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dimanche 6 octobre 2013

Souriez avec moi ! Je suis de retour sur Blogger...

Bonjour à toutes et à tous !

Après près de cinq mois d'absence - mon Blogger s'était bloqué aussi miraculeusement et aussi soudainement qu'il s'est débloqué - je suis heureux de vous retrouver.

Je vous réitère mes excuses pour cette longue et pénible interruption, qui était totalement étrangère à ma volonté.

Je ne puis vous dire combien je suis heureux de retrouver la possibilité d'utiliser ce blog, que votre fidélité et vos remarques bienveillantes ont réussi à me faire aimer tant.

Vous m'avez beaucoup manqué...

A très bientôt, avec un billet de (ré)inauguration !

Bien à vous,
JM

samedi 1 septembre 2012

James Kabarebe enfonce Joseph Kabila ! Extraits commentés de l'interview du Ministre rwandais de la défense avec la journaliste belge Colette Braeckman


Le Président J. Kabila 
Le Président P. Kagame 

 





Le Général J. Kabarebe
Le Général James Kabarebe est actuellement le Ministre rwandais de la Défense. Avant d'occuper ce poste « civil », il était, aux côtés d’un certain Laurent-Désiré Kabila, Chef d’Etat-Major de l’armée nationale congolaise après que l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) ait défait le Maréchal Mobutu, puis Chef d’Etat-Major de la Rwanda Defense Force, l’armée rwandaise. Un parcours atypique, c’est le moins que l’on puisse dire…
 
Cette semaine, il a accordé à la journaliste belge Colette Braeckman (« spécialiste » des grands-lacs) du quotidien bruxellois Le Soir, une longue interview qu’elle vient de publier sur son blog sous le titre mérité : « Cartes sur table : les quatre vérités du général James Kabarebe ». (Voir Le Carnet de Colette Braeckman : http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2012/08/29/cartes-sur-table-les-quatre-verites-du-general-james-kabarebe/).

James Kabarebe, de caractère plutôt discret et taciturne, y fait, avec une arrogance déconcertante, un certain nombre de déclarations pour le moins accablantes pour les autorités congolaises, si bien que sous d’autres cieux elles auraient immanquablement des répercussions politiques, si elles manquaient de faire tomber certaines têtes haut perchées à l’intérieur de la RDC.

Quelques observations 

En lisant l'extrait que je vous propose, ou l'intégrité de l'interview sur le blog de Colette Braeckman, vous allez sûrement vous faire votre propre opinion. Mais de mon analyse, on peut croire ou ne pas croire la thèse rwandaise; on peut ou ne pas apprécier James Kabarebe, être irrité par son arrogance; on peut se sentir trahi par les autorités congolaises, si les révélations du ministre rwandais sont vraies, mais une chose est sûre : il nous crache bien des vérités sur la face ! Au sujet du virus qui gangrène les FARDC; sur le fait que la RDC doit apprendre à compter sur elle-même pour résoudre ses problèmes, au lieu de passer son temps à invectiver et à pleurnicher; etc. Par moments, il donne l'impression de très maîtriser le dossier du Kivu que de nombreux officiels congolais, qui remuent mieux leur langue que leurs méninges. 

Certaines déclarations du général James Kabarebe sont d'une telle gravité qu'elles mériteraient que la justice s'y penche et mène des enquêtes : la prétendue collaboration entre le président Joseph Kabila et le général Bosco Ntaganda, dont il dit qu'ils auraient fait ensemble de "curieux business"; la prétendue "fabrication de preuves" pour trouver un bouc-émissaire à la défaite militaire des FARDC sur le front; ainsi la trêve de cinq jours qui a été effectivement décrétée unilatéralement par les FARDC au moment où Ntaganda et ses hommes étaient pris en étau dans les collines de Masisi, trêve qui a de toute vraisemblance permis à ces mutins de se déplacer librement vers le territoire de Rutshuru où ils ont rejoint Makenga et sa troupe. On pourrait ajouter à ces accusations les deux dossiers des colonels Zimurinda et Ngaruye qui auraient été arrêtés et désarmés, puis relâchés et réarmés, avant de rejoindre la rébellion. Il y a sûrement quelque chose de louche qui s'est passé, sinon par complicité, au moins par négligence. Encore que les déclarations de Kabarebe à ces sujets sont corroborées par d'autres témoignages parmi les officiers des FARDC et les agents de l'agence nationale de renseignement qui ont participé à ces scénarios. Enfin, l'affaire de l'avion transportant de l'or et des mercenaires nigérians et américains qui avait été intercepté à Goma ne suscite pas moins de questionnements, quand on sait comment elle a été étouffée par les hautes autorités à Kinshasa. 

Mais quel est ce magistrat congolais qui aura le culot de poser un acte sur des dossiers aussi brûlants ? Je suis le premier à douter qu'il y en ait un seul. Cependant, l'histoire récente est pleine de retournements qui permettent d'espérer qu'un jour, peut-être, les Congolais connaîtront la vérité sur ces affaires, et sur beaucoup d'autres, et que les personnes impliquées (Président de la République, ministres, officiers militaires et autres) en répondront. 

En attendant, la Nation congolaise a une guerre à gagner : celle du recouvrement de l'intégrité de ses frontières, et du rétablissement de la paix à Rutshuru, à Masisi, et partout ailleurs. Et à ce sujet, je ne pense guère que les déclarations et révélations de Monsieur James Kabarebe, "Conseiller spécial du Président Kabila en matière de sécurité et de défense" (à en croire ses propos, cette appellation me semble lui convenir), aient fait avancer les choses. Il a raison, les Congolais doivent trouver eux-mêmes la solution à leurs problèmes... 


