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mardi 21 août 2012

Le M23 défie Kinshasa, nargue la CIRGL, ...et advienne que pourra !

Le Colonel Sultani Makenga à la tête du M23
Ce lundi 20 août 2012 en début d’après-midi, à Rutshuru centre, le désormais Chef du Haut Commandement militaire du Mouvement du 23 mars, le Colonel Sultani Makenga, a tenu à Rutshuru un point de presse auquel le M23 avait convié deux journalistes de deux radios petites  communautaires de la place. Le Colonel Makenga était entouré à l’occasion de quelques-uns de ses compagnons mutins, dont le Colonel Vianney Kazarama et le Colonel Baudoin. Leur but était de justifier ou de tenter de donner une explication à la décision prise par le M23 à la fin de la semaine dernière de se doter d’une structure organisationnelle dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle s’apparente à un gouvernement autonome.  
Pour le rabougri « Chef du Haut Commandement », le rôle principal de la structure mise en place le 17 août dernier sera « la gestion quotidienne de la population dans la zone sous contrôle du M23 ». « Aucune organisation digne de ce nom ne peut survivre sans structures. Nous sommes résolus à garantir la sécurité et  la quiétude à toute la population sous notre contrôle, c’est pourquoi il est plus que légitime que ces congolais soient administrés dans le respect de la bonne gouvernance », a-t-il plaidé en Kiswahili. Et de renchérir : « Le M23 avec ses nouvelles structures est le seul partenaire avec lequel le gouvernement congolais pourra discuter afin de ramener la paix à l’Est de la République Démocratique du Congo. Ne pas vouloir prendre en compte les revendications légitimes du M23 sera une erreur de l’histoire ».
Dans un élan propagandiste, Sultani Makenga n’a pas manqué de remercier la population de tout le territoire sous contrôle du M23 d’avoir « refusé de porter oreilles aux manipulations des politiciens extrémistes » qui demandaient aux populations de se rendre dans des camps des refugiés en Ouganda. « Mon Mouvement et moi-même remercions la population de Rutshuru  pour sa maturité politique affichée rompre avec  les anciens reflexes qui dans le temps avaient brutalement jeté cette contrée sur les chemins incertains de la violence irresponsable. Violence que nous n’avons cessé de désapprouver, parce qu’elle jette un discrédit total sur notre pays, son peuple et ses dirigeants qui pensent que le seul moyen de résoudre les problèmes des congolais c’est de les opposer par la force des armes et attiser ainsi les tensions ethniques. Le M23 ne ménagera aucun effort pour consolider la paix dans les territoires qu’il contrôle et usera de tous les moyens  pour secourir tous les congolais où qu’ils se trouvent sur le territoire congolais chaque fois que leur quiétude sera menacée ».
Après la belle homélie introductive, le Sultani (mot swahili signifiant « roi »), les ex officiers FARDC déchus ont répondu à quelques questions (bien sélectionnées) de leurs modestes interlocuteurs.
Le maître-mot : défier le Président Kabila et son gouvernement 
Sultani Makenga a déclaré qu’ils (le M23) ne se sentaient pas concernés par toutes les rencontres qui ont eu lieu au niveau de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), d’autant plus qu’ils n’y avaient pas été confiés. Un journaliste a voulu savoir si malgré tout le fait pour le M23 d’avoir cessé les combats ne signifiait pas qu’ils avaient suivi l’appel formulé à leur endroit par les ministres de la défense lors de la réunion de Goma la semaine passée, et qui les enjoignait de cesser les combats et de se retirer des grands centres qu’ils occupent.
La question a fait rire l’ex Colonel FARDC. Il s’est quand même efforcé de répondre : « Je voudrai être clair : notre Mouvement n’a été convié à aucune de ces réunions. Les déclarations ou les résolutions auxquelles sont arrivées ces rencontres ne peuvent donc pas nous être opposables. Nous ne sommes pas signataires des déclarations finales qui les sanctionnent. Si nous avons accepté d’observer une trêve, c’est par respect au Président en exercice de la CIRGL , Son Excellence Yoweri Museveni qui nous a demandé d’arrêter les hostilités pour que nous trouvions une issue politique négociée à la crise. C’est ce que nous avions demandé dès le début quand nous nous sommes retirés dans les collines de Runyoni, mais Kinshasa a préféré user de biceps plutôt que de sa tête. Maintenant que Kabila s’est rendu compte  qu’il n’avait pas suffisamment de biceps pour nous affronter, je pense que la raison va l’emporter sur la force et qu’il va accepter de négocier avec notre Mouvement pour économiser le temps, les énergies et les moyens que nous lui demandons plutôt d’utiliser pour soulager la misère des congolais ».
