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lundi 3 décembre 2012

Regard sur les curieuses "nouvelles incursions" des FDLR au Rwanda


Gén. Joseph Nzabamwita, porte-parole de la RDF
Mardi 27 novembre dernier, un jour seulement après la réunion des Chefs d'Etats de la CIRGL à Kampala demandant aux rebelles du M23 de se retirer de la ville de Goma, les médias rwandais et toutes la plupart des agences internationales de presse annonçaient une "incursion des rebelles Hutu rwandais" dans le district de Rubavu, depuis leur maquis congolais. Bilan donné alors par les autorités rwandaises : six tués et deux capturés parmi les rebelles; un mort et trois civils blessés coté rwandais. Le lendemain, après plusieurs contradictions, on entendra sur les radios internationales un homme (De Forges Fils Bazeyi) se présentant comme le porte-parole des FDLR revendiquer cette "attaque", arguant la légitime défense. Les médias rwandais sont allés plus loin en interrogeant les deux "captifs" qui expliquaient leur plan d'attaque, leur provenance, etc. Ils avaient pris le soin de renseigner qu'ils recevaient de l'aide en armes et minutions de l'armée congolaise, confirmant ainsi les allégations des officiels rwandais (régulièrement reprises par le M23 et ses prédecesseurs de mouvements) qui ont toujours accusé les FARDC et le gouvernement congolais d'armer et de travailler en connivence avec ce groupe "terroriste et génocidaire".

Ce dimanche encore (2 décembre 2012), au lendemain du retrait officiel du M23 de la ville de Goma conformément aux recommandations de la CIRGL, le gouvernement rwandais a annoncé qu'une nouvelle incursion des FDLR a eu lieu en district de Musanze, dans le parc des volcans (prolongement du parc des Virunga en RDC), faisant cette fois un mort (un garde-parc rwandais) et un blessé. Comme précédemment, l'information a été largement relayée par les médias rwandais et occidentaux. Peut-être entendra-t-on ce soir, comme précédemment, un porte-parole des FDLR revendiquer l'attaque !

Tout ceci n'est pas sans susciter des questionnements pour quiconque suit attentivement la situation dans cette région trouble des grands-lacs, et en particulier ce qui se passe à l'est de la République Démocratique du Congo et les rapports pour le moins complexes qu'entretient ce vaste pays avec son miniscule voisin.

FDLR, inventer une sacrée aubaine pour inverser le sens du tourbillon régional ? 

En effet, selon tous les experts et tous les connaisseurs de la région, les FDLR ont été considérablement affaiblies durant les dernières années : sur le plan humain, leur nombre est passé d'une dizaine de milliers à seulement deux ou trois mille. Tandis que sur le plan matériel et politique, ils ne bénéficient plus ou prou du soutien du gouvernement congolais; leurs leaders en Europe ont été emprisonnés - et un autre est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la CPI - ; la population congolaise s'est globalement dissolidarisée d'elles à cause de leurs exactions et de leurs liens supposés avec l' "agresseur" rwandais; leurs circuits d'exploitation et de commerce illicites de minerais ont été fortement restreints, etc.). Outre le processus de démobilisation et rapatriement de la Monusco qui en a rapatrié plusieurs milliers ces dix dernières années, plusieurs opérations militaires ont été menées contre elles, y compris d'ailleurs avec la participation active du Rwanda, avec pour effet (au moins) de réduire leur capacité d'organisation et d'opération> (Jusqu'il y a trois mois, des soldats rwandais censés "traquer" les FDLR étaient en opération dans le Rutshuru). Les rébellions de Laurent Nkunda et l'actuel M23 ainsi que l'activisme des milices congolaises anti-rwandaises ou anti-FDLR sont aussi passées par là...

Le contexte : l'autre sujet d'interrogation, c'est le moment pour le moins improbable où ces attaques ressurgissent. Il faut dire qu'aucune incursion armée des FDLR n'avait été rapportée depuis 2006, hormis (curieux, cela aussi) les quelques attaques à la grenade qui ont eu lieu dans certaines villes du Rwanda entre 2010 et 2011, et que le gouvernement rwandais a attribué tour à tour à ses officiers dissidents, à des opposants et aux FDLR. Les prétendus agresseurs du Rwanda auraient traversé la zone controle du M23, groupe rebelle créé (ou en tout cas soutenu) par le Rwanda, pour pénétrer sur le territoire du Rwanda. comment, d'un coup, un groupe rebelle que tout le monde dit moribond, renaît soudainement, au moment le moins propice qui soit pour lui, pour lancer des attaques contre une armée aussi redoutée dans la région que l'armée rwandaise ? Quel pourrait être le but d'une telle démarche sinon le suicide ? Si elles sont soutenues par les FARDC, comment les FDLR ont-elles attendu la défaite de leurs "sponsors" et leur éloignement de la frontière pour lancer leur incursion, sachant qu'elles n'auraient pas de base-arrière, et qu'elles seraient encerclées par deux armées alliées, en l'occurence le M23 et la Rwanda Defense Force ? Peuvent-elles être aussi insensées, ces FDLR ?

Attaques, ou simulacres d'attaques ? 

Une seule réponse me paraît évidente : ce sont des simulacres d'attaques mises en scène par le Rwanda, et qui ont des motivations politiques et diplomatiques plus ou moins faciles à dénicher. Le Rwanda est actuellement accusé de toutes parts de soutenir la rébellion du M23 qui est entrain de remettre à plat tous les efforts de stabilisation de la RDC. Il a beau démentir, son discours ne coule plus de soi, et même ses soutiens traditionnels et presque inconditionnels commencent à marquer leur agacement et leur désaccord des méthodes de Kagame et de son armée. Alors, pourquoi ne pas se remettre en position de victime ? Les FDLR, qualifiées de groupe terroriste et génocidaire par Kigali ont toujours été montrées comme constituant une menace sérieuse à la sécurité du Rwanda, ce qui a d'ailleurs servi à justifier ses nombreuses interventions armées (officielles ou non) en RDC.

En réussissant à démontrer que contrairement aux prétentions des experts, les FDLR continuent de constituer encore aujourd'hui une menace sérieuse pour sa sécurité, il ferait d'une pierre plusieurs coups : il préparerait les esprits sur son éventuelle nouvelle intervention en RDC au nom du "droit de suite"; contribuerait à donner raison aux rebelles du M23 qui prétendent que le retour des réfugiés Tusti congolais n'est pas possible puisque les FDLR qui les pourchassent sont encore présents et actifs; offrirait une autre actualité, nettement plus avantageuse, aux médias qui n'évoquent plus le Rwanda que pour parler de différents rapports le mettant en cause dans la destabilisation de la RDC; embarrasserait le gouvernement congolais constamment accusé de soutenir ou de travailler avec ces miliciens, etc. Bref, un coup politique, diplomatique et médiatique considérable. "On accuse de soutenir le M23, pourtant c'est la RDC qui soutient des génocidaires (le mot est lourd) qui lan cent des attaquent contre notre pays", clame en filigrane le Rwanda.

Et De Forge Bazeyi : a-t-il mordu à l'hameçon de Kigali ? 