Je vous propose ici quelques extraits de cette interview-fleuve, en mettant en exergue quelques phrases-choc, avec le sincère espoir que vous surviviez à son torrent d’infamies. Les questions de la journaliste sont en gras, les répondes du Général Kabarebe en bleu. Les sous-titres en rouge gras sont ajoutés par moi. 

L'aide du Rwanda indispensable pour résoudre les problèmes de la RDC, même Kabarebe s'en étonne ! 

A la veille des élections au Congo, l’automne dernier, vous affirmiez que si vous pouviez aider ce pays à se stabiliser davantage, vous le feriez. Au vu de la situation actuelle, qu’est ce qui a mal tourné ?

Ce n’est pas seulement à la veille des élections que nous avons tenté d’aider le Congo. En 2009 déjà, nous avions tenté de résoudre le problème du CNDP (Conseil national pour la défense du peuple), ce qui avait débouché sur l’arrestation du général Laurent Nkunda et la mise à l’écart de beaucoup d’autres groupes, le Pareco, les Mai Mai Kifwawa, le groupe de Nakabaka, le FRC…

Que s’est-il passé cette année-ci ?

En décembre, au lendemain de son élection, le président Kabila dépêcha un envoyé spécial à Kigali, accompagné de quelques militaires. Le conseiller du président, feu Katumba Mwanke, apportait un message en quatre points : le premier c’est que le président Kabila souhaitait obtenir le soutien du Rwanda pour transférer vers d’autres provinces les soldats d’expression rwandaise qui se trouvaient dans l’Est du Congo. Il souhaitait également notre appui car les Occidentaux le pressaient d’arrêter le général Bosco Ntaganda. Après avoir réalisé ces deux points, nous aurions mené des opérations conjointes pour neutraliser les FDLR. Et enfin, forts d’avoir travaillé correctement ensemble sur les points précédents, nous aurions renforcé la coopération économique entre nos deux pays, relancé plusieurs projets demeurés en suspens.


La délégation nous expliqua que les soldats rwandophones refusaient d’être déployés ailleurs qu’au Kivu et elle espérait que nous réussirions à les convaincre, compte tenu de notre relation historique pas seulement avec les anciens soldats du CNDP mais aussi avec les autres officiers congolais.
D’après eux, ces hommes refusaient d’être transférés dans d’autres parties du pays car Bosco Ntaganda le leur interdisait…
Comme de coutume nous avons proposé notre aide même si mon sentiment était que des problèmes de cet ordre devaient être résolus sur une base nationale.

Pour ce qui concerne Bosco Ntaganda
, nous avons rappelé que la communauté internationale, qui exigeait l’arrestation de ce dernier, disposait au Congo d’une force de paix onusienne de 20.000 dotés de tanks, d’hélicoptères, de forces spéciales, une force se trouvant en partie à Goma, en face de chez Bosco. Avec lui, les officiers jouaient au tennis, ils fréquentaient les mêmes boîtes de nuit, les mêmes bars et restaurants. Pourquoi ne se sont-ils pas chargés de l’arrêter, pourquoi nous ont-ils demandé de le faire ? Nous avons répondu que cette arrestation n’était pas notre affaire, qu’il était un officier congolais très proche du président Kabila, qu’ils avaient fait de curieux business ensemble.
Vous souvenez vous de l’histoire de cet avion chargé d’or intercepté à Goma ? De très hauts dirigeants congolais étaient impliqués dans cette affaire. Ntaganda n’était plus sous notre contrôle…

Les membres de la délégation nous ont alors dit qu’ils allaient arrêter Bosco, mais sans le déférer devant la Cour pénale internationale. Nous étions le 5 février et la délégation regagna Kinshasa. Deux jours après cette rencontre, Katumba Mwanke trouva la mort dans un accident d’avion à Bukavu.

Fin mars, le président Kabila renvoya une autre délégation à Kigali, dirigée par le chef des services de sécurité, Kalev, par le colonel Yav Jean-Claude et d’autres. Ils souhaitaient toujours notre assistance car ils ne voulaient pas résoudre les problèmes de l’Est sans notre appui. Quel soutien ? Ils assuraient que Bosco Ntaganda bloquait le transfert de soldats rwandophones dans le reste du pays.

"Le président était déterminé à protéger Bosco Ntaganda", dixit J. Kabarebe 

Le Président (Kabila) était déterminé à ne pas le transférer à la CPI mais le faire traduire devant une juridiction congolaise. Quant aux trois officiers rwandophones ils ont expliqué : « ce n’est pas Bosco qui nous bloque, mais le fait que beaucoup de points sur lesquels un accord avait été conclu en 2009 n’ont pas été réalisés. Comme préalable à notre déploiement dans d’autres régions du Congo, il fallait rétablir la sécurité au Kivu, régler le problème des FDLR, permettre que nos parents qui depuis tellement longtemps vivent dans des camps de réfugiés au Rwanda puissent rentrer chez eux »(...). 

Il y avait tant de plaintes que je ne peux me les rappeler toutes. Je me suis alors adressé à Kalev, lui demandant s’il savait déjà tout cela. Il répondit devant les autres qu’il avait déjà entendu cela tant de fois, qu’il en avait souvent parlé au président mais qu’il n’avait rien pu faire ! J’ai alors demandé comment on pouvait sortir de cette situation. Ils ont répété qu’ils ne pouvaient se déployer hors du Kivu. Les autres ont dit que le gouvernement ne pourrait tolérer l’indiscipline et qu’ils devraient partir. J’ai alors prévenu les représentants du gouvernement, leur disant que
cette situation était une bombe à retardement, qu’ils devaient trouver des solutions avant qu’il ne soit trop tard.

