposer qu’il ait désormais un rêve pour le Congo – ce que je ne crois pas – ce rêve doit lui être venu avant-hier, lorsqu’il a songé (par lui-même ?) à modifier la constitution pour préparer sa victoire certaine au dernier simulacre d’élections de novembre 2011. Sauf qu’un tel rêve, en plus d’apparaître dans la tête d’un faux brave, serait trop artificiel pour être réalisable.

Bon ! Continuons le récit (que vous connaissez). L’élection de 2006 est venu légitimer le pouvoir de Kabila, et de bonne manière, parce qu’à mon avis, ces élections-là étaient acceptables (ça ne signifie pas parfaites) à tous égards. S’il avait la vaine d’un leader à la taille de la RDC et de ses défis, il était bien parti pour tirer le pays de la boue dans laquelle il se trouvait déjà à l’époque. Il vous souviendra que la RDC venait en plus de se doter d’une constitution, à mon avis la meilleure qu’elle ait jamais eue, et l’une des meilleures d’Afrique. Mais au lieu de cela, il a tourné les pouces, s’est marié, s’est entouré de dinosaures, a encouragé (c’est comme ça que j’appelle tolérer l’intolérable) la corruption, les détournements, la concussion, il a ignoré la constitution, … Il en a même grossi, et tant mieux pour lui !

Cela surprend certains, à ce qu’il paraît. Je n’en suis pas ! On ne peut donner que ce qu’on a. Or, en termes d’ambition politique et d’idéal pour la RDC, je suis convaincu que mon charmant Président n’a (encore) rien !  











Les dix plus grands défauts du Président JK



(D’après le Congolais lambda,  beta et gamma…)

1.      Obsession à plaire à tout le monde autour de lui :
Je ne sais pas si le Président choisit ses collaborateurs, ou si c’est eux qui l’ont choisi pour être ce qu’il est, afin qu’il les laissât (tranquilles) être ce qu’ils sont. Une chose est certaine, il est bon d’être près de lui, car alors l’on ne manque de rien, et l’on ne répond de rien à personne. Hélas, c’est là que le pays (les gens ordinaires comme lambda et beta) souffre le martyr.    

2.       Imprévoyance :
Ici, j’avoue que je n’ai pas su trouver le terme le plus approprié. En fait, il est possible que JK n’ait tout simplement pas d’idéal pour le pays. Mais même au-delà de cela, il me semble qu’il improvise tout ce qu’il fait. Ce qu’il avance comme programmes et plans – pour des raisons de propagande, pas plus – ne sont programmes et plans que de nom. Et à ma connaissance, ce n’est pas de cette façon que l’on gère un pays.
  
3.      Cupidité 
Pas de commentaire. 

4.      Indécision

5.      Insociabilité
Depuis 15 ans qu’il vit à Kinshasa, après son retour triomphal du maquis où l’avait placé son défunt père, cela n’est-il pas surprenant que JK ne parle pas Lingala ? Et puis, regardez ses fréquentations parmi les autres Chefs d’Etat… Non seulement ses sorties du pays sont extrêmement rares, mais aussi les observateurs ne lui connaissent pas grands amis dans le monde, parmi ceux et celles de son rang. A moins qu’il en garde délibérément mystère…

6.      Manque de vision pour le pays
Sauf si vous considérez les slogans aussi creux que vagues de « Révolution de la modernité » et « Cinq Chantiers » pour de la vision pour un pays…

7.      Incapacité à convaincre
Les journalistes, ses homologues, et même la population… Je me rappelle ses discours de campagne et clameurs des gens, y compris de simples villageois… Qui parie qu’il ait été en mesure, en 2006, de tenir pendant trente minutes dans un débat télévisé face à un Bemba, par exemple ?   

8.      Manque de rigueur
« Tolérance zéro », vous connaissez vous aussi le refrain ? Quel est le résultat ? Combien de ministres, de députés, d’officiers supérieurs ou généraux, de directeurs des régies financières et des entreprises de l’Etat… Combien en connaissez-vous qui ont eu à répondre des malversations rapportées, des soldes détournées, des enrichissements indus, des chantiers inachevés, etc. ? La rigueur, c’est un bien piètre mot pour lui .

9.      Manque de charisme
Pas de commentaire non plus.  
10.   Arrogance

Si je ne m'étais pas promis d'en rester à dix, j'ajouterais l'incommodant mélange qu'il fait entre sa vie privée et sa vie publique, ainsi que le folklore qu'il semble avoir copié textuellement à Mobutu. 

J’ai tenté de lui trouver au moins autant de qualités – chaque être humains a toujours des défauts et des qualités – j’ai à peine réalisé trois ou quatre. Vous m’en ajouterez au cas où vous en sauriez davantage : la sérénité, la discrétion, le charme, et, parfois, l’humour.  