A un autre journaliste qui lui faisait observer qu’à en croire le ministre Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, ce dernier ne négociera jamais avec le M23, la réponse de Sultani Makenga n’a pas eu les mots justes pour exprimer son assurance en leur mouvement et son…mépris (c’est ça le mot) pour la position du gouvernement congolais. « Monsieur le journaliste, je puis assurer qu’ils le feront car ils n’ont aucune autre option à part négocier avec nous. Ils n’ont aucune armée capable d’affronter les troupes disciplinées et aguerries du M23 (…) ».
« Et s’ils persistent et vous attaquent à nouveau, vous défendrez-vous et prendrez-vous la ville de Goma ? », a insisté un autre journaliste.
La réponse de l’arrogant Colonel a été sans équivoque : « Ce n’est pas seulement Goma que nous prendrions, mais nous libérerions tout le pays du joug de ces irresponsables (…), pour les remplacer par un  leadership capable de rassembler la nation, plutôt que de la diviser ;  un leadership capable de dialoguer avec la participation de tous, plutôt que d’exercer de manière solitaire et autoritaire le pouvoir ;  un leadership capable d’assurer une correcte et active représentation du Congo dans le concert des Nations libres, plutôt que la réduction du Congo à une présence protocolaire, presque inaperçue ; un leadership  soucieux du bien-être de la population à la place de cette  bande de pilleurs qui profitent de la moindre occasion pour s’enrichir sur le dos de la population ».
A quoi joue le M23 ?
Sultani Makenga entouré de sa garde rapprochée
Soit l’intention du M23 est de changer le régime en place à Kinshasa, en plaçant le gouvernement dans la position du coupable : « Nous avons supplié le gouvernement de négocier, il n’a rien voulu entendre, alors nous n’avons pas d’autre choix que de lui mener la guerre jusqu’au bout », pourrait-il soutenir. Cette démarche irait crescendo : d’abord se doter d’une structure politique genre RCD, son précurseur (et modèle ?). Ensuite accroître ses liens avec d’autres mouvements ou personnalités qui ont des griefs graves à reprocher au régime Kabila (en particulier ceux qui n’ont pas encore digéré sa réélection contestée). Enfin passer à l’assaut, en commençant naturellement par les villes les plus faciles (car déjà assiégées ou presque) telles que Goma, Bukavu, Beni, Butembo, Bunia, Uvira, etc. Voyez l’évolution de ce mouvement depuis le mois d’avril : d’un minuscule groupe d’insurgés sans nom ni structure, il s’est baptisé, a recruté un « Coordonnateur politique », a occupé un assez vaste territoire, a tissé des alliances, a formulé et multiplié ses revendications, s’est doté de moyens militaires considérables, a renforcé ses rangs, et maintenant il vient de se doter d’une structure politique quasi-gouvernementale. La CIRGL et les autres SADC ont beau multiplier les appels à la cessation des hostilités, les Occidentaux ont beau couper leur aide à leur base-arrière rwandaise, rien ne les arrête.
Soit alors son intention est d’obtenir à tout prix des négociations directes avec le gouvernement. Mais sur quoi porteraient ces négociations ? Sur la « vérité des élections » au truquage desquelles les éléments du CNDP (dont le M23 n’est que le déguisement) ont eux-mêmes contribué ? En posant cette revendication, le M23 ne montre-t-il pas que son véritable souci n’est pas de négocier, mais de mettre Joseph Kabila et son régime dans l’impossibilité de se tirer d’affaires sans se noyer ? C’est l’impression que l’on a…
Le M23 ne se manque pas non plus de narguer la CIRGL dont les ministres de la défense réunis la semaine dernière à Goma avaient résolu de demander au Président en exercice de la CIRGL, l’ougandais Yoweri Museveni, d’instruire le M23 de « retourner à ses positions du 30 juin 2012 ». Il a à son avantage plusieurs éléments : le temps que met le gouvernement congolais à trouver une issue à cette guerre, et ses étonnants tâtonnements, les conférences interminables de la CIRGL, la faiblesse notoire de l’armée congolaise, etc.
Un autre signe qui ne trompe pas : ce sont les militaires comme Makenga et Kazarama qui dirigent le bateau rebelle M23. S’ils y a un ou des commanditaires plus haut placés, ces militaires sont leurs répondants directs, et non le soi-disant Président Runiga Jean-Marie, ni une quelconque structure politique. Autrement, c’est sont ces politiques qui auraient pu tenir un tel point. Je doute que ce soit une vulgaire maladresse procédurale de la part d’une rébellion qui essaierait à peine de se structurer.   
Quoi qu’il en soit, le peuple congolais et la population du Nord-Kivu en particulier n’ont pas l’impression qu’il y a à Kinshasa un gouvernement qui prend le cancer M23 à bras le corps. Que dis-je ? S’il y avait au sein du gouvernement congolais ne serait-ce qu’une poignée de personnes qui montrent qu’ils ont une analyse correcte de la situation de l’Est, et au sommet de l’Etat quelqu’un qui soit assez entreprenant pour proposer des solutions, seraient-elles radicales, mais rapides, efficaces et durables. 

