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vendredi 1 février 2013

Goma : Julien Paluku en passe d’être emporté par…la poussière ?


Goma : le principal axe routier de la ville (route de Sake), en pleine journée. Le million de Gomatraciens respirent et avalent cette poussière volcanique depuis deux ans. A cela s'ajoute de milliers de trous creusés sur la piste par les eaux de pluie. Un vrai calvaire. Photo : 2013 - Jean-Mobert N.N. 
La tension est montée d’un cran à Goma la semaine dernière, suite à l’enlisement des travaux de réfection des routes de cette ville jadis qualifiée de capitale touristique du Congo. La responsabilité (ou mieux l'irresponsabilité) du gouverneur du Nord-Kivu Julien Paluku, en poste depuis plus de six ans, est donnée pour être à la base de cet état des choses, mais la quarantaine de députés provinciaux ne sont pas non plus épargnés. Tout le monde fustige le fait qu’ils gardent silence et ne semblent guère se préoccuper de ce problème qui a trop duré et qui a des conséquences sanitaires, économiques et écologiques incalculables. De plus en plus de gens estiment que le gouverneur devrait démissionner et être poursuivi pour sa gestion de cette affaire, entre autres "calamités" de cette ville et de cette province.

A la maison, au bureau, dans les débits de boisson et dans les rues, les débats tournent autour de la poussière qui enveloppe la ville depuis si longtemps (deux ans), alors qu’on parle de millions de dollars déversés tantôt par le gouvernement central, tantôt par le Fonds national d’Entretien routier (FONER), tantôt encore par l’exécutif provincial. L’entreprise minière (oui, minière !) TRAMINCO, à laquelle les travaux ont été confiés semble ne pas disposer de la technicité et des moyens nécessaires, car elle est « à l’œuvre » depuis deux ans maintenant, pour des travaux qui ne portent que sur 10,5km de route ! En novembre 2011, à la faveur de la campagne électorale, quelque deux kilomètres avaient été asphaltés en toute hâte pour faire la « visibilité » des fictifs Cinq Chantiers de Joseph Kabila. Une fois l’élection passée (et Kabila humilié à Goma), les machines et les agents ont disparu du « chantier ».

Plusieurs fois, la population s’est soulevée pour exiger la poursuite et le parachèvement rapide des travaux, mais à chaque fois elle a été réprimée violemment par les soi-disant autorités urbaines et provinciales, qui se servent de la police comme un voyou se servirait d’un chien pour terroriser les passants. Evidemment, la population étant ce qu’elle est (laxiste, résignée et docile), il n’y a jamais eu de véritable mouvement de masse dans ce sens. Ce sont tantôt des étudiants, tantôt des conducteurs de taxis motos, tantôt encore des jeunes révoltés du mouvement Lutte pour le Changement, qui ont osé hausser du ton. Pas assez fort face à des autorités dont les oreilles n’entendent que les armes ou le bruissement des billets de banque, et qui ont chacun son 4x4 pour ne pas aspirer la poussière et pour amorcer les secousses des nids-de-poule. Julien Paluku a même trouvé mieux : faire en canot rapide sur le lac le trajet de cinq kilomètres entre sa résidence et son bureau, tous les deux situés au bord du lac. Quel génie, ce gouverneur ! Il ne lui reste plus qu’à se payer un hydravion pour ne pas avoir à faire des allers-retours ennuyeux entre la ville et le pitoyable aéroport de Goma lors de ses multiples déplacements de Kinshasa.

Dimanche 27 janvier 2013, lors d’une émission radiodiffusée au sujet de l’état des routes sur la radio Kivu 1 (une radio locale très suivie), une demi-dizaine d’invités ont sévèrement pris à parti le gouverneur de province, les députés provinciaux et l’entreprise TRAMINCO, épinglant leur responsabilité respective dans cette affaire. Les services du gouvernement ont dépêché un de ces « fou-du-roi » pour venir « limiter les dégâts. Mais rien n’y a fait. Ses tentatives de dépeindre le « bilan » de son roi de gouverneur ont achoppé aux arguments forts et unanimes de ses contradicteurs, parmi lesquels des représentants de partis de la « majorité présidentielle » chère à Julien Paluku. Donc des gens de son propre camp. L’écho s’est ressenti dans toute la ville. Le lendemain (lundi), des engins ont été déployés sur la route Goma-Sake qui a été barricadée, sous prétexte que les travaux allaient avoir un court d’accélérateur. 

