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lundi 7 janvier 2013

R.D.Congo - M23 : le dialogue aura-t-il jamais lieu ?

De g à d, l'abbé Malumalu et le ministre Raymond Tshibanda, à Munyonyo, en décembre 2012. Ph. MP
Les pourparlers entre le gouvernement congolais et la rébellion du M23 devaient "reprendre" vendredi 4 janvier dernier, après deux semaines d'interruption pour raison des fêtes de fin d'année. Officiellement, ils n'ont pas repris vendredi comme prévu du fait que la délégation congolaise n'était pas encore complète. Ce weekend, des tractations continuaient séparément entre le ministre ougandais de la défense Crispus Kiyonga et les chefs des deux délégations pour "régler les derniers détails" avant la tenue d'une séance plénière qui pourrait avoir lieu lundi 7 janvier.

En réalité, c'est à défaut de meilleur terme que l'on parle de "reprise des pourparlers" parce que depuis le lancement officiel du dialogue entre les deux belligérants (le 9 décembre) jusqu'au départ en congé des délégués (le 21 décembre), les pourparlers n'avaient pas encore commencé à proprement parler. En près de deux semaines de présence à Munyonyo près de Kampala, les délégués du gouvernement congolais (auxquels se sont joints quelques soi-disant représentants de la société civile et de l'opposition politique) et ceux du M23 avaient à peine convenu d'un règlement intérieur devant régir les travaux. A l'époque déjà, les deux parties n'avaient pas pu s'entendre ni sur un agenda précis, ni sur un véritable ordre du jour (ou l'objet des pourparlers), ni même sur la périlleuse question de la signature d'un cessez-le-feu qui resurgit encore aujourd'hui.

Et c'est à croire que la pause observée n'a pas permis aux uns ou aux autres de changer de position. Au contraire, la méfiance a quelque peu augmenté entre eux, si bien qu'à la veille du 4 janvier (jour initialement prévu pour la "reprise" des pourparlers", le président du M23 a ouvertement menacé que son mouvement allait se retirer de la table si le gouvernement refusait de signer un cessez-le-feu. "Nous allons prendre à témoin la communauté internationale et nous allons nous retirer [...]; s'il le faut, nous utiliserons l'unique voix que Kabila entend facilement, et cette fois nous irons loin", a déclaré en substance Jean-Marie Runiga devant la presse dans leur fief de Bunagana le 3 janvier. Il semble évident que c'est l'insistance du M23 à signer un cessez-le-feu qui retarde le début des pourparlers, les questions de la composition de la délégation congolaise et des accréditations n'étant que des prétextes.

Par ailleurs, le M23 accuse avec insistance le gouvernement congolais de rassembler des troupes (dont des milices Hutu rwandais des FDLR et des Maï-Maï de l'APCLS et Shetani) en prévision d'une offensive contre ses positions à Rutshuru et près de Goma. Dans le territoire de Masisi, les accusations du M23 sont confortés par l'exode depuis quelques semaines vers le Rwanda, via Goma, des populations Tutsi qui disent être pourchassés par les militaires congolais et des milices Hutu du fait de leur appartenance ethnique ou en les accusant d'être de connivence avec le M23. Sur le plan diplomatique, ces accusations - fondées ou infondées - ont pour but de fragiliser le gouvernement congolais dans la mesure où collaborer avec une milice génocidaire dont le Rwanda a toujours dit qu'elle présentait une menace sérieuse contre sa sécurité est quelque chose de grave.

Une nouvelle recrue "de taille" : Roger Lumbala

Le député et leader du parti politique RCD-N, Roger Lumbala, a finalement assumé son appartenance, ou plutôt son "soutien" au M23, après avoir mis des mois à le nier et à accuser Kinshasa de chercher simplement à l'accabler. Après avoir fêté le nouvel an près de Sultani Makenga dans les collines de Rutshuru, il a obtenu le ticket de Kampala comme désormais membre (et chef-adjoint) de la délégation rebelle. Pourtant, il continue de soutenir mordicus qu'il n'a pas adhéré au M23 mais qu'il soutient simplement ce mouvement qui "fait entendre à Kabila le seul langage qu'il comprend (entendez la force) et qui exige la vérité des urnes et le fédéralisme". Bien sûr l'argument ne tient pas debout, car un simple admirateur ne peut pas figurer parmi les représentants d'un mouvement à des assises de ce genre. Heureusement pour le gouvernement congolais que Roger Lumbala ne risque d'apporter ni davantage de poids politique, ni plus de légitimité nationale au M23. Il est peu ou pas connu du tout à l'Est de la RDC où il ne dispose d'aucune base, et il a la sale réputation d'être plutôt inconstant et opportuniste, après ses tours dans quasiment tous de nombreux mouvements politico-militaires, dont l'AFDL et le RCD, qui étaient à l'époque soutenus par le Rwanda, le pays même qui téléguide  aujourd'hui le M23. C'aurait été Mbusa Nyamwisi du RCD-KML ou un autre "fils de l'Est" qu'on aurait eu affaire à un véritable évènement susceptible d'influer sur le cours des choses ! A moins qu'il ne soit derrière, lui aussi...