jeudi 16 août 2012

Insécurité à l’Est de la RDC : comme si Kinshasa n’avait rien appris de ses erreurs…

L’insécurité qui sévit actuellement à l’Est de la République Démocratique du Congo est le résultat d’une suite d’erreurs et de maladresses commises par les gouvernements successifs à Kinshasa, depuis l’époque de Mobutu : d’abord la mauvaise gestion des crises identitaires dans cette partie de la République (en particulier la question des Congolais d’expression Kinyarwanda, et des Tutsi plus particulièrement) ; ensuite l’entrée massive et permissive sur le territoire du Zaïre de l’époque des ex Forces armées rwandaises et des Interahamwe, avec leurs armes et munitions ; et enfin – comble des bêtises – l'intégration au sein des Forces Armées de la RDC (les FARDC) des miliciens issus d’une multitude de rébellions et de groupuscules armés, à travers des procédés ridicules comme le « brassage », « mixage », et que sais-je encore…

Au premier plan, le Général Bosco Ntaganda
Cette intégration qui s’est accompagnée de l’octroi désordonné et irrationnel de grades à des miliciens sans aucune formation militaire classique, parfois analphabètes, selon l’unique critère de leur degré de nuisance réelle ou supposée, ou à mesure de leur barbarie. Dans le cas des miliciens du CNDP dont l’actuel soi-disant Mouvement du 23 mars n’est que la régénérescence, les unités « intégrées » ont gardé une large autonomie à la fois financière (avec des réseaux d’exploitation de ressources minières et des recettes générées par des administrations parallèles dans leurs anciens fiefs) et de commandement. Elles ont été déployées dans les zones où elles ont éclos et sévi, et les crimes qu’elles avaient commis, y compris des crimes internationaux, sont restés impunis « au nom de la paix ».

