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lundi 7 janvier 2013

R.D.Congo - M23 : le dialogue aura-t-il jamais lieu ?

De g à d, l'abbé Malumalu et le ministre Raymond Tshibanda, à Munyonyo, en décembre 2012. Ph. MP
Les pourparlers entre le gouvernement congolais et la rébellion du M23 devaient "reprendre" vendredi 4 janvier dernier, après deux semaines d'interruption pour raison des fêtes de fin d'année. Officiellement, ils n'ont pas repris vendredi comme prévu du fait que la délégation congolaise n'était pas encore complète. Ce weekend, des tractations continuaient séparément entre le ministre ougandais de la défense Crispus Kiyonga et les chefs des deux délégations pour "régler les derniers détails" avant la tenue d'une séance plénière qui pourrait avoir lieu lundi 7 janvier.

En réalité, c'est à défaut de meilleur terme que l'on parle de "reprise des pourparlers" parce que depuis le lancement officiel du dialogue entre les deux belligérants (le 9 décembre) jusqu'au départ en congé des délégués (le 21 décembre), les pourparlers n'avaient pas encore commencé à proprement parler. En près de deux semaines de présence à Munyonyo près de Kampala, les délégués du gouvernement congolais (auxquels se sont joints quelques soi-disant représentants de la société civile et de l'opposition politique) et ceux du M23 avaient à peine convenu d'un règlement intérieur devant régir les travaux. A l'époque déjà, les deux parties n'avaient pas pu s'entendre ni sur un agenda précis, ni sur un véritable ordre du jour (ou l'objet des pourparlers), ni même sur la périlleuse question de la signature d'un cessez-le-feu qui resurgit encore aujourd'hui.

Et c'est à croire que la pause observée n'a pas permis aux uns ou aux autres de changer de position. Au contraire, la méfiance a quelque peu augmenté entre eux, si bien qu'à la veille du 4 janvier (jour initialement prévu pour la "reprise" des pourparlers", le président du M23 a ouvertement menacé que son mouvement allait se retirer de la table si le gouvernement refusait de signer un cessez-le-feu. "Nous allons prendre à témoin la communauté internationale et nous allons nous retirer [...]; s'il le faut, nous utiliserons l'unique voix que Kabila entend facilement, et cette fois nous irons loin", a déclaré en substance Jean-Marie Runiga devant la presse dans leur fief de Bunagana le 3 janvier. Il semble évident que c'est l'insistance du M23 à signer un cessez-le-feu qui retarde le début des pourparlers, les questions de la composition de la délégation congolaise et des accréditations n'étant que des prétextes.

Par ailleurs, le M23 accuse avec insistance le gouvernement congolais de rassembler des troupes (dont des milices Hutu rwandais des FDLR et des Maï-Maï de l'APCLS et Shetani) en prévision d'une offensive contre ses positions à Rutshuru et près de Goma. Dans le territoire de Masisi, les accusations du M23 sont confortés par l'exode depuis quelques semaines vers le Rwanda, via Goma, des populations Tutsi qui disent être pourchassés par les militaires congolais et des milices Hutu du fait de leur appartenance ethnique ou en les accusant d'être de connivence avec le M23. Sur le plan diplomatique, ces accusations - fondées ou infondées - ont pour but de fragiliser le gouvernement congolais dans la mesure où collaborer avec une milice génocidaire dont le Rwanda a toujours dit qu'elle présentait une menace sérieuse contre sa sécurité est quelque chose de grave.

Une nouvelle recrue "de taille" : Roger Lumbala

Le député et leader du parti politique RCD-N, Roger Lumbala, a finalement assumé son appartenance, ou plutôt son "soutien" au M23, après avoir mis des mois à le nier et à accuser Kinshasa de chercher simplement à l'accabler. Après avoir fêté le nouvel an près de Sultani Makenga dans les collines de Rutshuru, il a obtenu le ticket de Kampala comme désormais membre (et chef-adjoint) de la délégation rebelle. Pourtant, il continue de soutenir mordicus qu'il n'a pas adhéré au M23 mais qu'il soutient simplement ce mouvement qui "fait entendre à Kabila le seul langage qu'il comprend (entendez la force) et qui exige la vérité des urnes et le fédéralisme". Bien sûr l'argument ne tient pas debout, car un simple admirateur ne peut pas figurer parmi les représentants d'un mouvement à des assises de ce genre. Heureusement pour le gouvernement congolais que Roger Lumbala ne risque d'apporter ni davantage de poids politique, ni plus de légitimité nationale au M23. Il est peu ou pas connu du tout à l'Est de la RDC où il ne dispose d'aucune base, et il a la sale réputation d'être plutôt inconstant et opportuniste, après ses tours dans quasiment tous de nombreux mouvements politico-militaires, dont l'AFDL et le RCD, qui étaient à l'époque soutenus par le Rwanda, le pays même qui téléguide  aujourd'hui le M23. C'aurait été Mbusa Nyamwisi du RCD-KML ou un autre "fils de l'Est" qu'on aurait eu affaire à un véritable évènement susceptible d'influer sur le cours des choses ! A moins qu'il ne soit derrière, lui aussi...

Le mirage de la Force internationale neutre : la cause véritable du blocage 

Si le gouvernement congolais cherche à gagner le temps; si le M23 exige avec autant d'insistance la signature d'un cessez-le-feu, c'est parce qu'il y a dans le vent le déploiement imminent des premiers contingents devant constituer la fameuse force internationale neutre, sous l'égide de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL). Car le gouvernement se trouve à Kampala malgré lui, et voudrait vite s'appuyer sur cette force pour régler la crise, sans avoir à concéder quoique ce soit dans un nouvel accord. En face de lui, les rebelles savent que leurs revendications autour de l'accord dont ils portent le nom (du 23 mars 2009) ont très peu de pertinence, et avaient espéré imposer leur véritable à Kampala (fédéralisme, octroi de nouveaux grades, postes au sein des instances politiques et administratives au niveau provincial et national, hégémonie militaire dans le Kivu, etc.). Mais ils ont vu le piège que leur tend le gouvernement, et ils voudraient anticiper en obtenant un accord de cessez-le-feu qui aurait pour conséquence immédiate de les mettre à l'abri des attaques y compris en cas de déploiement effectif de cette force internationale neutre. Pendant ce temps, ils s'efforceraient de montrer qu'ils ne sont pas une force négative à combattre, mais que ceux qui doivent être combattus sont les seules FDLR et différents groupes Maï-Maï, et ils pousseraient sur le plan politique pour signer un accord sur le fond.

Le gouvernement n'a pas de plan B, contrairement aux rebelles, qui sont en position de force sur le plan militaire et qui, malgré les pressions, peuvent toujours compter sur leur parrain rwandais, sur leurs alliances avec d'autres groupes congolais, sur les divisions de la classe politique congolaise et le peu d'empathie que montrent les congolais vis-à-vis de leur gouvernement, et sur les mécontentements et la démotivation au sein de l'armée congolaise. En plus, ils savent que la force neutre, même si elle était déployée, aurait elle même des difficultés à les combattre efficacement, étant donné sa structure et les soucis d'ordre à la fois technique et logistique.

Si donc le gouvernement persiste à prendre les rebelles pour des idiots, il est fort probable que les hostilités reprennent avant même que la fameuse force neutre n'ait eu le temps de se déployer. Et les rebelles l'ont dit, cette fois ils pourraient aller bien plus loin que Goma ou Sake. Dieu sait qu'ils en ont la capacité !

Mais que faire ? Leur concéder ce qu'ils demandent, avec le risque pour Joseph Kabila et son gouvernement de creuser plus profond leur tombe politique à l'intérieur du Congo ? La force neutre a été envisagée principalement pour éradiquer le M23, entre autres. Comment peut-on raisonnablement négocier avec le M23 et se mettre à combattre des groupes rebelles infiniment moins nuisibles que ce M23, et dont certains seraient ses alliés ou ses ramifications stratégiques d'après les rapports du Groupe d'Experts de l'ONU ?