Avertissement 
Il ne faudrait pas que les opposants Congolais se rengorgent en lisant ceci. Peut-être n’ont-ils pas les mêmes défauts, mais j n’en vois pas un (objectivement) qui soit bien meilleur. Vous n’avez qu’à regarder leur parcours et leur comportement d’aujourd’hui, vous comprendrez vite que le Leader salutaire du Congo n’est pas de ceux que nous connaissons ! 

mercredi 9 mai 2012

Mugunga, ou le calvaire des déplacés de Masisi

Carte postale

Mugunga est une petite bourgade située au pied du célèbre volcan Nyiragongo, à vingt minutes de voiture à l’ouest de la ville de Goma, sur la route qui mène vers les territoires de Masisi et Walikale au Nord-Kivu, ou encore le territoire de Kalehe au Sud-Kivu. Il y a quelques années seulement, Mugunga, qui est un pan du parc des Virunga, était pratiquement inhabitée. C’est à peine que l’on pouvait y compter un millier d’autochtones, dont l’activité principale était l’agriculture, le petit élevage, et la chasse. 

En 1994, à la suite de l’afflux massif des réfugiés rwandais, un bon million d’entre eux s’y étaient installés. En seulement quelques mois, l’endroit avait pris les allures d’une véritable ville, à ceci près qu’il n’y avait pas une seule maison en matériaux durables. Mais les avenues étaient tracées et avaient des noms, l’eau courante était disponible à plusieurs points, avec de gigantesques citernes, des marchés étaient organisés …  Cela dura deux ans, car en 1996, la guerre de l’AFDL de feu Laurent Désiré Kabila et ses alliés rwandais conduisit au démantèlement du camp. La plupart des réfugiés rwandais retournèrent bon gré mal gré au Rwanda, tandis que des milliers choisirent de poursuivre la fuite vers le profond Congo, à travers l’immense forêt équatoriale.
Aujourd’hui, Mugunga s’est complètement métamorphosée. Elle est en passe se fondre dans la ville de Goma dont la poussée démographique occasionnée surtout par des années de guerres et de conflits à l’intérieur du pays est impressionnante. C’est le lieu de prédilection de tous ceux qui peuvent encore acquérir une parcelle de terre pour construire, étant donné qu’à Goma, ville atypique mais touchée elle aussi par la spéculation – le capitalisme assaille le monde de toutes parts – les parcelles sont devenues trop chères.
Visite aux nouveaux  déplacés en provenance de Masisi
Trêve des préliminaires…  Je me suis rendu à Mugunga dimanche dernier (le 6 mai 2012), non pas pour y acheter une parcelle, moins encore pour y admirer de plus près l’intimidant volcan Nyiragongo, mais pour me rendre compte de l’arrivée de la nouvelle vague des déplacés de Masisi suite aux affrontements entre les Forces armées de RDC (les FARDC) et les militaires insurgés fidèles au Général Bosco Ntaganda. (Il faut savoir que Mugunga abrite depuis trois ans quelques milliers de déplacés essentiellement originaires des territoires de Masisi et de Rutshuru, qui avaient fui leurs villages à l’époque de la rébellion du Congrès national pour le Défense du Peuple de Laurent Nkunda, et qui n’ont jamais pu ou voulu retourner). 

Des milliers de déplacés qui ont fui les récents affrontements dans le Masisi sont répartis dans plusieurs sites (Mugunga I, II et III), sans compter ceux qui ont eu la grâce de trouver refuge chez les habitants ou dans des églises et des écoles de la place. Je n’ai pu me rendre qu’à deux endroits : le camp de Mugunga III, à 1500 mètres de la route, vers le volcan, et le groupe de l’église CEPAC aux environs de Mubambiro. En tout, ce sont quelque 3 000 personnes qui sont regroupés dans les deux sites. 

Un spectacle désolant  

A Mugunga III, le responsable du camp m’a expliqué qu’ils avaient enregistré 1.912 personnes. Les plus anciens étaient là depuis une semaine, mais d’autres continuaient d’arriver dimanche. Ils viennent des localités de Sake, Mushaki, Rubaya, Kitshanga, Mweso, et autres. 

Ils passent la nuit à la belle étoile, et les plus chanceux ont pu trouver une place dans des pavillons en bâche ou devant les salles de classe d’où ils ont été chassés par les responsables des écoles. Un homme m’a expliqué, les larmes dans les yeux, qu’on l’avait battu la veille parce qu’il avait pris la place d’un autre, plus costaud, sous une maisonnette en planches pour lapins. La maisonnette qui fait à peine 80 centimètres de large sur 6 mètres de longueur, et dont les piliers en madriers s’élèvent à quelque 70 centimètres de hauteur, sert de toit de fortune à une dizaine d’hommes (les plus costauds,  naturellement). 