Comme je connais très bien la situation du Kivu, que je connais tout le monde là bas, j’ai conclu que l’on se trouvait à la veille d’une guerre. J’ai dit qu’il fallait éviter à tout prix d’en arriver là et que s’ils voulaient quelque assistance, nous étions disposés à les aider à trouver une solution. La guerre, disions nous, va affecter tout le monde, la population congolaise, le Rwanda. De notre point de vue, si la guerre éclate, les FDLR vont regagner du terrain.

A cette même période, le 8 avril, alors que nous recherchions une solution pacifique, le gouvernement congolais envoya vers Goma une importante force militaire, des lanceurs de fusée, des chars T52, des hélicoptères de combat. Goma fut soudain fortement militarisée. Au moment où, avec Kalev le chef de l’information civile et Yav le chef de l’information militaire, nous tentions de résoudre pacifiquement les problèmes, le chef d’état major, le général Etumba et le chef de l’armée de terre Tango Four Amisi débarquèrent à Goma pour renforcer l’effort militaire.

Nous répétions que l’option militaire n’était pas la meilleure, mais ils sont allés de l’avant. C’ est à ce même moment que des officiers ont commencé à déserter leurs unités, que d’autres ont refusé le déploiement. Je leur ai alors conseiller de réunifier l’armée, de stopper les transferts, car la situation devenait dangereuse, de se pencher sur l’administration de l’armée, car il y avait beaucoup trop d’irrégularités, de problèmes de commandement, le mécontentement était général.

Après cette réunion, le président Kabila est venu à Goma, où il a annoncé qu’à tout prix il fallait arrêter Bosco Ntaganda, à tout prix. Ce message était le contraire de ce que j’avais entendu la veille, où on me disait que Bosco pouvait rester dans sa ferme.  A ce moment, il se passait tant de choses ! Lorsque le colonel Zimurinda arriva à Goma, il fut désarmé, mais le même soir, on lui rendit ses armes et son escorte et il rejoignit immédiatement Bosco Ntaganda. Le jour suivant, le colonel Baudouin Ngaruye fut lui aussi désarmé et lorsque le soir on lui rendit ses armes après avoir négocié, il rejoignit Bosco. 

Makenga, le justicier de L. Nkunda ! 

(...) Quant au colonel Makenga, il retourna à Bukavu après notre réunion. Lorsque le président Kabila arriva à Goma, Makenga était supposé y revenir pour assister à une réunion, et sur la route de Bukavu à Goma, il y eut une embuscade, montée par Delphin Kahimbi. Makenga y échappa et arriva tout de même à Goma mais ne revint jamais à Bukavu.

Cette version est controversée, car selon d’autres sources, Makenga aurait fui par le lac en direction du Rwanda…

Non, il a échappé à l’embuscade et après quelques jours il a appelé Jean-Claude Yav disant qu’il ne pouvait rentrer à Bukavu aussi longtemps que Kahimbi s’y trouverait et il resta à Goma..

Vous êtes sûr qu’il ne s’est pas rendu à Gisenyi à ce moment ?

Non, il est resté à Goma.
Makenga n’avait pas l’habitude de venir au Rwanda car il nous en voulait d’avoir arrêter Laurent Nkunda dont il était très proche. Durant ces quelques jours, les combats commencèrent contre Bosco Ntaganda, les FARDC l’attaquèrent dans sa ferme et ils amenèrent des renforts depuis le Sud Kivu. Même Delphin Kahimbi remonta de Bukavu jusque Goma. Le voyant arriver, Makenga quitta Goma à son tour et se rendit à Runyonyi, un endroit qu’il connaissait très bien. Ce mouvement du colonel Makenga en direction de Runyoni changea tout le scénario de la guerre ; si Bosco n’était pas populaire parmi les soldats, pas même auprès des rwandophones, il n’ en allait pas de même de Makenga : lui il était très populaire auprès des soldats…Son départ provoqua un mouvement de désertion parmi les FARDC..
Les ex CNDP, dans le Masisi, étaient pratiquement vaincus et ils se renforcèrent lorsqu’ils firent mouvement vers Runyonyi. C’est alors que l’on a évoqué l’appui du Rwanda…

C’est faux, hopeless. S’ils étaient vaincus, pourquoi ne furent ils pas capturés ?Entre Masisi et Runyoni, il y a une longue distance, plus de sept heures de route. On aurait pu les arrêter, les bloquer… Mais un cessez le feu avait été décrété, qui leur a permis de fuir…

Non, il n’y a pas eu de cessez le feu. Ce qui s’est passé, c’est que cette force était intacte, avec ses armes et ses commandants, on ne peut pas dire qu’elle ait été défaite. On l’a peut-être laissée passer, intacte. Ce qui est important, c’est que lorsque Makenga arriva à Runyonyi, il avait 200 soldats. Dans les jours qui suivirent, ils étaient des milliers : des soldats, des officiers firent alors défection et convergèrent pour rejoindre Makenga, il ne s’agissait pas seulement de rwandophones. 

La composition du M23, afande James sait tout... Et s'agissant de la principale faiblesse des FARDC, il dit juste : le mauvais management ! 