Le mirage de la Force internationale neutre : la cause véritable du blocage 

Si le gouvernement congolais cherche à gagner le temps; si le M23 exige avec autant d'insistance la signature d'un cessez-le-feu, c'est parce qu'il y a dans le vent le déploiement imminent des premiers contingents devant constituer la fameuse force internationale neutre, sous l'égide de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL). Car le gouvernement se trouve à Kampala malgré lui, et voudrait vite s'appuyer sur cette force pour régler la crise, sans avoir à concéder quoique ce soit dans un nouvel accord. En face de lui, les rebelles savent que leurs revendications autour de l'accord dont ils portent le nom (du 23 mars 2009) ont très peu de pertinence, et avaient espéré imposer leur véritable à Kampala (fédéralisme, octroi de nouveaux grades, postes au sein des instances politiques et administratives au niveau provincial et national, hégémonie militaire dans le Kivu, etc.). Mais ils ont vu le piège que leur tend le gouvernement, et ils voudraient anticiper en obtenant un accord de cessez-le-feu qui aurait pour conséquence immédiate de les mettre à l'abri des attaques y compris en cas de déploiement effectif de cette force internationale neutre. Pendant ce temps, ils s'efforceraient de montrer qu'ils ne sont pas une force négative à combattre, mais que ceux qui doivent être combattus sont les seules FDLR et différents groupes Maï-Maï, et ils pousseraient sur le plan politique pour signer un accord sur le fond.

Le gouvernement n'a pas de plan B, contrairement aux rebelles, qui sont en position de force sur le plan militaire et qui, malgré les pressions, peuvent toujours compter sur leur parrain rwandais, sur leurs alliances avec d'autres groupes congolais, sur les divisions de la classe politique congolaise et le peu d'empathie que montrent les congolais vis-à-vis de leur gouvernement, et sur les mécontentements et la démotivation au sein de l'armée congolaise. En plus, ils savent que la force neutre, même si elle était déployée, aurait elle même des difficultés à les combattre efficacement, étant donné sa structure et les soucis d'ordre à la fois technique et logistique.

Si donc le gouvernement persiste à prendre les rebelles pour des idiots, il est fort probable que les hostilités reprennent avant même que la fameuse force neutre n'ait eu le temps de se déployer. Et les rebelles l'ont dit, cette fois ils pourraient aller bien plus loin que Goma ou Sake. Dieu sait qu'ils en ont la capacité !

Mais que faire ? Leur concéder ce qu'ils demandent, avec le risque pour Joseph Kabila et son gouvernement de creuser plus profond leur tombe politique à l'intérieur du Congo ? La force neutre a été envisagée principalement pour éradiquer le M23, entre autres. Comment peut-on raisonnablement négocier avec le M23 et se mettre à combattre des groupes rebelles infiniment moins nuisibles que ce M23, et dont certains seraient ses alliés ou ses ramifications stratégiques d'après les rapports du Groupe d'Experts de l'ONU ?

D'aucuns parlent de blocage à Kampala, mais en réalité c'est un train qui de toutes façons ne va nulle part. Pour le gouvernement congolais, il vaudrait mieux que le blocage persiste, tant que cela lui permet de gagner du temps tout en faisant semblant de pousser, de bricoler pour décanter le blocage. Cela le soulage, mais bêtement car le temps finira bien par s'épuiser, et la solution n'est pas là où il le croit. Encore que le M23 semble avoir déniché ce jeu mesquin.

La solution existe. Mais c'est sans compter avec Joseph Kabila...

De nombreuses voix se sont élevées pour demander la tenue d'un dialogue national, auquel le M23 serait associé, et où toutes les forces-vives passeraient au peigne fin les problèmes qui gangrènent le pays (car ils existent, plus nombreux que le M23 croit le dire). Faute de légitimité et étant donné sa faiblesse militaire, Joseph Kabila pourrait ainsi constituer la cohésion nationale qu'il a tant clamée, et obtenir que les questions légitimes posées par la rébellion du M23 trouvent une réponse dans un cadre plus globalisant, de sorte à éviter les règlements au cas par cas et la répétition des erreurs du passé. Il ne s'agirait pas d'une redistribution de postes ou de la mise en place d'un gouvernement de transition comme ce fût le cas en 2003, et de ce point de vue là Kabila n'aurait pas à perdre son poste, et il n'y aurait pas non plus de grands bouleversement au niveau des acteurs institutionnels actuels, hormis quelques nécessaires ajustements et corrections (comme par exemple au sein de l'armée et de l'appareil judiciaire).