Cet état des choses peut trouver diverses explications de tous ordres, mais les plus importantes me semblent être au nombre de trois, mais elles sont très imbriquées l’une l’autre :
1°.    La mauvaise gouvernance, les atteintes à la démocratie et le non-respect des engagements, ce qui donne souvent aux revendications des groupes armés une certaine légitimité, ne serait-ce qu’en apparence ;
2°.    L’incapacité des gouvernants, en tous temps, de faire un diagnostic des racines du problème afin d’y apporter les remèdes les mieux appropriés et qui soient pérennes ;
3°.    Et enfin la mauvaise négociation de la paix – qui est elle-même due à plusieurs facteurs dont l’incapacité d’anticiper ou prévenir les problèmes, le manque de maîtrise des enjeux nationaux et régionaux, voire internationaux, le report des solutions durables car difficiles (tentation de la facilité et vision court-termiste des choses), la faiblesse de l’armée ou du gouvernement, etc.          

Avec le M23, c’est reparti les erreurs !

Face à la crise sécuritaire générée par le M23, le gouvernement congolais ne semble pas avoir tiré quelque leçon que ce soit de ses erreurs du passé. Pour commencer, entre autres faits, il a obstinément refusé d’arrêter Bosco Ntaganda et de le transférer à la Cour pénale internationale où il est recherché depuis 2006 ; il l’a au contraire gratifié d’un grade d’officier de haut rang au sein des FARDC, ainsi que d’une fonction dans son fief du Kivu, au commandement de ses loyaux soldats et frères du CNDP. Il a géré avec beaucoup de légèreté l’affaire Laurent Nkunda, dont il disait pourtant vouloir l’extradition. Au début de la guerre, alors que tous les signaux étaient portés au rouge par les acteurs de la société civile, le gouvernement a minimisé, tenté de boucher les yeux et les oreilles : il parlait d’une vulgaire indiscipline de quelques officiers des FARDC, puis d’une mutinerie qui allait être vite maîtrisée, ... Et enfin, lorsque Human Rights Watch et la MONUSCO ont évoqué le soutien du Rwanda à cette « mutinerie », le gouvernement a mis des semaines avant de l’admettre. Il paraît que c’est sa stratégie à lui, la façon de faire d’un « gouvernement responsable », d’après son tonitruant porte-parole…  N’est-ce pas de bon aloi pour un fainéant de proclamer que son choix est de ne pas être brave !

Soldats de la MONUSCO embarquant
à bord d'un hélicoptère
A présent, le pire est entrain d’être commis avec l’idée aussi fantastique qu’insensée de mettre en place une « force internationale neutre » qui mettrait fin à la rébellion du M23 ainsi qu’à tous les autres groupes armés qui pullulent à l’Est de la RDC. Erreur dans la conception-même de l’idée, dans sa mise en œuvre, et dans les résultats qu’on dit en attendre.

En effet, le gouvernement congolais clame haut et fort que le M23 n’est autre chose que la manifestation d’une Nième agression étrangère (rwandaise spécialement, mais aussi ougandaise), et que la RDC est victime d’un complot ourdi de balkanisation, de pillage de ses ressources, et que sais-je encore. Il s’appuie pour ce faire sur le rapport du panel des experts des Nations Unies ainsi que sur différents rapports des organisations de la société civile. Même si la communauté internationale ne semble pas approuver la thèse d’un quelconque projet de balkanisation ou d’annexion, elle a néanmoins reconnu plus ou moins explicitement l’implication du Rwanda dans cette rébellion, et certains pays ont posé des gestes concrets dans le sens de décourager les ardeurs du Rwanda.