"D’après nos informations, 80% des forces du M23 sont des Hutus, anciens combattants du Pareco. Bashi, Bahutu, Nande, Barega, beaucoup d’autres groupes rejoignirent le M23. Même des membres de la garde rapprochée du président Kabila, des Katangais, des Kasaïens, firent défection et rejoignirent Makenga, tellement il y avait du mécontentement… Le mauvais management des troupes est au cœur du problème. Comment pouvez vous envoyer des troupes en opération en leur donnant seulement une poignée de haricots secs ! Au lieu de leur envoyer de la nourriture, vous leur donnez un sac de haricots, sans eau, sans sel, sans riz, sans casserole ni bois de feu… C’est impossible.
On ne peut pas dire que l’armée congolaise a échoué à battre le M23, car le M23 était soutenu par le Rwanda. Non. Ils ont échoué parce qu’ils ne peuvent pas se battre, dans les conditions où ils se trouvent. Ils ne tueraient même pas un rat…..

James Kabarebe a des leçons à donner à son successeur Didier Etumba... 

A la question de C. Braeckman de savoir si les FARDC pourraient se battre s’ils étaient nourris correctement, voici sa réponse : 

"La nourriture ne suffit pas. Il faut aussi une bonne structure de commandement… Après avoir rejoint les rangs du M23, les soldats déserteurs commencèrent à mieux se battre. Pas seulement à cause de la nourriture, mais parce qu’ils se battaient contre un système qui les maltraitait… Dire que le Rwanda soutenait le M23, c’est faux et je vais vous le démontrer…

Quant au soutien du Rwanda au M23, J. Kabarebe a sa théorie...vraisemblable ! 

Vous dites qu’aucun renfort n’a traversé la frontière ?

J’ai connu cette région autrefois. Runyonyi ne se trouve pas sur la frontière, marcher depuis la frontière rwandaise jusque Runyonyi, cela prend au moins onze heures de marche, il faut traverser la forêt car il n’y a pas de routes, il n’y a aucun lien entre Runyonyi et le Rwanda. Toute cette histoire de soutien que le Rwanda aurait apporté est une manipulation. Mais une manipulation très compliquée. Elle implique le gouvernement congolais désireux de sauver la face après sa défaite militaire et sommé d’expliquer pourquoi ses soldats n’ont pas combattu. Elle est soutenue par l’Occident, déçu par le fait que Bosco Ntaganda n’ait pas été arrêté par la Cour pénale et que le Rwanda n’a pas coopéré à cette arrestation. Le Rwanda est puni car il n’a pas coopéré pas avec la Cour pénale internationale, cela, c’est le fond du problème. Tout le monde sait que le Rwanda n’a pas un seul soldat au sein du M23, ne lui donne aucun soutien. Même les Congolais savent cela, ils nous le disaient à titre individuel, mais ils devaient sauver la face…

Mais à Goma fin juin, des transfuges ont témoigné du fait qu’ils avaient été recrutés au Rwanda pour venir combattre au Congo…Que faut-il en penser ?

Vous connaissez le Congo, vous savez comment Goma, Bukavu, c’est un melting pot de mensonges, diffusés à la radio par le gouverneur, le ministre de l’information… 

Tout de même, ceux qui ont diffusé ces témoignages que vous qualifiez de mensonges ont été nombreux, issus de différents milieux, y compris des observateurs des Nations unies…

"C’est pourquoi je parle d’une machination contre le Rwanda, en connivence avec le gouvernement congolais et la communauté internationale. C’est ainsi. Le problème est là. La Monusco a été au Congo durant plus de dix ans, et elle n’a rien résolu. Elle fait du business avec les FDLR, fait commerce avec l’or, le coltan, nous savons tout cela.
Quant au groupe d’experts de l’ONU, ces jeunes hommes et femmes qui ont rédigé le rapport, comme Steven Hege, qui prône la négociation avec les FDLR, il a aussi été manipulé par le gouvernement congolais.

"Comment les Nations unies peuvent elles désigner comme experts des gens aussi jeunes, aussi peu expérimentés, qui se perdent même dans les acronymes. Même leur intégrité est sujette à caution…Ils n’ont pas le niveau de compréhension minimum nécessaire dans cette région. Pour nous, nous n’allons pas cesser d’avoir des contacts avec la RDC. Des le 1er mai, nous avons eu des contacts au niveau de l’état major. Ils nous ont demandé de les aider et nous allons le faire. Nous leur avons rappelé que le 8 avril ils avaient manqué une occasion d’éviter la guerre. Nous leur avons demandé de stopper les combats afin que nous puissions voir que faire, comment les aider. A cette époque, nos interlocuteurs congolais nous demandaient explicitement de déplacer nos forces à l’intérieur du Congo, afin de les aider à régler le problème. Nous avons refusé de bouger nos forces..

Les Congolais se seraient "sursestimés"...

"Je crois qu'en commençant cette guerre, les Congolais ont pensé que ce serait une opération rapide. Ils se sont surestimés. Mais lorsque les choses ont commencé à changer sur le terrain, ils ont commencé à chercher un prétexte, et à désigner le Rwanda. D’autant plus facilement que chaque fois que quelque chose ne va pas au Congo, on désigne le Rwanda. A cela s’est ajoutée la frustration de l’Occident qui voulait arrêter Bosco Ntaganda et poussait le président Kabila à le faire. Tout cela engendré un grand chaos.

(...)

Le ministre belge Reynders a laissé entendre que des « éléments rwandais non contrôlés » pourraient être impliqués. Cela vous paraît il possible ?