Pourtant le porte-parole des FDLR a lui-même revendiqué l' "attaque" de dimnanche dernier ? C'est mal connaître le régime rwandais que de perdre son temps sur ce genre d' "évidences". Loin de moi la volonté d'imaginer la seule hypothèse d'un montage fait par Kigali pour les raisons dont je viens d'évoquer les plus probables. Non. Il y a les faits et leur analyse contextuelle, mais il y a surtout l'histoire récente, différents rapports qui ont fini par rendre notoire le mnodus operandi du régime rwandais et ses moyens de propagande politique, etc. Il est de notoriété publique qu'à différentes périodes de l'histoire récente, le Rwanda a manipulé les groupes rebelles opérant à l'Est de la RDC (y compris les FDLR) pour mener à bien ses différents projets : création de groupes armés, dédoublement d'autres, redéploiement de Hutu démobilisés sur le sol congolais, ... Les derniers rapports du panel des experts sur la RDC y reviennent abondamment; ceux de la Monusco et des organisations non-gouvernementales publiés au début de l'actuelle crise étaient allés dans le même sens, ... Plusieurs témoignages de rwandais ayant participé ou ayant été intéressés à ces fins abondent.

Gén. Paul Rwarakabije, ancien patron des FDLR devenu officier de l'armée rwandaise.
Qui ignore que d'anciens officiers et simples soldats FDLR ont été intégrés dans l'armée rwandaise, après plusieurs années d'activisme au Congo, sans jamais faire l'objet de poursuites pour les crimes qu'ils auraient commis au Congo ou au Rwanda après 1994 ? S'il y a un art que Kagame et son système maîtrisent bien, c'est la manipulation et la propagande. Dès lors, est-il impossible que le porte-parole des FDLR ait été acheté, ou à tout le moins utilisé par le Rwanda, pour accréditer les allégations officielles du gouvernement et de l'armée rwandais ? Je ne le pense pas... Car le Rwanda a tout à gagner à ce que, invraisemblables et improbables qu'elles sont, ces "attaques" soient prises pour vraies par la communauté internationale, l'opinion publique, et surtout les médias. Et Dieu sait qu'il serait prêt à sacrifier la vie de ses propres citoyens si cela était nécessaire ! Entre la raison d'Etat, et la vie d'un, voire plusieurs simples individus, Kagame n'est pas homme à faire de longs calculs...


Défaire les manoeuvres rwandaises, ou oublier la stabilité et la paix à l'Est de la RDC

En un mot, à la lumière des faits, du contexte et de l'histoire récente, il faut être dupe pour croire ce genre d'allégations de la part du Rwanda. Heureusement que personne ne semble plus l'être vraiment, bien que nombreux sont (parmi les occidentaux) ceux qui hésitent encore à blâmer aussi fort qu'il le faut le Rwanda. Il faut dire que si la carte de la menace FDLR ne fait pas le jeu, il n'en sera pas immédiatement de même des nombreux autres jockers dont disposent le Rwanda : génocide de 1994 et son lot de remords dans le chef de la communauté internationale, usage efficient de l'aide internationale, lutte contre la corruption, développement "exemplaire", mais surtout une armée disciplinée dont les Nations-Unies et les grandes puissances peuvent difficilement se passer désormais, au Darfour, au Sud-Soudan, en Somalie et ailleurs.

Le retrait du M23 de la ville de Goma et d'autres localités que ce mouvement rebelle avait occupés il y a moins de deux semaines (avec, semble-t-il, la participation directe et substentielle de l'armée rwandaise, selon un nouveau rapport qui sera vité discrédité comme ceux qui l'ont précédé) ne devrait pas mettre les gens en euphorie. A mon avis, le Rwanda et l'Ouganda, via la CIRGL, avaient intérêt à faire appliquer une "résolution" prise au niveau régional afin de marquer des points : faire créditer la thèse selon laquelle ils soutiennent sincèrement le retour de la paix en RDC, car sinon ils ne seraient pas aussi "exigeants" envers le M23, et, d'autre part, obtenir que la CIRGL et ces deux pays continuent d'être regardés comme sérieux et incontournables dans cette crise. Pompiers-pyromanes, c'est cela le terme ?

Les attaques lancées le soir même du retrait du M23 contre le camp des déplacés de Mugunga; ces allégations répétées d'incursions des FDLR sur le territoire rwandais et de leur soutien supposé par l'armée gouvernementale congolaise; les déclarations de Sultani Makenga sur son intention de terminer, si nécessaire, le travail qu'il a commencé; etc., voilà autant d'éléments qui attestent de la volatilité et l'imprévisibilité de la situation. Le Rwanda, me semble-t-il, n'a pas encore dit son dernier mot !

Le voeu des congolais et de tous ceux qui ont un souci réel pour la paix et la stabilité de cette région, c'est que les occidentaux ne tombent pas à nouveau dans le filet de la très probable manipulation rwandaise; qu'ils accroissent par contre leur pression sur ce bout de pays qui, trêve d'arrogances, ne peut survivre sans leur aide, et qu'ils posent en même temps des actions concrètes et fortes pour qu'adviennent et émergent, en RDC, un véritable Etat (avec un véritable gouvernement et une véritable armée). Ce sont des actions qui doivent être simultanées.





 

samedi 1 septembre 2012

James Kabarebe enfonce Joseph Kabila ! Extraits commentés de l'interview du Ministre rwandais de la défense avec la journaliste belge Colette Braeckman


Le Président J. Kabila 
Le Président P. Kagame 

 





Le Général J. Kabarebe
Le Général James Kabarebe est actuellement le Ministre rwandais de la Défense. Avant d'occuper ce poste « civil », il était, aux côtés d’un certain Laurent-Désiré Kabila, Chef d’Etat-Major de l’armée nationale congolaise après que l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) ait défait le Maréchal Mobutu, puis Chef d’Etat-Major de la Rwanda Defense Force, l’armée rwandaise. Un parcours atypique, c’est le moins que l’on puisse dire…
 
Cette semaine, il a accordé à la journaliste belge Colette Braeckman (« spécialiste » des grands-lacs) du quotidien bruxellois Le Soir, une longue interview qu’elle vient de publier sur son blog sous le titre mérité : « Cartes sur table : les quatre vérités du général James Kabarebe ». (Voir Le Carnet de Colette Braeckman : http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2012/08/29/cartes-sur-table-les-quatre-verites-du-general-james-kabarebe/).

James Kabarebe, de caractère plutôt discret et taciturne, y fait, avec une arrogance déconcertante, un certain nombre de déclarations pour le moins accablantes pour les autorités congolaises, si bien que sous d’autres cieux elles auraient immanquablement des répercussions politiques, si elles manquaient de faire tomber certaines têtes haut perchées à l’intérieur de la RDC.

Quelques observations 

En lisant l'extrait que je vous propose, ou l'intégrité de l'interview sur le blog de Colette Braeckman, vous allez sûrement vous faire votre propre opinion. Mais de mon analyse, on peut croire ou ne pas croire la thèse rwandaise; on peut ou ne pas apprécier James Kabarebe, être irrité par son arrogance; on peut se sentir trahi par les autorités congolaises, si les révélations du ministre rwandais sont vraies, mais une chose est sûre : il nous crache bien des vérités sur la face ! Au sujet du virus qui gangrène les FARDC; sur le fait que la RDC doit apprendre à compter sur elle-même pour résoudre ses problèmes, au lieu de passer son temps à invectiver et à pleurnicher; etc. Par moments, il donne l'impression de très maîtriser le dossier du Kivu que de nombreux officiels congolais, qui remuent mieux leur langue que leurs méninges. 