Dans une paillotte en chaume, j’ai compté une dizaine de familles, avec leurs maigres effets. Pour nombreux d’entre eux, le matelas est déjà un luxe, dans leurs maisons de Masisi. Mais là, ils n’ont même pas de natte, ou une bâche à étaler sur le sol caillouteux de Mugunga. Ils n’ont d’autre choix que de dormir à même le sol, sans couverture pour la plupart, y compris des petits enfants, voire des nourrissons.
Salongo et sa femme Tuyizere sont venus du village de Kibati, avec leurs six enfants âgés entre 10 ans et 9 mois. Ils n’ont pu prendre que leur vieux Kinga (vélo), un sac de vieux linges, et un bidon vide d’une capacité de dix litres. Les six enfants dorment chacun dans sa position, affaiblis autant par les jours et les nuits de marche depuis Masisi que par la faim. Ils n’ont rien mangé depuis deux jours. L’un d’entre eux, une fillette de 7 ans, a les yeux tout exorbités. Son père m’explique dans un demi-souffle que lorsqu’ils ont dû fuir suite aux affrontements, elle était déjà souffrante de malaria, et qu’il a dû l’attacher sur le vélo, au-dessus du sac de linges, pour l’emmener. La mère portait le nourrisson sur le ventre, un enfant sur le dos et un autre sur les épaules. Ils sont arrivés à Mugunga depuis mercredi, et étant restés deux jours durant aux abords de la route, ils ne sont montés à Mugunga III que le dimanche même car on leur disait que là on distribuait de la nourriture. Hélas, ils n’ont rien reçu jusque là.
A mon arrivée, j’ai en effet trouvé une centaine de femmes sur des filles devant un hangar. En me faufilant, j’ai pu entrevoir des agents du camp qui distribuaient quelques vivres (un gobelet d’huile de palme, une mesure de haricots, un peu de sel et de savon). De quoi nourrir un homme pendant – quoi ? – deux jours. C’est une aide d’urgence envoyée par le gouvernement provincial. Dans la foule, des femmes se lamentent. Certaines pleurent. Je m’approche d’elles pour savoir pourquoi. Elles me dévisagent et semblent reprouver le fait que je m’immisce dans leur cercle, comme si elles se doutaient que je sois de ceux qu’elles accusent de profiter de leur infortune. L’une d’elles finit par lâcher : « Nous n’avons pas mangé depuis plusieurs jours. Mais alors que nous pensions que ceci allait nous soulager, voilà que tout est entrain d’être distribué aux gens venus de Goma et aux anciens du camp, qui ne manquent de rien comparés à nous ». 

Une autre enchaîne : « Moi, ils ont refusé de m’enregistrer, au motif que je n’ai pas de carte d’électeur. J’en avais une, mais comment veulent-ils que lorsqu’on court pour sauver sa peau on se souvienne de chercher sa carte. C’est inhumain ce qu’ils sont entrain de nous faire. Je préfère rejoindre les autres qui sont allés au Rwanda. Au moins eux reçoivent à manger et ont un abri ».

Alors elles se mettent à parler en même temps. Comme si exprimer sa peine pouvait en atténuer l’intensité. C’est alors que Maria, 52 ans (mais qui paraît en avoir 80) me tire à côté. Elle me chuchote qu’elle est veuve, qu’elle a fui avec ses 6 enfants (dont le plus petit n’a qu’un an), qu’elle a pu leur préparer des légumes (des feuilles des haricots) qu’elle a cueillies dans les champs, mais que les enfants ne  parviennent pas à les avaler, parce qu’il n’y a pas de sel. Elle me supplie de lui en donner. Pauvre moi ! Où suis-je censé trouver du sel ? Je l’accompagne voir de mes propres yeux ces enfants dans une salle de classe non loin. Seigneur ! Ils sont là, déshydratés. Ils respirent à peine. Je cours chercher du sel. Je finis quand même par en trouver, avec un bonus de quelques beignets. 

Plusieurs autres histoires poignantes me sont racontées par ceux et celles qui les vivent. Je vous en épargne l’horreur.  Je veux voir l’endroit où les malades sont soignés. On m’indique une grande bâche, qu’on croirait suspendue sur les pierres volcaniques : c’est ça le dispensaire. Un seul infirmier s’occupe d’une trentaine de patients. Parmi eux, huit femmes qui ont accouché la veille. Le dispensaire ne dispose que de 7 lits en tout et pour tout. Alors elles sont là, à trois sur un même lit –et quel lit ! Marius (c’est le prénom de l’infirmier) m’explique qu’il a dû leur partager des morceaux de draps qui ornaient les matelas pour qu’elles en couvrent leurs bébés. Il m’explique aussi que depuis que ces nouveaux déplacés ont commencé à arriver, le dispensaire (qui relève de la zone de santé de Karisimbi – et qui est donc un dispensaire public) n’a reçu aucune dotation et aucune assistance en médicaments ou en quelque autre chose. Qu’aucune ONG n’était passée par là, et que ces femmes, en plus de n’avoir pas de vêtements ni de médicaments, n’ont pas à manger ou à boire. Qu’il va malgré tout être obligé de leur demander de libérer les lits pour laisser la place à de nouveaux patients.  
Je me sens si impuissant. La colère enfle sous ma poitrine. J’en veux à mort à ces politiciens véreux qui ne peuvent pas assurer la sécurité d’une population innocente et longtemps meurtrie par des guerres qui n’ont de cesse à recommencer. J’en veux à ces ONG qui sont là, à Goma, et qui noient des millions de dollars sur le dos de cette population, mais qui sont incapables de soulager rapidement sa misère dans de telles situations. J’en veux ces fonctionnaires onusiens et ces soi-disant autorités qui se baladent en ce moment au bord du lac Kivu, ou qui écrasent, avec leur 4x4, les pauvres piétons et les motards sur les routes délabrées de Goma.