Un mensonge de plus pour distraire la population et éviter une explosion massive de colère, car de l’avis même des responsables de la société TRAMINCO, l’usine d’asphalte n’est pas encore achevée (on parle de son montage depuis plus d’une année), et elle ne sera pas prête avant plusieurs semaines. A présent, la route de Sake est bloquée à la circulation, or elle est l'unique voie qui relie tant bien que mal les deux bouts de la ville. Les automobilistes n'ont pas d'autre choix que d'emprunter des déviations non assainies (des pistes jonchées de pierres, voire de roches volcaniques), avec tout le danger que cela comporte pour les enfants dans les quartiers. Circuler dans la ville de Goma était déjà problématique, maintenant c'est pire. "Ils se moquent de nous. C'est la quantième fois qu'ils bloquent les routes, alors qu'ils ne font rien", se plaint un motard, très remonté. 

Selon plusieurs spécialistes, la poussière et les secousses que le million d'habitants de Goma sont obligés de supporter depuis si longtemps a déjà des conséquences graves sur le plan sanitaire, et d'autres encore vont inévitablement se manifester dans les prochaines années. On note une augmentation inquiétante des cas des hémorroïdes, d'asthme, d'interruptions involontaires de grossesses, de diarrhée (surtout pour les enfants de 0 à 5 ans), de grippe chronique, etc. Des cas de cancer et d'autres pathologies graves, respiratoires notamment, sont "inévitables" dans les trois ou cinq prochaines années. Les milliers de conducteurs de taxis motos et de taxis bus ainsi que les petits commerçants qui passent la journée entière dans cette poussière le long des routes sont les plus exposés, mais "personne n'est à l'abri, y compris ces autorités", s'alarme un médecin spécialiste en pneumologie qui préfère rester anonyme. 

D'après des spécialistes de la santé publique, la situation est d'autant plus grave que la poussière inhalée à Goma est une poussière volcanique, d'une grande teneur en souffre et en d'autres métaux lourds. Qui plus est, la majorité de la population ne dispose pas d'eau potable. Elle consomme l'eau du lac à l'état brut, souvent sans le moindre ajout de chlore. Des aliments sont vendus le long des routes, à ras-le-sol. Lorsqu'ils ne sont pas consommés en l'état, ils ne sont pas lavés de façon appropriée, faute d'eau potable. La promiscuité est la règle. 

Ces dernières années, le gouverneur Julien Paluku a réussi à se rendre très impopulaire à Goma et partout dans la province, y compris dans sa propre communauté et sa famille politique, en raison à la fois de sa gestion calamiteuse de la province, de son enrichissement scandaleux, de ses prises de position et de la crudité (et la vanité) de ses discours. Tombé en disgrâce avec le leader du RCD/KML, le puissant Mbusa Nyamwisi, alors qu'il ne devait son élection qu'à ce dernier, il s'est rapproché de Joseph Kabila, a créé un nouveau parti, le Bloc Uni pour la Reconstruction et l'Emergeance du Congo (BUREC), et a intégré la "Majorité présidentielle". Une position qui ne l'aide guère, tant la population du Nord-Kivu déteste désormais Joseph Kabila et tous ses vassaux, tel que Julien Paluku. Déjà depuis le retrait du M23 de la ville de Goma, un groupe d'opposants ont initié contre lui une pétition pour exiger sa démission. A ce jour, la pétition aurait déjà récolté des dizaines de milliers de signatures à Goma, mais aussi dans le "grand-nord", son ex-fief. Alors, l'affaire des routes de Goma va-t-elle achever celui que tous les Gomatraciens considèrent comme l'un des principaux problèmes de cette province ? Ce n'est pas sûr, mais comme ce serait souhaitable ! 



jeudi 15 novembre 2012

GOMA : Les jeunes exigent l'interpellation du gouverneur Julien Paluku Kahongya par les députés pronvinciaux !


Les jeunes révoltés de Goma, ceux-là du mouvement qui s'est donné pour slogan "INATOSHA !", ont encore fait mené une action. Ce jeudi 15 novembre 2012, ils sont allés déposer une lettre ouverte au bureau de l'assemblée provinciale du Nord-Kivu, à l'hôtel Fleur de Lys (un nom révélateur de l'opulence dans laquelle vivent nos "représentants" ?). Par la suite, ils sont allés trouver les députés à l'hôtel Ihusi où ils suivaient un séminaire atelier sur le "recadrage budgétaire" et, en plein déjeuner, ils ont remis à chaque député individuellement une copie de la même lettre. 