L'autre solution - ou plutôt l'autre manière de détendre la situation - consisterait à anticiper certaines revendications du M23 en les mettant en oeuvre ou en amorçant leur mise en oeuvre avant même la signature d'un quelconque accord avec ce mouvement. Par exemple, le M23 réclamera le fédéralisme, et à défaut l'effectivité de la décentralisation telle que prévue par l'actuelle constitution. Joseph Kabila a la possibilité de faire appliquer la constitution dès demain matin à cet égard, en décidant que désormais chaque province retiendra 40% de ses recettes à la source et en renonçant aux transferts systématiques de toutes les recettes des provinces à Kinshasa.

Il est possible de programmer rapidement la tenue des élections provinciales, sénatoriales et locales; de lâcher les verrous imposés par la majorité présidentielle au sein de la Commission nationale électorale et qui font craindre aux opposants des scénarios comme celui du simulacre d'élections de novembre 2011. Il y a moyen d'assainir l'armée, de montrer quelques gestes de bonne volonté en ce qui concerne la lutte contre la corruption et les détournements, dont les principaux responsables mangent à la même table que Joseph Kabila, qui les tolère ou les soutient selon les cas. Il y a moyen de poser des gestes de bonne volonté à l'égard de l'opposition politique, et, si l'on ne peut satisfaire le M23 et ses maîtres connus ou occultés, au moins l'isoler au niveau national. Des choses à faire dans ce sens, il y en a beaucoup.

Pourtant, au lieu de trouver des solutions à la crise, le président de la République se complaît dans des discours aussi creux que pathétiques, alternant aberrations et contradictions, sans jamais une quelconque direction. Il préfère condamner les Nations-Unies comme si les manquements de ces dernières l'exonéraient de sa propre responsabilité, et continuer de compter sur des solutions qui tomberont des pays voisins ou de l'Afrique australe.

La solution à la crise actuelle dans le Kivu ne va pas être militaire, Joseph Kabila devrait le savoir une fois pour toutes. Encore qu'on ne peut pas s'entêter à préconiser des solutions militaires alors qu'on est incapable de constituer sa propre armée. La solution passe inexorablement par le dialogue, mais un dialogue qui pose les vrais problèmes, avec les bons acteurs (ce qui n'est nullement le cas dans le cirque de Munyonyo en Ouganda, où l'on est entrain de dépenser inutilement des centaines de milliers de dollars).









lundi 29 octobre 2012

Résolution de la crise à l’Est de la RDC : le gouvernement congolais désavoue la CIRGL ?

Le Premier Ministre rd congolais, Matata Ponyo
Le Premier ministre de la RDC, Augustin Matata Ponyo, en mini-tournée en Europe cette semaine, a clairement désavoué le schéma proposé par la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL). « Le gouvernement congolais ne croit pas en une solution à la crise de l’Est qui viendrait de la CIRGL, étant donné que certains de ses membres sont impliqués dans la déstabilisation de la RDC », a-t-il déclaré en substance. Et d’ajouter que pour son gouvernement, la solution réside dans le renforcement et la précision du mandat de la MONUSCO, la force onusienne forte de près de vingt mille hommes, qui est déployée en RDC depuis dix ans.

La CIRGL, qui regroupe onze Etats (la RDC, ses neuf voisins, plus le Kenya) s’est positionnée dès le début de cette année, et la naissance du Mouvement du 23 mars, comme étant le mécanisme régional le mieux placé pour trouver et mettre en œuvre une « solution africaine » aux rébellions qui sévissent à l’Est de la RDC. Son plan consiste essentiellement au déploiement d’une « force internationale neutre », composée de forces des Etats de la région, qui aurait pour tâche d’éradiquer les groupes rebelles nationaux et étrangers actifs à l’Est de la RDC, dont le M23, les FDLR, l’ADF/NALU et le FNL. Elle devrait aussi (cette force) contrôler la frontière entre la RDC et le Rwanda accusé dans différents rapports de soutenir la rébellion la plus en vue actuellement : celle du M23.

Pourtant le gouvernement avait été averti… 

Les tout premiers à avoir osé rejeter publiquement le schéma de la CIRGL, ce sont des jeunes révolutionnaires de Goma réunis dans un mouvement anonyme ayant pour slogan « Inatosha ! ». Plus d’une fois, ces jeunes ont écrit des mémorandums et organisé des manifestations publiques pour s’opposer au déploiement d’une force internationale neutre « de trop » à l’Est de la RDC.

Le 15 août dernier, alors que les ministres de la défense de la CIRGL étaient réunis à Goma en préparation du tout premier sommet de Kampala, ces braves jeunes ont fait un sit-in devant l’hôtel où la réunion se tenait, avec des cartons sur lesquels il était écrit, notamment : « Non à une force internationale neutre. Oui au renforcement du mandat de la MONUSCO ».

Les 5 septembre, ils ont redit la même chose dans une manifestation organisée devant le quartier général de la MONUSCO à Goma. Dans un mémorandum adressé au Président de la République, ils recommandaient au gouvernement de plaider pour que le Chapitre VII de la Charte de l’ONU soit effectivement appliqué par la MONUSCO. Ils prenaient soin de rappeler que cette dernière avait l’avantage d’être présente depuis plusieurs années, de disposer de moyens matériels et humains suffisants, contrairement à une hypothétique force neutre.

