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samedi 1 septembre 2012

James Kabarebe enfonce Joseph Kabila ! Extraits commentés de l'interview du Ministre rwandais de la défense avec la journaliste belge Colette Braeckman


Le Président J. Kabila 
Le Président P. Kagame 

 





Le Général J. Kabarebe
Le Général James Kabarebe est actuellement le Ministre rwandais de la Défense. Avant d'occuper ce poste « civil », il était, aux côtés d’un certain Laurent-Désiré Kabila, Chef d’Etat-Major de l’armée nationale congolaise après que l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) ait défait le Maréchal Mobutu, puis Chef d’Etat-Major de la Rwanda Defense Force, l’armée rwandaise. Un parcours atypique, c’est le moins que l’on puisse dire…
 
Cette semaine, il a accordé à la journaliste belge Colette Braeckman (« spécialiste » des grands-lacs) du quotidien bruxellois Le Soir, une longue interview qu’elle vient de publier sur son blog sous le titre mérité : « Cartes sur table : les quatre vérités du général James Kabarebe ». (Voir Le Carnet de Colette Braeckman : http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2012/08/29/cartes-sur-table-les-quatre-verites-du-general-james-kabarebe/).

James Kabarebe, de caractère plutôt discret et taciturne, y fait, avec une arrogance déconcertante, un certain nombre de déclarations pour le moins accablantes pour les autorités congolaises, si bien que sous d’autres cieux elles auraient immanquablement des répercussions politiques, si elles manquaient de faire tomber certaines têtes haut perchées à l’intérieur de la RDC.

Quelques observations 

En lisant l'extrait que je vous propose, ou l'intégrité de l'interview sur le blog de Colette Braeckman, vous allez sûrement vous faire votre propre opinion. Mais de mon analyse, on peut croire ou ne pas croire la thèse rwandaise; on peut ou ne pas apprécier James Kabarebe, être irrité par son arrogance; on peut se sentir trahi par les autorités congolaises, si les révélations du ministre rwandais sont vraies, mais une chose est sûre : il nous crache bien des vérités sur la face ! Au sujet du virus qui gangrène les FARDC; sur le fait que la RDC doit apprendre à compter sur elle-même pour résoudre ses problèmes, au lieu de passer son temps à invectiver et à pleurnicher; etc. Par moments, il donne l'impression de très maîtriser le dossier du Kivu que de nombreux officiels congolais, qui remuent mieux leur langue que leurs méninges. 

Certaines déclarations du général James Kabarebe sont d'une telle gravité qu'elles mériteraient que la justice s'y penche et mène des enquêtes : la prétendue collaboration entre le président Joseph Kabila et le général Bosco Ntaganda, dont il dit qu'ils auraient fait ensemble de "curieux business"; la prétendue "fabrication de preuves" pour trouver un bouc-émissaire à la défaite militaire des FARDC sur le front; ainsi la trêve de cinq jours qui a été effectivement décrétée unilatéralement par les FARDC au moment où Ntaganda et ses hommes étaient pris en étau dans les collines de Masisi, trêve qui a de toute vraisemblance permis à ces mutins de se déplacer librement vers le territoire de Rutshuru où ils ont rejoint Makenga et sa troupe. On pourrait ajouter à ces accusations les deux dossiers des colonels Zimurinda et Ngaruye qui auraient été arrêtés et désarmés, puis relâchés et réarmés, avant de rejoindre la rébellion. Il y a sûrement quelque chose de louche qui s'est passé, sinon par complicité, au moins par négligence. Encore que les déclarations de Kabarebe à ces sujets sont corroborées par d'autres témoignages parmi les officiers des FARDC et les agents de l'agence nationale de renseignement qui ont participé à ces scénarios. Enfin, l'affaire de l'avion transportant de l'or et des mercenaires nigérians et américains qui avait été intercepté à Goma ne suscite pas moins de questionnements, quand on sait comment elle a été étouffée par les hautes autorités à Kinshasa. 

Mais quel est ce magistrat congolais qui aura le culot de poser un acte sur des dossiers aussi brûlants ? Je suis le premier à douter qu'il y en ait un seul. Cependant, l'histoire récente est pleine de retournements qui permettent d'espérer qu'un jour, peut-être, les Congolais connaîtront la vérité sur ces affaires, et sur beaucoup d'autres, et que les personnes impliquées (Président de la République, ministres, officiers militaires et autres) en répondront. 

En attendant, la Nation congolaise a une guerre à gagner : celle du recouvrement de l'intégrité de ses frontières, et du rétablissement de la paix à Rutshuru, à Masisi, et partout ailleurs. Et à ce sujet, je ne pense guère que les déclarations et révélations de Monsieur James Kabarebe, "Conseiller spécial du Président Kabila en matière de sécurité et de défense" (à en croire ses propos, cette appellation me semble lui convenir), aient fait avancer les choses. Il a raison, les Congolais doivent trouver eux-mêmes la solution à leurs problèmes... 


Je vous propose ici quelques extraits de cette interview-fleuve, en mettant en exergue quelques phrases-choc, avec le sincère espoir que vous surviviez à son torrent d’infamies. Les questions de la journaliste sont en gras, les répondes du Général Kabarebe en bleu. Les sous-titres en rouge gras sont ajoutés par moi. 

L'aide du Rwanda indispensable pour résoudre les problèmes de la RDC, même Kabarebe s'en étonne ! 

A la veille des élections au Congo, l’automne dernier, vous affirmiez que si vous pouviez aider ce pays à se stabiliser davantage, vous le feriez. Au vu de la situation actuelle, qu’est ce qui a mal tourné ?

Ce n’est pas seulement à la veille des élections que nous avons tenté d’aider le Congo. En 2009 déjà, nous avions tenté de résoudre le problème du CNDP (Conseil national pour la défense du peuple), ce qui avait débouché sur l’arrestation du général Laurent Nkunda et la mise à l’écart de beaucoup d’autres groupes, le Pareco, les Mai Mai Kifwawa, le groupe de Nakabaka, le FRC…

Que s’est-il passé cette année-ci ?