En même temps, pourtant, Joseph Kabila et son gouvernement semblent comme obsédés par la volonté de collaborer coûte que coûte avec leurs agresseurs désignés pour juguler la rébellion qu’ils sont censés soutenir : A Addis-Abeba c’étaient Kabila et Kagame pour entériner la décision de déployer une « force internationale neutre »à l’Est de la RDC ; à Kampala, c’étaient encore eux, sous l’égide d’un certain Yoweri Museveni, pour discuter de la matérialisation de leur absurde projet ; à Goma, c’est Kabarebe et ses collègues ougandais, congolais et autres qui discutent de l’opérationnalisation de la fameuse force. Et alors que le Rwanda est farouchement opposé à ce que MONUSCO fasse office de cette force neutre, ou même à ce qu’elle y participe, le Secrétaire Exécutif de la CIRGL, Monsieur Ntumba Luaba (un Congolais !) a annoncé hier qu’il avait été acquis que la « force internationale neutre » serait composée essentiellement de pays des grands-lacs et de pays africains. Probablement une manière de préparer l’opinion à s’accommoder déjà à l’adoption des desiderata du Rwanda qui allaient plutôt dans ce sens.

Incohérences et illogismes

Militaires rwandais et congolais
lors de la clôture des opérations Umoja Wetu en 2009
La RDC est le seul Etat du monde qui formule à l’endroit d’un autre Etat des accusations aussi graves que celles d’agression (« Nième agression » !) et de d’une « tentative de balkanisation », mais maintient intacts ses relations diplomatiques avec cet Etat. A Kinshasa on a beau tirer à boulets rouges sur le Rwanda, sur Kagame, …le drapeau rwandais flotte encore ostensiblement à Gombe, et celui de la RDC à Kiyovu. Et le Rwanda ose presque montrer à la RDC les choix à faire et ceux à éviter. C’est un peu comme loger votre ennemi dans votre chambre, manger à la même table que lui, et même lui demander où et comment il accepterait que vous le frappiez, pendant que lui fait tout à sa guise...    

Mais bon sang ! Y a-t-il quelque logique dans tout ceci ? Ou bien est-ce moi qui ne suis pas assez…politiquement mature pour comprendre ! En premier lieu, c’est la RDC qui est attaquée (par des Congolais ou des étrangers, peu importe) : c’est son intégrité territoriale et sa souveraineté qui sont en jeu. Ce qui signifie qu’il revient avant tout aux Congolais de se défendre de la meilleure manière qu’il leur convient. En second lieu, officiellement, le Rwanda (et l’Ouganda) ne sont pas parties à ce conflit « congolo-congolais » : en tout cas ces pays ne sont pas officiellement en guerre contre la RDC. Dès lors, pourquoi une « force neutre » ? Les FARDC ne sont pas pour le moment à mesure de mettre fin à cette rébellion. Mais si elles l’avaient été, auraient-elles eu besoin d’être neutres ? Je ne le pense pas.

La RDC a une intégrité et une souveraineté à défendre, et elle est libre de faire recours à qui elle veut ; d’utiliser tous les moyens possibles (dans les seules limites définies par le droit international) pour arriver à ses fins. La RDC n’a pas à quémander la permission de ses voisins (ni celle de toute autre puissance) ; elle n’a pas besoin de se plier à leurs caprices, surtout lorsque ces voisins sont aussi ses agresseurs, réels ou présumés. Ce dont la RDC a besoin, c’est d’un engagement quelconque mais loyal à ses côtés (non pas un engagement neutre, cela n’a aucun sens en l’espèce) ; c’est d’un appui humain, logistique, matériel et technique l’aider à en terminer une fois pour toutes avec cette sinistre aventure.    

Mais à Kinshasa, a-t-on une tête pour penser, ou des oreilles pour entendre ?   

Des personnalités politiques congolaises (parlementaires de la majorité comme ceux de l’opposition, présidents de formations politiques, …), des diplomates, des personnalités de la société civile, et même certains membres du gouvernement sont opposés à la manière dont le gouvernement se comporte face à la problématique M23, et sceptiques quant à l’efficacité de l’option d’une « force internationale neutre ». Les plus courageux d’entre eux le disent ouvertement, et certains (plus rares, c’est vrai) vont jusqu’à proposer des solutions alternatives concrètes.