Entre le bureau administratif du législatif provincial et l'hôtel Ihusi, ils ont fait une "ballade" (marche, dans leur jargon) au cours de laquelle ils ont distribué des lettres à la population et porté des messages accrochés sur leur poitrine, pour interpeller et dénoncer la situation des routes à Goma, mais aussi à Beni, Butembo, et dans toute la province du Nord-Kivu. On pouvait y lire, par exeple : 

GOMA : 20 MOIS QUE NOUS VIVONS COMME DES ANIMAUX DANS LA POUSSIÈRE, LA BOUE, LES SECOUSSES

CA SUFFIT !

LE SILENCE DE NOS DÉPUTÉS ÉQUIVAUT A LA COMPLICITÉ…

L’ASSEMBLEE PROVINCIALE DOIT SORTIR DE SON LAXISME.

 VOUS AVEZ UNE SEMAINE POUR INTERPELLER LE GOUVERNEMENT PROVINCIAL !

Ils donnent aux députés provinciaux une semaine pour interpeller le gouverneur ("en personne", soulignent-ils), à défaut de quoi ils vont "prendre acte de la démission de leurs députés, et mener eux-même des actions pour interpeller le gouverneur jusqu'à obtenir satisfaction".

Ci-après leur lettre ouverte, écrite en des termes clairs et forts, sans détours ni demi-mots. 
Tout esprit patriote et courageux devrait leur emboîter le pas !


Lettre ouverte à Monsieur le Président de l’Assemblée provinciale et à l’ensemble des députés provinciaux du Nord-Kivu sur l’état des routes d’intérêt provincial et local, et celui des voiries urbaines de Goma, Beni et Butembo


Mesdames et Messieurs les députés,  

Il y a plus de cinq ans, lorsque, à la faveur de l’avènement d’un nouvel ordre politique dans notre pays, la population qui vous a élus a assisté à votre installation effective, immense a été l’espoir et la confiance qu’elle a placé en votre vous. Elle s’est réjouie d’avoir enfin des « représentants » permanents et attentifs, qui allaient enfin porter ses problèmes et œuvrer à ce qu’il y soit trouvé des solutions. 

Vous connaissez l’état des routes de « votre » province, sans doute : de Masisi à Lubero ; de Goma à Beni ; de Nyiragongo à Walikale ; rien ou presque n’a été fait depuis que vous êtes là à « représenter le peuple » au sein de l’organe délibérant. Or, vous êtes sans ignorer l’intérêt que représentent les infrastructures routières partout, tant pour la facilitation des relations entre les personnes et les communautés, que pour les échanges commerciaux, la sécurité, la préservation de l’environnement, etc. Cela vaut plus particulièrement pour le Nord-Kivu qui est une province agro-pastorale et touristique par excellence, mais aussi une province dont la plupart de régions productrices sont enclavées. 

Dans ce chaos, l’état des routes de la ville de Goma est particulièrement parlant. Début 2011, le gouverneur de province lance en grande pompe des travaux dits de modernisation de la voirie urbaine de Goma. Ils sont censés durer douze mois, et sont confiés à une entreprise dénommée TRAMINCO. Dans un petit laps de temps, près de 11 kilomètres de routes – celles constituant les principales artères de la ville – sont complètement rasés. La population jubile à l’idée que le mince et vieillissant goudron hérité des années Mobutu va enfin céder la place à des routes plus larges, plus solides, plus belles, avec éclairage et canalisations d’eau des pluies, … Mais les mois passent, et l’euphorie de la population se noie peu à peu dans la poussière et la boue qui deviennent son lot quotidien. A la date prévue pour l’inauguration de la première étape des travaux (10,5km), au mois de février 2012, à peine 1 kilomètre a été asphalté, abstraction faite de sa qualité et de ses accessoires. La campagne électorale était passée par là…

La situation des routes de Beni et de Butembo est quasiment similaire. Ne parlons même pas des cités, des villages, des routes de desserte agricole dans le Masisi, le Lubero, le Rutshuru ; toutes ces routes d’intérêt provincial et local dont la construction, la réhabilitation et l’entretien sont pourtant de l’attribution exclusive du pouvoir provincial, aux termes de l’article 204 de la constitution de la République. Les routes nationales qui passent par le Nord-Kivu ne sont guère mieux servies. De dégradation en dégradation, certaines sont devenues méconnaissables, et constituent un véritable goulot d’étranglement de l’économie de la province, dont les conséquences atteignent aussi bien les producteurs agricoles, les commerçants, les transporteurs, que les voyageurs ordinaires. Il est aujourd’hui impossible ou extrêmement rude d’atteindre certains coins de la province sans prendre l’avion, mais à quel coût, à quels risques ! 