En décembre, au lendemain de son élection, le président Kabila dépêcha un envoyé spécial à Kigali, accompagné de quelques militaires. Le conseiller du président, feu Katumba Mwanke, apportait un message en quatre points : le premier c’est que le président Kabila souhaitait obtenir le soutien du Rwanda pour transférer vers d’autres provinces les soldats d’expression rwandaise qui se trouvaient dans l’Est du Congo. Il souhaitait également notre appui car les Occidentaux le pressaient d’arrêter le général Bosco Ntaganda. Après avoir réalisé ces deux points, nous aurions mené des opérations conjointes pour neutraliser les FDLR. Et enfin, forts d’avoir travaillé correctement ensemble sur les points précédents, nous aurions renforcé la coopération économique entre nos deux pays, relancé plusieurs projets demeurés en suspens.


La délégation nous expliqua que les soldats rwandophones refusaient d’être déployés ailleurs qu’au Kivu et elle espérait que nous réussirions à les convaincre, compte tenu de notre relation historique pas seulement avec les anciens soldats du CNDP mais aussi avec les autres officiers congolais.
D’après eux, ces hommes refusaient d’être transférés dans d’autres parties du pays car Bosco Ntaganda le leur interdisait…
Comme de coutume nous avons proposé notre aide même si mon sentiment était que des problèmes de cet ordre devaient être résolus sur une base nationale.

Pour ce qui concerne Bosco Ntaganda
, nous avons rappelé que la communauté internationale, qui exigeait l’arrestation de ce dernier, disposait au Congo d’une force de paix onusienne de 20.000 dotés de tanks, d’hélicoptères, de forces spéciales, une force se trouvant en partie à Goma, en face de chez Bosco. Avec lui, les officiers jouaient au tennis, ils fréquentaient les mêmes boîtes de nuit, les mêmes bars et restaurants. Pourquoi ne se sont-ils pas chargés de l’arrêter, pourquoi nous ont-ils demandé de le faire ? Nous avons répondu que cette arrestation n’était pas notre affaire, qu’il était un officier congolais très proche du président Kabila, qu’ils avaient fait de curieux business ensemble.
Vous souvenez vous de l’histoire de cet avion chargé d’or intercepté à Goma ? De très hauts dirigeants congolais étaient impliqués dans cette affaire. Ntaganda n’était plus sous notre contrôle…

Les membres de la délégation nous ont alors dit qu’ils allaient arrêter Bosco, mais sans le déférer devant la Cour pénale internationale. Nous étions le 5 février et la délégation regagna Kinshasa. Deux jours après cette rencontre, Katumba Mwanke trouva la mort dans un accident d’avion à Bukavu.

Fin mars, le président Kabila renvoya une autre délégation à Kigali, dirigée par le chef des services de sécurité, Kalev, par le colonel Yav Jean-Claude et d’autres. Ils souhaitaient toujours notre assistance car ils ne voulaient pas résoudre les problèmes de l’Est sans notre appui. Quel soutien ? Ils assuraient que Bosco Ntaganda bloquait le transfert de soldats rwandophones dans le reste du pays.

"Le président était déterminé à protéger Bosco Ntaganda", dixit J. Kabarebe 

Le Président (Kabila) était déterminé à ne pas le transférer à la CPI mais le faire traduire devant une juridiction congolaise. Quant aux trois officiers rwandophones ils ont expliqué : « ce n’est pas Bosco qui nous bloque, mais le fait que beaucoup de points sur lesquels un accord avait été conclu en 2009 n’ont pas été réalisés. Comme préalable à notre déploiement dans d’autres régions du Congo, il fallait rétablir la sécurité au Kivu, régler le problème des FDLR, permettre que nos parents qui depuis tellement longtemps vivent dans des camps de réfugiés au Rwanda puissent rentrer chez eux »(...). 

Il y avait tant de plaintes que je ne peux me les rappeler toutes. Je me suis alors adressé à Kalev, lui demandant s’il savait déjà tout cela. Il répondit devant les autres qu’il avait déjà entendu cela tant de fois, qu’il en avait souvent parlé au président mais qu’il n’avait rien pu faire ! J’ai alors demandé comment on pouvait sortir de cette situation. Ils ont répété qu’ils ne pouvaient se déployer hors du Kivu. Les autres ont dit que le gouvernement ne pourrait tolérer l’indiscipline et qu’ils devraient partir. J’ai alors prévenu les représentants du gouvernement, leur disant que
cette situation était une bombe à retardement, qu’ils devaient trouver des solutions avant qu’il ne soit trop tard.

Comme je connais très bien la situation du Kivu, que je connais tout le monde là bas, j’ai conclu que l’on se trouvait à la veille d’une guerre. J’ai dit qu’il fallait éviter à tout prix d’en arriver là et que s’ils voulaient quelque assistance, nous étions disposés à les aider à trouver une solution. La guerre, disions nous, va affecter tout le monde, la population congolaise, le Rwanda. De notre point de vue, si la guerre éclate, les FDLR vont regagner du terrain.

A cette même période, le 8 avril, alors que nous recherchions une solution pacifique, le gouvernement congolais envoya vers Goma une importante force militaire, des lanceurs de fusée, des chars T52, des hélicoptères de combat. Goma fut soudain fortement militarisée. Au moment où, avec Kalev le chef de l’information civile et Yav le chef de l’information militaire, nous tentions de résoudre pacifiquement les problèmes, le chef d’état major, le général Etumba et le chef de l’armée de terre Tango Four Amisi débarquèrent à Goma pour renforcer l’effort militaire.

Nous répétions que l’option militaire n’était pas la meilleure, mais ils sont allés de l’avant. C’ est à ce même moment que des officiers ont commencé à déserter leurs unités, que d’autres ont refusé le déploiement. Je leur ai alors conseiller de réunifier l’armée, de stopper les transferts, car la situation devenait dangereuse, de se pencher sur l’administration de l’armée, car il y avait beaucoup trop d’irrégularités, de problèmes de commandement, le mécontentement était général.