Une agréable surprise, tout de même…

Dans mon tourment, j’assiste pourtant à une action qui va me soulager. Alors que je visite les déplacés entassés dans la cour de l’église CEPAC, le long de la route vers Sake, j’aperçois des queues de femmes et d’enfants, et devant eux des personnes entrain de distribuer des vêtements et des vivres. Une dizaine de jeunes  gens de Goma se sont organisés en privé, ont réuni quelques effets et un peu d’argent, et sont venus porter secours à ceux que les fameux humanitaires et le gouvernement semblent avoir oublié. Vianney, l’un de ces jeunes, cadre dans une ONG internationale basée à Goma, me surprend tout particulièrement : il a ôté ses propres sandales pour les offrir à une dame qui a les pieds gonflés et blessés, et qui a du mal à marcher. Comme quoi, il y a dans ce pays des gens qui ont encore un cœur… Mais y en a-t-il assez pour mettre fin à la folie de nos politiciens véreux et de leurs armées de violeurs et d’assassins ? Pas sûr…




dimanche 29 avril 2012

RDC: MATATA PONYO a rendu public son nouveau gouvernement ! Un goût du déjà vu...


Le nouveau Premier Ministre de la RD Congo, Augustin Matata Ponyo Mapon a publié, ce  samedi 28 avril 2012, son gouvernement tant attendu.

Ce gouvernement compte trente-six membres, dont le Premier Ministre lui-même, deux vice-premiers ministres, un ministre délégué à la Primature chargé des Finances, vingt-cinq ministres et huit vice-ministres.
Les deux vice-premiers ministres s’occuperont l’un du Budget, et l’autre de la Défense et Anciens combattants.

Il y a également un « ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Finances », en la personne de Monsieur Patrick Kitebi Kibol Mvul.
Quatre ministres du gouvernement sortant d’Adolphe Muzitu sont reconduits, parmi lesquels le tonitruant et tristement célèbre Lambert Mende Omalanga aux médias (il s’occupera également des relations avec le Parlement et de l’  « initiation à la nouvelle citoyenneté »). Ses trois compères rescapés du gouvernement sortant sont :
  1. Fridolin Kasweshi, qui demeure aux Infrastructures et Travaux publics, et à qui l’on a ajouté l’aménagement du territoire, l’urbanisme et l’habitat ;
  2. Martin Kabwelulu reste au ministère des Mines ;
  3. Maker Mwangu conserve quant à lui l’Education primaire, secondaire et professionnelle.
Trois femmes sont à la tête de ministères :
  1. Wivine Mumba Matipa, ministre de la Justice et Droits humains ;
  2. Louise Munga Mesozi, ministre du Portefeuille ;
  3. Géneviève Inagosi, ministre du Genre, famille et Enfant.
Le reste des membres de ce gouvernement sont :
  1. Affaires étrangères, Coopération internationale et Francophonie : Raymond Tshibanda ;
  2. Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières : Richard Muyej ;
  3. Plan et suivi de mise en œuvre de la révolution de la modernité : Célestin Vunabandi ;
  4. Economie et commerce : Jean-Paul Nemoyato ;
  5. Transport et Voies de communication : Justin Kalumba Mwana Ngongo ;
  6. Environnement, Conservation de la nature et Tourisme : Bavon N’sa Mputu Elima ;
  7. Ressources hydrauliques et électricité : Bruno Kapanji Kalala;
  8. Hydrocarbures : Crispin Atama Tabe ;
  9. Industrie, Petites et Moyennes Entreprises : Remy Musunganyi Bampale ;
  10. Postes, Télécommunication et Nouvelles technologies : Tryphon Kin-kiey Mulumba ;
  11. Emploi, Travail et Prévoyance sociale : Modeste Bahati Lukwebo ;
  12. Santé publique : Felix Kabange Numbi
  13. Enseignement supérieur et universitaire : Chelo Lotsima ;
  14. Agriculture et Développement rural : Jean-Chrysostome Vahamwiti ;
  15. Affaires foncières : Robert Mbuinga ;
  16. Affaires sociales, Actions humanitaire et Solidarité nationale : Charles Nawej Mundele
  17. Fonction publique : Jean Claude Kibala ;
  18. Jeunesse, Sport et Loisirs, Culture et Arts : Banza Mukalayi Sungu
Ce gouvernement compte aussi huit vices-ministres, dont trois femmes :
  1. Affaire étrangères : Tunda wa Kasende ;
  2. Coopération internationale : Dismas Magbengu ;
  3. Décentralisation et Affaires coutumières : Eugide Ngokoso ;
  4. Droits humains : Sakina Binti ;
  5. Plan : Sadok Bukanza ;
  6. Finances : Roger Shulungu ;
  7. Budget : Abuyuwe Lixa ;
  8. EPSP : Maguy Rwakabuba.
Observation critique :