Certaines déclarations du général James Kabarebe sont d'une telle gravité qu'elles mériteraient que la justice s'y penche et mène des enquêtes : la prétendue collaboration entre le président Joseph Kabila et le général Bosco Ntaganda, dont il dit qu'ils auraient fait ensemble de "curieux business"; la prétendue "fabrication de preuves" pour trouver un bouc-émissaire à la défaite militaire des FARDC sur le front; ainsi la trêve de cinq jours qui a été effectivement décrétée unilatéralement par les FARDC au moment où Ntaganda et ses hommes étaient pris en étau dans les collines de Masisi, trêve qui a de toute vraisemblance permis à ces mutins de se déplacer librement vers le territoire de Rutshuru où ils ont rejoint Makenga et sa troupe. On pourrait ajouter à ces accusations les deux dossiers des colonels Zimurinda et Ngaruye qui auraient été arrêtés et désarmés, puis relâchés et réarmés, avant de rejoindre la rébellion. Il y a sûrement quelque chose de louche qui s'est passé, sinon par complicité, au moins par négligence. Encore que les déclarations de Kabarebe à ces sujets sont corroborées par d'autres témoignages parmi les officiers des FARDC et les agents de l'agence nationale de renseignement qui ont participé à ces scénarios. Enfin, l'affaire de l'avion transportant de l'or et des mercenaires nigérians et américains qui avait été intercepté à Goma ne suscite pas moins de questionnements, quand on sait comment elle a été étouffée par les hautes autorités à Kinshasa. 

Mais quel est ce magistrat congolais qui aura le culot de poser un acte sur des dossiers aussi brûlants ? Je suis le premier à douter qu'il y en ait un seul. Cependant, l'histoire récente est pleine de retournements qui permettent d'espérer qu'un jour, peut-être, les Congolais connaîtront la vérité sur ces affaires, et sur beaucoup d'autres, et que les personnes impliquées (Président de la République, ministres, officiers militaires et autres) en répondront. 

En attendant, la Nation congolaise a une guerre à gagner : celle du recouvrement de l'intégrité de ses frontières, et du rétablissement de la paix à Rutshuru, à Masisi, et partout ailleurs. Et à ce sujet, je ne pense guère que les déclarations et révélations de Monsieur James Kabarebe, "Conseiller spécial du Président Kabila en matière de sécurité et de défense" (à en croire ses propos, cette appellation me semble lui convenir), aient fait avancer les choses. Il a raison, les Congolais doivent trouver eux-mêmes la solution à leurs problèmes... 


Je vous propose ici quelques extraits de cette interview-fleuve, en mettant en exergue quelques phrases-choc, avec le sincère espoir que vous surviviez à son torrent d’infamies. Les questions de la journaliste sont en gras, les répondes du Général Kabarebe en bleu. Les sous-titres en rouge gras sont ajoutés par moi. 

L'aide du Rwanda indispensable pour résoudre les problèmes de la RDC, même Kabarebe s'en étonne ! 

A la veille des élections au Congo, l’automne dernier, vous affirmiez que si vous pouviez aider ce pays à se stabiliser davantage, vous le feriez. Au vu de la situation actuelle, qu’est ce qui a mal tourné ?

Ce n’est pas seulement à la veille des élections que nous avons tenté d’aider le Congo. En 2009 déjà, nous avions tenté de résoudre le problème du CNDP (Conseil national pour la défense du peuple), ce qui avait débouché sur l’arrestation du général Laurent Nkunda et la mise à l’écart de beaucoup d’autres groupes, le Pareco, les Mai Mai Kifwawa, le groupe de Nakabaka, le FRC…

Que s’est-il passé cette année-ci ?

En décembre, au lendemain de son élection, le président Kabila dépêcha un envoyé spécial à Kigali, accompagné de quelques militaires. Le conseiller du président, feu Katumba Mwanke, apportait un message en quatre points : le premier c’est que le président Kabila souhaitait obtenir le soutien du Rwanda pour transférer vers d’autres provinces les soldats d’expression rwandaise qui se trouvaient dans l’Est du Congo. Il souhaitait également notre appui car les Occidentaux le pressaient d’arrêter le général Bosco Ntaganda. Après avoir réalisé ces deux points, nous aurions mené des opérations conjointes pour neutraliser les FDLR. Et enfin, forts d’avoir travaillé correctement ensemble sur les points précédents, nous aurions renforcé la coopération économique entre nos deux pays, relancé plusieurs projets demeurés en suspens.


La délégation nous expliqua que les soldats rwandophones refusaient d’être déployés ailleurs qu’au Kivu et elle espérait que nous réussirions à les convaincre, compte tenu de notre relation historique pas seulement avec les anciens soldats du CNDP mais aussi avec les autres officiers congolais.
D’après eux, ces hommes refusaient d’être transférés dans d’autres parties du pays car Bosco Ntaganda le leur interdisait…
Comme de coutume nous avons proposé notre aide même si mon sentiment était que des problèmes de cet ordre devaient être résolus sur une base nationale.

Pour ce qui concerne Bosco Ntaganda
, nous avons rappelé que la communauté internationale, qui exigeait l’arrestation de ce dernier, disposait au Congo d’une force de paix onusienne de 20.000 dotés de tanks, d’hélicoptères, de forces spéciales, une force se trouvant en partie à Goma, en face de chez Bosco. Avec lui, les officiers jouaient au tennis, ils fréquentaient les mêmes boîtes de nuit, les mêmes bars et restaurants. Pourquoi ne se sont-ils pas chargés de l’arrêter, pourquoi nous ont-ils demandé de le faire ? Nous avons répondu que cette arrestation n’était pas notre affaire, qu’il était un officier congolais très proche du président Kabila, qu’ils avaient fait de curieux business ensemble.
Vous souvenez vous de l’histoire de cet avion chargé d’or intercepté à Goma ? De très hauts dirigeants congolais étaient impliqués dans cette affaire. Ntaganda n’était plus sous notre contrôle…

Les membres de la délégation nous ont alors dit qu’ils allaient arrêter Bosco, mais sans le déférer devant la Cour pénale internationale. Nous étions le 5 février et la délégation regagna Kinshasa. Deux jours après cette rencontre, Katumba Mwanke trouva la mort dans un accident d’avion à Bukavu.

Fin mars, le président Kabila renvoya une autre délégation à Kigali, dirigée par le chef des services de sécurité, Kalev, par le colonel Yav Jean-Claude et d’autres. Ils souhaitaient toujours notre assistance car ils ne voulaient pas résoudre les problèmes de l’Est sans notre appui. Quel soutien ? Ils assuraient que Bosco Ntaganda bloquait le transfert de soldats rwandophones dans le reste du pays.

"Le président était déterminé à protéger Bosco Ntaganda", dixit J. Kabarebe 

Le Président (Kabila) était déterminé à ne pas le transférer à la CPI mais le faire traduire devant une juridiction congolaise. Quant aux trois officiers rwandophones ils ont expliqué : « ce n’est pas Bosco qui nous bloque, mais le fait que beaucoup de points sur lesquels un accord avait été conclu en 2009 n’ont pas été réalisés. Comme préalable à notre déploiement dans d’autres régions du Congo, il fallait rétablir la sécurité au Kivu, régler le problème des FDLR, permettre que nos parents qui depuis tellement longtemps vivent dans des camps de réfugiés au Rwanda puissent rentrer chez eux »(...). 