Le 11 septembre, lors de la visite à Goma du sous-secrétaire général des Nations-Unies en charge des opérations de maintien de la paix, les mêmes jeunes lui adressaient une lettre ouverte dans laquelle ils demandaient à ce que le mandat de la MONUSCO soit renforcé et limité aux seuls impératifs de rétablissement de la paix et de formation des forces de sécurité congolaises. Toutes ces déclarations sont parvenues au gouvernement, qui n’a jamais daigné les prendre en considération.    

La société civile congolaise, et celle du Nord-Kivu en particulier, a toujours réfuté le schéma de la CIRGL, le qualifiant d’incohérent, de long et difficile en mettre en œuvre, et surtout d’hypocrite étant donné le rôle qu’y jouent le Rwanda et l’Ouganda. Cette même société civile a toujours dénoncé les actes d’agression et de soutien aux groupes rebelles, de la part des armées rwandaises et ougandaises.

Dans une déclaration rendue publique au mois d’août dernier, et intitulée « La République est agressée : on n’a pas à être neutre pour la défendre », les organisations et les structures de la société civile de la République Démocratique du Congo ont, de façon unanime, recommandé au gouvernement congolais de « renoncer purement et simplement au schéma de la CIRGL ». Elles préconisaient, elles aussi, le renforcement du mandat de la MONUSCO de sorte qu’avec les « meilleurs unités armées congolaises, dotées d’un commandement efficace », elle puisse jouer le rôle de cette force internationale.

Ce n’est pas tout, car même des organisations internationales crédibles, comme l’International Crisis Group, ont aussi déconseillé l’envoi à l’Est de la RDC d’une « nouvelle » force internationale neutre.  Tous ces appels sont restés lettres-mortes, car le gouvernement a poursuivi ses démarches au niveau de la CIRGL.

Matata Ponyo est-il le chef du gouvernement ? 

Le chef, ou l'ombre du vrai chef ?
La question n’est pas anodine, loin de là ! Car, alors que le Premier ministre a exprimé la « position du gouvernement » contre le schéma de la CIRGL, ses ministres de la défense et des affaires étrangères poursuivent, eux, les démarches au niveau de la CIRGL en vue de l’opérationnalisation de la fameuse force internationale neutre. Sous la houlette de l’Ouganda, et avec la participation du Rwanda. Dans ce cadre, une réunion des ministres de la défense de la CIRGL (dont le congolais, et ses homologues rwandais et ougandais) s’est clôturée à Goma jeudi 25 octobre dernier, après l’adoption du plan d’opérationnalisation.

Cette situation suscite beaucoup d’interrogations : le Premier ministre Matata Ponyo a-t-il réellement exprimé la position de son gouvernement, ou la sienne propre ? Y a-t-il un autre chef de gouvernement dont les ministres de la défense et des affaires étrangères suivent les directives ? Est-ce une stratégie de garder un pied dans la CIRGL et un autre dehors (à l’ONU), le temps de trouver l’option qui marche ? Quelle est finalement la position du gouvernement congolais, s’il en existe un ? Les réponses ne sont pas évidentes…
Une chose est sûre : la cacophonie règne à Kinshasa. C’est à peine si, sur cette question précise de la guerre à l’Est de la RDC, on ose encore parler de l’existence d’un « gouvernement congolais ». Il gouverne quoi, s’il est incapable ne serait-ce que de coordonner ses actions ? Pas de position claire, pas de stratégie cohérente, des contradictions permanentes entre le tonitruant ministre de l’information, l’inaudible visible ministre des affaires étrangères, et le démobilisé ministre de la défense…

L’ONU esquive ou s’embarrasse ?  

Les Nations-Unies ne sont pas irréprochables, dans tout se qui se passe en République Démocratique du Congo. Leur présence depuis une décennie a soulagé au minima les malheurs des congolais, mais elle a échoué d’imposer et de maintenir la paix (on me dira que sa mission était « l’observation », et aujourd’hui « la stabilisation », ce que je concède volontiers). Avec des dépenses quotidiennes de l’ordre de quatre millions de dollars américains, un effectif de dix-huit mille personnes, des moyens matériels impressionnants, l’action de la Monusco reste très limitée, même au regard de son mandat principal de protection des civils.
Evidemment, quel est ce soldat indien, pakistanais, népalais ou autre, pressé de mourir ou de se sacrifier avec ardeur sur la terre congolaise ? Je ne veux pas penser que la couleur des congolais les rappelle les parias, ces hommes et femmes qui, là-bas chez eux, valent moins qu’un âne ou un serpent… Seulement, je ne m’explique pas la position des Nations-Unies en faveur de cette force internationale neutre.  Peut-être que les grandes puissances des Nations-Unies veulent simplement laisser les africains « gérer leur problème » comme ils n’ont de cesse à le réclamer. Peut-être qu’elles voudraient bien suivre la position du gouvernement congolais, qui n’existe pas (encore) ou qui n’est pas claire…