Pour ce qui concerne la voirie de Goma, le gouverneur de province est intervenu il y a quelques jours, sur la pression des opérateurs du secteur pétrolier, pour annoncer un certain nombre de « mesures » qu’il aurait prises pour poursuivre les travaux. Nous vous disons tout de suite que nous n’accordons aucun crédit à ces « mesures », pour les raisons essentielles ci-après résumées : 

-          Des mesures illégales : « Le financement des opérations de construction et de réhabilitation des routes est exclu du champ d’intervention du FONER » (confer article 4 du Décret n°08.27 de décembre 2008 portant création et statuts d’un établissement public dénommé Fonds National d’Entretien Routier). Il est vrai qu’au Nord-Kivu, le FONER, depuis sa création, perçoit beaucoup de fonds mais ne s’acquitte pas comme il le faut de sa mission d’entretien des routes. Mais doit-on pour autant détourner sa mission légale et s’en vanter ? N’est-ce pas vouloir se dédouaner de ses responsabilités en trouvant un coupable trop facile ?  

-          Des mesures floues : Le gouverneur a annoncé qu’il s’était fait remettre une certaine somme par les responsables du Fonds d’Entretien Routier (FONER en sigle), et qu’il allait désormais « retenir 40% des recettes du FONER » pour financer la réhabilitation des routes. Au nom de quelle loi, de quels pouvoirs ? Que va devenir l’entretien des routes de desserte agricole qui est tant bien que mal financé par le FONER ? Comment cet argent est-il utilisé par la province ? Comment la province va-t-elle donner des fonds à une entreprise (la TRAMINCO) dont elle dit ne pas maîtriser le contrat la liant au gouvernement central ? Etc. ;

-          Des mesures d’auto-disculpation : la voirie urbaine et les routes d’intérêt provincial et local sont de la compétence exclusive de la province (cf. art. 204 literas 11 et 24 de la constitution). Le gouverneur ne tente-t-il pas de cacher la responsabilité de son propre gouvernement en essayant de mettre l’échec du projet de réhabilitation de la voirie de Goma sur le dos du FONER ? 

-          Des mesures imprécises : A quand des routes viables dans la ville de Goma ? Quelle est la quantité et la qualité de la route qu’on construit ? Quel est le coût total, pour combien de kilomètres en tout ? De quelle expertise et quelles capacités matérielles et financières dispose la TRAMINCO ?  
  
Mesdames et Messieurs les députés,

Qu’avez-vous fait depuis cinq ans ? Vous êtes devant vos responsabilités, et la population que nous sommes voit tout, compte tout. Votre silence est sans plus ni moins un signe de complicité ou, pire, d’insouciance, donc de trahison de ces milliers de vos compatriotes qui ont placé en vous leur confiance. 

Mais puisqu’il vaut mieux tard que jamais ; puisque le peuple est patient et sait pardonner (sinon vous ne seriez plus là !), vous pouvez vous racheter… Mais l’occasion est unique : c’est celle-ci. 

Nous vous demandons, toutes affaires cessantes, d’adresser ce problème afin que nous soyons édifiés. Les discours, c’est trop facile, et Dieu sait que vous êtes, comme d’autres politiciens, surdoués en la matière. Nous voulons des actes, des chiffres, des dates, et, le plus rapidement possible, des réalisations matérielles concrètes. Nous n’attendons pas de vous que vous vous substituiez à l’Exécutif provincial ou national, mais que vous soyez exigeants, impitoyables, et que vous alliez jusqu’au bout de vos actions, en usant sans ménagement de tous les moyens d’action que vous reconnaissent la constitution et les lois de la République. 

Si vous aimez ce pays comme vous le prétendez ; si la population qui vous adresse cette lettre vaut quelque chose pour vous ; si enfin de compte vous êtes les « représentants » du peuple que nous sommes, vous allez faire ce que nous vous demandons. Vous allez mettre de côté vos petits intérêts égoïstes ou partisans, oublier un temps vos amitiés avec les fossoyeurs du peuple, et agir énergiquement, sans complaisance. 