La manifestation des jeunes mercredi à Goma, quoiqu’isolée, est elle-aussi symptomatique de l’opposition  de l’opinion publique à cette perspective. Pourtant le gouvernement s’entête. Entre temps des sources de la société civile à Rutshuru font état de nouvelles incursions rwandaises « pour renforcer le M23 ». Les déplacés de guerre entassés près de Goma vivent dans des conditions inhumaines, malgré les promesses de la CIRGL (et de l’Ouganda, comble d’ironie !) de leur venir en aide.

Qui est-ce qui gagne de ce temps qui court ? Bien malin serait qui répondrait que c’est la RDC…   

Quelle issue ?

Il y a quelques jours, sur ce blog, j’avais formulé quelques propositions comme solution alternative à l’option d’une « force internationale neutre » (voir http://congo-revolution.blogspot.com/2012/08/kampala-de-la-bassesse-au-sommet.html ). Je les crois toujours valables, bien que certainement imparfaites. Un parlementaire qui fait partie d’un panel de 11 députés nationaux élus du Nord-Kivu et chargés par le Bureau de l’assemblée nationale de suivre la question m’a soufflé qu’ils abondaient dans le même sens, à ceci près que pour eux la RDC devrait faire recours à un seul pays, au lieu de deux ou plusieurs, pour une meilleure coordination, et pour éviter la cacophonie comme celle qui avait failli enliser les militaires zimbabwéens engagés contre la rébellion du RCD. Ce qui me semble pertinent. Pourvu qu’au gouvernement, et surtout à la tête de l’exécutif, quelqu’un veuille bien les suivre !
Prêtres et acolytes catholiques lors
de la Marche des Chrétiens en juillet 2012

C’est des idées qui peuvent être mûries par des spécialistes, et être mises en œuvre rapidement. La RDC devrait geler carrément les discussions en court au niveau de la CIRGL, car aboutiront au mieux au report de la solution, au pire à l’enlisement de la crise. Elle devrait ensuite inviter les personnes qui ont des propositions alternatives et s’asseoir avec eux autour d’une table pour en choisir les meilleures (en termes d’efficacité et de réalisme), avant de chercher l’expertise nécessaire pour planifier leur opérationnalisation.

La solution définitive et durable à cette crise ne sera ni régionale, ni internationale : elle sera congolaise, ou elle ne sera pas du tout. En reprenant ses responsabilités (ce qui ne me semble pas être le cas actuellement), le gouvernement congolais gagnera confiance, considération et respect, et rétablira la souveraineté bafouée de ce grand pays.

Joseph Kabila a encore le temps et les moyens d’éviter à la RDC le scénario malien, qui lui serait défavorable à lui, et à tous les congolais d’ailleurs. J’espère de tout cœur qu’il entendra raison avant qu’il ne soit trop tard !     

mardi 10 juillet 2012

Goma, comme les esprits se surchauffent ... Manipulation ou exaspération ?

Goma a vécu dans la terreur ce lundi 9 juillet. Et pour cause, des jeunes gens en colère ont pris d'assaut les quartiers généraux de la Huitième région militaire (le siège du commandement militaire du Nord-Kivu), réclamant qu'on leur donne des armes pour qu'ils aillent s'occuper du M23 si les FARDC en sont incapables.

Mais ce n'est pas tout. Ces jeunes se sont attaqués aux ressortissants rwandais et à ceux et celles qui peuvent en avoir l'air, dans les rues, mais aussi au sein des universités et autres écoles de la ville. Pour ce qui ne le saurez pas, de nombreux rwandais traversent chaque jour la frontière pour suivre les cours à Goma où les études coûtent relativement moins cher, et où - c'est peut-être aussi important - les cours sont (encore) dispensés en Français. D'autres y viennent simplement pour affaires, pour y travailler, pour des courses, ou simplement en promenade.