"Je suis sûr que les militaires rwandais sont plus contrôlés, mieux organisés que les Belges. Si des éléments incontrôlés existent quelque part, ce serait plutôt dans l’armée belge qu’au sein de l’armée rwandaise. L’armée rwandaise est solide, bien organisés, bien commandée, bien disciplinée, des éléments incontrôlés en son sein ne peuvent pas exister…"

Et des recrutements incontrôlés, de Tutsis d’origine congolaise qui se trouveraient en territoire rwandais, c’est impossible aussi ?

"Cela, c’est possible. Nous avons camps de réfugiés, à Buyumba, Gatsibo, Kibuye et Kigeme et d’autres réfugiés ne sont pas dans des camps. Qu’il y ait des recrutements dans ces milieux là, c’est très possible, à 100%. J’ai dit aux Congolais que s’ils avaient des informations à propos de ces recrutements, ils pouvaient nous les donner, pour que nous y mettions fin. Mais les Congolais préfèrent faire du bruit et accuser le Rwanda…"

Le Rwanda ne pourrait pas tolérer des mouvements mafieux. Mais même si cela était...

Des intérêts privés, mafieux, auraient-ils pu être mêlés à tout cela ?

"C’est de l’imagination, de la fantaisie, de la confusion totale. Comment le Rwanda pourrait il tolérer de tels mouvements ? La société rwandaise est très disciplinée, nous ne pouvons avoir de tels éléments… Et même si cela était, cela n’expliquerait pas comment toute une armée a pu être battue par quelques centaines d’éléments… Vingt deux mille éléments, équipés de tanks, d’hélicoptères ont été mis en échec par quelques centaines de mutins. Cela montre qu’au Congo il n’y a ni gouvernement ni armée, seulement un grand vide.

J. Kabarebe assure que "les Nations Unies ne pourraient pas mettre le Rwanda sous pression" !

Tous ces constats étant faits, la pression étant mise sur le Rwanda, quelles sont les pistes de solution ?

"Le Rwanda n’est pas sous pression. Croyez vous vraiment que les Nations unies pourraient mettre le Rwanda sous pression ? C’est un non sens. Même les sanctions ne nous effraient pas, elles ne signifient rien… Mais si des fonds sont coupés, des budgets bloqués, cela peut faire mal… L’argent ce n’est pas un problème. Dans la brousse nous avons déjà survécu sans ressources… Sans aide, nous nous développerons mieux, cela nous donnera plus d’énergie encore. S’ils en sont au point de baser leurs sanctions sur des mensonges, laissons les faire, cela ne risque pas d’influencer le Rwanda. Au Congo, nous n’avons pas commencé ces histoires, nous ne les avons pas soutenues et aujourd’hui nous n’allons pas y aller pour nettoyer leur désordre. Nous compterons sur nous-mêmes comme nous l’avons toujours fait…

J. Kabarebe ne croit pas que la "force internationale neutre" verra jamais le jour ! 

Quelles sont les solutions possibles ?

"C’est aux Congolais qu’il appartient de les trouver. Et aussi aux Etats membres de la Conférence internationale sur la sécurité dans les Grands Lacs, qui vont se revoir le 5 septembre. Je ne suis pas sûr que la force neutre verra jamais le jour. Par contre ce qui fonctionnera, c’est le mécanisme conjoint de vérification, qui sera composé de trois représentants de chacun des Etats membres de la conférence. Le commandement sera exercé par l’Ouganda, le numéro deux sera originaire de Brazzaville, les autres viendront de RDC, du Rwanda, du Burundi, de l’Angola, de la Tanzanie… Ces officiers vérifieront la frontière entre la RDC et le Rwanda, ils contrôleront aussi sur le terrain l’application du cessez-le-feu entre l‘armée congolaise et le M23 et la présence des FDLR sur le terrain. Tout cela en attendant l’éventuel déploiement de la force neutre. Si elle vient jamais…"

Des négociations avec le M23 sont elles envisageables ?

"Cela dépend de ce que décidera la conférence. Maintenant il faut laisser jouer les mécanismes régionaux. Nous nous référerons aux décisions de la Conférence présidée par l’Ouganda…
Si l’on veut sortir de cette crise, il faut que la communauté internationale comprenne qu’en exerçant des pressions sur le Rwanda à propos de la situation en RDC, elle ne fait pas de bien à la RDC : les problèmes sont nés là, c’est là qu’ils doivent être résolus. Et les Congolais doivent savoir que la solution à leurs difficultés ne viendra pas de la communauté internationale, mais d’eux-mêmes. C’est en comptant sur eux-mêmes, en construisant leurs propres mécanismes de gouvernance, leur propre système que les Congolais s’en sortiront… 
Si à Kinshasa ou au Kasaï les gens ont faim et se révoltent, en quoi le Rwanda est-il responsable de cette situation ? Où est le lien… Si les Congolais continuent à rechercher à l’extérieur les causes de leurs problèmes, ils rencontreront plus de difficultés encore…C’est en eux-mêmes qu’ils doivent rechercher les solutions…". 


jeudi 23 août 2012

Recrutement des jeunes au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo : un non-sens dans l’état actuel des choses !


COMMUNIQUE DE PRESSE n°070/CC/CO/L230812



1.    Le gouvernement de la République Démocratique du Congo, notre chère patrie, a lancé depuis le début de ce mois d’août 2012 une « opération de grande envergure » visant à enrôler des jeunes âgés de plus de 18 ans au sein de l’armée nationale. En principe, c’est une opération normale pour le gouvernement légitime d’un pays souverain.

2.    CIVIS CONGO[1] est consciente de la nécessité de doter la République Démocratique du Congo d’une armée et d’autres forces de sécurité véritablement patriotiques et professionnelles, eu égard à la désorganisation et au manque de professionnalisme qui caractérisent les forces actuelles.