D'aucuns parlent de blocage à Kampala, mais en réalité c'est un train qui de toutes façons ne va nulle part. Pour le gouvernement congolais, il vaudrait mieux que le blocage persiste, tant que cela lui permet de gagner du temps tout en faisant semblant de pousser, de bricoler pour décanter le blocage. Cela le soulage, mais bêtement car le temps finira bien par s'épuiser, et la solution n'est pas là où il le croit. Encore que le M23 semble avoir déniché ce jeu mesquin.

La solution existe. Mais c'est sans compter avec Joseph Kabila...

De nombreuses voix se sont élevées pour demander la tenue d'un dialogue national, auquel le M23 serait associé, et où toutes les forces-vives passeraient au peigne fin les problèmes qui gangrènent le pays (car ils existent, plus nombreux que le M23 croit le dire). Faute de légitimité et étant donné sa faiblesse militaire, Joseph Kabila pourrait ainsi constituer la cohésion nationale qu'il a tant clamée, et obtenir que les questions légitimes posées par la rébellion du M23 trouvent une réponse dans un cadre plus globalisant, de sorte à éviter les règlements au cas par cas et la répétition des erreurs du passé. Il ne s'agirait pas d'une redistribution de postes ou de la mise en place d'un gouvernement de transition comme ce fût le cas en 2003, et de ce point de vue là Kabila n'aurait pas à perdre son poste, et il n'y aurait pas non plus de grands bouleversement au niveau des acteurs institutionnels actuels, hormis quelques nécessaires ajustements et corrections (comme par exemple au sein de l'armée et de l'appareil judiciaire).

L'autre solution - ou plutôt l'autre manière de détendre la situation - consisterait à anticiper certaines revendications du M23 en les mettant en oeuvre ou en amorçant leur mise en oeuvre avant même la signature d'un quelconque accord avec ce mouvement. Par exemple, le M23 réclamera le fédéralisme, et à défaut l'effectivité de la décentralisation telle que prévue par l'actuelle constitution. Joseph Kabila a la possibilité de faire appliquer la constitution dès demain matin à cet égard, en décidant que désormais chaque province retiendra 40% de ses recettes à la source et en renonçant aux transferts systématiques de toutes les recettes des provinces à Kinshasa.

Il est possible de programmer rapidement la tenue des élections provinciales, sénatoriales et locales; de lâcher les verrous imposés par la majorité présidentielle au sein de la Commission nationale électorale et qui font craindre aux opposants des scénarios comme celui du simulacre d'élections de novembre 2011. Il y a moyen d'assainir l'armée, de montrer quelques gestes de bonne volonté en ce qui concerne la lutte contre la corruption et les détournements, dont les principaux responsables mangent à la même table que Joseph Kabila, qui les tolère ou les soutient selon les cas. Il y a moyen de poser des gestes de bonne volonté à l'égard de l'opposition politique, et, si l'on ne peut satisfaire le M23 et ses maîtres connus ou occultés, au moins l'isoler au niveau national. Des choses à faire dans ce sens, il y en a beaucoup.

Pourtant, au lieu de trouver des solutions à la crise, le président de la République se complaît dans des discours aussi creux que pathétiques, alternant aberrations et contradictions, sans jamais une quelconque direction. Il préfère condamner les Nations-Unies comme si les manquements de ces dernières l'exonéraient de sa propre responsabilité, et continuer de compter sur des solutions qui tomberont des pays voisins ou de l'Afrique australe.

La solution à la crise actuelle dans le Kivu ne va pas être militaire, Joseph Kabila devrait le savoir une fois pour toutes. Encore qu'on ne peut pas s'entêter à préconiser des solutions militaires alors qu'on est incapable de constituer sa propre armée. La solution passe inexorablement par le dialogue, mais un dialogue qui pose les vrais problèmes, avec les bons acteurs (ce qui n'est nullement le cas dans le cirque de Munyonyo en Ouganda, où l'on est entrain de dépenser inutilement des centaines de milliers de dollars).









vendredi 26 octobre 2012

Reconstruction de la voirie de Goma : le gouverneur Julien Paluku se moque du monde…

La route principale de Goma (route de Sake), après nivellement et arrosage. Septembre 2012



Harcelé par l’association des détenteurs de stations-service de Goma, qui ont menacé de fermer leurs pompes si une les travaux de reconstruction des principaux axes routiers de la ville ne reprenaient pas rapidement, le Gouverneur de province du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya, a annoncé une série de « mesures ».

Au sortir de l’audience marathon qu’il a accordée à ces détenteurs de stations, samedi dernier, le gouverneur a annoncé qu’il venait de donner un ultimatum d’une semaine au ministre national des infrastructures pour que les travaux de réhabilitation des routes de la province du Nord-Kivu soient relancés et accélérés. Il a déclaré : « Si aucune suite n’est donnée dans ce délai, je vais ordonner la suspension pendant trois mois de tout transfert de fonds des comptes du Fonds d’Entretien Routier (FONER, ndlr) à Kinshasa. Dans ce cas, je vais aussi suspendre le contrat de l’entreprise TRAMINCO à qui le gouvernement a attribué les travaux, et avec les fonds bloqués du FONER et la collaboration des opérateurs économiques de Goma, nous allons trouver une autre entreprise à même de mieux faire ces travaux et de les terminer rapidement ».

A la suite de cette sortie, les « pétroliers », comme on les appelle ici, ont annulé leur action de fermeture de stations qui était prévue pour mardi 23 octobre. Et pour calmer davantage les esprits des gomatraciens, le gouverneur s’est arrangé pour que des engins des entreprises publiques spécialisées se remettent à niveler les innombrables trous creusés par la pluie sur le principal axe routier de la ville. Ce qui devrait éviter aux motards et aux automobilistes les secousses jusqu’à la prochaine pluie…

Si tout le monde à Goma sait que niveler la route et l’arroser, comme cette fois, est un remède d’une poignée de jours à l’enfer des secousses et de la poussière – en plus d’être trop coûteux (2000 dollars dépensées chaque semaine) –, il n’en est pas de même de la perception de ces « mesures » prises par le gouverneur.

Imposture, diversion et…moquerie de mauvais goût !

Julien Paluku Kahongya,
gouverneur du Nord-Kivu
Photo Internet
Sur base de quelle disposition constitutionnelle ou légale, quelle pratique, ou au nom de quel pouvoir le gouverneur de province peut-il donner un ultimatum à un ministre national ? Le Fonds d’Entretien Routier, établissement public national, est-il responsable de la construction ou de la réhabilitation des routes ? Quel pouvoir a le gouverneur sur le FONER pour bloquer le transfert des fonds de la province à son siège social dans la capitale Kinshasa ?

Il faut être à mesure de répondre correctement à ces questions pour avoir ce que valent exactement les « mesures » prises ou annoncées par ce gouverneur. D’ores et déjà, tout esprit éclairé sait que c’est du pur mensonge, de la diversion, voire de la moquerie à l’égard de cette population qui souffre tant de l’état de routes de la ville, et qui a peut-être tort de se croire gouvernée. N’en déplaise à ceux qui, par fanatisme, par ignorance, ou pour de mesquins intérêts personnels, ont trouvé là objet d’applaudissements et de louanges, saluant « le courage » du gouverneur !

Je ne vais pas m’attarder à décortiquer une à une ces questions, tellement les réponses sont évidentes pour qui sait tourner (et bien) son méninge. En ce qui concerne l’ultimatum, par exemple, je parie ma main que c’est un leurre destiné à faire croire aux crédules (malheureusement nombreux au Congo) que le gouverneur a la maîtrise de la situation, qu’il est superpuissant, et qu’il ne ménage même pas ses tuteurs de Kinshasa. Il n’y a qu’à voir l’opportunité de son intervention : un mémorandum adressé à la direction du FONER, menace de fermer les stations d’essence, grogne grandissante au sein de l’opinion publique sur sa gestion du dossier, …

C’est sur le FONER qu’il y aurait plus à dire...