Après cette réunion, le président Kabila est venu à Goma, où il a annoncé qu’à tout prix il fallait arrêter Bosco Ntaganda, à tout prix. Ce message était le contraire de ce que j’avais entendu la veille, où on me disait que Bosco pouvait rester dans sa ferme.  A ce moment, il se passait tant de choses ! Lorsque le colonel Zimurinda arriva à Goma, il fut désarmé, mais le même soir, on lui rendit ses armes et son escorte et il rejoignit immédiatement Bosco Ntaganda. Le jour suivant, le colonel Baudouin Ngaruye fut lui aussi désarmé et lorsque le soir on lui rendit ses armes après avoir négocié, il rejoignit Bosco. 

Makenga, le justicier de L. Nkunda ! 

(...) Quant au colonel Makenga, il retourna à Bukavu après notre réunion. Lorsque le président Kabila arriva à Goma, Makenga était supposé y revenir pour assister à une réunion, et sur la route de Bukavu à Goma, il y eut une embuscade, montée par Delphin Kahimbi. Makenga y échappa et arriva tout de même à Goma mais ne revint jamais à Bukavu.

Cette version est controversée, car selon d’autres sources, Makenga aurait fui par le lac en direction du Rwanda…

Non, il a échappé à l’embuscade et après quelques jours il a appelé Jean-Claude Yav disant qu’il ne pouvait rentrer à Bukavu aussi longtemps que Kahimbi s’y trouverait et il resta à Goma..

Vous êtes sûr qu’il ne s’est pas rendu à Gisenyi à ce moment ?

Non, il est resté à Goma.
Makenga n’avait pas l’habitude de venir au Rwanda car il nous en voulait d’avoir arrêter Laurent Nkunda dont il était très proche. Durant ces quelques jours, les combats commencèrent contre Bosco Ntaganda, les FARDC l’attaquèrent dans sa ferme et ils amenèrent des renforts depuis le Sud Kivu. Même Delphin Kahimbi remonta de Bukavu jusque Goma. Le voyant arriver, Makenga quitta Goma à son tour et se rendit à Runyonyi, un endroit qu’il connaissait très bien. Ce mouvement du colonel Makenga en direction de Runyoni changea tout le scénario de la guerre ; si Bosco n’était pas populaire parmi les soldats, pas même auprès des rwandophones, il n’ en allait pas de même de Makenga : lui il était très populaire auprès des soldats…Son départ provoqua un mouvement de désertion parmi les FARDC..
Les ex CNDP, dans le Masisi, étaient pratiquement vaincus et ils se renforcèrent lorsqu’ils firent mouvement vers Runyonyi. C’est alors que l’on a évoqué l’appui du Rwanda…

C’est faux, hopeless. S’ils étaient vaincus, pourquoi ne furent ils pas capturés ?Entre Masisi et Runyoni, il y a une longue distance, plus de sept heures de route. On aurait pu les arrêter, les bloquer… Mais un cessez le feu avait été décrété, qui leur a permis de fuir…

Non, il n’y a pas eu de cessez le feu. Ce qui s’est passé, c’est que cette force était intacte, avec ses armes et ses commandants, on ne peut pas dire qu’elle ait été défaite. On l’a peut-être laissée passer, intacte. Ce qui est important, c’est que lorsque Makenga arriva à Runyonyi, il avait 200 soldats. Dans les jours qui suivirent, ils étaient des milliers : des soldats, des officiers firent alors défection et convergèrent pour rejoindre Makenga, il ne s’agissait pas seulement de rwandophones. 

La composition du M23, afande James sait tout... Et s'agissant de la principale faiblesse des FARDC, il dit juste : le mauvais management ! 

"D’après nos informations, 80% des forces du M23 sont des Hutus, anciens combattants du Pareco. Bashi, Bahutu, Nande, Barega, beaucoup d’autres groupes rejoignirent le M23. Même des membres de la garde rapprochée du président Kabila, des Katangais, des Kasaïens, firent défection et rejoignirent Makenga, tellement il y avait du mécontentement… Le mauvais management des troupes est au cœur du problème. Comment pouvez vous envoyer des troupes en opération en leur donnant seulement une poignée de haricots secs ! Au lieu de leur envoyer de la nourriture, vous leur donnez un sac de haricots, sans eau, sans sel, sans riz, sans casserole ni bois de feu… C’est impossible.
On ne peut pas dire que l’armée congolaise a échoué à battre le M23, car le M23 était soutenu par le Rwanda. Non. Ils ont échoué parce qu’ils ne peuvent pas se battre, dans les conditions où ils se trouvent. Ils ne tueraient même pas un rat…..

James Kabarebe a des leçons à donner à son successeur Didier Etumba... 

A la question de C. Braeckman de savoir si les FARDC pourraient se battre s’ils étaient nourris correctement, voici sa réponse : 

"La nourriture ne suffit pas. Il faut aussi une bonne structure de commandement… Après avoir rejoint les rangs du M23, les soldats déserteurs commencèrent à mieux se battre. Pas seulement à cause de la nourriture, mais parce qu’ils se battaient contre un système qui les maltraitait… Dire que le Rwanda soutenait le M23, c’est faux et je vais vous le démontrer…

Quant au soutien du Rwanda au M23, J. Kabarebe a sa théorie...vraisemblable ! 

Vous dites qu’aucun renfort n’a traversé la frontière ?

J’ai connu cette région autrefois. Runyonyi ne se trouve pas sur la frontière, marcher depuis la frontière rwandaise jusque Runyonyi, cela prend au moins onze heures de marche, il faut traverser la forêt car il n’y a pas de routes, il n’y a aucun lien entre Runyonyi et le Rwanda. Toute cette histoire de soutien que le Rwanda aurait apporté est une manipulation. Mais une manipulation très compliquée. Elle implique le gouvernement congolais désireux de sauver la face après sa défaite militaire et sommé d’expliquer pourquoi ses soldats n’ont pas combattu. Elle est soutenue par l’Occident, déçu par le fait que Bosco Ntaganda n’ait pas été arrêté par la Cour pénale et que le Rwanda n’a pas coopéré à cette arrestation. Le Rwanda est puni car il n’a pas coopéré pas avec la Cour pénale internationale, cela, c’est le fond du problème. Tout le monde sait que le Rwanda n’a pas un seul soldat au sein du M23, ne lui donne aucun soutien. Même les Congolais savent cela, ils nous le disaient à titre individuel, mais ils devaient sauver la face…

Mais à Goma fin juin, des transfuges ont témoigné du fait qu’ils avaient été recrutés au Rwanda pour venir combattre au Congo…Que faut-il en penser ?