 En conclusion…

La prise de position de Monsieur Matata Ponyo, quoique tardive, a réjoui la majorité des congolais à l’Est de la RDC. Il ne faut pas cependant qu’elle demeure  un discours en l’air, destiné à « accuser réception » du rapport de l’ONU mettant en cause l’Ouganda et réaffirmant l’implication du Rwanda dans les troubles de l’Est de la RDC. Le gouvernement congolais – pour peu qu’il soit capable de se ressaisir – devrait concentrer ses efforts diplomatiques au renforcement du mandat de la Monusco en vue d’en faire véritablement une force de rétablissement et de maintien de la paix et de la sécurité. Heureusement, certains pays comme la France, qui est membre permanent du Conseil de sécurité, ont déjà montré qu’ils pourraient soutenir une telle démarche. Dans son discours au XIVème Sommet de la Francophonie à Kinshasa, au début de ce mois, le Président François Hollande a affirmé que la France y était « favorable ».

Si le Premier ministre Matata Ponyo, apparemment plus crédible que son patron du Palais de la Nation, ne se charge pas de mettre ses ministres et ses diplomates sur les rangs dans cette perspective ; si le gouvernement ne se décide pas à insister et marteler sur le renforcement du mandat de la Monusco, alors la RDC va tout perdre. La diplomatie congolaise est moribonde, tout le monde le sait, mais la volonté politique au niveau du gouvernement peut la revitaliser, spécialement pour cette question-ci.

Quoiqu’il en soit, le rétablissement et le maintien de la paix à l’Est de la RDC sont difficiles, voire impossibles sans l’implication des Etats de la région des grands-lacs. Ils sont un rôle imparable à jouer, mais pas de la manière qu’ils l’ont feint de le faire à travers le schéma de Kampala.
   


mercredi 12 septembre 2012

Manifestation spectaculaire devant le QG de la MONUSCO à Goma !

Témoins de l'évènement : le Secrétaire général adjoint de l'ONU en charge des Opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, et toute sa délégation (comprenant notamment le Commandant de la Force de la Monusco, ainsi que le Représentant spécial du Secrétaire général en RDC, Roger Meece) bloqués pendant plusieurs minutes par une poignée de jeunes surévoltés... Etaient également au quartier général de la Monusco, le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, le vice-gouverneur, et des officiers du haut commandement des FARDC.

Un message fort et clair


Ils étaient une cinquantaine de jeunes. Ni la pluie qui tombait sur la ville, ni les chars des nos vaillants "soldats de la paix", et encore moins les jeeps des policiers de la garde du gouverneur de province armés jusqu'aux dents ne les ont effrayés : ils ont tenu à remettre en mains propres leur mémorandum à Monsieur Hervé Ladsous, qui était de passage à Goma l'après-midi de ce mardi 11 septembre.

Non-violence et énergie ne sont pas incompatibles...
Arrivés presque en même temps que le fonctionnaire onusien au quartier général de la MONUSCO, confortablement installé au bord du lac Kivu, ces jeunes, dont le degré d'éveil, la détermination, et le style surprennent tout le monde, ont attendu plus de deux heures à l'entrée du QG, en brandissant leur message sur des calicots et des cartons sur lesquels on pouvait lire : "La meilleure manière de nous protéger, nous civils congolais, c'est de nous rétablir la paix ou la sécurité. La Monusco doit y oeuvrer ou s'en aller ". Ou encore : "Non à une Force internationale de trop. Monusco : à quoi sert le Chapitre VII ? Appliquez-le maintenant, ou partez  ! ".

De temps en temps, ils scandaient en choeur, dans leurs mégaphones : "Monusco, 12 ans de présence chez nous, quatre millions de dollars dépensés journellement, sous le prétexte d'une paix qui se fait toujours attendre. Nous avons assez d'un gouvernement irresponsable, et d'une communauté internationale spectatrice !"...

Parmi les autres témoins de la manifestation : plusieurs journalistes des médias nationaux et internationaux venus couvrir la visite de Monsieur H. Ladsous, le personnel de la MONUSCO, des éléments de force de sécurité et du protocole congolais,... Des copies de leur mémorandum ont été distribuées à volonté.

Se faire entendre, ou se faire écraser !
Ensuite est venu le moment sans doute le plus marquant de l'après-midi : la sortie du convoi de Monsieur Ladsous. Les jeunes manifestants, intrépides, ont formé une chaîne humaine, derrière leur calicot, et ont barré la porte de sortie du QG de la MONUSCO. L'intervention des dizaines de policiers qui attendaient les délégations à l'extérieur n'y a rien fait. La garde rapprochée du sous-secrétaire général a dû venir en renfort. Alors ces braves jeunes se sont assis devant les 4x4, toujours en criant "la paix", "nous protéger c'est nous rétablir la paix", "gouvernement irresponsable, ONU passive", "construisez un camp comme celui-ci pour 10 millions de nord-kivutiens", "MONUSCO, are you soldiers or tourists ?"...