Mesdames et Messieurs les députés, 

Nous qui vous adressons la présente, sommes des jeunes congolais sans couleur ni obédience politique aucune. Nous n’avons en commun que notre passion pour la RDC, notre chère patrie, notre révolte vis-à-vis des conditions dans lesquelles nous vivons malgré nous, notre conviction qu’il n’y a pas de fatalité en cela, et notre détermination à lutter de manière citoyenne, dans la non-violence, pour que les choses changent. Nos actions ne visent pas des personnes, mais des actes, des attitudes, des comportements, comme ceux qui causent les guerres et les conflits dont nous sommes directement ou indirectement victimes, la corruption, la mauvaise gouvernance, l’injustice sous toutes ses formes, le chômage, … Bref, l’irresponsabilité des uns, l’inaction ou l’insouciance des autres. La constitution nous reconnaît ce droit. Nous n’avons pas à être une association formelle pour exercer le droit de vous interpeller, de faire une pétition, ou de manifester notre révolte.  

A ce titre, et concernant l’état des routes dans notre province et des voiries des villes de Goma, Beni et Butembo, nous nous adressons à vous, en votre qualité de « représentants du peuple », pour que vous usiez de vos prérogatives pour soulager notre indescriptible souffrance qui est aussi celle de millions de Nord-Kivutiens silencieux ou résignés.

Nous vous demandons donc instamment de prendre vos responsabilités et d’inviter le gouverneur de province en personne pour qu’il vienne répondre à nos préoccupations ci-après résumées. Le gouverneur de province doit : 

1.      JUSTIFIER :

-          L’utilisation, entre 2009 et 2010, des fonds de la province pour la construction fantaisiste du tronçon de la voirie de Goma allant du rond-point Signers à la place dite Tora, marché de Virunga-Signers-place dite Mvano. Ici, il doit notamment dire combien d’argent a été dépensé dans ce projet, la procédure d’attribution de marché qui avait été suivie, la quantité et la qualité des travaux qui étaient prévus. Il doit situer les responsabilités, dire qui a été sanctionné et comment ;  

2.      EXPLIQUER : 

-          Comment la voirie de Goma qui a été détruite à son instigation et les travaux qui ont été commencés début 2011 ne sont pas encore achevés jusqu’à ce jour, dix mois après la date indiquée sur les panneaux pour leur achèvement ;  

-          La procédure qui a été suivie pour l’attribution du marché à la TRAMINCO, pièces à l’appui, le montant de son contrat, la longueur et la qualité des travaux prévus, leur durée d’exécution, ainsi que les critères qu’il remplissait à cet effet. Il faut rappeler ici que le gouverneur ne peut en aucun se dérober de sa responsabilité en prétextant l’intervention du gouvernement central, car, comme nous l’avons souligné, la voirie urbaine rentre dans les attributions exclusives de la province (article 204, literas 11 et 24) ; 

-          L’opération qu’il a récemment annoncée sur les médias, consistant à récupérer des fonds du FONER pour les destiner à la réhabilitation de la voirie de Goma, alors qu’il sait pertinemment bien que cela est une violation de la loi ; que le FONER n’a pour mission que d’entretenir les routes (cf. article 4 du Décret de 2008 précité). Si le FONER se charge de construire ou réhabiliter les routes d’une seule ville (Goma, en l’occurrence) avec l’argent destiné à l’entretien des routes de la province, que vont-elles devenir ? Encore que le montant annoncé peut à peine financer la réhabilitation de 4km de routes. A quoi servent la constitution et les lois si les autorités comme lui agissent sans s’y référer, et les violent constamment, sans remords et sans que n’intervienne l’autorité de contrôle que vous êtes ?  
  
-          Comment peut-on construire 4km de routes en « trois ou quatre mois » ? Comment une entreprise sérieuse peut-elle entreprendre de réhabiliter des routes en pleine ville avec à peine trois machines, trois camions, et une dizaine d’ouvriers travaillant avec leurs mains nues ? 

-          Pourquoi ce sont des entreprises privées, et souvent étrangères, à qui la province doit toujours recourir pour effectuer des travaux de construction ou de réhabilitation des routes, alors que l’Office des routes et l’Office de Voirie et drainage existent et ont reçu par la loi cette mission.   