Il y avait tant de plaintes que je ne peux me les rappeler toutes. Je me suis alors adressé à Kalev, lui demandant s’il savait déjà tout cela. Il répondit devant les autres qu’il avait déjà entendu cela tant de fois, qu’il en avait souvent parlé au président mais qu’il n’avait rien pu faire ! J’ai alors demandé comment on pouvait sortir de cette situation. Ils ont répété qu’ils ne pouvaient se déployer hors du Kivu. Les autres ont dit que le gouvernement ne pourrait tolérer l’indiscipline et qu’ils devraient partir. J’ai alors prévenu les représentants du gouvernement, leur disant que
cette situation était une bombe à retardement, qu’ils devaient trouver des solutions avant qu’il ne soit trop tard.

Comme je connais très bien la situation du Kivu, que je connais tout le monde là bas, j’ai conclu que l’on se trouvait à la veille d’une guerre. J’ai dit qu’il fallait éviter à tout prix d’en arriver là et que s’ils voulaient quelque assistance, nous étions disposés à les aider à trouver une solution. La guerre, disions nous, va affecter tout le monde, la population congolaise, le Rwanda. De notre point de vue, si la guerre éclate, les FDLR vont regagner du terrain.

A cette même période, le 8 avril, alors que nous recherchions une solution pacifique, le gouvernement congolais envoya vers Goma une importante force militaire, des lanceurs de fusée, des chars T52, des hélicoptères de combat. Goma fut soudain fortement militarisée. Au moment où, avec Kalev le chef de l’information civile et Yav le chef de l’information militaire, nous tentions de résoudre pacifiquement les problèmes, le chef d’état major, le général Etumba et le chef de l’armée de terre Tango Four Amisi débarquèrent à Goma pour renforcer l’effort militaire.

Nous répétions que l’option militaire n’était pas la meilleure, mais ils sont allés de l’avant. C’ est à ce même moment que des officiers ont commencé à déserter leurs unités, que d’autres ont refusé le déploiement. Je leur ai alors conseiller de réunifier l’armée, de stopper les transferts, car la situation devenait dangereuse, de se pencher sur l’administration de l’armée, car il y avait beaucoup trop d’irrégularités, de problèmes de commandement, le mécontentement était général.

Après cette réunion, le président Kabila est venu à Goma, où il a annoncé qu’à tout prix il fallait arrêter Bosco Ntaganda, à tout prix. Ce message était le contraire de ce que j’avais entendu la veille, où on me disait que Bosco pouvait rester dans sa ferme.  A ce moment, il se passait tant de choses ! Lorsque le colonel Zimurinda arriva à Goma, il fut désarmé, mais le même soir, on lui rendit ses armes et son escorte et il rejoignit immédiatement Bosco Ntaganda. Le jour suivant, le colonel Baudouin Ngaruye fut lui aussi désarmé et lorsque le soir on lui rendit ses armes après avoir négocié, il rejoignit Bosco. 

Makenga, le justicier de L. Nkunda ! 

(...) Quant au colonel Makenga, il retourna à Bukavu après notre réunion. Lorsque le président Kabila arriva à Goma, Makenga était supposé y revenir pour assister à une réunion, et sur la route de Bukavu à Goma, il y eut une embuscade, montée par Delphin Kahimbi. Makenga y échappa et arriva tout de même à Goma mais ne revint jamais à Bukavu.

Cette version est controversée, car selon d’autres sources, Makenga aurait fui par le lac en direction du Rwanda…

Non, il a échappé à l’embuscade et après quelques jours il a appelé Jean-Claude Yav disant qu’il ne pouvait rentrer à Bukavu aussi longtemps que Kahimbi s’y trouverait et il resta à Goma..

Vous êtes sûr qu’il ne s’est pas rendu à Gisenyi à ce moment ?

Non, il est resté à Goma.
Makenga n’avait pas l’habitude de venir au Rwanda car il nous en voulait d’avoir arrêter Laurent Nkunda dont il était très proche. Durant ces quelques jours, les combats commencèrent contre Bosco Ntaganda, les FARDC l’attaquèrent dans sa ferme et ils amenèrent des renforts depuis le Sud Kivu. Même Delphin Kahimbi remonta de Bukavu jusque Goma. Le voyant arriver, Makenga quitta Goma à son tour et se rendit à Runyonyi, un endroit qu’il connaissait très bien. Ce mouvement du colonel Makenga en direction de Runyoni changea tout le scénario de la guerre ; si Bosco n’était pas populaire parmi les soldats, pas même auprès des rwandophones, il n’ en allait pas de même de Makenga : lui il était très populaire auprès des soldats…Son départ provoqua un mouvement de désertion parmi les FARDC..
Les ex CNDP, dans le Masisi, étaient pratiquement vaincus et ils se renforcèrent lorsqu’ils firent mouvement vers Runyonyi. C’est alors que l’on a évoqué l’appui du Rwanda…

C’est faux, hopeless. S’ils étaient vaincus, pourquoi ne furent ils pas capturés ?Entre Masisi et Runyoni, il y a une longue distance, plus de sept heures de route. On aurait pu les arrêter, les bloquer… Mais un cessez le feu avait été décrété, qui leur a permis de fuir…

Non, il n’y a pas eu de cessez le feu. Ce qui s’est passé, c’est que cette force était intacte, avec ses armes et ses commandants, on ne peut pas dire qu’elle ait été défaite. On l’a peut-être laissée passer, intacte. Ce qui est important, c’est que lorsque Makenga arriva à Runyonyi, il avait 200 soldats. Dans les jours qui suivirent, ils étaient des milliers : des soldats, des officiers firent alors défection et convergèrent pour rejoindre Makenga, il ne s’agissait pas seulement de rwandophones. 

La composition du M23, afande James sait tout... Et s'agissant de la principale faiblesse des FARDC, il dit juste : le mauvais management ! 

"D’après nos informations, 80% des forces du M23 sont des Hutus, anciens combattants du Pareco. Bashi, Bahutu, Nande, Barega, beaucoup d’autres groupes rejoignirent le M23. Même des membres de la garde rapprochée du président Kabila, des Katangais, des Kasaïens, firent défection et rejoignirent Makenga, tellement il y avait du mécontentement… Le mauvais management des troupes est au cœur du problème. Comment pouvez vous envoyer des troupes en opération en leur donnant seulement une poignée de haricots secs ! Au lieu de leur envoyer de la nourriture, vous leur donnez un sac de haricots, sans eau, sans sel, sans riz, sans casserole ni bois de feu… C’est impossible.
On ne peut pas dire que l’armée congolaise a échoué à battre le M23, car le M23 était soutenu par le Rwanda. Non. Ils ont échoué parce qu’ils ne peuvent pas se battre, dans les conditions où ils se trouvent. Ils ne tueraient même pas un rat…..

James Kabarebe a des leçons à donner à son successeur Didier Etumba... 