Poussez, tant que vous avez les oreilles découvertes !

Bousculés, piétinés, mais tenaces !
Une démonstration comme je n'en ai jamais vue ! Des jeunes (congolais, intellectuels, et à Goma, capitale congolaise de la violence, de surcroît !) qui s'accrochent sur des véhicules, sur pneus des chars, ou les bottines d'hommes armés jusqu'aux dents, qui crient à tue-tête dans les oreilles d'une aussi haute personnalité, qui, ... Après une bonne demie-dizaine dizaine de minutes, le convoi a pu se frayer un chemin, mais le message est passé. Et avec force.

Après le départ de la délégation onusienne, c'était au tour du gouverneur de province et sa délégation de quitter l'enceinte de la MONUSCO. Lui aussi en a eu pour son compte : "gouvernement irresponsable", "gouvernement irresponsable"... Ces mots ont dû résonner comme un affront à ses oreilles, tellement il n'y est pas habitué. Et tant mieux...

Ces jeunes n'en sont pas à leur première manifestation. A la veille du 52ème anniversaire de l'indépendance, pendant qu'ils préparaient une grande manifestation en distribuant des tracts d'appel et en invitant la population à sortir de la résignation, six d'entre eux avaient été arrêtés et détenus pendant une semaine par les services de renseignement. Ils seront relâchés, grâce notamment à la mobilisation de leurs collègues et d'autres jeunes partageant leur engagement. Le 15 août dernier, alors que se réunissait à Goma le sous-comité des ministres de la défense de la CIRGL, ils étaient parvenus à passer dans l'étroit filet des services de sécurité et avaient manifesté leur opposition au projet de déploiement d'une (autre) force internationale à l'Est de la RDC. Plus récemment encore, le 5 septembre, ils ont manifesté dans les rues de Goma, et adressé un mémo au Président de la République dans lequel ils demandaient le renforcement des FARDC et la démission de deux de leurs hauts commandants : le chef d'état-major général Didier Etumba, et le redoutable chef d'état-major de la Force terrestre, le général Gabriel Amisi Kumba dit "Tango Fort".

Ils promettent d'intensifier leur activisme, jusqu'à ce que révolution s'opère dans le pays. Le 21 septembre, journée mondiale de la paix, pourrait être leur prochain rendez-vous. Le 27 septembre, pendant qu'il se tiendra à New York une grande réunion sur la situation à l'Est de la RDC, ils promettent de faire à nouveau entendre leur voix. Ils refusent de se donner un nom et des structures, car leur démarche consiste avant tout à se défaire des sentiers bâtis auxquels on a habitué les congolais à se conformer. Ils se définissent tout simplement comme un mouvement d'éveil et d'action citoyens, avec pour slogan le mot swahili "INATOSHA !" (c'est-à-dire Assez ! ou Ca suffit !) : assez de la guerre, assez des injustices, assez de la cupidité des dirigeants, assez du système de gouvernance, ...



Les gens peuvent choisir de fermer les yeux ou de boucher les oreilles, mais il est clair qu'il y a une jeunesse congolaise qui est entrain de sortir de son mutisme et de sa résignation, et qui n'entend plus laisser libre cours à ceux qui se plaisent à orienter à leur manière son avenir. Pour ma part, je vois en eux poindre (à l'Est) le soleil de la révolution congolaise. Vous en doutez ? L'avenir nous dira qui, entre vous et moi, a tort ou raison...

lundi 10 septembre 2012

Kampala I, II, et bientôt III : Kabila toujours aussi dupe ?

Le deuxième "sommet" des Chefs d'Etat de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs consacré à la résolution du conflit militaire à l'Est de la RDC s'est finalement tenu ce samedi 8 septembre à Kampala, après deux jours de retard. Il avait pour objectif principal de tabler sur la mise en oeuvre de leur projet de déploiement d'une "force internationale neutre", sur base des recommandations du sous-comité des ministres de la défense qu'ils avaient institué lors de leur dernier "sommet", et dont le rapport a été soumis à l'ougndais Yoweri Museveni, Président en exercice de la CIRGL, à la mi-août.


Kagame, lui, avait mieux à faire...

Sur onze Chefs d'Etats et de gouvernements attendus à Kampala ce weekend, seulement trois ont répondu à l'invitation du président Museveni : le tanzanien Jakaya Kikwete, le congolais Joseph Kabila, et le sud-soudanais Salvar Kiir (qui était invité comme simple observateur au sein de la CIRGL). Celui dont l'absence a été la plus remarquée est sans aucun doute le rwandais Paul Kagame, qui a préféré déléguer sa "dame de fer" de ministre des affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, qui était accompagné de l'incontournable James Kabarebe, ministre de la défense.