3.      FOURNIR : 

-          Un plan provincial complet et détaillé de réalisation de travaux d’infrastructures routières, établi sur un moyen terme, avec indication de tronçons concernés, des travaux à exécuter, un calendrier d’exécution, la provenance des ressources, etc. Ce plan devrait accorder une attention particulière aux villes de Goma, Butembo et Beni (voir article 204 literas 11, 24 et 29 de la constitution) ; 

-          Des gages sur la manière dont les routes de la province vont continuer à être entretenues ; 

-          Des gages suffisants sur le respect strict de la loi et des procédures en matière de travaux publics de construction/réhabilitation des routes, à la transparence dans la gestion des fonds, à la responsabilité des entrepreneurs, et à la punition des auteurs de détournements et de corruption. 

 Mesdames et Messieurs les députés, 

Au terme des explications du gouverneur devant votre assemblée, et des débats qui en découleront, nous voulons que vous preniez les mesures les plus énergiques et adaptées à la situation. Nous suggérons que vous procédiez par des moyens efficaces tels que l’interpellation ou la motion, conformément à la constitution et à votre Règlement d’ordre intérieur. S’il faut sanctionner tel ou tel autre membre du gouvernement provincial, faites-le sans complaisance. Surtout, nous ne voulons pas de discours vains, de promesses en l’air. Nous suivrons tout à la loupe et forgerons notre juste jugement.   

Si dans une semaine (c’est-à-dire le 22 novembre 2012), vous n’avez rien entrepris de sérieux et de crédible dans le sens d’adresser nos préoccupations ici exprimées, nous en déduirons votre démission de fait, et considérerons que nous n’avons pas de représentants valables, sensibles aux problèmes de la population, et soucieux d’y trouver des solutions. Nous avons assez attendu, nous n’avons plus le temps d’attendre pendant que la poussière, la boue et les secousses nous tuent à petit feu, et que nous sommes gérés comme des animaux sans conscience ni honneur. Vous avez donc le choix, entre démissionner de vos responsabilités en sacrifiant le peuple que vous êtes censés représenter, et agir pour une fois dans l’intérêt de ce dernier, avec rapidité et rigueur. Dans le premier cas, le peuple devra se passer de vous et s’adresser directement à qui de droit ; dans le second, il se retrouvera en vous et soutiendra vos initiatives et vos actions. 

En espérant que vous serez sensibles à nos préoccupations légitimes, et que vous y ferez ce que nous vous demandons, nous vous prions de croire, Mesdames et Messieurs les députés, en notre esprit patriotique. 

Fait à Goma, le 14 novembre 2012
Les Soussignés (liste en annexe)

vendredi 26 octobre 2012

Reconstruction de la voirie de Goma : le gouverneur Julien Paluku se moque du monde…

La route principale de Goma (route de Sake), après nivellement et arrosage. Septembre 2012



Harcelé par l’association des détenteurs de stations-service de Goma, qui ont menacé de fermer leurs pompes si une les travaux de reconstruction des principaux axes routiers de la ville ne reprenaient pas rapidement, le Gouverneur de province du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya, a annoncé une série de « mesures ».

Au sortir de l’audience marathon qu’il a accordée à ces détenteurs de stations, samedi dernier, le gouverneur a annoncé qu’il venait de donner un ultimatum d’une semaine au ministre national des infrastructures pour que les travaux de réhabilitation des routes de la province du Nord-Kivu soient relancés et accélérés. Il a déclaré : « Si aucune suite n’est donnée dans ce délai, je vais ordonner la suspension pendant trois mois de tout transfert de fonds des comptes du Fonds d’Entretien Routier (FONER, ndlr) à Kinshasa. Dans ce cas, je vais aussi suspendre le contrat de l’entreprise TRAMINCO à qui le gouvernement a attribué les travaux, et avec les fonds bloqués du FONER et la collaboration des opérateurs économiques de Goma, nous allons trouver une autre entreprise à même de mieux faire ces travaux et de les terminer rapidement ».

A la suite de cette sortie, les « pétroliers », comme on les appelle ici, ont annulé leur action de fermeture de stations qui était prévue pour mardi 23 octobre. Et pour calmer davantage les esprits des gomatraciens, le gouverneur s’est arrangé pour que des engins des entreprises publiques spécialisées se remettent à niveler les innombrables trous creusés par la pluie sur le principal axe routier de la ville. Ce qui devrait éviter aux motards et aux automobilistes les secousses jusqu’à la prochaine pluie…

Si tout le monde à Goma sait que niveler la route et l’arroser, comme cette fois, est un remède d’une poignée de jours à l’enfer des secousses et de la poussière – en plus d’être trop coûteux (2000 dollars dépensées chaque semaine) –, il n’en est pas de même de la perception de ces « mesures » prises par le gouverneur.