Vue aérienne du centre-ville de Goma. Photo radio Okapi
Le FONER (Fonds d’Entretien Routier) est un établissement public à caractère administratif et financier qui, comme son nom l’indique, a pour mission de collecter et d’administrer les fonds destinés à l’entretien et à la gestion des réseaux routiers du territoire national (confer article 3 du décret n°08/27 du 24 décembre 2008 portant création et statuts d’un établissement public dénommé Fonds National d’Entretien Routier, en sigle « FONER »).  

L’article 4 du décret précité est encore plus explicite : « Le financement des opérations de construction et de réhabilitation des routes est exclu du champ d’intervention du FONER ». Son directeur national, de passage à Goma, l’a d’ailleurs rappelé. En ce qui concerne Goma, c’est bien de construction/réhabilitation qu’il s’agit, non pas d’entretien… Et ce n’est pas Monsieur le Gouverneur qui peut prouver le contraire ! D’où vient-il alors, si ce n’est pas de la moquerie (ou, moins grave, de l’ignorance), que c’est au FONER qu’on demande de payer la facture de la réhabilitation de la voirie urbaine de Goma ? 

L'association des « pétroliers » a indiqué, dans son mémorandum adressé au directeur du FONER, qu’ils avaient versé vingt-quatre millions de dollars au FONER depuis sa création en 2008, et se sont plaints que l’argent n’a servi à rien. C’est bien dommage ! Je suppose que pour eux, l’établissement aurait dû investir cet argent dans l’arrosage et le nivellement réguliers des routes de Goma afin d’atténuer la poussière et les secousses, puisque c’est tout ce que les routes en terre et en pierres de Goma nécessitent comme entretien…

Je ne défends pas le FONER, je suis convaincu qu’il s’y passe des choses comme on n’en connaît qu’en RDC, en matière de gestion de ressources et de fonds publics. Je suis certain que la majeure partie de ces millions de dollars engrangés au joli prétexte de l’entretien routier finissent au même endroit que les recettes des douances, des impôts, des contrats miniers, des redevances administratives, etc. Je veux dire dans le « Trésor public », entendez : « là où tout le public des privilégiés et des « tréseurs » s’alimentent en argent accumulé par le peuple qu’ils méprisent ».

Je ne défends pas cela. Je considère seulement que mentir au peuple de cette manière n’est nullement plus noble que de détourner son argent. En plus, le gouverneur a parlé de bloquer les transferts des fonds du FONER de sa province à Kinshasa. Encore de l’imposture! Sauf erreur de ma part, le gouverneur n’a pas ce pouvoir sur un établissement public national dont la direction provinciale n’est qu’une représentation. Le FONER est placé sous la tutelle des ministères ayant les finances, les travaux publics et les transports dans leurs attributions (confer article 2 alinéa 2 du décret précité).

Comment peut-on se moquer ainsi d’une population qui paie cher l’état des routes, tant en termes de santé (avortements, hémorroïdes, maladies respiratoires) et d’hygiène (corps, vêtements, aliments, …), qu’en termes économiques (véhicules désarticulés, marchandises abîmes sur les étales des magasins, etc.) ?
Au lieu de s’en prendre au FONER, le gouverneur Julien Paluku ferait mieux de lire la constitution et de l’appliquer scrupuleusement. Il serait alors surpris d’apprendre que la question de la voirie urbaine fait partie des attributions exclusives de l’Exécutif provincial qu’il dirige, et qu’il en est donc le premier (voire le seul) répondant (confer article 204, points 11 et 24, de la constitution).

On évite le vrai sujet ?

Comme je viens de le dire, la construction et la réhabilitation de la voirie urbaine (ainsi que des autres infrastructures et équipements « d’intérêt provincial ou local ») est, constitutionnellement, de la compétence exclusive des provinces.

Message des jeunes révoltés de Goma, à l'adresse du Gouverneur. Traduction : "Goma, 20 mois dans la poussière, les trous et la boue : Ca suffit ! Monsieur le gouverneur, construis les routes ou dégage !"
Le problème est et  celui des ressources dont disposent les provinces à cette fin, auquel il faut ajouter celui de la mauvaise gouvernance qui les gangrène. A titre d’exemple, la retenue à la source de 40% des recettes à caractère national réalisées en province n’est pas appliquée. Tout l’argent est envoyé au gouvernement central, et celui-ci décide souverainement de ce qu’il rétrocède à qui il veut. Le gouverneur a-t-il jamais osé évoquer le problème devant la population ? A-t-il jamais eu le culot de défier publiquement le pouvoir central, comme il donne l’impression de le faire maintenant, en retenant à la source les 40% des recettes du Nord-Kivu ? Pas à ma connaissance. Comment se fait-il que c’est le ministre national des travaux publics qui répond de la question de la voirie urbaine de Goma, alors que c’est un travail qui incombe exclusivement à la province ?

Mais il y a questions plus pertinentes encore : comment les travaux de la voirie de Goma, que l’Union européenne s’était engagée à financer, ont-ils fini par être récupérés par le gouvernement central, à la veille des élections ? Y avait-il un budget prévu à cet effet ? Quel est le coût de ces travaux et où est parti l’argent que le gouvernement aurait alors destiné à ces travaux ? Comment l’entreprise TRAMINCO, qui n’a aucune expertise en matière de travaux publics et d’ingénierie, a-t-elle obtenu ce marché ? Depuis deux ans, qui a fait quoi ? Pourquoi les travaux se sont-ils enlisés ?

Je voudrais tant que le gouverneur me réponde. Mais bien sûr il ne le fera pas. Il a son temps pour imaginer d’autres impostures, d’autres diversions, d’autres parades. Entretemps, le peuple s’est rendormi, avec ses kilos de poussière collée au poumon, son corps supplicié, ses yeux aveuglés, sa fortune ruinée ... Vive la République Démocratique du Congo !

Note : Au moment où je rédige ce billet (mercredi 25 octobre), le FONER vient d’annoncer qu’il met à la disposition du gouvernement provincial toute la somme d’argent qui se trouve dans ses comptes à Goma, soit trois millions quatre-cent mille dollars. L’argent est destiné, dit-on, à la réhabilitation d’un tronçon de plus ou moins 10km, allant de l’aéroport de Goma au quartier Mugunga. Il reviendrait au gouverneur de décider si cet argent sera remis à l’entreprise TRAMINCO, entrepreneur avec le gouvernement central des travaux dont on déplore l’enlisement, ou si c’est une autre entreprise qui doit être trouvée pour continuer le travail. Mais non seulement cette somme est très insignifiante pour réaliser ce travail – et on n’indique pas clairement comment et quand le reste de l’enveloppe sera rendue disponible – on rajoute aussi à la confusion. C’est comme si la gestion de l’Etat et de l’argent du contribuable congolais n’obéissait à aucune règle, mais aux seules humeurs des autorités. Jugez vous-même du respect et de la considération que l’on donne aux congolais !

jeudi 23 août 2012

Recrutement des jeunes au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo : un non-sens dans l’état actuel des choses !


COMMUNIQUE DE PRESSE n°070/CC/CO/L230812



1.    Le gouvernement de la République Démocratique du Congo, notre chère patrie, a lancé depuis le début de ce mois d’août 2012 une « opération de grande envergure » visant à enrôler des jeunes âgés de plus de 18 ans au sein de l’armée nationale. En principe, c’est une opération normale pour le gouvernement légitime d’un pays souverain.

2.    CIVIS CONGO[1] est consciente de la nécessité de doter la République Démocratique du Congo d’une armée et d’autres forces de sécurité véritablement patriotiques et professionnelles, eu égard à la désorganisation et au manque de professionnalisme qui caractérisent les forces actuelles.