Vous connaissez le Congo, vous savez comment Goma, Bukavu, c’est un melting pot de mensonges, diffusés à la radio par le gouverneur, le ministre de l’information… 

Tout de même, ceux qui ont diffusé ces témoignages que vous qualifiez de mensonges ont été nombreux, issus de différents milieux, y compris des observateurs des Nations unies…

"C’est pourquoi je parle d’une machination contre le Rwanda, en connivence avec le gouvernement congolais et la communauté internationale. C’est ainsi. Le problème est là. La Monusco a été au Congo durant plus de dix ans, et elle n’a rien résolu. Elle fait du business avec les FDLR, fait commerce avec l’or, le coltan, nous savons tout cela.
Quant au groupe d’experts de l’ONU, ces jeunes hommes et femmes qui ont rédigé le rapport, comme Steven Hege, qui prône la négociation avec les FDLR, il a aussi été manipulé par le gouvernement congolais.

"Comment les Nations unies peuvent elles désigner comme experts des gens aussi jeunes, aussi peu expérimentés, qui se perdent même dans les acronymes. Même leur intégrité est sujette à caution…Ils n’ont pas le niveau de compréhension minimum nécessaire dans cette région. Pour nous, nous n’allons pas cesser d’avoir des contacts avec la RDC. Des le 1er mai, nous avons eu des contacts au niveau de l’état major. Ils nous ont demandé de les aider et nous allons le faire. Nous leur avons rappelé que le 8 avril ils avaient manqué une occasion d’éviter la guerre. Nous leur avons demandé de stopper les combats afin que nous puissions voir que faire, comment les aider. A cette époque, nos interlocuteurs congolais nous demandaient explicitement de déplacer nos forces à l’intérieur du Congo, afin de les aider à régler le problème. Nous avons refusé de bouger nos forces..

Les Congolais se seraient "sursestimés"...

"Je crois qu'en commençant cette guerre, les Congolais ont pensé que ce serait une opération rapide. Ils se sont surestimés. Mais lorsque les choses ont commencé à changer sur le terrain, ils ont commencé à chercher un prétexte, et à désigner le Rwanda. D’autant plus facilement que chaque fois que quelque chose ne va pas au Congo, on désigne le Rwanda. A cela s’est ajoutée la frustration de l’Occident qui voulait arrêter Bosco Ntaganda et poussait le président Kabila à le faire. Tout cela engendré un grand chaos.

(...)

Le ministre belge Reynders a laissé entendre que des « éléments rwandais non contrôlés » pourraient être impliqués. Cela vous paraît il possible ?

"Je suis sûr que les militaires rwandais sont plus contrôlés, mieux organisés que les Belges. Si des éléments incontrôlés existent quelque part, ce serait plutôt dans l’armée belge qu’au sein de l’armée rwandaise. L’armée rwandaise est solide, bien organisés, bien commandée, bien disciplinée, des éléments incontrôlés en son sein ne peuvent pas exister…"

Et des recrutements incontrôlés, de Tutsis d’origine congolaise qui se trouveraient en territoire rwandais, c’est impossible aussi ?

"Cela, c’est possible. Nous avons camps de réfugiés, à Buyumba, Gatsibo, Kibuye et Kigeme et d’autres réfugiés ne sont pas dans des camps. Qu’il y ait des recrutements dans ces milieux là, c’est très possible, à 100%. J’ai dit aux Congolais que s’ils avaient des informations à propos de ces recrutements, ils pouvaient nous les donner, pour que nous y mettions fin. Mais les Congolais préfèrent faire du bruit et accuser le Rwanda…"

Le Rwanda ne pourrait pas tolérer des mouvements mafieux. Mais même si cela était...

Des intérêts privés, mafieux, auraient-ils pu être mêlés à tout cela ?

"C’est de l’imagination, de la fantaisie, de la confusion totale. Comment le Rwanda pourrait il tolérer de tels mouvements ? La société rwandaise est très disciplinée, nous ne pouvons avoir de tels éléments… Et même si cela était, cela n’expliquerait pas comment toute une armée a pu être battue par quelques centaines d’éléments… Vingt deux mille éléments, équipés de tanks, d’hélicoptères ont été mis en échec par quelques centaines de mutins. Cela montre qu’au Congo il n’y a ni gouvernement ni armée, seulement un grand vide.

J. Kabarebe assure que "les Nations Unies ne pourraient pas mettre le Rwanda sous pression" !

Tous ces constats étant faits, la pression étant mise sur le Rwanda, quelles sont les pistes de solution ?

"Le Rwanda n’est pas sous pression. Croyez vous vraiment que les Nations unies pourraient mettre le Rwanda sous pression ? C’est un non sens. Même les sanctions ne nous effraient pas, elles ne signifient rien… Mais si des fonds sont coupés, des budgets bloqués, cela peut faire mal… L’argent ce n’est pas un problème. Dans la brousse nous avons déjà survécu sans ressources… Sans aide, nous nous développerons mieux, cela nous donnera plus d’énergie encore. S’ils en sont au point de baser leurs sanctions sur des mensonges, laissons les faire, cela ne risque pas d’influencer le Rwanda. Au Congo, nous n’avons pas commencé ces histoires, nous ne les avons pas soutenues et aujourd’hui nous n’allons pas y aller pour nettoyer leur désordre. Nous compterons sur nous-mêmes comme nous l’avons toujours fait…

J. Kabarebe ne croit pas que la "force internationale neutre" verra jamais le jour ! 

Quelles sont les solutions possibles ?