Imposture, diversion et…moquerie de mauvais goût !

Julien Paluku Kahongya,
gouverneur du Nord-Kivu
Photo Internet
Sur base de quelle disposition constitutionnelle ou légale, quelle pratique, ou au nom de quel pouvoir le gouverneur de province peut-il donner un ultimatum à un ministre national ? Le Fonds d’Entretien Routier, établissement public national, est-il responsable de la construction ou de la réhabilitation des routes ? Quel pouvoir a le gouverneur sur le FONER pour bloquer le transfert des fonds de la province à son siège social dans la capitale Kinshasa ?

Il faut être à mesure de répondre correctement à ces questions pour avoir ce que valent exactement les « mesures » prises ou annoncées par ce gouverneur. D’ores et déjà, tout esprit éclairé sait que c’est du pur mensonge, de la diversion, voire de la moquerie à l’égard de cette population qui souffre tant de l’état de routes de la ville, et qui a peut-être tort de se croire gouvernée. N’en déplaise à ceux qui, par fanatisme, par ignorance, ou pour de mesquins intérêts personnels, ont trouvé là objet d’applaudissements et de louanges, saluant « le courage » du gouverneur !

Je ne vais pas m’attarder à décortiquer une à une ces questions, tellement les réponses sont évidentes pour qui sait tourner (et bien) son méninge. En ce qui concerne l’ultimatum, par exemple, je parie ma main que c’est un leurre destiné à faire croire aux crédules (malheureusement nombreux au Congo) que le gouverneur a la maîtrise de la situation, qu’il est superpuissant, et qu’il ne ménage même pas ses tuteurs de Kinshasa. Il n’y a qu’à voir l’opportunité de son intervention : un mémorandum adressé à la direction du FONER, menace de fermer les stations d’essence, grogne grandissante au sein de l’opinion publique sur sa gestion du dossier, …

C’est sur le FONER qu’il y aurait plus à dire...

Vue aérienne du centre-ville de Goma. Photo radio Okapi
Le FONER (Fonds d’Entretien Routier) est un établissement public à caractère administratif et financier qui, comme son nom l’indique, a pour mission de collecter et d’administrer les fonds destinés à l’entretien et à la gestion des réseaux routiers du territoire national (confer article 3 du décret n°08/27 du 24 décembre 2008 portant création et statuts d’un établissement public dénommé Fonds National d’Entretien Routier, en sigle « FONER »).  

L’article 4 du décret précité est encore plus explicite : « Le financement des opérations de construction et de réhabilitation des routes est exclu du champ d’intervention du FONER ». Son directeur national, de passage à Goma, l’a d’ailleurs rappelé. En ce qui concerne Goma, c’est bien de construction/réhabilitation qu’il s’agit, non pas d’entretien… Et ce n’est pas Monsieur le Gouverneur qui peut prouver le contraire ! D’où vient-il alors, si ce n’est pas de la moquerie (ou, moins grave, de l’ignorance), que c’est au FONER qu’on demande de payer la facture de la réhabilitation de la voirie urbaine de Goma ? 

L'association des « pétroliers » a indiqué, dans son mémorandum adressé au directeur du FONER, qu’ils avaient versé vingt-quatre millions de dollars au FONER depuis sa création en 2008, et se sont plaints que l’argent n’a servi à rien. C’est bien dommage ! Je suppose que pour eux, l’établissement aurait dû investir cet argent dans l’arrosage et le nivellement réguliers des routes de Goma afin d’atténuer la poussière et les secousses, puisque c’est tout ce que les routes en terre et en pierres de Goma nécessitent comme entretien…

Je ne défends pas le FONER, je suis convaincu qu’il s’y passe des choses comme on n’en connaît qu’en RDC, en matière de gestion de ressources et de fonds publics. Je suis certain que la majeure partie de ces millions de dollars engrangés au joli prétexte de l’entretien routier finissent au même endroit que les recettes des douances, des impôts, des contrats miniers, des redevances administratives, etc. Je veux dire dans le « Trésor public », entendez : « là où tout le public des privilégiés et des « tréseurs » s’alimentent en argent accumulé par le peuple qu’ils méprisent ».

Je ne défends pas cela. Je considère seulement que mentir au peuple de cette manière n’est nullement plus noble que de détourner son argent. En plus, le gouverneur a parlé de bloquer les transferts des fonds du FONER de sa province à Kinshasa. Encore de l’imposture! Sauf erreur de ma part, le gouverneur n’a pas ce pouvoir sur un établissement public national dont la direction provinciale n’est qu’une représentation. Le FONER est placé sous la tutelle des ministères ayant les finances, les travaux publics et les transports dans leurs attributions (confer article 2 alinéa 2 du décret précité).