Le nouveau gouvernement présente quelques points marquants par rapport à ceux qui l’ont précédé durant la première législature, mais je note les principaux (à mon sens) :
  1. C’est un gouvernement réduit (10 membres de moins par rapport à celui de MUZITO) ;
  2. Le PPRD (parti du Président Kabila) se taille la part du lion dans ce gouvernement, et le PALU de Gizenga est en réel déclin, au profit de partis moins connus comme le MSR ;

Autre constat :
-         Aucun membre de l’opposition n’y est entré (l’ADR de François Mwamba y a deux membres, mais rien n’indique qu’il est encore un parti de l’opposition, depuis le rapprochement de son leader avec le camp de la Majorité Présidentielle), ce qui tranche avec les promesses d’ouverture de Monsieur Kabila lors de son discours d’inauguration, en décembre dernier ;
-         Le nombre des femmes n’atteint toujours pas les 30 pourcent (seulement 6 femmes sur 36 membres) ;
-         Le retour d’anciens membres du gouvernement Muzito n’est pas étonnant, mais celui particulier de Monsieur Lambert Mende Omalanga l’est : s’il y avait des sondages sur les personnalités publiques les plus détestées des Congolais, je suis presque sûr qu’il viendrait parmi les premières. Il s’est distingué en effet par ses mensonges patents, ses frasques verbales, sa virulence et ses décisions aussi arbitraires qu’impopulaires (fermeture de médias, interdiction des SMS, propos discourtois, voire injurieux à l’endroit des journalistes, des défenseurs des droits humains ainsi que des personnalités étrangères, …). Son retour ne va plaire ni à l’opposition, ni à la société civile, ni aux journalistes, ni même à certaines puissances étrangères comme la Belgique. Il aurait dû rester au Parlement où il s’était trouvé une place, plus ou moins loin de nos oreilles et de nos regards…

Malgré des points négatifs, je pense qu’il y a une chance à ce que ce gouvernement peut faire la différence, et sauve la face de Kabila salie par une sale élection.

Cependant, je ne suis pas certain que le critère de l’intégrité ait été pris en compte.
Parmi les défis urgents qui l’attendent figure notamment le vote du budget 2012 et le retour de la sécurité à l’est du pays (au Nord-Kivu, en particulier).  

dimanche 15 avril 2012

C’en est pas (encore) terminé de Terminator !



Le Président de la République a terminé mercredi soir sa visite improvisée à Goma, pour se rendre à l'autre rive du majestueux lac Kivu, dans la ville de Bukavu que la crise militaire de ces derniers jours n’a pas épargné, comme on pouvait s'y attendre.

Avant son départ pour le Sud-Kivu, Monsieur Kabila s'est entretenu pendant près de trois heures avec les notables de la province, les représentants de la société civile et des « communautés » (entendez des groupes ethniques) de la province. La veille, il avait eu une autre rencontre avec le commandement militaire à l'hôtel du gouvernorat de la province, rencontre à laquelle avaient pris part les principaux responsables nationaux de l'armée, de la police et des services de sécurité, au nombre desquels le Lieutenant Général Didier Etumba, Chef d'Etat-major général des FARDC.

Le Général "Terminator" se retrouve maintenant sans job...du moins officiellement

Dans son adresse aux membres de la société civile, à la fin de leur échange, le Président de la République a annoncé la fin des opérations "Amani Leo" (Paix Aujourd'hui, en Swahili). Cette décision n'est sans doute pas anodine. Ces opérations n’avaient pour Commandant adjoint qu’un nommé Général Bosco Ntaganda, dont tout le monde sait -  même si peu sont ceux qui osent l’avouer - qu'il est au cœur de la crise actuelle dans le Kivu. Ces opérations, dont l'objectif était de traquer les forces rebelles locales et étrangères (dont les Rwandais des FDLR et les Ougandais d'ADF-NALU) étaient conduites depuis 2009, sous diverses appellations. Elles s’inscrivaient dans la suite de l’abandon par le Congrès national pour la Défense du Peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, dont l'un des leitmotiv était justement l'élimination des forces rebelles qui insécurisaient la province et empêchaient le retour des milliers de réfugiés (en majorité Tutsi) établis au Rwanda voisin. Elles avaient été précédées par la campagne militaire rwando-congolaise baptisée "Umoja Wetu" (Notre Unité, en swahili), et qui avait été très décriée à l’époque par les organisations de défense de droits de l’homme, et divisé la classe politique congolaise. 