"C’est aux Congolais qu’il appartient de les trouver. Et aussi aux Etats membres de la Conférence internationale sur la sécurité dans les Grands Lacs, qui vont se revoir le 5 septembre. Je ne suis pas sûr que la force neutre verra jamais le jour. Par contre ce qui fonctionnera, c’est le mécanisme conjoint de vérification, qui sera composé de trois représentants de chacun des Etats membres de la conférence. Le commandement sera exercé par l’Ouganda, le numéro deux sera originaire de Brazzaville, les autres viendront de RDC, du Rwanda, du Burundi, de l’Angola, de la Tanzanie… Ces officiers vérifieront la frontière entre la RDC et le Rwanda, ils contrôleront aussi sur le terrain l’application du cessez-le-feu entre l‘armée congolaise et le M23 et la présence des FDLR sur le terrain. Tout cela en attendant l’éventuel déploiement de la force neutre. Si elle vient jamais…"

Des négociations avec le M23 sont elles envisageables ?

"Cela dépend de ce que décidera la conférence. Maintenant il faut laisser jouer les mécanismes régionaux. Nous nous référerons aux décisions de la Conférence présidée par l’Ouganda…
Si l’on veut sortir de cette crise, il faut que la communauté internationale comprenne qu’en exerçant des pressions sur le Rwanda à propos de la situation en RDC, elle ne fait pas de bien à la RDC : les problèmes sont nés là, c’est là qu’ils doivent être résolus. Et les Congolais doivent savoir que la solution à leurs difficultés ne viendra pas de la communauté internationale, mais d’eux-mêmes. C’est en comptant sur eux-mêmes, en construisant leurs propres mécanismes de gouvernance, leur propre système que les Congolais s’en sortiront… 
Si à Kinshasa ou au Kasaï les gens ont faim et se révoltent, en quoi le Rwanda est-il responsable de cette situation ? Où est le lien… Si les Congolais continuent à rechercher à l’extérieur les causes de leurs problèmes, ils rencontreront plus de difficultés encore…C’est en eux-mêmes qu’ils doivent rechercher les solutions…". 


samedi 25 août 2012

Conflit à l’Est de la RDC : Reynders sur la bonne piste ?

Monsieur Didier Reynders devant la presse à Kinshasa, le 20/8/2012
Photo radio Okapi

Le vice-premier ministre et ministre belge des affaires étrangères, Didier Reynders, arrive ce weekend à Kigali, la capitale rwandaise, après six jours passés en République Démocratique du Congo, où il a eu des entretiens avec plusieurs hautes autorités, autour notamment de l’épineuse question de la rébellion du M23 qui sévit au Nord-Kivu.

Monsieur Reynders, qui a eu une rencontre avec le Président Joseph Kabila  à Lubumbashi au milieu de la semaine écoulée, a tenu à souligner l’importance que l’ancienne métropole attachait au respect de l’intégrité et à la souveraineté de la RDC. Dans un langage on ne peut plus franc, le chef de la diplomatie belge a épinglé la question cruciale de la réforme des forces armées de la RDC comme l’une des voies par lesquelles passera la résolution durable des conflits armés récurrents en RDC, et à l’Est en particulier. Il a reconnu au passage l’erreur grossière commise dans le passé par le gouvernement congolais – et encouragée en son temps par la communauté internationale – d’intégrer de manière quasiment brute des rebelles au sein des FARDC. « Cela n’a peut-être pas été la bonne solution », a-t-il confessé.

Pour résorber la rébellion du M23 : prendre le Rwanda au mot, et le placer devant ses responsabilités

Au sujet de l’implication du Rwanda dans la rébellion du M23, Didier Reynders a très subtilement évité de porter des accusations directes souvent inutiles et contreproductives à l’encontre du minuscule voisin de la RDC, préférant présumer sa bonne foi et en tirer le meilleur parti : « Le Rwanda prétend ne pas être une part du problème, ce que nous souhaitons c’est que le Rwanda devienne une part de la solution », a-t-il déclaré. Et de renchérir : « Il faut que le Rwanda participe activement à la fin de la rébellion et garantisse l’étanchéité de la frontière».

En procédant ainsi, l’objectif de la diplomatie belge est clair : prendre le Rwanda au mot et, au lieu de chercher désespérément à lui extorquer des aveux – ce qui ne résout aucun problème réellement –, le placer devant ses responsabilités ; l’engager dans la résolution de la crise, en tant que pays voisin affecté d’une manière ou d’une autre par ce qui se passe à un jet de pierre de sa propre frontière (où sévit un certain groupe dénommé FDLR ; où vit une certaine communauté Tutsi ; et d’où proviennent quelques dizaines de milliers de réfugiés installés depuis des années au Rwanda : autant de questions à l’égard desquelles ce dernier ne peut pas se dire vraiment étranger).  

L’approche belge a au moins le mérite d’être pragmatique : d’abord parce qu’accuser le Rwanda, comme le fait depuis plusieurs mois le gouvernement congolais n’est pas en tant que tel une panacée au vrai défi qui est celui de mettre fin à la rébellion et d’opérer le retour durable de la paix et de la sécurité à l’Est de la RDC. Ensuite parce que, dans l’état actuel des choses, la résolution durable du conflit de l’Est de la RDC passe ipso facto par l’implication du Rwanda, et que l’isoler ou l’invectiver, alors que la RDC n’a ni un leadership politique et diplomatique aptes à le défier, ni une force armée capable de l’affronter, ne fera que retarder l’issue du conflit, sinon l’amplifier. Bien plus, en s’abstenant de prononcer inutilement des sentences contre le Rwanda, Monsieur Reynders n’a-t-il pas augmenté ses chances d’être reçu et entendu à Kigali ! Il faut peut-être rappeler ici que contrairement à aux autres grands partenaires bilatéraux du Rwanda, le Belgique s’est abstenue de suspendre son aide au Rwanda. Certains préfèrent y voir une sorte de complaisance, mais à mes yeux c’est une attitude tout à fait cohérente et compréhensible de la part de l’ancienne Colonie à l’égard de sa progéniture d’Etats passés pour ennemis.  