3.    Les opérations menées par le passé (brassage, mixage, intégration,…) et qui ont consisté à déverser dans l’armée, la police nationale et les services de renseignement de la République, des troupes issues de divers rébellions et groupes armés étaient une grave erreur, si pas dans leur principe, au moins dans leur mise en œuvre, et CIVIS CONGO n’a jamais eu de cesse à les dénoncer. La crise sécuritaire qui secoue actuellement l’Est de notre pays en est une des conséquences évidentes, et malheureusement prévisibles.

4.    CIVIS CONGO considère que les FARDC n’ont pas à être réformées, mais doivent tout simplement disparaître progressivement, au profit d’une nouvelle armée républicaine, disciplinée et professionnelle, exempte de tous les criminels, pillards, affairistes, traitres, et autres infiltrés qui emplissent actuellement les rangs.

5.    CIVIS CONGO dénonce avec véhémence les opérations de recrutement en cours qui, au lieu d’aboutir à la construction d’une nouvelle armée véritablement républicaine, vont certainement donner lieu à un mélange désagréable de genres, et, à terme, accroître le problème plutôt que de le résoudre durablement. En fin de compte, ces pauvres jeunes que l’on appelle sous le drapeau risquent, en dépit de leur courage et de leur bonne foi, être sacrifiés comme nombreux de leurs prédécesseurs.

6.    CIVIS CONGO déplore l’improvisation et le manque de discernement dont fait preuve le gouvernement de la République, y compris sur une question aussi vitale pour la nation que celle de l’armée. L’autre risque de cette façon de faire, c’est que le gouvernement recrute à nouveau des criminels en herbe, des bandits, des personnes sans aucune instruction ni qualité, car eux seuls sont susceptibles de répondre aveuglement à un tel appel. La précipitation du gouvernement ne se justifie nullement, d’autant plus que même si notre pays est agressé, l’Etat d’urgence n’a pas été décrété, et officiellement ces opérations sont menées dans le cadre de la « réforme de l’armée ». Les militaires et policiers actuellement en service

Eu égard à tout ce qui précède, CIVIS CONGO prend la responsabilité de recommander ce qui suit :

1°) Au gouvernement de la République Démocratique du Congo :
-          D’arrêter immédiatement ces opérations d’enrôlement inconsidéré de jeunes congolais dans les rangs de l’armée. Si cela n’est pas fait, CIVIS CONGO invite solennellement la jeunesse congolaise à faire preuve de maturité et de civisme en s'abstenant de répondre favorablement à l’appel du gouvernement ;
-          De préparer sur les plans tant légal, matériel que financier la création d’une nouvelle armée véritablement républicaine, disciplinée et professionnelle. Pour cela, le gouvernement devrait notamment définir et rendre public (dans la mesure du nécessaire), au plus tard avant la fin de cette année 2012, la politique nationale de la défense, sur bases d’une expertise sérieuse, et en concertation avec les élus du Peuple et toutes les forces vives de la Nation. Un service militaire obligatoire devrait être sérieusement envisagé. CIVIS CONGO est disposée à apporter sa modeste contribution dans à cette occasion ;
-          De planifier et de préparer les moyens matériels et financiers nécessaires pour les mises à la retraite et la démobilisation massive des militaires et policiers qui le méritent ;
-          D’assainir sans délai, et de la manière la plus rigoureuse, la gestion du budget affecté à l’armée et à la police nationales, et de sanctionner toutes les autorités, civiles ou militaires, qui ont trempé dans le détournement des deniers et des matériels destinés aux Forces armées ou à la police ;

2°) A la communauté internationale, aux bailleurs de fonds de la RDC et à tous ses partenaires :
-          De dissuader le gouvernement congolais à poursuivre ces opérations avant d’avoir fait une planification minutieuse ;
-          De soutenir moralement  l’idée de la création d’une nouvelle armée nationale congolaise véritablement républicaine, disciplinée et professionnelle, et, le moment venu, de contribuer par tous les moyens (formation, matériel, fonds) à sa mise en œuvre effective.
    
                                                                                                    
Ainsi fait à Kinshasa, le 23 août 2012
Pour CIVIS CONGO
Me Jean-Mobert N'senga
Coordonnateur 



samedi 18 août 2012

RDC : La rébellion du M23 se dote d'une structure quasi-gouvernementale !

Le Pasteur Runiga Lugerero Jean-Marie, "Président"  

Samedi 18 août 2012. 17 heures Temps Universel. Nous venons tout juste de l'apprendre : le M23 a mis en place depuis ce vendredi 17 août 2012 une structure qui a tout l'air d'un gouvernement. On retrouve au sein de cette structure plusieurs personnalités issus du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP). Voici en entierté le Communiqué publié ce mouvement.  

"Communiqué Officiel N°0026/M23/2012

Nous, membres du Congrès du Mouvement du 23 Mars (M23 sigle) réunis en date du 17/Août/2012, en session extraordinaire ;

Considérant la décision N°001/M23/COORDO/2012 convoquant le Congrès à la majorité des trois quarts de ses membres ;

Vu les résolutions pertinentes du Congrès, ayant statué sur le seul point à l’ordre du jour, relatif à la restructuration du Mouvement, ayant mis sur pieds des Organes devant assurer la gestion quotidienne du Mouvement et ayant nommé un porte-parole pour la publication du
présent acte en la personne de Me MAHAMBA KASIWA ;

Ordonne à ce dernier de publier la décision dont voici la teneur :

Art. 1. : Président : Bishop Jean-Marie RUNIGA LUGERERO
Art. 2. Chef du haut commandement militaire : Colonel SULTANI MAKENGA
Art. 3. Secrétaire exécutif : Mr François RUCOGOZA TUYIHIMBAZE
Art. 4. Les Chefs de Départements et leurs Adjoints :

1. Département des affaires politiques et administration du territoire : Mr SENDUGU  MUSEVENI,
2. Département des relations extérieures et de la coopération régionale : Me René ABANDI MUNYARUGERERO,
3. Département des affaires sociales et humanitaires : Dr Alexis KASANZU
4. Département des Finances, Budget et Ressources Naturelles : Mr Justin GASHEMA
5. Département de l'Agriculture, Pêche et Élevage, Mr Déogratias : NZABIRINDA NTAMBARA
6. Département de la Justice et des droits humains : Me Antoine MAHAMBA KASIWA
7. Département de la Réconciliation et de l'Unité Nationale : Mr Jean Serge KAMBASU NGEVE
8. Département de Rapatriement des refugies et réinsertion des déplacés internes : Ir. Benjamin MBONIMPA
9. Département du Tourisme, Environnement et Conservation de la Nature : Prof Stanislas BALEKE
10.Département de la Jeunesse, Sport et Loisirs : Mr. Ali MUSAGARA

A.    Chefs de Département Adjoint

1. Département des Affaires Politiques et Administration du Territoire :
- Mr Erasto BAHATI
- Mr Deo KAMARI
2. Département des Affaires Sociales et Humanitaires : Mr. Dieudonné NSENGIYUNVA  UWIZEYE,
3. Département des Finances, Budget et Ressources Naturelles :
- Mr. Castro MBERA
- Mr. Ephrem BWISHE
4. Département de l'Agriculture, Pêche et Élevage : Dr Oscar BALINDA,
5. Département de justice et droit humains : Me Jean MUHIRE,
6. Département de la Réconciliation et de l'Unité Nationale : Mr Fred NSHIZIRUNGU,
7. Département de Rapatriement des Refugiés et Réinsertion des Déplacés Internes : Mr BUREGEYA,
8. Département du Tourisme, Environnement, et Conservation de la Nature : Mr Eugene RWABUHIHI,
9. Département de la Jeunesse, Sport et Loisirs : Ir. Paulin BALYAMWABO,
10.Département de la Communication, Presse et Media : Mr Amani KABASHA.