Les opérations "Amani Leo" étaient quasiment du domaine réservé du Général Ntaganda. Leur coordination échappait quasi complètement au commandement de la Huitième Région militaire (correspondant à la circonscription administrative du Nord-Kivu), que ce soit sur le plan opérationnel, logistique ou humain. Ce qui ne manquait pas de créer une méfiance à peine voilée entre les hommes de troupe sous l'autorité directe - et unique - de Monsieur Ntaganda, et les autres militaires. Ceci explique d’ailleurs partiellement les récentes défections et le malaise ambiant au sein des FARDC, car la plupart des militaires qui prenaient part à ces opérations étaient issus des anciens rebelles du CNDP.

En supprimant ces opérations, Kabila vient de supprimer le "job " officiel de "Terminator ", ce qui renforce des spéculations autour de la "volonté" enfin manifeste pour Kinshasa d’en finir avec ce Général aussi fameux qu’encombrant, et de livrer à la CPI qui le recherche depuis 2006. Mais contrairement à ce que j'ai pu entendre sur certaines radios internationales mercredi soir que le Président Kabila aurait "pour la première fois affirmé clairement sa volonté d'arrêter le Général Ntaganda et de le livrer à la CPI", le Chef de l’Etat a dit mot à mot : "Au sujet d'un certain Bosco Général Ntaganda, ma position demeure inchangée (...) S'il faut l'arrêter, les derniers événements nous donnent davantage de motifs pour le faire, et le juger à Goma ou à Kinshasa, sans qu'il ne soit même nécessaire de le transférer à la CPI (...)". Il l’a dit en Swahili, et c'est peut-être dans la traduction que les journalistes se sont mordus, à moins qu'ils ne racontent ce qu'ils voudraient bien qu'il se produise…

Des rumeurs courent à Goma sur la retraite de Ntaganda dans son fief de Masisi. Officiellement, c’est le mystère - c’est à croire que le seul fait de penser à lui ou de prononcer son sacré nom fout la trouille à certains. En tout cas, il ne faisait pas partie des commandants militaires qui ont pris part mardi à la rencontre avec le Chef de l'Etat, bien que des rumeurs - encore elles ! - aient couru selon lesquelles le Président Kabila serait allé le rencontrer en privé dans la soirée de mardi, au sortir de son tête-à-tête avec les autres officiers.

En somme, certes signes qui ne trompent pas indiquent que l’arrestation de Ntaganda est (peut-être) dans l'air du temps ; mais le Kabila que j’ai suivi n'a pas dit expressis verbis qu'il allait le faire. Même s'il a minimisé la pression internationale - et nationale ! - qui est exercée sur lui pour exécuter le mandat d'arrêt de la CPI, Kabila sait qu'il va devoir le faire. Quand ? Comment ? C'est sans doute ce qu'il reste à fixer. Car Ntaganda n’est pas un menu fretin que l’on pêche à n’importe quel hameçon ! Ceux qui l’ont côtoyé - amis ou ennemis - disent de lui qu’il est un combattant redoutable et un fin stratège. Sans oublier que bien au-delà des apparences, il a certainement encore beaucoup de soutiens, à Goma comme ailleurs. Le surnom de "Terminator" n'a pas pu lui revenir gratuitement...

Affaire à suivre...

mercredi 11 avril 2012

Kabila sera-t-il à mesure de se racheter aux yeux des Congolais ?

Les élections présidentielle et législative du 28 novembre dernier en République Démocratique du Congo ont été marquées par de très graves irrégularités dues à une organisation catastrophique de la CENI – la Commission électorale nationale « indépendante » –, mais surtout à la volonté manifeste, pour le Président Kabila et son camp, de se maintenir au pouvoir, quels que soient les moyens nécessaires à cette fin.
L es observateurs électoraux nationaux et étrangers sont unanimes quant à ce, même si ils n’ont pas eu tous le courage de tirer les conclusions qui se dégagent logiquement de leurs constats : que ces élections auraient dû été reprises. Le dernier rapport en date est celui de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne rendu public à Kinshasa la semaine dernière. 

Ceux qui comptaient sur le peuple Congolais pour le voir se lever et réclamer que les élections soient réorganisées ou, à tout le moins, les votes recomptés, ont dû déchanter. (Je blâmais tout à l’heure les observateurs de ne pas avoir tiré la conclusion la plus logique de leur constat, mais j’avoue que les Congolais sont les premiers à blâmer pour leur lâcheté, leur attentisme ou leur fatalisme). Aujourd’hui le fait est que Kabila a le pouvoir, et qu’il a une majorité confortable à l’Assemblée nationale – épargnez-lui des scrupules, il n’en a que faire. 