A la rigueur, la communauté internationale – et en particulier la Belgique – doit maintenir une pression mesurée sur le Rwanda, afin d’établir un certain équilibre dont la RDC n’est pas en mesure de s’assurer lui-même, et je pense que Monsieur Reynders est bien conscient de cela. En effet, le Rwanda doit comprendre que ses intérêts directs ou indirects en RDC – économiques notamment – ne sauraient être garantis, de façon pérenne, par la force ; qu’il a davantage à gagner dans le cadre de la coopération équitable avec son grand et riche voisin, dans un climat de stabilité et de paix de part et d’autre de leur frontière commune, et dans le respect mutuel, plutôt que dans des confrontations sans fin, des immixtions incessantes, des croisades de déstabilisation, de prédation et de pillage à répétition, ou des manœuvres à visées hégémoniques. Le Rwanda doit laisser la RDC résoudre ses problèmes internes, et cesser d’instrumentaliser la question des Tutsi congolais et autres congolais d’expression Kinyarwanda, ou encore celle des ex Forces armées rwandaises et Interahamwe pour justifier toutes sortes de digressions et d’immixtions de sa part.

Si c’est le message que le ministre Reynders va faire passer à Kigali, alors on peut dire que la Belgique est sur la bonne piste. Reste à espérer que ce message soit entendu et soit suivi d’effets concrets. La Belgique devrait en même temps convaincre ses pairs occidentaux de la pertinence de son approche, afin de les engager à l’appuyer, et à la parfaire si besoin est.

Aider à faire le ménage dans la case congolaise

Didier Reynders a eu raison de le rappeler, la RDC a le plus gros d’efforts à fournir pour se doter d’une armée véritablement républicaine et professionnelle, pour asseoir la démocratie, la bonne gouvernance et l’Etat de droit, et pour opérer un certain nombre de réformes indispensables à sa stabilité et son développement. L’implication du Rwanda et des autres puissances dans les conflits en RDC a beau être dénoncée, elle n’est que secondaire, et traduit profondément une quasi-absence de gouvernement responsable à la hauteur des défis du pays et des attentes légitimes de ses citoyens. Le Rwanda lui-même, ou tout autre pays, n’irait pas s’aventurer à sa guise dans un Etat organisé, effectivement administré et gouverné. Tous les maux de la RDC se justifient principalement  par la faiblesse, voire l’inexistence d’un Etat au sens moderne du terme, un état des choses dû à l’absence d’un vrai leadership politique, à l’incompétence manifeste des gouvernants actuels, à l’absence de vraies alternatives de la part de la classe politique dans son ensemble et de la société civile, ainsi qu’à l’attentisme coupable des Congolais.

La Belgique connaît parfaitement la RDC, et a avec elle des liens historiques forts, bien plus que n’importe quelle autre puissance étrangère. Elle peut très bien influencer un changement positif de la situation, tant à l’intérieur de la RDC qu’à travers ses relations avec les nations puissantes de ce monde, sans nécessairement apparaître comme voulant revenir aux vieux temps coloniaux. Certes, le risque que certains interprètent ses interventions comme un zèle paternaliste ou néocolonialiste est évident, mais il lui revient de prendre la précaution nécessaire pour le minimiser, et je pense qu’elle le peut. Par ailleurs, il n'est guère impossible que certains comportements reprochés aux congolais, et qui empêche le pays de progresser soient l’héritage, au moins en partie, de la colonisation et ses méthodes. Dès lors, la Belgique choisit-elle de se réfugier derrière la crainte d’être accusée de visées néocolonialistes et de laisser la RDC sombrer, ou choisit-elle d’oser aider les Congolais à se relever et à se mettre sur le rail ? Je crois que la Belgique devrait abandonner le complexe du colonisateur, et devenir celle qui se tient aux côtés du peuple congolais, non plus comme puissance ascendante et « civilisatrice », mais comme partenaire sincère. Ce serait pour le Royaume le meilleur choix, alliant réconciliation, dignité et grandeur, et les deux peuples (belge et congolais) y gagneraient également !     


jeudi 23 août 2012

Recrutement des jeunes au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo : un non-sens dans l’état actuel des choses !


COMMUNIQUE DE PRESSE n°070/CC/CO/L230812



1.    Le gouvernement de la République Démocratique du Congo, notre chère patrie, a lancé depuis le début de ce mois d’août 2012 une « opération de grande envergure » visant à enrôler des jeunes âgés de plus de 18 ans au sein de l’armée nationale. En principe, c’est une opération normale pour le gouvernement légitime d’un pays souverain.

2.    CIVIS CONGO[1] est consciente de la nécessité de doter la République Démocratique du Congo d’une armée et d’autres forces de sécurité véritablement patriotiques et professionnelles, eu égard à la désorganisation et au manque de professionnalisme qui caractérisent les forces actuelles.

3.    Les opérations menées par le passé (brassage, mixage, intégration,…) et qui ont consisté à déverser dans l’armée, la police nationale et les services de renseignement de la République, des troupes issues de divers rébellions et groupes armés étaient une grave erreur, si pas dans leur principe, au moins dans leur mise en œuvre, et CIVIS CONGO n’a jamais eu de cesse à les dénoncer. La crise sécuritaire qui secoue actuellement l’Est de notre pays en est une des conséquences évidentes, et malheureusement prévisibles.

4.    CIVIS CONGO considère que les FARDC n’ont pas à être réformées, mais doivent tout simplement disparaître progressivement, au profit d’une nouvelle armée républicaine, disciplinée et professionnelle, exempte de tous les criminels, pillards, affairistes, traitres, et autres infiltrés qui emplissent actuellement les rangs.

5.    CIVIS CONGO dénonce avec véhémence les opérations de recrutement en cours qui, au lieu d’aboutir à la construction d’une nouvelle armée véritablement républicaine, vont certainement donner lieu à un mélange désagréable de genres, et, à terme, accroître le problème plutôt que de le résoudre durablement. En fin de compte, ces pauvres jeunes que l’on appelle sous le drapeau risquent, en dépit de leur courage et de leur bonne foi, être sacrifiés comme nombreux de leurs prédécesseurs.