B.    Départements à pourvoir

1. Département des Affaires Etrangères et Coopération Régionale
2. Département de la Sécurité Publique
3. Département des Infrastructures et Travaux Publiques
4. Département du Genre, Femme et Famille
5. Département de l'Education
6. Département de la Santé
7. Département du Commerce et Industries

Fait à Bunagana, le 17 Août 2012

Le Chef de Département de la Justice et des Droits Humains
Me MAHAMBA KASIWA"



Cette annonce vient quelques jours après que la société civile et les autorités provinciales du Nord-Kivu aient fait état de l'observation d'un mouvement accentué de troupes et d'équipements militaires dans le territoire de Rutshuru, et accusé le Rwanda et l'Ouganda de renforcer le M23 "en prévision de nouvelles offensives". Visiblement, le M23 ne se donne aucune limite pour narguer les autorités congolaises. D'autres détails et analyses dans les prochaines heures. 

mardi 3 juillet 2012

Est de la RDC : Indépendance pan ! pan ! pan !

Samedi 30 juin, alors que la RDC commémorait le cinquante-deuxième anniversaire de son indépendance, les combats faisaient de nouveau rage dans le Nord-Kivu, où les FARDC sont opposées depuis plus de deux mois au Mouvement du 23 mars (M23).

Les belligérants avaient convenu d'une trêve qui a duré une semaine, en vue de permettre la passation de l'examen d'Etat pour les finalistes de l'école secondaire. Ils se rejettent la responsabilité de l'initiative de la reprise des hostilités.

Au même moment, on signale la résurgence d'une coalition "contre-nature" entre les FDLR - les rebelles Hutu rwandais - et l'Union des Patriotes Congolais pour la Paix du chef de guerre La Fontaine, plus au nord de la province dans le territoire de Lubero.

Le gouvernement congolais a accusé le Rwanda de soutenir cette nouvelle alliance en vue de disperser les efforts des FARDC qui étaient concentrés sur le M23, ce que le Rwanda refuse d'admettre tout naturellement. Au contraire, il (le Rwanda) accuse ouvertement le gouvernement congolais de "réactiver sa collaboration" avec les FDLR en vue de les aider à "déstabiliser à nouveau le Rwanda". A son tour le porte-parole du gouvernement congolais a balayé ces allégations du revers de la main, les jugeant insensées. "Les FARDC mènent depuis des années une lutte sans merci contre les rebelles rwandais et toutes les autres forces négatives actives à l'Est de la RDC", a-t-il scandé.

Une alliance entre les FDLR et les rebelles congolais ne serait pas une première, et à mon avis sa réactivation ne serait pas étonnante d'autant plus que l'on se rappelle que la milice congolaise dirigée par La Fontaine s'est formée à l'époque où le CNDP conduit par Laurent Nkunda imposait sa loi dans le Rutshuru, avec pour objectif de servir de forces d'autodéfense pour les populations Hutu de cette contrée. A l'époque déjà, elle avait dû s'allier aux FDLR, car leur ennemi commun était la rébellion du CNDP essentiellement Tutsi, et soutenue par le Rwanda.

Bien plus, les alliances de la même nature sont fréquentes dans le territoire voisin de Masisi, entre par exemple les FDLR et les Nyatura (qui est aussi une milice d'autodéfense essentiellement hutu).

Ce qui est troublant par contre c'est le rapprochement fait entre ces alliances et le soutien désormais avéré du Rwanda au CNDP nouvelle formule - j'entends le M23 - , avec pour hypothèse que le Rwanda essaie par ce moyen de distraire les FDLR de leur principale cible que constitue le M23.

Dieu sait que le Rwanda n'en est pas incapable. Cependant, il faudrait bien plus d'éléments pour adhérer à cette hypothèse. Il n'est pas en effet impossible que les Hutu de Rutshuru essaient de former leur propre défense contre le M23 - qui est, sauf hypocrisie, un mouvement essentiellement Tutsi - et les FDLR seraient dans ce cas leur allié le plus naturel.

Plus inquiétant que ce jeu vrai ou imaginaire d'alliances, c'est la polarisation tribale que risque de recristalliser ce conflit, entre les Hutu, soutenus éventuellement par d'autres groupes tribaux de la contrée d'une part, et les Tutsi d'autre part.  Dans un camp comme dans un autre, il y a des personnes innocentes, qui ne comprennent ni ne savent rien de cette nouvelle guerre. Pourtant ce sont elles les victimes: elles que l'on tue, elles qui fuient, elles qui perdent bétails et champs.

C'est dommage que les politiciens continuent d'opposer les tribus et les ethnies dans des guerres qui ne les concernent pas du tout. Les séquelles de ces oppositions sont bien plus durables que les hostilités militaires, et le Nord-Kivu n'en connaît que trop les ravages.

Si j'avais l'occasion de parler aux uns et aux autres, je leur dirais tout simplement : battez-vous si vous en avez envie. Battez-vous parce que vous savez ce que vous en tirez. Mais tâchez de nous tenir à l'écart de votre bassesse, et de nous utiliser comme vos boucliers. Les Hutu et les Tutsi du Congo et d'ailleurs, tout comme les autres  peuples du Nord-Kivu, ont une seule aspiration commune et profonde : c’est l’aspiration à la paix, à la sécurité, et au bien-être. Et en ce jour mémorable du 30 juin, nous méritions mieux que des crépitements de balles si réellement nos intérêts et notre survie étaient votre préoccupation…



samedi 23 juin 2012

RDC - RWANDA : Le premier pleurniche, le second ricane !

Je ne suis pas prophète. Pourtant, dès l'annonce de la création du M23 au mois d'avril dernier, j'ai écrit plusieurs billets sur ce blog où j'essayais de démontrer que le M23 et le CNDP étaient comme Jésus et Christ. La parade n'a pu tromper que les ignorants sur ce qui se passe dans la sous-région des grands-lacs, ou les naïfs, ou alors les aveugles et les sourds.

Tout le monde se rappelle qu'au commencement, le lien entre ce soi-disant nouveau mouvement et le général Bosco Ntaganda avait été nié, aussi bien par Monsieur Makenga Sultani - le pare-chocs du M23 - que par les officiels politiques du CNDP restés à Goma.

Aujourd'hui, il est établi que l'homme meneur du M23 n'est autre que Bosco Ntaganda. Aujourd'hui, le CNDP a clairement et publiquement annoncé son ralliement au M23 en se retirant des institutions publiques auxquelles il était associé depuis 2009. Aujourd'hui, les principaux leaders du CNDP vivent (en exile?) au Rwanda, ce n'est un secret pour personne.

Et aujourd'hui, les liens entre le Rwanda et le M23/CNDP sont de plus en plus évidents. Il y a quelques semaines, je n'aurais pas fait le pari d'affirmer que le Rwanda soutient le M23, tant on nous faisait croire que le Rwanda était du côté du gouvernement de la RDC et appuyait ses efforts pour rétablir la sécurité et mettre fin à ce qui à l'époque était présenté comme une simple mutinerie. Mais les liens entre d'une part ces mouvements depuis l'AFDL jusqu'au M23, en passant par le RCD, et le Rwanda d'autre part, sont si séculiers, si enracinés, que ce jeu de dupes ne pouvait pas durer longtemps. Human Rights Watch (les mots sont amères dans la bouche de Kigali !) a mis à nu et apporté la preuve, ou au moins les indices, que le Rwanda était lié au M23.

Si les choses s'étaient arrêtés là, les officiels rwandais auraient vilipendé cette organisation, comme ils en ont l'habitude, et aurait jeté le discrédit sur son rapport. Mais la Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo a vite confirmé les informations données par HRW. Les FARDC ont elles-mêmes fait prisonniers plusieurs dizaines d'éléments rwandais qui combattaient aux côtés du M23, et dont les témoignages ont été largement diffusés.