Cependant, il sait pertinemment bien qu’il n’a pas la même légitimité que celle qu’il avait au cours de son premier mandat. D’une manière ou d’une autre, il est donc on ne peut plus vulnérable aux pressions tant intérieures qu’extérieures. S’il se trouve que ce que j’appelle de la résignation de la part du peuple ne soit qu’un simple manque de rigueur, il n’est pas impossible que demain, la moindre erreur de la part du Président ou de son gouvernement suffise à déclencher la bombe révolutionnaire. 

Car en effet, le peuple a trop toléré : d’abord la révision constitutionnelle de janvier 2011 ; ensuite les dérapages dans la révision du fichier électoral ; enfin l’inévitable : des élections chaotiques et leurs aberrants résultats. Sera-t-il capable de supporter une gestion calamiteuse de l’Etat comme celle ayant caractérisé la première le premier mandat de Kabila ? Les députés nationaux, quoique mal élus pour la plupart, commettront-ils les mêmes erreurs que leurs prédécesseurs, en se compromettant et en se montrant complaisants vis-à-vis du gouvernement ? Rien n’est moins sûr. Non seulement la conscience politique s’éveille petit à petit, mais aussi Kabila en est – sur le papier – à son dernier mandat. Même les plus premiers des opportunistes pourraient rompre avec lui sans craindre pour leur avenir, parce qu’il en a pas, ou parce qu’il en a moins. 

Monsieur le Président, ressaisis-toi tant qu’il est encore temps !

Le Président Kabila a deux possibilités : soit continuer de considérer les Congolais comme des idiots, qui ne sont conscients de rien, n’exigent rien, sont amorphes ; soit alors tirer parti de leur clémence et user de son nouveau mandat, même mal acquis, pour redorer son nom devant l’histoire. Les Congolais ont ceci de vertueux qu’ils ne sont pas rancuniers. Ils feraient vite de lui pardonner et se mettraient derrière lui pour tenter de rattraper le temps perdu, ne serait-ce que le temps d’un quinquennat.

Vous vous demandez comment ? Lentement, j’y arrive… Kabila a fait le tour de la RDC. S’il a la mémoire d’un homme moyen, il se rappelle sans doute les cris de la population à Goma, Kindu, Mbandaka, Walikale ou Kinshasa. Il doit songer à apaiser les mécontentements, à répondre aux attentes de la population congolaise et non à celles de ses flatteurs de conseillers, ses propres désirs ou ceux des ses parrains d’ici et d’ailleurs (depuis 2001, il me semble qu’il n’a fait que ça).  Pour cela, je lui suggérerais de : 

1.       Commencer par faire un choix judicieux de son gouvernement et de ses collaborateurs 

Par choix judicieux j’entends un choix qui tient compte, non pas seulement des considérations d’ordre politique (alliances, népotisme, amitiés, recommandations, récompenses, …), mais de :
-          La compétence : des personnes aptes à remplir le plus efficacement possible et en peu de temps les fonctions qui leur seront confiées ;
-          La parité : faire recours aux compétences des femmes (Dieu sait qu’il y en a), en leur octroyant, au sein du gouvernement, au moins 30% des postes tel que la constitution le prévoit ;
-          L’intégrité : travailler avec des hommes et des femmes à la moralité irréprochable, et non pas les cupides, les voleurs et les flatteurs d’hier ; 

2.       Ensuite assurer une gestion orthodoxe et transparente de l’Etat

Kabila devrait, s’il est malin, se doter d’un gouvernement très réduit, mais  fait de personnes compétentes, loyales et assidues (la qualité plutôt que la quantité). Je verrais bien un gouvernement composé en tout et pour tout de 35 ministres, vice-ministres et secrétaires d’Etat !  Eh oui, parce que la décentralisation devrait tout simplifier, avec des exécutifs provinciaux qui ont des attributions réelles. Il y a eu par le passé des ministères inutiles juste pour « contenter, donner du gâteau à tout le monde ». 

Il devrait en faire autant pour son cabinet (qui était plein de conseillers aussi voraces qu’encombrants), celui du Premier ministre et ceux des ministres. Puis réduire son propre salaire et celui de tout le gouvernement. Il devrait aussi réduire les dépenses de fonctionnement du gouvernement et des autres institutions publiques (nombre des déplacements à l’étranger, voyages en classe d’affaire, voitures de luxe, réceptions somptueuses, cadeaux faits aux hôtes étrangers, …). Enfin, il devrait faire la déclaration de son patrimoine familial (j’entends le faire connaître au public) et demander aux membres du gouvernement d’en faire autant. Et, plus généralement, mettre de la transparence dans la manière dont la chose publique est gérée (concessions minières, pétrolières, forestières ; recettes des régies financières, adoption et exécution du budget, aide étrangère, …). 