6.    CIVIS CONGO déplore l’improvisation et le manque de discernement dont fait preuve le gouvernement de la République, y compris sur une question aussi vitale pour la nation que celle de l’armée. L’autre risque de cette façon de faire, c’est que le gouvernement recrute à nouveau des criminels en herbe, des bandits, des personnes sans aucune instruction ni qualité, car eux seuls sont susceptibles de répondre aveuglement à un tel appel. La précipitation du gouvernement ne se justifie nullement, d’autant plus que même si notre pays est agressé, l’Etat d’urgence n’a pas été décrété, et officiellement ces opérations sont menées dans le cadre de la « réforme de l’armée ». Les militaires et policiers actuellement en service

Eu égard à tout ce qui précède, CIVIS CONGO prend la responsabilité de recommander ce qui suit :

1°) Au gouvernement de la République Démocratique du Congo :
-          D’arrêter immédiatement ces opérations d’enrôlement inconsidéré de jeunes congolais dans les rangs de l’armée. Si cela n’est pas fait, CIVIS CONGO invite solennellement la jeunesse congolaise à faire preuve de maturité et de civisme en s'abstenant de répondre favorablement à l’appel du gouvernement ;
-          De préparer sur les plans tant légal, matériel que financier la création d’une nouvelle armée véritablement républicaine, disciplinée et professionnelle. Pour cela, le gouvernement devrait notamment définir et rendre public (dans la mesure du nécessaire), au plus tard avant la fin de cette année 2012, la politique nationale de la défense, sur bases d’une expertise sérieuse, et en concertation avec les élus du Peuple et toutes les forces vives de la Nation. Un service militaire obligatoire devrait être sérieusement envisagé. CIVIS CONGO est disposée à apporter sa modeste contribution dans à cette occasion ;
-          De planifier et de préparer les moyens matériels et financiers nécessaires pour les mises à la retraite et la démobilisation massive des militaires et policiers qui le méritent ;
-          D’assainir sans délai, et de la manière la plus rigoureuse, la gestion du budget affecté à l’armée et à la police nationales, et de sanctionner toutes les autorités, civiles ou militaires, qui ont trempé dans le détournement des deniers et des matériels destinés aux Forces armées ou à la police ;

2°) A la communauté internationale, aux bailleurs de fonds de la RDC et à tous ses partenaires :
-          De dissuader le gouvernement congolais à poursuivre ces opérations avant d’avoir fait une planification minutieuse ;
-          De soutenir moralement  l’idée de la création d’une nouvelle armée nationale congolaise véritablement républicaine, disciplinée et professionnelle, et, le moment venu, de contribuer par tous les moyens (formation, matériel, fonds) à sa mise en œuvre effective.
    
                                                                                                    
Ainsi fait à Kinshasa, le 23 août 2012
Pour CIVIS CONGO
Me Jean-Mobert N'senga
Coordonnateur 



mardi 21 août 2012

Le M23 défie Kinshasa, nargue la CIRGL, ...et advienne que pourra !