Le gouvernement congolais a presque titubé devant cette situation. On aurait cru qu'il eût préféré que ces révélations sur l'implication de son faux ami dans cette nouvelle guerre ne fussent jamais faites. Il a semblé fort embarrassé, plus même que le principal intéressé, c'est-à-dire le Rwanda. Vous croyez, vous, que c'était par pure prudence que Kinshasa avait préféré mettre en place une commission "de vérification" ? Permettez-moi d'en douter.

En fin de compte, le gouvernement congolais a lâché le morceau et accusé publiquement son traître de voisin de soutenir les rebelles du M23 en leur fournissant armes, munitions, renseignements, et hommes. Oh ! Là encore l'hésitation de Lambert MENDE était perceptible. "Nous savons que le territoire rwandais est utilisé comme base arrière pour l'entraînement et le ravitaillement des hommes du M23", avait-il annoncé à demi-mots, ajoutant qu'il y aurait un "réseau officieux qui apporte de l'aide au M23".

La version d'un réseau officieux qui appuierait les rebelles congolais à partir du Rwanda serait bien sûr un moindre mal diplomatique pour Kigali. Mais quiconque connaît le système rwandais actuel comprend que c'est du leurre tout ça: il est quasiment impossible que des activités d'une telle gravité (recrutements, entraînement, ravitaillement, rencontres avec des généraux du M23, ...) se déroulent sur le territoire rwandais sans la bénédiction du Président Kagame, ou à tout le moins, sans qu'il ne soit au courant.

Le gouvernement congolais le sait sans doute. Mais fallait-il y aller avec des pincettes pour interpeler le gouvernement rwandais et la communauté internationale sur ces faits ? De quoi a-t-il peur ? Vous vous en doutez, il a peur de sa faiblesse. Pas plus ni moins. Avec une armée infestée d'anciens rebelles à la loyauté douteuse, désorganisée, sous-équipée, mal entretenue, ... l'on comprend que la RDC fasse profil bas, y compris lorsqu'un petit pays comme le Rwanda lui met des doigts souillés dans la gorge.

Alors Kabila ne trouve pas mieux que d'implorer le Conseil de sécurité de voler à son secours et d'arrêter les audaces du petit voisin gênant. Drôle d'inspiration ! D'une part le tonitruant Ministre congolais de l'information avance qu'un complot de balkanisation de la RDC qui utiliserait le Rwanda est en cours, et qu'il serait orchestré par certaines puissances occidentales (ce qui est peut-être vrai), mais d'autre part Kabila appelle au secours ces mêmes puissances pour le tirer d'affaire. Il ne faut pas être un génie pour juger de l'incohérence d'une telle démarche de la part d'un gouvernement qui voudrait pourtant qu'on le prenne au sérieux.

A présent, il paraîtrait que les Etats Unis sont entrain de bloquer la publication d'un rapport du panel des Nations Unies sur l'embargo sur les armes en RDC qui porte des annexes accablants pour le Rwanda. Sérieusement, qu'est-ce que les Congolais peuvent bien attendre de cette "communauté internationale"? A mon avis, pas grand chose, sinon qu'elle va tout faire pour étouffer l'affaire ou ajouter ce rapport au tas d'autres qui gisent dans les archives de l'ONU, comme ce fameux Mapping Report sorti en 2010 et que l'on a vite fait d'oublier.

Kabila doit se mettre à l'évidence: le Rwanda n'est pas l'ami du Congo, mais un adversaire avec qui il faut apprendre à se mesurer. C'est trop naïf de compter sur sa bonne foi pour respecter la souveraineté de la RDC et ne pas se mêler de ses affaires. Je ne dis pas qu'il faut l'affronter militairement à tout bout de champ, mais il faut se mettre en état de le faire au cas où ce serait la solution ultime. En clair, il faut lui imposer le respect. Comment? En se dotant de moyens de persuasion; en ayant le courage de lui dire la vérité en face, sans demi-mots ni demi-mesures. Je m'imagine ce qu'aurait fait un Kagame s'il se trouvait dans une situation  où son pays est agressé, et que ses agresseurs sont notablement soutenus par une puissance étrangère, voisine ou même lointaine... Dans le passé il n'a pas hésité à entrer au Congo de manière préventive, simplement préventive, au motif que les réfugiés hutu rwandais installés à l'Est de la RDC menaçaient la sécurité du Rwanda. Aujourd'hui encore, les FDLR sont sur toutes les langues, et le Rwanda a réussi à en faire une épée perpétuellement brandi sur la tête de la RDC.

La RDC, elle, confie toujours son destin à des tiers: renseignements? Faisons appel aux services de toute la région. Frontières? Nous n'en avons pas le contrôle, mais s'il vous plaît Kagame ne les franchissez pas ! Rébellion? Ce n'est qu'une mutinerie menée par nos militaires indisciplinés, cher Kagame aidez-nous à les maîtriser...

Il est temps que les choses changent, cher Kabila !      

 

lundi 21 mai 2012

Le Printemps Congolais : ce que je propose

Vous le savez, en parlant de Printemps Congolais je ne pense pas aux saisons : il est clair que le climat équatorial et tropical de la RDC ne risque pas de se transformer demain en un climat tempéré… Le terme « Printemps » désigne la révolution, à l’instar des révolutions qui bouleversent le monde arabe depuis plus d’une année maintenant, et qui ont vu chuter des dictateurs que l’on aurait pu croire indéboulonnables tels Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Egypte. 

Pour la petite histoire, l’usage du terme « Printemps » pour désigner une révolution politique et ou sociale n’est pas l’apanage des révoltes arabes de 2011. Pour ce que je sais, il a été utilisé depuis le milieu du XXème siècle pour désigner d’autres révolutions en Europe (exemple : le Printemps de Prague en 1968). 

 Une révolution, pourquoi et par qui ? 

Dans un billet publié sur ce blog il y a de cela quelques semaines, je demandais « à quand le Printemps congolais », en essayant d’analyser l’attitude de la population congolaise à la suite du fiasco électoral organisé auquel on a assisté en novembre dernier. Constatant que ce simulacre d’élections avaient été sérieusement critiquées par tous les observateurs indépendants, nationaux et internationaux, et même décriées par certaines puissances occidentales, je fustigeais le fait que les Congolais n’aient pas été en mesure de lire les signes du temps et de prendre les choses en main afin d’obtenir que ces élections soient réorganisées à nouveau, ou, tout au moins, que les résultats sortis des urnes soient comptabilisés dans la transparence. 

S’il m’était demandé à moi de répondre à la question de savoir à quand le Printemps Congolais, je répondrais sans hésiter par MAINTENANT, parce que c’est mon vœu le plus ardent. Hélas, je ne suis pas naïf. Je sais que ce n’est pas possible aujourd’hui, étant donné l’état d’esprit de ceux qui pourraient conduire la révolution, je veux dire la jeunesse. Les jeunes Congolais sont, pour la plupart, soit inconscients de leur responsabilité face à l’incapacité des dirigeants Congolais successifs depuis 52 ans à assurer la paix et le progrès de la Nation, soit ignorants de leur pouvoir s’ils pouvaient s’élever comme un seul homme et prendre en main leur destin. La révolution est et sera un processus plus ou moins long suivant le rythme auquel cette conscience s’éveillera. 

La RDC est un pays tellement corrompu, tellement ruiné jusque dans ses racines que pour son décollage, il ne suffira jamais d’un simple changement de régime (surtout pas par la voie des élections, sauf miracle), ni d’une simple réforme dans tel ou tel domaine. Il lui faut un changement radical et très profond ; une sorte de cure de désintoxication sur une certaine période. Les plus sincères des personnes avec qui je discute souvent admettent, par exemple, qu’il faudrait restaurer la chicotte. C’est un peu exagéré, j’en conviens, mais c’est comme pour dire que le changement ne viendra pas sans la rigueur, la sanction ; sans un Etat fort et impitoyable envers le crime ordinaire ou économique ; des fonctionnaires assidus ; une armée et une police loyales et disciplinées ; etc. 