Comment peut-on se moquer ainsi d’une population qui paie cher l’état des routes, tant en termes de santé (avortements, hémorroïdes, maladies respiratoires) et d’hygiène (corps, vêtements, aliments, …), qu’en termes économiques (véhicules désarticulés, marchandises abîmes sur les étales des magasins, etc.) ?
Au lieu de s’en prendre au FONER, le gouverneur Julien Paluku ferait mieux de lire la constitution et de l’appliquer scrupuleusement. Il serait alors surpris d’apprendre que la question de la voirie urbaine fait partie des attributions exclusives de l’Exécutif provincial qu’il dirige, et qu’il en est donc le premier (voire le seul) répondant (confer article 204, points 11 et 24, de la constitution).

On évite le vrai sujet ?

Comme je viens de le dire, la construction et la réhabilitation de la voirie urbaine (ainsi que des autres infrastructures et équipements « d’intérêt provincial ou local ») est, constitutionnellement, de la compétence exclusive des provinces.

Message des jeunes révoltés de Goma, à l'adresse du Gouverneur. Traduction : "Goma, 20 mois dans la poussière, les trous et la boue : Ca suffit ! Monsieur le gouverneur, construis les routes ou dégage !"
Le problème est et  celui des ressources dont disposent les provinces à cette fin, auquel il faut ajouter celui de la mauvaise gouvernance qui les gangrène. A titre d’exemple, la retenue à la source de 40% des recettes à caractère national réalisées en province n’est pas appliquée. Tout l’argent est envoyé au gouvernement central, et celui-ci décide souverainement de ce qu’il rétrocède à qui il veut. Le gouverneur a-t-il jamais osé évoquer le problème devant la population ? A-t-il jamais eu le culot de défier publiquement le pouvoir central, comme il donne l’impression de le faire maintenant, en retenant à la source les 40% des recettes du Nord-Kivu ? Pas à ma connaissance. Comment se fait-il que c’est le ministre national des travaux publics qui répond de la question de la voirie urbaine de Goma, alors que c’est un travail qui incombe exclusivement à la province ?

Mais il y a questions plus pertinentes encore : comment les travaux de la voirie de Goma, que l’Union européenne s’était engagée à financer, ont-ils fini par être récupérés par le gouvernement central, à la veille des élections ? Y avait-il un budget prévu à cet effet ? Quel est le coût de ces travaux et où est parti l’argent que le gouvernement aurait alors destiné à ces travaux ? Comment l’entreprise TRAMINCO, qui n’a aucune expertise en matière de travaux publics et d’ingénierie, a-t-elle obtenu ce marché ? Depuis deux ans, qui a fait quoi ? Pourquoi les travaux se sont-ils enlisés ?

Je voudrais tant que le gouverneur me réponde. Mais bien sûr il ne le fera pas. Il a son temps pour imaginer d’autres impostures, d’autres diversions, d’autres parades. Entretemps, le peuple s’est rendormi, avec ses kilos de poussière collée au poumon, son corps supplicié, ses yeux aveuglés, sa fortune ruinée ... Vive la République Démocratique du Congo !

Note : Au moment où je rédige ce billet (mercredi 25 octobre), le FONER vient d’annoncer qu’il met à la disposition du gouvernement provincial toute la somme d’argent qui se trouve dans ses comptes à Goma, soit trois millions quatre-cent mille dollars. L’argent est destiné, dit-on, à la réhabilitation d’un tronçon de plus ou moins 10km, allant de l’aéroport de Goma au quartier Mugunga. Il reviendrait au gouverneur de décider si cet argent sera remis à l’entreprise TRAMINCO, entrepreneur avec le gouvernement central des travaux dont on déplore l’enlisement, ou si c’est une autre entreprise qui doit être trouvée pour continuer le travail. Mais non seulement cette somme est très insignifiante pour réaliser ce travail – et on n’indique pas clairement comment et quand le reste de l’enveloppe sera rendue disponible – on rajoute aussi à la confusion. C’est comme si la gestion de l’Etat et de l’argent du contribuable congolais n’obéissait à aucune règle, mais aux seules humeurs des autorités. Jugez vous-même du respect et de la considération que l’on donne aux congolais !