A la question de C. Braeckman de savoir si les FARDC pourraient se battre s’ils étaient nourris correctement, voici sa réponse : 

"La nourriture ne suffit pas. Il faut aussi une bonne structure de commandement… Après avoir rejoint les rangs du M23, les soldats déserteurs commencèrent à mieux se battre. Pas seulement à cause de la nourriture, mais parce qu’ils se battaient contre un système qui les maltraitait… Dire que le Rwanda soutenait le M23, c’est faux et je vais vous le démontrer…

Quant au soutien du Rwanda au M23, J. Kabarebe a sa théorie...vraisemblable ! 

Vous dites qu’aucun renfort n’a traversé la frontière ?

J’ai connu cette région autrefois. Runyonyi ne se trouve pas sur la frontière, marcher depuis la frontière rwandaise jusque Runyonyi, cela prend au moins onze heures de marche, il faut traverser la forêt car il n’y a pas de routes, il n’y a aucun lien entre Runyonyi et le Rwanda. Toute cette histoire de soutien que le Rwanda aurait apporté est une manipulation. Mais une manipulation très compliquée. Elle implique le gouvernement congolais désireux de sauver la face après sa défaite militaire et sommé d’expliquer pourquoi ses soldats n’ont pas combattu. Elle est soutenue par l’Occident, déçu par le fait que Bosco Ntaganda n’ait pas été arrêté par la Cour pénale et que le Rwanda n’a pas coopéré à cette arrestation. Le Rwanda est puni car il n’a pas coopéré pas avec la Cour pénale internationale, cela, c’est le fond du problème. Tout le monde sait que le Rwanda n’a pas un seul soldat au sein du M23, ne lui donne aucun soutien. Même les Congolais savent cela, ils nous le disaient à titre individuel, mais ils devaient sauver la face…

Mais à Goma fin juin, des transfuges ont témoigné du fait qu’ils avaient été recrutés au Rwanda pour venir combattre au Congo…Que faut-il en penser ?

Vous connaissez le Congo, vous savez comment Goma, Bukavu, c’est un melting pot de mensonges, diffusés à la radio par le gouverneur, le ministre de l’information… 

Tout de même, ceux qui ont diffusé ces témoignages que vous qualifiez de mensonges ont été nombreux, issus de différents milieux, y compris des observateurs des Nations unies…

"C’est pourquoi je parle d’une machination contre le Rwanda, en connivence avec le gouvernement congolais et la communauté internationale. C’est ainsi. Le problème est là. La Monusco a été au Congo durant plus de dix ans, et elle n’a rien résolu. Elle fait du business avec les FDLR, fait commerce avec l’or, le coltan, nous savons tout cela.
Quant au groupe d’experts de l’ONU, ces jeunes hommes et femmes qui ont rédigé le rapport, comme Steven Hege, qui prône la négociation avec les FDLR, il a aussi été manipulé par le gouvernement congolais.

"Comment les Nations unies peuvent elles désigner comme experts des gens aussi jeunes, aussi peu expérimentés, qui se perdent même dans les acronymes. Même leur intégrité est sujette à caution…Ils n’ont pas le niveau de compréhension minimum nécessaire dans cette région. Pour nous, nous n’allons pas cesser d’avoir des contacts avec la RDC. Des le 1er mai, nous avons eu des contacts au niveau de l’état major. Ils nous ont demandé de les aider et nous allons le faire. Nous leur avons rappelé que le 8 avril ils avaient manqué une occasion d’éviter la guerre. Nous leur avons demandé de stopper les combats afin que nous puissions voir que faire, comment les aider. A cette époque, nos interlocuteurs congolais nous demandaient explicitement de déplacer nos forces à l’intérieur du Congo, afin de les aider à régler le problème. Nous avons refusé de bouger nos forces..

Les Congolais se seraient "sursestimés"...

"Je crois qu'en commençant cette guerre, les Congolais ont pensé que ce serait une opération rapide. Ils se sont surestimés. Mais lorsque les choses ont commencé à changer sur le terrain, ils ont commencé à chercher un prétexte, et à désigner le Rwanda. D’autant plus facilement que chaque fois que quelque chose ne va pas au Congo, on désigne le Rwanda. A cela s’est ajoutée la frustration de l’Occident qui voulait arrêter Bosco Ntaganda et poussait le président Kabila à le faire. Tout cela engendré un grand chaos.

(...)

Le ministre belge Reynders a laissé entendre que des « éléments rwandais non contrôlés » pourraient être impliqués. Cela vous paraît il possible ?

"Je suis sûr que les militaires rwandais sont plus contrôlés, mieux organisés que les Belges. Si des éléments incontrôlés existent quelque part, ce serait plutôt dans l’armée belge qu’au sein de l’armée rwandaise. L’armée rwandaise est solide, bien organisés, bien commandée, bien disciplinée, des éléments incontrôlés en son sein ne peuvent pas exister…"

Et des recrutements incontrôlés, de Tutsis d’origine congolaise qui se trouveraient en territoire rwandais, c’est impossible aussi ?

"Cela, c’est possible. Nous avons camps de réfugiés, à Buyumba, Gatsibo, Kibuye et Kigeme et d’autres réfugiés ne sont pas dans des camps. Qu’il y ait des recrutements dans ces milieux là, c’est très possible, à 100%. J’ai dit aux Congolais que s’ils avaient des informations à propos de ces recrutements, ils pouvaient nous les donner, pour que nous y mettions fin. Mais les Congolais préfèrent faire du bruit et accuser le Rwanda…"

Le Rwanda ne pourrait pas tolérer des mouvements mafieux. Mais même si cela était...

Des intérêts privés, mafieux, auraient-ils pu être mêlés à tout cela ?

"C’est de l’imagination, de la fantaisie, de la confusion totale. Comment le Rwanda pourrait il tolérer de tels mouvements ? La société rwandaise est très disciplinée, nous ne pouvons avoir de tels éléments… Et même si cela était, cela n’expliquerait pas comment toute une armée a pu être battue par quelques centaines d’éléments… Vingt deux mille éléments, équipés de tanks, d’hélicoptères ont été mis en échec par quelques centaines de mutins. Cela montre qu’au Congo il n’y a ni gouvernement ni armée, seulement un grand vide.

J. Kabarebe assure que "les Nations Unies ne pourraient pas mettre le Rwanda sous pression" !

Tous ces constats étant faits, la pression étant mise sur le Rwanda, quelles sont les pistes de solution ?

"Le Rwanda n’est pas sous pression. Croyez vous vraiment que les Nations unies pourraient mettre le Rwanda sous pression ? C’est un non sens. Même les sanctions ne nous effraient pas, elles ne signifient rien… Mais si des fonds sont coupés, des budgets bloqués, cela peut faire mal… L’argent ce n’est pas un problème. Dans la brousse nous avons déjà survécu sans ressources… Sans aide, nous nous développerons mieux, cela nous donnera plus d’énergie encore. S’ils en sont au point de baser leurs sanctions sur des mensonges, laissons les faire, cela ne risque pas d’influencer le Rwanda. Au Congo, nous n’avons pas commencé ces histoires, nous ne les avons pas soutenues et aujourd’hui nous n’allons pas y aller pour nettoyer leur désordre. Nous compterons sur nous-mêmes comme nous l’avons toujours fait…

J. Kabarebe ne croit pas que la "force internationale neutre" verra jamais le jour ! 

Quelles sont les solutions possibles ?