3.    Les opérations menées par le passé (brassage, mixage, intégration,…) et qui ont consisté à déverser dans l’armée, la police nationale et les services de renseignement de la République, des troupes issues de divers rébellions et groupes armés étaient une grave erreur, si pas dans leur principe, au moins dans leur mise en œuvre, et CIVIS CONGO n’a jamais eu de cesse à les dénoncer. La crise sécuritaire qui secoue actuellement l’Est de notre pays en est une des conséquences évidentes, et malheureusement prévisibles.

4.    CIVIS CONGO considère que les FARDC n’ont pas à être réformées, mais doivent tout simplement disparaître progressivement, au profit d’une nouvelle armée républicaine, disciplinée et professionnelle, exempte de tous les criminels, pillards, affairistes, traitres, et autres infiltrés qui emplissent actuellement les rangs.

5.    CIVIS CONGO dénonce avec véhémence les opérations de recrutement en cours qui, au lieu d’aboutir à la construction d’une nouvelle armée véritablement républicaine, vont certainement donner lieu à un mélange désagréable de genres, et, à terme, accroître le problème plutôt que de le résoudre durablement. En fin de compte, ces pauvres jeunes que l’on appelle sous le drapeau risquent, en dépit de leur courage et de leur bonne foi, être sacrifiés comme nombreux de leurs prédécesseurs.

6.    CIVIS CONGO déplore l’improvisation et le manque de discernement dont fait preuve le gouvernement de la République, y compris sur une question aussi vitale pour la nation que celle de l’armée. L’autre risque de cette façon de faire, c’est que le gouvernement recrute à nouveau des criminels en herbe, des bandits, des personnes sans aucune instruction ni qualité, car eux seuls sont susceptibles de répondre aveuglement à un tel appel. La précipitation du gouvernement ne se justifie nullement, d’autant plus que même si notre pays est agressé, l’Etat d’urgence n’a pas été décrété, et officiellement ces opérations sont menées dans le cadre de la « réforme de l’armée ». Les militaires et policiers actuellement en service

Eu égard à tout ce qui précède, CIVIS CONGO prend la responsabilité de recommander ce qui suit :

1°) Au gouvernement de la République Démocratique du Congo :
-          D’arrêter immédiatement ces opérations d’enrôlement inconsidéré de jeunes congolais dans les rangs de l’armée. Si cela n’est pas fait, CIVIS CONGO invite solennellement la jeunesse congolaise à faire preuve de maturité et de civisme en s'abstenant de répondre favorablement à l’appel du gouvernement ;
-          De préparer sur les plans tant légal, matériel que financier la création d’une nouvelle armée véritablement républicaine, disciplinée et professionnelle. Pour cela, le gouvernement devrait notamment définir et rendre public (dans la mesure du nécessaire), au plus tard avant la fin de cette année 2012, la politique nationale de la défense, sur bases d’une expertise sérieuse, et en concertation avec les élus du Peuple et toutes les forces vives de la Nation. Un service militaire obligatoire devrait être sérieusement envisagé. CIVIS CONGO est disposée à apporter sa modeste contribution dans à cette occasion ;
-          De planifier et de préparer les moyens matériels et financiers nécessaires pour les mises à la retraite et la démobilisation massive des militaires et policiers qui le méritent ;
-          D’assainir sans délai, et de la manière la plus rigoureuse, la gestion du budget affecté à l’armée et à la police nationales, et de sanctionner toutes les autorités, civiles ou militaires, qui ont trempé dans le détournement des deniers et des matériels destinés aux Forces armées ou à la police ;

2°) A la communauté internationale, aux bailleurs de fonds de la RDC et à tous ses partenaires :
-          De dissuader le gouvernement congolais à poursuivre ces opérations avant d’avoir fait une planification minutieuse ;
-          De soutenir moralement  l’idée de la création d’une nouvelle armée nationale congolaise véritablement républicaine, disciplinée et professionnelle, et, le moment venu, de contribuer par tous les moyens (formation, matériel, fonds) à sa mise en œuvre effective.
    
                                                                                                    
Ainsi fait à Kinshasa, le 23 août 2012
Pour CIVIS CONGO
Me Jean-Mobert N'senga
Coordonnateur 



jeudi 2 août 2012

Guerre du Nord-Kivu : Joseph Kabila « opte » pour l'indécision !

« L’événement est assez rare pour être remarqué : Joseph Kabila s’est confié à la presse ce dimanche à Kinshasa. Entre autres points abordés lors de cette conférence de presse : le très controversé sommet de la Francophonie prévu à Kinshasa au mois d’octobre ainsi que l’épineuse question de la rébellion du M23 qui sévit à l’Est de la République Démocratique du Congo ». C’est en ces termes que la plupart des médias internationaux ont rapporté l’intervention du Chef de l’Etat rd-congolais dimanche soir à Kinshasa, point de presse qui a été relayé par la radio et la télévision nationales. 

C’est vrai que le Président Kabila s’adresse rarement à la presse. Ses collaborateurs justifient cette attitude en le présentant comme un homme qui pense et fait plus qu’il ne parle ; ce qu’ils disent être un signe de sagesse et de grandeur. Lui-même a d’ailleurs emprunté (ou inventé !) un adage selon lequel l’on serait « maître de son silence, et esclave de sa parole ». Ses détracteurs pensent au contraire qu’il parle rarement parce qu’il a rarement des choses pertinentes à dire, ou parce qu’il préfère entretenir une sorte de confusion permanente sur sa vraie personnalité, ou parce qu’il a rarement des réponses convaincantes aux défis que pose la vie de la Nation congolaise...   