Le "patron", lui, était en déplacement en Chine, où il a participé hier dimanche à Hong Kong à la rencontre de l'Organisation des jeunes Présidents (Young President Organization). Ce lundi 10 septembre, il rencontre les hommes d'affaires de la grande métropole de l'Empire du milieu, avant de prendre part, mardi, au Forum économique mondial qui se tiendra dans la ville chinoise de Tianjin. Enfin, bref ! Je lis dans les filigranes le message de Paul Kagame à Kabila qui doit être : "Cher ami, mon pays est pauvre, mais contrairement à toi, j'ai pour lui un grand rêve. Alors, excusez-moi, mais je n'ai pas de temps à perdre avec vous...".

Il a raison, non ! Il faut être aussi dupe que le président Kabila pour ne pas se rendre compte que ces rencontres successives sont une vraie perte de temps (et d'argent, à cela on est déjà assez...habitué). Aussitôt la thèse de l'agression de la RDC par le Rwanda "validée" par Kinshasa, le gouvernement a multiplié les lettres, les missions, pour "dénoncer" sa déstabilisation et ...crier (!) au secours : New-York, Addis-Abeba, Kampala, Maputo, Goma, ... Les crédules chefs de confessions religieuses et membres de la "société civile" ont emboîté le pas aux politiciens, et parcourent l'occident, avec des cartons de pétitions, à la recherche d'un messie qui sauvera le Congo de ses agresseurs. Peine perdue ! Sur le terrain au Nord-Kivu, le M23 a humilié les FARDC à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'il se décide lui-même de stopper son avancée. Des milliers de pauvres congolais forcés de quitter leurs maisons et leurs biens meurent de froid, de faim et de soif, voici six mois déjà.

Beaucoup a été dit sur l'absence du président rwandais à ce sommet : "mépris à l'égard de ses pairs", "remords, après l'échec subi auprès du comité des sanctions des Nations-Unies", "défiance vis-à-vis de Joseph Kabila, dont le gouvernement a traité le Rwanda et ses autorités de tous les noms suite au spectaculaire retrait du contingent rwandais", etc. Au moins lui a le culot de prendre des décisions strictes, y compris celles qui fâchent tout le monde, pour autant qu'il croit le faire pour l'intérêt supérieur de son pays. Il n'est pas homme à contenter le monde entier, et tant mieux pour lui. Ceux qui ont des raisons (vraies ou erronées) de le haïr devraient au moins avoir le courage d'admirer rigueur et...de s'en inspirer. Joseph Kabila aurait une telle personnalité, les problèmes de la RDC en seraient résolus à moitié... Hélas, on est loin du compte ! Quoiqu'il en soit, il me semble que sa présence ou son absence ne change rien au fait que c'était (encore) un sommet pour rien, ou presque.

Des avancées ! Mais lesquelles, et pour quel résultat ? 

Kampala II - ne vous fatiguez pas de compter, ce n'est que le début - a pris un certain nombre de décisions, aussi incohérentes, irréalistes ou inutiles les unes que les autres :