"C’est aux Congolais qu’il appartient de les trouver. Et aussi aux Etats membres de la Conférence internationale sur la sécurité dans les Grands Lacs, qui vont se revoir le 5 septembre. Je ne suis pas sûr que la force neutre verra jamais le jour. Par contre ce qui fonctionnera, c’est le mécanisme conjoint de vérification, qui sera composé de trois représentants de chacun des Etats membres de la conférence. Le commandement sera exercé par l’Ouganda, le numéro deux sera originaire de Brazzaville, les autres viendront de RDC, du Rwanda, du Burundi, de l’Angola, de la Tanzanie… Ces officiers vérifieront la frontière entre la RDC et le Rwanda, ils contrôleront aussi sur le terrain l’application du cessez-le-feu entre l‘armée congolaise et le M23 et la présence des FDLR sur le terrain. Tout cela en attendant l’éventuel déploiement de la force neutre. Si elle vient jamais…"

Des négociations avec le M23 sont elles envisageables ?

"Cela dépend de ce que décidera la conférence. Maintenant il faut laisser jouer les mécanismes régionaux. Nous nous référerons aux décisions de la Conférence présidée par l’Ouganda…
Si l’on veut sortir de cette crise, il faut que la communauté internationale comprenne qu’en exerçant des pressions sur le Rwanda à propos de la situation en RDC, elle ne fait pas de bien à la RDC : les problèmes sont nés là, c’est là qu’ils doivent être résolus. Et les Congolais doivent savoir que la solution à leurs difficultés ne viendra pas de la communauté internationale, mais d’eux-mêmes. C’est en comptant sur eux-mêmes, en construisant leurs propres mécanismes de gouvernance, leur propre système que les Congolais s’en sortiront… 
Si à Kinshasa ou au Kasaï les gens ont faim et se révoltent, en quoi le Rwanda est-il responsable de cette situation ? Où est le lien… Si les Congolais continuent à rechercher à l’extérieur les causes de leurs problèmes, ils rencontreront plus de difficultés encore…C’est en eux-mêmes qu’ils doivent rechercher les solutions…". 


samedi 25 août 2012

Conflit à l’Est de la RDC : Reynders sur la bonne piste ?

Monsieur Didier Reynders devant la presse à Kinshasa, le 20/8/2012
Photo radio Okapi

Le vice-premier ministre et ministre belge des affaires étrangères, Didier Reynders, arrive ce weekend à Kigali, la capitale rwandaise, après six jours passés en République Démocratique du Congo, où il a eu des entretiens avec plusieurs hautes autorités, autour notamment de l’épineuse question de la rébellion du M23 qui sévit au Nord-Kivu.

Monsieur Reynders, qui a eu une rencontre avec le Président Joseph Kabila  à Lubumbashi au milieu de la semaine écoulée, a tenu à souligner l’importance que l’ancienne métropole attachait au respect de l’intégrité et à la souveraineté de la RDC. Dans un langage on ne peut plus franc, le chef de la diplomatie belge a épinglé la question cruciale de la réforme des forces armées de la RDC comme l’une des voies par lesquelles passera la résolution durable des conflits armés récurrents en RDC, et à l’Est en particulier. Il a reconnu au passage l’erreur grossière commise dans le passé par le gouvernement congolais – et encouragée en son temps par la communauté internationale – d’intégrer de manière quasiment brute des rebelles au sein des FARDC. « Cela n’a peut-être pas été la bonne solution », a-t-il confessé.

Pour résorber la rébellion du M23 : prendre le Rwanda au mot, et le placer devant ses responsabilités

Au sujet de l’implication du Rwanda dans la rébellion du M23, Didier Reynders a très subtilement évité de porter des accusations directes souvent inutiles et contreproductives à l’encontre du minuscule voisin de la RDC, préférant présumer sa bonne foi et en tirer le meilleur parti : « Le Rwanda prétend ne pas être une part du problème, ce que nous souhaitons c’est que le Rwanda devienne une part de la solution », a-t-il déclaré. Et de renchérir : « Il faut que le Rwanda participe activement à la fin de la rébellion et garantisse l’étanchéité de la frontière».

En procédant ainsi, l’objectif de la diplomatie belge est clair : prendre le Rwanda au mot et, au lieu de chercher désespérément à lui extorquer des aveux – ce qui ne résout aucun problème réellement –, le placer devant ses responsabilités ; l’engager dans la résolution de la crise, en tant que pays voisin affecté d’une manière ou d’une autre par ce qui se passe à un jet de pierre de sa propre frontière (où sévit un certain groupe dénommé FDLR ; où vit une certaine communauté Tutsi ; et d’où proviennent quelques dizaines de milliers de réfugiés installés depuis des années au Rwanda : autant de questions à l’égard desquelles ce dernier ne peut pas se dire vraiment étranger).  

L’approche belge a au moins le mérite d’être pragmatique : d’abord parce qu’accuser le Rwanda, comme le fait depuis plusieurs mois le gouvernement congolais n’est pas en tant que tel une panacée au vrai défi qui est celui de mettre fin à la rébellion et d’opérer le retour durable de la paix et de la sécurité à l’Est de la RDC. Ensuite parce que, dans l’état actuel des choses, la résolution durable du conflit de l’Est de la RDC passe ipso facto par l’implication du Rwanda, et que l’isoler ou l’invectiver, alors que la RDC n’a ni un leadership politique et diplomatique aptes à le défier, ni une force armée capable de l’affronter, ne fera que retarder l’issue du conflit, sinon l’amplifier. Bien plus, en s’abstenant de prononcer inutilement des sentences contre le Rwanda, Monsieur Reynders n’a-t-il pas augmenté ses chances d’être reçu et entendu à Kigali ! Il faut peut-être rappeler ici que contrairement à aux autres grands partenaires bilatéraux du Rwanda, le Belgique s’est abstenue de suspendre son aide au Rwanda. Certains préfèrent y voir une sorte de complaisance, mais à mes yeux c’est une attitude tout à fait cohérente et compréhensible de la part de l’ancienne Colonie à l’égard de sa progéniture d’Etats passés pour ennemis.  

A la rigueur, la communauté internationale – et en particulier la Belgique – doit maintenir une pression mesurée sur le Rwanda, afin d’établir un certain équilibre dont la RDC n’est pas en mesure de s’assurer lui-même, et je pense que Monsieur Reynders est bien conscient de cela. En effet, le Rwanda doit comprendre que ses intérêts directs ou indirects en RDC – économiques notamment – ne sauraient être garantis, de façon pérenne, par la force ; qu’il a davantage à gagner dans le cadre de la coopération équitable avec son grand et riche voisin, dans un climat de stabilité et de paix de part et d’autre de leur frontière commune, et dans le respect mutuel, plutôt que dans des confrontations sans fin, des immixtions incessantes, des croisades de déstabilisation, de prédation et de pillage à répétition, ou des manœuvres à visées hégémoniques. Le Rwanda doit laisser la RDC résoudre ses problèmes internes, et cesser d’instrumentaliser la question des Tutsi congolais et autres congolais d’expression Kinyarwanda, ou encore celle des ex Forces armées rwandaises et Interahamwe pour justifier toutes sortes de digressions et d’immixtions de sa part.