Le Colonel Sultani Makenga à la tête du M23
Ce lundi 20 août 2012 en début d’après-midi, à Rutshuru centre, le désormais Chef du Haut Commandement militaire du Mouvement du 23 mars, le Colonel Sultani Makenga, a tenu à Rutshuru un point de presse auquel le M23 avait convié deux journalistes de deux radios petites  communautaires de la place. Le Colonel Makenga était entouré à l’occasion de quelques-uns de ses compagnons mutins, dont le Colonel Vianney Kazarama et le Colonel Baudoin. Leur but était de justifier ou de tenter de donner une explication à la décision prise par le M23 à la fin de la semaine dernière de se doter d’une structure organisationnelle dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle s’apparente à un gouvernement autonome.  
Pour le rabougri « Chef du Haut Commandement », le rôle principal de la structure mise en place le 17 août dernier sera « la gestion quotidienne de la population dans la zone sous contrôle du M23 ». « Aucune organisation digne de ce nom ne peut survivre sans structures. Nous sommes résolus à garantir la sécurité et  la quiétude à toute la population sous notre contrôle, c’est pourquoi il est plus que légitime que ces congolais soient administrés dans le respect de la bonne gouvernance », a-t-il plaidé en Kiswahili. Et de renchérir : « Le M23 avec ses nouvelles structures est le seul partenaire avec lequel le gouvernement congolais pourra discuter afin de ramener la paix à l’Est de la République Démocratique du Congo. Ne pas vouloir prendre en compte les revendications légitimes du M23 sera une erreur de l’histoire ».
Dans un élan propagandiste, Sultani Makenga n’a pas manqué de remercier la population de tout le territoire sous contrôle du M23 d’avoir « refusé de porter oreilles aux manipulations des politiciens extrémistes » qui demandaient aux populations de se rendre dans des camps des refugiés en Ouganda. « Mon Mouvement et moi-même remercions la population de Rutshuru  pour sa maturité politique affichée rompre avec  les anciens reflexes qui dans le temps avaient brutalement jeté cette contrée sur les chemins incertains de la violence irresponsable. Violence que nous n’avons cessé de désapprouver, parce qu’elle jette un discrédit total sur notre pays, son peuple et ses dirigeants qui pensent que le seul moyen de résoudre les problèmes des congolais c’est de les opposer par la force des armes et attiser ainsi les tensions ethniques. Le M23 ne ménagera aucun effort pour consolider la paix dans les territoires qu’il contrôle et usera de tous les moyens  pour secourir tous les congolais où qu’ils se trouvent sur le territoire congolais chaque fois que leur quiétude sera menacée ».
Après la belle homélie introductive, le Sultani (mot swahili signifiant « roi »), les ex officiers FARDC déchus ont répondu à quelques questions (bien sélectionnées) de leurs modestes interlocuteurs.
Le maître-mot : défier le Président Kabila et son gouvernement 
Sultani Makenga a déclaré qu’ils (le M23) ne se sentaient pas concernés par toutes les rencontres qui ont eu lieu au niveau de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), d’autant plus qu’ils n’y avaient pas été confiés. Un journaliste a voulu savoir si malgré tout le fait pour le M23 d’avoir cessé les combats ne signifiait pas qu’ils avaient suivi l’appel formulé à leur endroit par les ministres de la défense lors de la réunion de Goma la semaine passée, et qui les enjoignait de cesser les combats et de se retirer des grands centres qu’ils occupent.
La question a fait rire l’ex Colonel FARDC. Il s’est quand même efforcé de répondre : « Je voudrai être clair : notre Mouvement n’a été convié à aucune de ces réunions. Les déclarations ou les résolutions auxquelles sont arrivées ces rencontres ne peuvent donc pas nous être opposables. Nous ne sommes pas signataires des déclarations finales qui les sanctionnent. Si nous avons accepté d’observer une trêve, c’est par respect au Président en exercice de la CIRGL , Son Excellence Yoweri Museveni qui nous a demandé d’arrêter les hostilités pour que nous trouvions une issue politique négociée à la crise. C’est ce que nous avions demandé dès le début quand nous nous sommes retirés dans les collines de Runyoni, mais Kinshasa a préféré user de biceps plutôt que de sa tête. Maintenant que Kabila s’est rendu compte  qu’il n’avait pas suffisamment de biceps pour nous affronter, je pense que la raison va l’emporter sur la force et qu’il va accepter de négocier avec notre Mouvement pour économiser le temps, les énergies et les moyens que nous lui demandons plutôt d’utiliser pour soulager la misère des congolais ».
A un autre journaliste qui lui faisait observer qu’à en croire le ministre Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, ce dernier ne négociera jamais avec le M23, la réponse de Sultani Makenga n’a pas eu les mots justes pour exprimer son assurance en leur mouvement et son…mépris (c’est ça le mot) pour la position du gouvernement congolais. « Monsieur le journaliste, je puis assurer qu’ils le feront car ils n’ont aucune autre option à part négocier avec nous. Ils n’ont aucune armée capable d’affronter les troupes disciplinées et aguerries du M23 (…) ».
« Et s’ils persistent et vous attaquent à nouveau, vous défendrez-vous et prendrez-vous la ville de Goma ? », a insisté un autre journaliste.
La réponse de l’arrogant Colonel a été sans équivoque : « Ce n’est pas seulement Goma que nous prendrions, mais nous libérerions tout le pays du joug de ces irresponsables (…), pour les remplacer par un  leadership capable de rassembler la nation, plutôt que de la diviser ;  un leadership capable de dialoguer avec la participation de tous, plutôt que d’exercer de manière solitaire et autoritaire le pouvoir ;  un leadership capable d’assurer une correcte et active représentation du Congo dans le concert des Nations libres, plutôt que la réduction du Congo à une présence protocolaire, presque inaperçue ; un leadership  soucieux du bien-être de la population à la place de cette  bande de pilleurs qui profitent de la moindre occasion pour s’enrichir sur le dos de la population ».
A quoi joue le M23 ?
Sultani Makenga entouré de sa garde rapprochée
Soit l’intention du M23 est de changer le régime en place à Kinshasa, en plaçant le gouvernement dans la position du coupable : « Nous avons supplié le gouvernement de négocier, il n’a rien voulu entendre, alors nous n’avons pas d’autre choix que de lui mener la guerre jusqu’au bout », pourrait-il soutenir. Cette démarche irait crescendo : d’abord se doter d’une structure politique genre RCD, son précurseur (et modèle ?). Ensuite accroître ses liens avec d’autres mouvements ou personnalités qui ont des griefs graves à reprocher au régime Kabila (en particulier ceux qui n’ont pas encore digéré sa réélection contestée). Enfin passer à l’assaut, en commençant naturellement par les villes les plus faciles (car déjà assiégées ou presque) telles que Goma, Bukavu, Beni, Butembo, Bunia, Uvira, etc. Voyez l’évolution de ce mouvement depuis le mois d’avril : d’un minuscule groupe d’insurgés sans nom ni structure, il s’est baptisé, a recruté un « Coordonnateur politique », a occupé un assez vaste territoire, a tissé des alliances, a formulé et multiplié ses revendications, s’est doté de moyens militaires considérables, a renforcé ses rangs, et maintenant il vient de se doter d’une structure politique quasi-gouvernementale. La CIRGL et les autres SADC ont beau multiplier les appels à la cessation des hostilités, les Occidentaux ont beau couper leur aide à leur base-arrière rwandaise, rien ne les arrête.
Soit alors son intention est d’obtenir à tout prix des négociations directes avec le gouvernement. Mais sur quoi porteraient ces négociations ? Sur la « vérité des élections » au truquage desquelles les éléments du CNDP (dont le M23 n’est que le déguisement) ont eux-mêmes contribué ? En posant cette revendication, le M23 ne montre-t-il pas que son véritable souci n’est pas de négocier, mais de mettre Joseph Kabila et son régime dans l’impossibilité de se tirer d’affaires sans se noyer ? C’est l’impression que l’on a…
Le M23 ne se manque pas non plus de narguer la CIRGL dont les ministres de la défense réunis la semaine dernière à Goma avaient résolu de demander au Président en exercice de la CIRGL, l’ougandais Yoweri Museveni, d’instruire le M23 de « retourner à ses positions du 30 juin 2012 ». Il a à son avantage plusieurs éléments : le temps que met le gouvernement congolais à trouver une issue à cette guerre, et ses étonnants tâtonnements, les conférences interminables de la CIRGL, la faiblesse notoire de l’armée congolaise, etc.
Un autre signe qui ne trompe pas : ce sont les militaires comme Makenga et Kazarama qui dirigent le bateau rebelle M23. S’ils y a un ou des commanditaires plus haut placés, ces militaires sont leurs répondants directs, et non le soi-disant Président Runiga Jean-Marie, ni une quelconque structure politique. Autrement, c’est sont ces politiques qui auraient pu tenir un tel point. Je doute que ce soit une vulgaire maladresse procédurale de la part d’une rébellion qui essaierait à peine de se structurer.   
Quoi qu’il en soit, le peuple congolais et la population du Nord-Kivu en particulier n’ont pas l’impression qu’il y a à Kinshasa un gouvernement qui prend le cancer M23 à bras le corps. Que dis-je ? S’il y avait au sein du gouvernement congolais ne serait-ce qu’une poignée de personnes qui montrent qu’ils ont une analyse correcte de la situation de l’Est, et au sommet de l’Etat quelqu’un qui soit assez entreprenant pour proposer des solutions, seraient-elles radicales, mais rapides, efficaces et durables.