Les révoltés de Goma sont pour la plupart des jeunes motards, badauds et autres incontrôlables. Ils en veulent aux rwandais, en particulier ceux de "morphologie Tutsi" au pretexte que "leur pays agresse encore une fois la RDC". C'est après que ces derniers jours les rebelles du M23 aient fait une progression spéctaculaire dans le territoire de Rutshuru dont la limite australe est située à seulement quelque 30 kilomètres au nord de la capitale provinciale Goma.

Après la prise vendredi de la cité de Bunagana à la frontière congolo-ougandaise ainsi que de la localité de Jomba, les hommes fidèles à Sultano Makenga (ou à Bosco Ntaganda, je n'en sais plus rien) ont pris samedi et dimanche le contrôle de Rutshuru (le chef-lieu du territoire de ce nom), de la cité de Kiwanja (la plus importante agglomération de ce territoire), ainsi que de nombreux autres villages environnants, dont Rumangabo, om se trouve une importante base militaire.

Les FARDC ont pris le large, butins au dos

Hormis Bunagana, Jomba et Rubare où les troupes gouvernementales ont tenté de résister à la déferlante du M23, partout ailleurs il n'y a pas eu de combats, ou presque. Les FARDC ont déserté leurs positions avant l'arrivée des rebelles. Ce qu'ils n'auraient pas oublié dans leur fuite c'est de dépouiller la population de ses biens. Des témoignages concordants font état de pillages à Kiwanja et dans les autres villages le long de la route vers Goma.

Aussi le M23 ne se prive-t-il pas de surfer sur cet élément (quoique repréhensible, cette méconduite de quelques militaires FARDC n'était ni généralisé, ni systématique) pour se faire passer pour une troupe de sauveurs. Déjà ce soir on pouvait entendre sur certains médias des journalistes raconter que dans les contrées conquises la population "se dit soulagée de ce départ des FARDC et réjouie de l'arrivée des hommes du M23". La guerre des nerfs est engagée, et les FARDC ont tout à y perdre, comme sur les autres fronts d'ailleurs...


Chasse aux rwandais ou manipulation ? 

Pendant ce temps, et comme si l'opprobre des FARDC sur le front militaire ne suffisait pas, à Goma c'est un autre front qui s'est ouvert ce lundi contre les ressortissants rwandais vrais ou vraisemblables.

Pour certains, cette chasse ouverte aux "rwandais" est le signe d'une exaspération de la population de Goma qui, non seulement est déçue de son armée, mais aussi anxieuse à l'idée que Goma pourrait être la prochaine cible des mutins.

Pour d'autres, dont le gouverneur de province Julien Paluku, ces jeunes gens "ont été payés" pour s'attaquer aux Tutsi et aux ressortissants rwandais afin de donner à ces derniers (dont les troupes seraient déjà infiltrées dans la ville) une fausse raison d'attaquer la ville de Goma.

Qui dit vrai ? Je vous laisse deviner, si c'est possible.
Quoi qu'il en soit cette chasse à l'homme est une insulte à l'humanité et un sale jeu qui ne peut qu'aggraver une situation déjà assez déletère. La xénophobie a apporté à la RDC et à cette région malheur, larmes, et guerres. Et on croit s'en servir pour calmer une situation ou gagner une guerre? Franchement, c'est du délire...

Si ceux qui font ces actes croient aimer le Congo et le servir, ils se trompent sur toute la ligne. Cela ne peut être que contre productif. Par exemple, ça donne une raison au Rwanda de brandir (encore) son drapeau de victime, et de tourner la situation en sa faveur alors même que l'opinion internationale lui en voulait de soutenir (d'après le rapport des experts onusiens) la rébellion du M23. Ce dernier pourrait aussi s'empresser de prendre la ville pour "sécuriser la communauté Tutsi" menacée. Quoi de plus légitime !