Si c’est le message que le ministre Reynders va faire passer à Kigali, alors on peut dire que la Belgique est sur la bonne piste. Reste à espérer que ce message soit entendu et soit suivi d’effets concrets. La Belgique devrait en même temps convaincre ses pairs occidentaux de la pertinence de son approche, afin de les engager à l’appuyer, et à la parfaire si besoin est.

Aider à faire le ménage dans la case congolaise

Didier Reynders a eu raison de le rappeler, la RDC a le plus gros d’efforts à fournir pour se doter d’une armée véritablement républicaine et professionnelle, pour asseoir la démocratie, la bonne gouvernance et l’Etat de droit, et pour opérer un certain nombre de réformes indispensables à sa stabilité et son développement. L’implication du Rwanda et des autres puissances dans les conflits en RDC a beau être dénoncée, elle n’est que secondaire, et traduit profondément une quasi-absence de gouvernement responsable à la hauteur des défis du pays et des attentes légitimes de ses citoyens. Le Rwanda lui-même, ou tout autre pays, n’irait pas s’aventurer à sa guise dans un Etat organisé, effectivement administré et gouverné. Tous les maux de la RDC se justifient principalement  par la faiblesse, voire l’inexistence d’un Etat au sens moderne du terme, un état des choses dû à l’absence d’un vrai leadership politique, à l’incompétence manifeste des gouvernants actuels, à l’absence de vraies alternatives de la part de la classe politique dans son ensemble et de la société civile, ainsi qu’à l’attentisme coupable des Congolais.

La Belgique connaît parfaitement la RDC, et a avec elle des liens historiques forts, bien plus que n’importe quelle autre puissance étrangère. Elle peut très bien influencer un changement positif de la situation, tant à l’intérieur de la RDC qu’à travers ses relations avec les nations puissantes de ce monde, sans nécessairement apparaître comme voulant revenir aux vieux temps coloniaux. Certes, le risque que certains interprètent ses interventions comme un zèle paternaliste ou néocolonialiste est évident, mais il lui revient de prendre la précaution nécessaire pour le minimiser, et je pense qu’elle le peut. Par ailleurs, il n'est guère impossible que certains comportements reprochés aux congolais, et qui empêche le pays de progresser soient l’héritage, au moins en partie, de la colonisation et ses méthodes. Dès lors, la Belgique choisit-elle de se réfugier derrière la crainte d’être accusée de visées néocolonialistes et de laisser la RDC sombrer, ou choisit-elle d’oser aider les Congolais à se relever et à se mettre sur le rail ? Je crois que la Belgique devrait abandonner le complexe du colonisateur, et devenir celle qui se tient aux côtés du peuple congolais, non plus comme puissance ascendante et « civilisatrice », mais comme partenaire sincère. Ce serait pour le Royaume le meilleur choix, alliant réconciliation, dignité et grandeur, et les deux peuples (belge et congolais) y gagneraient également !     


mardi 3 juillet 2012

Est de la RDC : Indépendance pan ! pan ! pan !

Samedi 30 juin, alors que la RDC commémorait le cinquante-deuxième anniversaire de son indépendance, les combats faisaient de nouveau rage dans le Nord-Kivu, où les FARDC sont opposées depuis plus de deux mois au Mouvement du 23 mars (M23).

Les belligérants avaient convenu d'une trêve qui a duré une semaine, en vue de permettre la passation de l'examen d'Etat pour les finalistes de l'école secondaire. Ils se rejettent la responsabilité de l'initiative de la reprise des hostilités.

Au même moment, on signale la résurgence d'une coalition "contre-nature" entre les FDLR - les rebelles Hutu rwandais - et l'Union des Patriotes Congolais pour la Paix du chef de guerre La Fontaine, plus au nord de la province dans le territoire de Lubero.

Le gouvernement congolais a accusé le Rwanda de soutenir cette nouvelle alliance en vue de disperser les efforts des FARDC qui étaient concentrés sur le M23, ce que le Rwanda refuse d'admettre tout naturellement. Au contraire, il (le Rwanda) accuse ouvertement le gouvernement congolais de "réactiver sa collaboration" avec les FDLR en vue de les aider à "déstabiliser à nouveau le Rwanda". A son tour le porte-parole du gouvernement congolais a balayé ces allégations du revers de la main, les jugeant insensées. "Les FARDC mènent depuis des années une lutte sans merci contre les rebelles rwandais et toutes les autres forces négatives actives à l'Est de la RDC", a-t-il scandé.

Une alliance entre les FDLR et les rebelles congolais ne serait pas une première, et à mon avis sa réactivation ne serait pas étonnante d'autant plus que l'on se rappelle que la milice congolaise dirigée par La Fontaine s'est formée à l'époque où le CNDP conduit par Laurent Nkunda imposait sa loi dans le Rutshuru, avec pour objectif de servir de forces d'autodéfense pour les populations Hutu de cette contrée. A l'époque déjà, elle avait dû s'allier aux FDLR, car leur ennemi commun était la rébellion du CNDP essentiellement Tutsi, et soutenue par le Rwanda.

Bien plus, les alliances de la même nature sont fréquentes dans le territoire voisin de Masisi, entre par exemple les FDLR et les Nyatura (qui est aussi une milice d'autodéfense essentiellement hutu).

Ce qui est troublant par contre c'est le rapprochement fait entre ces alliances et le soutien désormais avéré du Rwanda au CNDP nouvelle formule - j'entends le M23 - , avec pour hypothèse que le Rwanda essaie par ce moyen de distraire les FDLR de leur principale cible que constitue le M23.

Dieu sait que le Rwanda n'en est pas incapable. Cependant, il faudrait bien plus d'éléments pour adhérer à cette hypothèse. Il n'est pas en effet impossible que les Hutu de Rutshuru essaient de former leur propre défense contre le M23 - qui est, sauf hypocrisie, un mouvement essentiellement Tutsi - et les FDLR seraient dans ce cas leur allié le plus naturel.

Plus inquiétant que ce jeu vrai ou imaginaire d'alliances, c'est la polarisation tribale que risque de recristalliser ce conflit, entre les Hutu, soutenus éventuellement par d'autres groupes tribaux de la contrée d'une part, et les Tutsi d'autre part.  Dans un camp comme dans un autre, il y a des personnes innocentes, qui ne comprennent ni ne savent rien de cette nouvelle guerre. Pourtant ce sont elles les victimes: elles que l'on tue, elles qui fuient, elles qui perdent bétails et champs.

C'est dommage que les politiciens continuent d'opposer les tribus et les ethnies dans des guerres qui ne les concernent pas du tout. Les séquelles de ces oppositions sont bien plus durables que les hostilités militaires, et le Nord-Kivu n'en connaît que trop les ravages.

Si j'avais l'occasion de parler aux uns et aux autres, je leur dirais tout simplement : battez-vous si vous en avez envie. Battez-vous parce que vous savez ce que vous en tirez. Mais tâchez de nous tenir à l'écart de votre bassesse, et de nous utiliser comme vos boucliers. Les Hutu et les Tutsi du Congo et d'ailleurs, tout comme les autres  peuples du Nord-Kivu, ont une seule aspiration commune et profonde : c’est l’aspiration à la paix, à la sécurité, et au bien-être. Et en ce jour mémorable du 30 juin, nous méritions mieux que des crépitements de balles si réellement nos intérêts et notre survie étaient votre préoccupation…



samedi 23 juin 2012

RDC - RWANDA : Le premier pleurniche, le second ricane !