La révolution est donc non seulement impérieuse, mais aussi urgente. Car, voyez-vous, le pays est comme otage d’un petit groupe de personnes et d’entreprises dont l’unique devise semble être : « Gagner le plus possible, à n’importe quel prix, la Nation on s’en moque » ; une sorte de mafia qui créent et exploitent les divisions tribales, souvent au prix du sang et des larmes, qui affiche un mépris inqualifiable pour les lois de la République, qui a entretient à dessein le peuple dans la pauvreté et la dépendance les plus absurdes, qui laisse vivre les gens dans des conditions telles que la mort latente est la seule certitude, … La révolution est impérieuse d’autant plus que toute la classe politique actuelle (soi-disant Majorité comme Opposition) est pourrie, à peu d’exception près, et n’a d’autre idéal que s’enrichir et se maintenir au pouvoir pour les uns, accéder au pouvoir et s’enrichir pour les autres. L’agitation de l’Opposition ces dernières semaines autour de la distribution des postes au gouvernement et au bureau de l’Assemblée nationale est assez révélatrice à ce sujet. 

Enfin, la révolution est impérieuse et urgente parce que personne ne se préoccupe vraiment de la jeunesse congolaise, et qu’il lui appartient à elle-même de s’assumer si elle veut se donner un avenir meilleur. Je la crois capable de cela, et je l’exhorte à s’y mettre dès à présent. Les temps sont propices aux changements radicaux dans le monde, y compris en  Afrique des Grands Lacs. Il ne faudrait pas que la jeunesse congolaise rate cette opportunité. Elle a tout intérêt, parce qu’elle ne peut raisonnablement attendre le changement ni de ses dirigeants actuels (ils s’en moquent), ni de l’Occident (tant que ses intérêts ne l’exigent pas), ni de la providence (c’est trop naïf de croire à la manne tombant du ciel).      

Une révolution, par qui ? 

La révolution nécessite un meneur, un leader qui soit un homme (ou une femme !) de caractère, intelligent, dévoué à la cause de la Nation, éclairé, intrépide, rigoureux, intègre et visionnaire. Une personne capable de réunir les Congolais et de les remettre au travail, d’impulser le fonctionnement régulier et optimal des institutions de la République, de drainer le développement de la Nation, tout en se soumettant lui-même aux exigences de la démocratie et de la République.   

Le 17 mai, la RDC a commémoré les quinze ans de la chute de Mobutu et de la « libération » du Zaïre. L’événement avait tout l’air d’une révolution, un « Printemps ». Mais Mzee L.D. Kabila (paix à son âme) n’a pas vécu bien longtemps pour parachever l’œuvre qu’il avait courageusement commencée. Pourtant, bien qu’il ait eu quelques défauts (comme tout homme d’ailleurs), il me semble qu’il incarnait ce leader charismatique capable de mener une révolution. Mais le pleurer ne le ramènera pas à la vie. Je pense d’ailleurs que s’il pouvait, de l’au-delà, émettre quelque vœu, ce serait que les jeunes Congolais prennent son relais et poursuivent l’œuvre qu’il avait entamée au lieu de passer du temps à se recueillir sur sa tombe.
Je suis convaincu qu’il y a en chaque jeune Congolais un révolutionnaire qui s’endort. Il faut le réveiller. Il faut le bousculer. Et parmi ces révolutionnaires en herbe, il y a certainement des leaders. J’en connais certains. Il faut qu’ils se découvrent et qu’ils s’offrent, parce que la Patrie a besoin d’eux. 

Une révolution, comment ? 

Si l’on sait pourquoi et par qui, le procédé s’en trouve aisé à mettre en place. Il existe au moins deux méthodes pour engager une révolution : la méthode violente (genre Révolution française), et la méthode non-violente. En outre, une révolution peut être spontanée ou provoquée ; isolée ou assistée. (C’est ma perception, je ne suis ni historien, ni sociologue).

Pour ce qui concerne la RDC, je préconise une révolution en trois temps : 

1.      La prise de conscience : C’est une question personnelle. Il ne faut s’attendre à ce que la prise de conscience soit effective simultanément dans l’esprit de tous les Congolais. Toi qui me lis, examine ta situation, vois si elle te convient ou pas, sonde les raisons qui militent à ce qu’elle perdure, et songe à ce que je te suggère pour retourner les choses.

2.      L’engagement : En second lieu, prends la résolution que les choses doivent changer, et que le changement commence par toi. Engage-toi à ne plus être le même : ni acteur, ni victime passive de la corruption, de la tricherie, de l’injustice, de l’intolérance, et de tous ces antivaleurs qui gangrènent notre société. Evite, dénonce, lutte avec ta dernière énergie. Et tâche surtout de sensibiliser les autres autour de toi : tes frères et sœurs, tes amis, tes collègues, voire tes supérieurs, tes collaborateurs, tes subalternes, … Si tu te crois assez intègre, ne laisse plus des médiocres te diriger, ne dénigre pas et n’évite pas la politique : entres-y et change-là ; n’attends pas que quelqu’un d’autre fasse à ta place ce que tu peux ou dois faire ; ne laisse pas le tribalisme et les préjugés te dominer. Sans le plus objectif possible dans tes jugements et tes choix ; essaies d’être le modèle à suivre dans ta famille, ton milieu d’étude ou ton cadre professionnel ; respecte le temps et la parole donnée ; crains le déshonneur et abhorre la trahison ; sois intègre et irréprochable ; reste modeste et discret. Fais bien les moindres de tes devoirs sans songer à la récompense…

3.      L’action : On te refuse un droit, tu te tais ; on te crache au visage, tu t’essuies ; on t’intimide, tu renonces ; on t’arrache ta propriété, tu cèdes ; tu veux « éviter des ennuis », tu ne veux pas paraître dans les manifestations publiques, tu veux préserver ta petite vie, tu te dis « qu’ils prennent pourvu qu’ils me laissent tranquilles ». Tu es complice de la situation que la RDC traverse. L’action, c’est tout le contraire. Cesse de regarder ta « petite vie », parce qu’il y a au-delà d’elle une Nation à promouvoir, un avenir à assurer pour toi-même, et sinon pour ta descendance. Le droit et la liberté ne te seront jamais donnés pour des noix épluchées sur un plateau. Tu dois lutter, sans ménagement, sans lésiner, en sacrifiant de ton temps, de ton énergie, et peut-être de ta vie. C’est la condition sine qua non de ta dignité, de ton honneur, et du renouveau de la RDC. Tu auras appris qu’aucune révolution n’est possible sans sacrifices, sans martyrs. Et ne soit pas égoïste au point de penser qu’il y a d’autres qui sont faits pour se sacrifier à ta place.  

Si chacun suit ces trois prescriptions, je suis persuadé que la révolution ne tardera pas à venir. Le changement de régime ou l’amendement des autorités viendront de soi, et je ne sais de quelle manière. Mais ils viendront à coup sûr. J’insiste, c’est avant tout une affaire personnelle. Mais la somme des citoyens fait la Nation. En conséquence, la somme de gens intègres, consciencieux, engagés et actifs donne une Nation digne et fière, qui ne peut supporter un pouvoir corrompu et insouciant. 