  • La "création d'une force internationale neutre", dotée d'un mandat de l'union africaine et des Nations Unies" : un peu comme si il revenait à la CIRGL de décider à la place de l'Union africaine ou des Nations Unies de donner le mandat à une force internationale... Ces organisations ont des structures chargées d'examiner l'opportunité et la faisabilité d'un tel projet, avant de fixer un mandat. D'ailleurs, le communiqué de Kampala II le reconnaît lui-même, parce que plus loin il indique que quatre des pays membres de la CIRGL devront saisir le Conseil de paix et de sécurité de l'UA, et exhorte cette dernière à saisir à son tour les Nations-Unies au sujet de ce mandat et du soutien dont la force de la CIRGL aura besoin. Pour ce qui est de l'UA, il est fort possible qu'elle donne son mandat à cette force, parce que ce qui s'y fait n'est pas très différent de ce cirque de la CIRGL. Mais pour ce qui concerne l'ONU, il y a fort à parier qu'elle ne voudra pas s'engager à soutenir (y compris financièrement) une force internationale, en plus de la MONUSCO, qui est présente sur place, qui coûte énormément cher, et qui dispose déjà du mandat de rétablissement de la paix. 
  • Le déploiement de la "force internationale neutre" dans les trois mois à compter de ce sommet : là aussi, il n'y a rien de nouveau. Ceux qui croient en ce schéma (je n'en fais pas partie) s'attendaient peut-être à ce que des pays annoncent plutôt qu'ils donnaient des troupes et des moyens à cette force, mais seule la Tanzanie a annoncé être disposée à envoyer des hommes (sans dire combien). Le chiffre de 30 millions de dollars aurait été annoncé comme prévision budgétaire, ce qui est tout à fait dérisoire (la MONUSCO consomme 30 millions de dollars en moins de dix jours ! Raisonnablement, une telle somme ne peut pas tenir trois mois, à supposer que cette force soit composée en tout de quatre à six mille hommes). 
  • L'élargissement du sous-comité des ministres de la défense et du "Mécanisme conjoint de Vérification" (MCV) à tous les Etats membres de la CIRGL et mise en place d'une "Equipe militaire d’Évaluation : cette équipe devrait, selon le communiqué final du "sommet", "faire une évaluation sur le terrain pour déterminer, entre autres, la structure, la configuration et les zones de déploiement de la force internationale neutre". Elle devrait également élaborer dans les deux semaines un "Document de Concept d'Opérations de la force internationale neutre". On tourne autour du pot : la détermination de la structure, de la configuration et des zones de déploiement de la la fameuse force internationale est censée avoir été faite lors de la réunion de le sous-comité des ministres de la défense (alors restreint) qui s'était réuni à Goma les 15 et 16 août dernier. L'on se rappellera d'ailleurs qu'il avait été annoncé, notamment, que la "force internationale" serait composée de 4000 hommes, qu'elle son déploiement serait effectif dans les trois mois à compter de Kampala II, et qu'elle serait déployée dans les zones de Rutshuru, Beni-Rwanzori, Walikale, Masisi, et dans la pleine de la Rusizi. Ces éléments vont-ils changer ? 
  • La cessation "immédiate" des hostilités : dans une formule laconique, le communiqué de la CIRGL indique qu'il "doit être demandé au M23 d'arrêter immédiatement toutes les activités militaires, y compris le recrutement et l’approvisionnement en armes et minutions". Il est aussi "proposé au président en exercice de la CIRGL (Yoweri Museveni) de bien vouloir instruire le M23 de retourner dans ses positions du 30 juin 2012", et de "poursuivre les efforts diplomatiques auprès des parties en conflit à l'est de la RDC en vue de une cessation totale des hostilités, et de résoudre la crise, si possible, par des voies politiques".  Les incohérences contenues dans ce communiqué sont stupéfiantes : la CIRGL tient-elle à intervenir militairement à l'Est de la RDC, ou opte-t-elle pour une résolution politique de la crise ? Si l'option militaire est déjà prise, comme cela semble être le cas, à quoi sert-il d'envisager la solution politique ? Pourquoi n'avoir pas commencé par là, avant de perdre des mois à préparer une intervention qui pourrait ne jamais avoir lieu ? Il y aussi des non-dits : Joseph Kabila envisage-t-il enfin de négocier avec le M23 ? N'est-ce pas que c'est là que conduit la voie politique ! Et puis, qu'en est-il des autres groupes armés que la force internationale est censée aller combattre ? Va-t-on entreprendre des contacts en même temps avec les FDLR, les différents groupes Maï-Maï, les  ADF/NALU, les FNL, et tout le reste ? Il ne faut pas que le M23 mérite seul ce traitement politique, et pas les autres groupes, au risque de créer une situation ingérable ! 

Ce sont là les principales décisions issues de ce "sommet". Ceux qui en attendaient une avancée significative doivent être déçus. D'autres qui, comme moi, n'en attendaient rien, sont confortés dans leur croyance que ce schéma doit être abandonné, au profit d'une option plus concrète et plus rapide. Même la brèche ouverte sur la solution politique n'inspire aucun crédit, dans le contexte actuel. En effet, le gouvernement congolais persiste à accuser le Rwanda de l'agresser, mais ce dernier le nie : avec qui alors faut-il entreprendre des négociations ? Avec l'agresseur rwandais qui ne l'admet pas, ou avec les "mutins" du M23 qui n'attendent que cela ? Et puis il y a toute la multitude de groupes armés nationaux et étrangers avec lesquels il faudrait trouver une solution politique : le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda sont-ils enfin disposés à s'asseoir sur une table de négociations avec, respectivement, les FDLR, les FNL, et les ADF/NALU ? Rien n'est moins sûr.

Des jeunes manifestants
contre le déploiement d'une force internationale neutre
le 5 septembre 2012 à Goma. 
Joseph Kabila doit choisir clairement, entre persister à quémander le soutien militaire de quelques bons samaritains, qui accepteraient, pro Deo, de mettre en jeu la vie de leurs propres citoyens sur les champs de bataille de l'Est de la RDC, pendant que les congolais chantent et dansent le Ndombolo; et trouver une solution proprement congolaise. Pour cette dernière option, il a encore un moyen d'implorer  le M23 de déposer les armes afin de revoir ce qui n'a pas marché après les accords de paix de 2008 et 2009. Eh oui ! implorer, parce que son gouvernement est en grande partie responsable de cette crise, qu'il aurait pu éviter, mais surtout parce qu'il est incapable de leur affronter militairement. Dans le cas contraire, qu'il insiste auprès de l'ONU pour que le mandat de la MONUSCO soit redéfini et orienté prioritairement sur la restauration de la paix, et qu'il organise les FARDC pour se servir utilement de ces braves hommes et femmes, congolais, qui sont prêts à verser le sang pour leur patrie.

Si Joseph Kabila ne veut pas raison entendre; s'il continue de boucher les oreilles face aux cris de sa population, qui est lassée de la guerre, de l'attente, et des humiliations, et qui veulent la paix "tout de suite", il se rend à lui-même un mauvais service : lorsque le peuple se lèvera contre lui et le système qu'il sert, rien ni personne ne sauront l'arrêter. Et il sera trop tard pour se ressaisir...