J'espère vivement que ça ne va pas se répéter. Les autorités ont tout intérêt à s'en assurer. Je ne veux pas être prophète sur ce coup-ci ! Quant à la version du gouverneur (qui me semble avoir pris quelques leçons accélérées auprès d'un certain Lambert MENDE), je doute qu'elle soit sérieuse, car à voir la manière dont Rutshuru a été pris en si peu de temps et sans grand péril, l'on peut se demander si le M23 a besoin de se donner un faux prétexte afin d'attaquer Goma. Prions seulement qu'il ne le veuille jamais, car en dehors de ça je ne vois pas de bouclier qui lui fasse peur. L'on peut chanter à longueur des journées et dans toutes les langues que le soutien du Rwanda est la seule explication à cet exploit, cela ne change rien. Ils pourraient avancer inexorablement.

Dans un communiqué publié ce lundi, et dont j'ai vu une copie, le M23 a annoncé qu'il avait décidé de se retirer de toutes les localités qu'il avait conquises ces derniers jours, et de les laisser sous le contrôle de la "Police nationale congolaise" et de la Monusco. En s'addressant aux médias nationaux et internationaux à Bunagana ce même lundi, le leader (officiel) du M23, le colonel Sultani Makenga, a indiqué que cette décisiona avait été prise parce que le M23 n'a pas l'ambition d'occuper le terrain, mais veut simplement convaincre le gouvernement à engager des pourparlers avec lui. Pour Makenga, la PNC et la Monusco sont qualifiées pour assurer la protection des civils et de leurs biens; ses militaires resteront dans leurs quarties de Runyoni et Mbuzi.

Il n' a pourtant pas manqué d'avertir les FARDC que toute tentative de reprendre le contrôle de ces localités donnerait lieu à une réaction "rapide et énergique du M23", allant jussqu'à menacer de poursuivre alors les FARDC aussi loin qu'il le pourra. Ce qui ne trompe pas les analystes avertis sur le jeu de ce Mouvement.

Le territoire de Rutshuru est depuis 2009 sous le contrôle d'éléments de police issus du CNDP. Or, il est désormais évident que le CNDP et le M23 ne sont qu'un. Déjà, le communiqué de presse susévoqué porte sur son entête l'emblème et le nom du CNDP à gauche, et ceux du M34 à droite, quoiqu'il n'est signé que par Sultani Makenga.

Les  FARDC sont-elles à mesure de se ressaisir ?

Rien n'est moins sûr. Lorsque, au début de cette insurrection, l'on a vu des bataillons entiers être déployés depuis Kindu, Ituri, Kisaangani et ailleurs avec comme objectif affiché d' "écraser les mutins", peu de gens étaient prêts à parier que l'on parlerait encore du M23 deux mois plus tard. Pourtant on n'a jamais parlé de lui autant qu'aujourd'hui. L'on ne compte plus le nombre de militaires congolais qui ont fui vers l'Ouganda, et qui y ont été humiliés. Le M23 semble être plus fort que jamais. Il a dit avoir fait d'importantes prises d'armes (ainsi même si un pays étrangers lui en rajoutait d'autres personne ne se doutera de rien). Côté FARDC, l'organisation, l'entretien, la nourriture, la paie, et surtout la discipline se font toujours attendre. Résultat: on a des troupes démoralisées, démotivées, démobilisées. Ce n'est vraiment pas l'état idéal pour affronter un ennemi aussu redoutable qu'imprévisible...

Le gouvernement lui se perd dans des conférences et des diplomaties sans fin. Tel un malade qui, au lieu de prendre sa pilule, court dans tous les sens chercher des exaurcistes. Dieu sait si le ciel (ou l'enfer) l'entendra. Mais espérons ! Déjà que nous ne vivons plus que d'espérer...