Je ne suis pas prophète. Pourtant, dès l'annonce de la création du M23 au mois d'avril dernier, j'ai écrit plusieurs billets sur ce blog où j'essayais de démontrer que le M23 et le CNDP étaient comme Jésus et Christ. La parade n'a pu tromper que les ignorants sur ce qui se passe dans la sous-région des grands-lacs, ou les naïfs, ou alors les aveugles et les sourds.

Tout le monde se rappelle qu'au commencement, le lien entre ce soi-disant nouveau mouvement et le général Bosco Ntaganda avait été nié, aussi bien par Monsieur Makenga Sultani - le pare-chocs du M23 - que par les officiels politiques du CNDP restés à Goma.

Aujourd'hui, il est établi que l'homme meneur du M23 n'est autre que Bosco Ntaganda. Aujourd'hui, le CNDP a clairement et publiquement annoncé son ralliement au M23 en se retirant des institutions publiques auxquelles il était associé depuis 2009. Aujourd'hui, les principaux leaders du CNDP vivent (en exile?) au Rwanda, ce n'est un secret pour personne.

Et aujourd'hui, les liens entre le Rwanda et le M23/CNDP sont de plus en plus évidents. Il y a quelques semaines, je n'aurais pas fait le pari d'affirmer que le Rwanda soutient le M23, tant on nous faisait croire que le Rwanda était du côté du gouvernement de la RDC et appuyait ses efforts pour rétablir la sécurité et mettre fin à ce qui à l'époque était présenté comme une simple mutinerie. Mais les liens entre d'une part ces mouvements depuis l'AFDL jusqu'au M23, en passant par le RCD, et le Rwanda d'autre part, sont si séculiers, si enracinés, que ce jeu de dupes ne pouvait pas durer longtemps. Human Rights Watch (les mots sont amères dans la bouche de Kigali !) a mis à nu et apporté la preuve, ou au moins les indices, que le Rwanda était lié au M23.

Si les choses s'étaient arrêtés là, les officiels rwandais auraient vilipendé cette organisation, comme ils en ont l'habitude, et aurait jeté le discrédit sur son rapport. Mais la Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo a vite confirmé les informations données par HRW. Les FARDC ont elles-mêmes fait prisonniers plusieurs dizaines d'éléments rwandais qui combattaient aux côtés du M23, et dont les témoignages ont été largement diffusés.

Le gouvernement congolais a presque titubé devant cette situation. On aurait cru qu'il eût préféré que ces révélations sur l'implication de son faux ami dans cette nouvelle guerre ne fussent jamais faites. Il a semblé fort embarrassé, plus même que le principal intéressé, c'est-à-dire le Rwanda. Vous croyez, vous, que c'était par pure prudence que Kinshasa avait préféré mettre en place une commission "de vérification" ? Permettez-moi d'en douter.

En fin de compte, le gouvernement congolais a lâché le morceau et accusé publiquement son traître de voisin de soutenir les rebelles du M23 en leur fournissant armes, munitions, renseignements, et hommes. Oh ! Là encore l'hésitation de Lambert MENDE était perceptible. "Nous savons que le territoire rwandais est utilisé comme base arrière pour l'entraînement et le ravitaillement des hommes du M23", avait-il annoncé à demi-mots, ajoutant qu'il y aurait un "réseau officieux qui apporte de l'aide au M23".

La version d'un réseau officieux qui appuierait les rebelles congolais à partir du Rwanda serait bien sûr un moindre mal diplomatique pour Kigali. Mais quiconque connaît le système rwandais actuel comprend que c'est du leurre tout ça: il est quasiment impossible que des activités d'une telle gravité (recrutements, entraînement, ravitaillement, rencontres avec des généraux du M23, ...) se déroulent sur le territoire rwandais sans la bénédiction du Président Kagame, ou à tout le moins, sans qu'il ne soit au courant.

Le gouvernement congolais le sait sans doute. Mais fallait-il y aller avec des pincettes pour interpeler le gouvernement rwandais et la communauté internationale sur ces faits ? De quoi a-t-il peur ? Vous vous en doutez, il a peur de sa faiblesse. Pas plus ni moins. Avec une armée infestée d'anciens rebelles à la loyauté douteuse, désorganisée, sous-équipée, mal entretenue, ... l'on comprend que la RDC fasse profil bas, y compris lorsqu'un petit pays comme le Rwanda lui met des doigts souillés dans la gorge.

Alors Kabila ne trouve pas mieux que d'implorer le Conseil de sécurité de voler à son secours et d'arrêter les audaces du petit voisin gênant. Drôle d'inspiration ! D'une part le tonitruant Ministre congolais de l'information avance qu'un complot de balkanisation de la RDC qui utiliserait le Rwanda est en cours, et qu'il serait orchestré par certaines puissances occidentales (ce qui est peut-être vrai), mais d'autre part Kabila appelle au secours ces mêmes puissances pour le tirer d'affaire. Il ne faut pas être un génie pour juger de l'incohérence d'une telle démarche de la part d'un gouvernement qui voudrait pourtant qu'on le prenne au sérieux.

A présent, il paraîtrait que les Etats Unis sont entrain de bloquer la publication d'un rapport du panel des Nations Unies sur l'embargo sur les armes en RDC qui porte des annexes accablants pour le Rwanda. Sérieusement, qu'est-ce que les Congolais peuvent bien attendre de cette "communauté internationale"? A mon avis, pas grand chose, sinon qu'elle va tout faire pour étouffer l'affaire ou ajouter ce rapport au tas d'autres qui gisent dans les archives de l'ONU, comme ce fameux Mapping Report sorti en 2010 et que l'on a vite fait d'oublier.

Kabila doit se mettre à l'évidence: le Rwanda n'est pas l'ami du Congo, mais un adversaire avec qui il faut apprendre à se mesurer. C'est trop naïf de compter sur sa bonne foi pour respecter la souveraineté de la RDC et ne pas se mêler de ses affaires. Je ne dis pas qu'il faut l'affronter militairement à tout bout de champ, mais il faut se mettre en état de le faire au cas où ce serait la solution ultime. En clair, il faut lui imposer le respect. Comment? En se dotant de moyens de persuasion; en ayant le courage de lui dire la vérité en face, sans demi-mots ni demi-mesures. Je m'imagine ce qu'aurait fait un Kagame s'il se trouvait dans une situation  où son pays est agressé, et que ses agresseurs sont notablement soutenus par une puissance étrangère, voisine ou même lointaine... Dans le passé il n'a pas hésité à entrer au Congo de manière préventive, simplement préventive, au motif que les réfugiés hutu rwandais installés à l'Est de la RDC menaçaient la sécurité du Rwanda. Aujourd'hui encore, les FDLR sont sur toutes les langues, et le Rwanda a réussi à en faire une épée perpétuellement brandi sur la tête de la RDC.

La RDC, elle, confie toujours son destin à des tiers: renseignements? Faisons appel aux services de toute la région. Frontières? Nous n'en avons pas le contrôle, mais s'il vous plaît Kagame ne les franchissez pas ! Rébellion? Ce n'est qu'une mutinerie menée par nos militaires indisciplinés, cher Kagame aidez-nous à les maîtriser...

Il est temps que les choses changent, cher Kabila !