Avant de finir, j’aimerais revenir sur la prise de conscience pour souligner le rôle que devraient jouer les associations diverses, les églises, les clubs sportifs, les écoles et les universités, en famille ; et la responsabilité à cet effet des parents et des leaders d’opinion (artistes, journalistes, les autorités traditionnelles, les animateurs communautaires, les stars de la chanson ou du sport, les pasteurs, les enseignants, les médecins et infirmiers, les syndicats, …). Les moyens pour y parvenir sont multiples : les médias traditionnels (radio, télévision et journaux écrits), les clubs de réflexion et d’échange, les tracts, le théâtre et les arts vivants, l’écriture, et surtout Internet et ses diverses possibilités : blogs, forums, …). Alors, qu’attends-tu ? Révolte-toi ! Il y a de quoi…

dimanche 13 mai 2012

Nord-Kivu : Le M23 lève le voile sur ses liens avec le Général Bosco Ntaganda


Dans un communiqué en réaction à l’annonce, dimanche 6 mai 2012, de la création du « Mouvement du 23 mars (M23) », le « Congrès National pour la Défense du Peuple » s’est empressé de nier tout lien avec le M23 et tous les militaires mutins, y compris le plus célèbre (et le plus redoutable ?) d’entre eux, le Général Bosco Ntaganda.

Dans le même temps, le CNDP n’a pas manqué d’appeler le gouvernement congolais et les militaires insurgés à des négociations, sans préciser sur quoi devraient porter selon lui de telles négociations si jamais elles avaient lieu.  

Les déclarations du CNDP ont surpris la plupart des observateurs avertis qui savent bien que tous les militaires insurgés qui mènent la guerre contre l’armée congolaise sont d’anciens membres du CNDP et que le cordon ombilical entre ce dernier, devenu depuis 2009 – sur le papier – un parti politique et ses « anciennes » troupes n’a jamais vraiment été rompu. Les organisations de défense des droits de l’homme locales et internationales (dont Human Rights Watch) ont toujours dénoncé la tenue, dans les territoires de Masisi et de Rutshuru, d’une administration parallèle par le CNDP.

Mais au-delà de ces analyses faites par les observateurs les mieux avertis, il y a cet aveu sans appel qu’a fait samedi dernier (le 12 mai 2012) le Colonel Jean Baptiste Rudaseswa au cours d’une émission radiodiffusée sur la BBC Great Lakes. Cet officier supérieur est, d’après ses propres déclarations, un des membres fondateurs du Mouvement du 23 mars dirigé officiellement par son collègue, le Colonel Sultani Makenga. Il est à souligner que dans cette émission animée par le journaliste de la BBC Ali Yousouf M., le Colonel Rudaseswa était invité pour parler au nom du M23, et qu’il avait pour interlocuteurs le Colonel Innocent Gahizi (ancien du CNDP, lui aussi, mais qui demeure loyal aux FARDC pour le moment), Monsieur Enock Ruberangabo (notable Munyamulenge bien connu en RDC) ainsi que le député provincial élu de Masisi, Monsieur J.B. Sebishyimbo. 

A la question précise du journaliste de savoir si le Général Bosco Ntaganda était membre du M23, et si ce dernier combattait à ses côtés, la réponse du Colonel Rudaseswa a été on ne peut plus claire, tranchant nettement avec les dénégations véhiculées jusqu’ici par d’autres membres du mouvement, dont le Colonel Sultani Makenga lui-même, ou encore le porte-parole du M23 le Colonel Vianney Kazarama. Voici la réponse donnée par le Colonel Rudaseswa (dont les propos n’ont pas été démentis par qui que ce soit) : « Le Général Bosco Ntaganda est notre frère. Il a beaucoup fait pour le mouvement, et je ne peux pas dire que nous ne savons pas où il se trouve. Nous savons où il se trouve, il est avec nous, et il n’y a aucune raison pour que nous ne le protégions pas ».
 
Acculé par le journaliste pour savoir pourquoi ils avaient préféré placer Sultani Makenga à la tête du mouvement plutôt que Bosco Ntaganda, Rudaseswa a répondu : « En raison des circonstances et du contexte du moment, nous avons jugé que le Colonel Makenga était le mieux placé pour conduire le Mouvement ». 

Ces affirmations du cofondateur du M23 tranchent avec les dénis formels du porte-parole du M23, le Colonel Kazarama qui, vraisemblablement plus habile et plus stratège que son collègue d’arme, avait déclaré sur une radio de Goma il ya quelques jours que Bosco Ntaganda ne faisait pas partie du M23, et qu’ils n’étaient pas avec lui, insinuant que leurs revendications ne se rapportaient pas au statuts de Ntaganda, mais strictement à des points des accords du 23 mars 2009 qui n’auraient pas été satisfaits par la partie gouvernementale.

Les jeux sont clairs

Sous réserve de ce que le gouvernement pourrait avoir comme responsabilités dans cette affaire, je relève les points majeurs suivants :
·         Les accords du 23 mars dont se prévalent les membres du M23 ont été signés entre le CNDP (dont ils étaient membres à l’époque) et le gouvernement de la RDC. Puisque le CNDP existe toujours, et participe de surcroît à la coalition au pouvoir, n’était-il pas logique que ce soit lui (le CNDP) qui fasse les revendications par rapport à la mise en œuvre de ces accords, plutôt qu’un mouvement qui, juridiquement, est tiers à cet égard ?
·         Le M23 revendique désormais être avec le Général Ntaganda et combattre à ses côtés. Or, chacun sait, sauf hypocrisie ou mauvaise foi, que Ntaganda est, depuis la mise sur la touche de Laurent Nkunda, le maître-à-décider du CNDP. (De l’aveu même de certains des officiers issus du CNDP – dont le Colonel Innocent Gahizi – Ntaganda est celui qui a toujours « nommé » les dirigeants du CNDP depuis Gafishi jusqu’à l’actuel Mwangachuchu, en passant par le Docteur Kamanzi ; il est celui qui dicte la conduite et la position, qui propose les grades, les affectations, etc. Ce n’est un secret pour personne). Autrement dit, le M23 est avec le CNDP, s’il n’est du CNDP.
·         Le CNDP appuie implicitement les revendications du M23. Il ne s’est jamais vraiment désolidarisé d’avec les militaires « insurgés ». Au contraire, certaines indiscrétions parlent des contacts réguliers entre les dirigeants (politiques) du CNDP avec les militaires « insurgés ». 

De mon point de vue, le M23, pour peu que ce ne soit pas un montage dont il se peut que certains des architectes se trouvent à Kinshasa même, n’est que l’aile politique remodelée du CNDP pour donner du tonus à ses revendications politiques. Il faut se rappeler que le CNDP n’a gagné aucun poste lors des dernières élections contestées de novembre 2011, et que le seul endroit où il espérait en gagner quelques-uns (non sans l’aide, encore une fois, des militaires lui restés fidèles), c’est le territoire de Masisi. Or, les fraudes et les irrégularités y ont été si graves que la CENI elle-même, quoique capable de miracles, n’a pas trouvé mieux que d’annuler tous les résultats des élections dans cette contrée. 

Par ailleurs, le CNDP n’a jamais été d’accord avec le déploiement de ses militaires dans d’autres provinces, prétextant qu’ils n’y seraient pas en sécurité, de même que leurs familles qui n’auraient qu’eux pour les protéger contre les attaques des FDLR. (Je dis « ses militaires » parce que, aussi choquant que cela puisse paraître qu’un parti politique accrédité dispose de militaires qui lui sont loyaux, dans les faits c’est ainsi que ça se vit, et personne ne saurait objectivement le nier). Or, ce déploiement refusé par nombre d’officiers Tutsi des FARDC au Nord-Kivu serait l’une des causes de leur rébellion. 

Paradoxalement, le jeu du CNDP fait toujours des dupes au sein du pouvoir. Ou alors, comme on aurait raison de le penser, la confusion est entretenue à dessein, et les autorités congolaises y ont quelque intérêt ! Les milliers de gens obligés de quitter leurs biens, et qui se retrouvent sur la rue et dans la forêt en pleine période pluvieuse ; les pauvres soldats qui versent leur sang à l’autel d’un sacrifice peut-être indu… Qui est-ce qui s’en préoccupe vraiment ?