Trêve de polémique sur les interprétations de l’attitude du Chef de l’Etat… L’essentiel ici c’est que certains Congolais ont dû se frotter les mains à l’annonce de cette conférence de presse. A Goma – ville quasiment assiégée, qui vit heure après heure dans la psychose et l’incertitude – les plus crédules attendaient beaucoup la position du Président de la République sur la sinistre guerre du « M23 » qui déchire à nouveau le Nord-Kivu, et qui a déjà (re)mis sur la route des milliers de congolais ; ils attendaient surtout la solution qu’il préconiserait, après les nombreuses déboires des FARDC sur le front, les rencontres d’Addis-Abeba, et le positionnement on ne peut plus clair de son gouvernement au sujet de l’implication du Rwanda dans cette guerre.

On n’a pas besoin de procéder à un sondage d’opinions pour savoir ce qu’était le sentiment des Congolais après la conférence du Président de la République : je peux parier qu’ils ne sont pas nombreux ceux qui ont trouvé quelque pertinence à cette intervention qui était tout sauf  un événement, hormis bien sûr les flatteurs et les opportunistes qui bénéficient d’une manière ou d’une autre du « système Kabila ». Suivez mon regard…

Vous parlez d’option ? Vous plaisantez !

Joseph Kabila préconise « soit l’option diplomatique, soit l’option politique, soit l’option militaire, soit les trois à la fois ». Interdiction formelle de s’exclamer, le Président de la République a parlé. Eh oui ! Il a parlé, et si les Congolais font semblant de ne pas comprendre, c’est bien leur problème…
Non, sérieusement : ou bien Kabila a une option, ou bien il n’en a pas du tout. Je pense qu’il n’en a pas, et à ce sujet, son silence était infiniment plus précieux… 

Je m’explique : 

Primo,il y a de l’indétermination dans son propos. Les trois « options » avancées sont les seules voies possibles pour résoudre un conflit comme celui créé actuellement par le M23 au Nord-Kivu (à moins de considérer l’intersession et la prière comme une option,  « spirituelle » celle-là !). Le Président Kabila n’a pas pris position pour dire clairement aux Congolais laquelle des trois options il préconisait. Pour lui, c’est soit la première, soit la deuxième, soit la troisième, soit les trois à la fois. N’est-ce pas un exemple patent de tâtonnement, de manque de position…pour ne pas dire d’absurdité sur un sujet aussi important, qui touche en même temps la souveraineté nationale et la vie de millions de citoyens. Comment Joseph Kabila, que l’encyclopédie Encarta présente comme « un esprit aiguisé » peut-il être aussi ambigu et superflu ? 

Secundo, la voie politique signifie faire des pourparlers, négocier, en vue de trouver un compromis qui permette de mettre fin aux hostilités. Ce qui sous-entend que le gouvernement serait prêt à répondre aux revendications du M23, ne serait-ce qu’en partie. Or, les autorités gouvernementales n’ont de cesse à déclarer qu’ils ne négocieront pas avec le M23. En même temps, elles se disent favorables à l’idée d’une évaluation de l’Accord du 23 mars, « sous l’égide de la communauté internationale » ; évaluation qui n’a aucune raison d’être si elle ne doit pas aboutir à un compromis sur base du bilan que les deux parties auront fait de l’application de ce fameux accord. En clair, ce n’est pas seulement Joseph Kabila qui ne sait pas ce qu’il veut ni ce qu’il faut, mais bien l’ensemble de son gouvernement. 

Quant à l’option diplomatique, je me demande bien ce que le Président Kabila entend par là : est-ce les démarches pour obtenir de la communauté internationale la condamnation du Rwanda ou la prise de sanctions économiques à son encontre ? Je ne vois pas en quoi ceci peut constituer une solution durable à ce problème récurrent d'insurrections et de rébellions à l'Est de la RDC. Non seulement le Rwanda continue de nier son implication dans cette guerre (et le rapport du panel de l’ONU pourrait être revu d’ici le mois de novembre après les observations formulées par les autorités rwandaises), mais aussi la décision prise ces derniers jours par un certain nombre de pays occidentaux de suspendre leur aide au Rwanda ne semble pas avoir dissuadé le M23 de progresser sur le front au Nord-Kivu. Au contraire, ce mouvement continue de gagner du terrain. Bien plus, comment accuser une certaine communauté internationale d’être l’instigatrice d’un certain complot visant à balkaniser la RDC ou à piller ses ressources, et en même temps croire qu’elle pourrait apporter une solution à ce conflit ? C’est une attitude paradoxale, irraisonnable et incohérente qui prouve bien que les autorités congolaises n’ont pas ne maîtrisent pas leur politique, ou alors qu’elles connaissent les véritables enjeux de cette guerre, mais qu’elles préfèrent jouer à la diversion.   

L’option militaire qui était privilégiée depuis le début a montré ses limites. Malgré le déploiement à Rutshuru des unités « bien formées » par des instructeurs étrangers, les FARDC ont subi plusieurs revers et abandonné aux mains du M23 de nombreuses armes et munitions. On en est au point où la MONUSCO met publiquement en cause la capacité des FARDC à défendre la ville de Goma au cas où le M23 décidait de l’attaquer. Joseph Kabila ne peut donc compter ni sur son armée, ni sur la MONUSCO (dont la présence à Bunagana et à Rutshuru n’a pas empêché les mutins de s’emparer de ces cités stratégiques), et encore moins sur la fameuse « force internationale neutre », dont la mise en place et le déploiement sont incertains, du moins dans l’immédiat. 