3.       Enfin, naturellement, se mettre sérieusement au travail

Sans ces bases je ne vois pas comment Monsieur Kabila pourrait prétendre mieux gouverner et servir l’intérêt de la nation. Par contre, si cela est fait, il peut espérer regagner la confiance du peuple et l’amener à collaborer à son œuvre. Mais dans la manière de travailler, il y a également lieu de revoir les priorités et de définir les meilleures stratégies, parce que les cinq dernières années on a eu l’impression que l’Etat fonctionnait sans véritable planification, sans objectifs prédéfinis, dans l’anarchie. Un ministre se réveille un matin et décide d’acheter des tracteurs et de les distribuer. A qui ? Pour quelle fin ? Est-ce utile ou nécessaire ou prioritaire ? Non, il ne se pose pas de question et gère les problèmes coup après coup. 

Ainsi donc, je pense que Monsieur Kabila devrait prioritairement trouver le moyen de doter le pays d’un programme national de développement à moyen ou à long terme, avec des objectifs concrets et chiffrés et un timing clair. Son histoire de « révolution de la modernité » est aussi indigeste– en termes de sémantique – que creux à mon goût (et je ne connais personne qui comprenne ce que ce charabia voudrait dire). Je crois qu’il valait mieux encore les « Cinq chantiers », bien qu’ils n’ont pas non plus convaincu grand monde, une fois encore à cause du manque de planification et de définition préalable des objectifs. 

Je ne crois pas qu’il s’imagine qu’après lui la RDC va cesser d’exister, et que du coup il serait inutile de faire une planification sur une période 15, 20 ou 30 années ! Un tel plan, s’il était bien conçu, motiverait pourtant la nation entière et ferait rêver – oui, j’ai bien dit rêver – d’un avenir meilleur, unissant les Congolais autour d’une sorte d’idéal commun. 

Le discours inaugural du Président Kabila en 2006 en avait inspiré plus d’un congolais : tolérance « zéro » contre la corruption et l’impunité, gestion parcimonieuse de la chose publique, bonne gouvernance, … Nous avons été déçus, parce que rien de concret – ou  presque – n’a suivi. S’il peut ENFIN réaliser ces vœux, ce serait un excellent rattrapage. 

Bref, si Kabila peut mettre à profit ce quinquennat pour résoudre – ou tout moins amorcer la résolution – des questions ci-après, il pourrait trouver rémission dans le cœur des Congolais, et entrer dans l’histoire : 

a)      Créer une nouvelle armée, une nouvelle police et de nouveaux services de renseignement (pas réformer, mixer ou je ne sais quelle autre foutaise) républicains, susceptibles de veiller à l’intégrité nationale et à la sûreté des personnes et de leurs biens ;
b)     Renouveler l’administration publique, la rendre effective sur l’ensemble du territoire national et efficiente en termes de moyens humains, matériels et techniques ;
c)      Combattre énergiquement et sans complaisance la corruption, les fraudes, les détournements, la concussion et autres pratiques similaires, en sanctionnant sévèrement leurs auteurs et leurs complices, quel que soit leur rang, et en mettant les fonctionnaires dans des conditions acceptables ;
d)     Encourager la décentralisation, telle que prévue par la constitution, au lieu d’y faire des obstacles. En particulier, laisser les provinces retenir à la source 40% de leurs recettes, et rendre rapidement effective la Caisse nationale de péréquation ;
e)     Prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer une gestion rationnelle et avantageuse au pays de toutes les ressources naturelles et pour permettre la répartition équitable de leurs revenus ; 
f)       Poser les bases d’une économie solide et durable, en mettant notamment l’accent sur l’agriculture, le tourisme, l’industrie nationale de transformation  et les infrastructures (chemins de fer, routes, ports, aéroports, télécommunications, bâtiments administratifs, eau et électricité, …) ;
g)      Marquer de réels progrès, sur l’ensemble du pays, dans le domaine social, avec une attention particulière sur l’éducation, la santé et l’emploi.  

C’est, me direz-vous, beaucoup trop de choses pour cinq ans. Il s’agit de poser des bases. Pour certaines choses, il suffit de les vouloir. Je crois donc que ceci est possible, si l’on a de l’ambition et la volonté. Le Congo a tous les atouts nécessaires, et on connaît des pays qui ont su opérer de véritables « miracles économiques» en très peu de temps. Pourquoi pas la RDC ? Vous convenez avec moi que les cinq dernières années n’ont été que gâchis et perte de temps. Kabila nous a fait perdre notre temps, il nous doit de le rattraper, et vite, sous peine de…  eh bien sous peine de dégager à tout jamais de notre vue et de notre mémoire!   

Note : Dans les tout prochains jours, je vais adresser, au nom de CIVIS CONGO asbl, l’association dont je suis le Coordonnateur,  une lettre ouverte au Président Kabila, dans le sens de ce qui est développé dans cet article. Si vous souhaitez y apporter quelque contribution, merci de m’écrire.