En fin de compte, on est dans l’impasse, et le Président de la République ne semble pas avoir la solution. Joseph Kabila et son gouvernement savent qu’ils finiront par négocier avec le M23, en dépit de toutes les incongruités qui vont avec cette perspective. Ont-ils le choix ? Je ne pense pas. La négociation est pour le moment la seule option réaliste à prendre. Sauf que comme en 2009, ils sont en position de faiblesse et devront se soumettre à tous les caprices des rebelles. Le malheur c’est que dans ces conditions le gouvernement congolais accepte toujours tout pour donner un sursis à la menace, ce qui entretient le cercle vicieux des rébellions et des insurrections. 

Manque de modestie de la part du gouvernement congolais 

L’opinion congolaise est lasse de négociations, de pourparlers, d’accords, et de ces éternels recommencements. Elle aimerait voir son gouvernement répondre de manière forte à cette mutinerie – ou à cette agression, peu importe l’appellation – et y mettre définitivement fin. A un moment, le gouvernement a fait croire qu’il tenait lui aussi à cette option forte, et qu’il en avait la capacité. Ce manque de modestie empêche les autorités à dire clairement qu’elles n’ont pas d’autre choix que de négocier avec le M23. D’où la sortie en fin de semaine dernière du gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya, qui s’est appuyé sur la déclaration du Coordonnateur de la société civile du Nord-Kivu pour affirmer que le gouvernement était favorable à l’idée d’évaluer l’accord du 23 mars 2009, « sous l’égide de la communauté internationale ».
Hélas, la déclaration du prétendu Président de la société civile ne reflète pas l’opinion majoritaire de la population du Nord-Kivu (il a d’ailleurs été rapidement contredit par son collègue de la société civile de Beni/Butembo, et sa sortie a été très mal accueillie par la majorité de l’élite intellectuelle de la province). Visiblement, cette idée d’une évaluation est récupérée par les autorités de Kinshasa en vue de couvrir l’opprobre que suscitera immanquablement leur revirement de l’option forte à la solution négociée. Elles voudraient bien faire endosser l’initiative des négociations à un tiers, en l’occurrence la société civile. 

Mais si tout ça n’était que de la diversion ? 

Le Président Kabila n’a pas intérêt à négocier. D’ailleurs, que va-t-il offrir d’autre qu’il n’a pas offert au CNDP en 2009 ? Réintégrer Makenga et sa troupe au sein des FARDC ? Remettre en cause sa propre réélection en s’engageant à faire connaître « la vérité des urnes » comme le réclame le M23 ? La population est tellement lassée de ces guerres à répétition et de la manière dont le gouvernement  les gère, qu’il y a lieu de penser que de nouvelles négociations pourraient ne pas emporter son adhésion. 

Par ailleurs, il y a cette histoire de « complot de la balkanisation de la RDC » qui existe peut-être réellement. La désorganisation et les dysfonctionnements des FARDC dont Kinshasa semble ne pas se préoccuper comme il se devait, préférant s’adonner à de fallacieux jeux diplomatiques et politiques, laisse penser que certaines personnalités politiques et militaires à la tête même de l’Etat ont d’autres agendas. Auquel cas tout ce folklore ne servirait qu’à gagner le temps, soit pour permettre de réajuster les manettes, soit pour donner l’illusion d’une bonne foi et d’un sincère engagement à mettre fin à la guerre de la part des autorités qui en sont à la fois les instigateurs. L’exemple-type des pompiers-pyromanes…

En tout cas, à l’allure où vont les choses, je commence à douter sérieusement de la volonté du Président Kabila et son gouvernement de mettre fin à l’aventure (ou au projet ?) du M23 et de ses commanditaires supposés. De là à penser qu’ils seraient complices de tout ce qui se trame, au détriment de la RDC et de ses paisibles citoyens, il y a un pas que je n’ose pas (encore) franchir.

  

mercredi 6 juin 2012

Je reviens du Maniema

Salut !

Vous avez sans doute constaté que j'étais absent de la toile depuis une dizaine de jours. On ne m'a pas tué, non. Je ne me suis pas découragé non plus. Ce qu'il y a, c'est que je suis allé faire un petit tour dans la province du Maniema (Est de la RDC, entre le Sud-Kivu, le Katanga, la Province orientale, et le Kasaï oriental).

J'aurais l'occasion de vous parler de mon périple dans les tout prochains jours. Pour le moment, je souhaitais juste "faire un signe de vie", comme on dit.

Si j'avais pu me connecter au cours de mon voyage, j'aurais continué de poster des billets. Hélas, j'ai eu beau passer par des puits d'or et de coltan, traverser des fleuves magnifiques et une forêt richissime en essences et en animaux, j'ai rarement eu une simple connexion téléphonique, pour ne pas parler de connexion Internet.

Péniblement, j'ai pu capter une radio (en short wave) de temps en temps, pour entendre entre autres choses que la MONUSCO et HUMAN RIGHTS WATCH avaient publié des rapports "accablant" pour le Rwanda au sujet de ce qui se passe au Nord-Kivu, et que Lambert MENDE (le "parolier" du gouvernement) psalmodiait encore ses denis comme d'habitude...à penser qu'affronter la vérité lui faisait trop peur (le pauvre !).

J'aurais vraiment trop à écrire, les prochains jours.

A ceux et celles qui m'ont envoyé un message, je dis merci.

A très bientôt.