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mardi 3 décembre 2013

Première tournée de Joseph Kabila dans l'Est de la RDC depuis la défaite du M23: traduction, résumé et commentaire de son allocution à l'étape de Goma

Allocution de JOSEPH KABILA à Goma. Résumé et traduction.

Par Jean-Mobert N.Senga

Le président Joseph Kabila (au second plan) à l'un des endroits où son convoi s'était embourbé, sur la route nationale n°4 (Kisangani-Bunia) le 22 novembre 2013.

1.       Contexte
Dimanche 1er décembre 2013 - Devant plus ou moins 1500 invités (autorités locales, représentants de communautés ethniques,…sauf quasiment tous les membres des coordinations de la société civile du Nord-Kivu) réunis dans la salle de l’hôtel New Riviera (appartenant à son ministre du travail, Bahati Lukwebo), le président Joseph Kabila s’est exprimé en Swahili pendant près d’une heure. Les quelque 3 mille autres invités qui n’ont pas pu trouver une place ont dû retourner chez eux, après avoir attendu sur des files indiennes, pendant plus de deux heures, à l’extérieur de l’hôtel.

2.       Résumé de l’allocution  
L’allocution de Joseph Kabila peut se résumer en ces quelques phrases :
-          Un président sur la défensive :
Joseph Kabila a affirmé que la guerre qui a éclaté en 2012 l’a surpris, au moment où il pensait que le temps d’entreprendre des actions de développement était arrivé, après une longue période de rébellions). Il a reconnu n’avoir pas réalisé ses promesses électorales (au passage il a fait allusion aux messages des jeunes de la LUCHA qui, lors de son arrivée à Goma, tenaient des pancartes lui rappelant ses promesses non tenues : eau, routes, électricité). Mais à sa défense, il a estimé que la première de ses promesses était la paix ; que la paix était enfin là ; et qu’il allait pouvoir dorénavant se mettre à en réaliser les autres. Il a indiqué que l’effort de guerre avait nécessité la suspension de tous les projets de développements, non seulement au Nord-Kivu, mais partout dans le pays. Enfin, il a expliqué qu’il lui a fallu plus d’une année et demie pour lancer une offensive contre le M23 parce que « la guerre n’est pas un jeu » et qu’il lui fallait : préparer l’armée (la moderniser), changer le commandement des FARDC, mener les fronts politique et diplomatique (pour, a-t-il dit, faire éclater la vérité sur les raisons de ces guerres répétitives aux yeux du monde, et construire la cohésion nationale), et « trouver une stratégie militaire » efficace pour vaincre ladite guerre.
-          Avertissement envers les voisins de la RDC (spécialement le Rwanda et l’Ouganda, sans les nommer) :
« Le Congo a respecte tous ses voisins », a lancé Joseph Kabila. Avant d’ajouter : « J’ai dit que les pays voisins doivent aussi commencer à respecter le Congo et son peuple… Nous n’avons pas l’intention déstabiliser un seul pays voisin ; nous n’avons aucune raison de le faire. Mais nous ne voulons pas que quelque pays voisin que ce soit continue ou s’imagine pouvoir continuer de déstabiliser le Congo. Je sais que vos voisins ici tout près vont réagir. Quand ils réagiront, vous me direz ». Il a affirmé que toutes les guerres qui se mènent au Congo n’ont pas pour but que le pillage des ressources naturelles, mais « visent la balkanisation du Congo ». A ce sujet, il a même dit faire une révélation au sujet d’une délégation occidentale qu’il aurait reçue à Kinshasa en 2002, et qui lui aurait proposé à l’époque une « gestion séparée » des trois parties jadis occupées respectivement par son gouvernement, le RCD et le MLC. « Je leur ai dit : vous pouvez prendre votre proposition et la jeter dans les toilettes », a-t-il scandé, dans un torrent d’applaudissements.

-          Annonce de quelques mesures : 
Joseph Kabila a en outre annoncé qu’avant la fin de l’année en cours, il va changer plusieurs « responsables sur l’ensemble du Nord-Kivu…et dans les autres provinces de l’Est », comme une réponse aux allégations de tracasserie et de corruption dont la population lui a fait part. « Il y en a qui, à force de rester trop longtemps, ont transformé leurs entités en de petites républiques », a-t-il dénoncé en substance. Enfin, il a promis que « la modernisation de l’armée » allait se poursuivre, et que les élections locales et provinciales allaient se avoir lieu « bientôt », exhortant « tout le monde » à se préparer déjà.

-          Reconnaissance envers la population de Goma et du Nord-Kivu
A la fin de son allocution, Joseph Kabila a remercié et félicité la population de Goma et du Nord-Kivu pour avoir « résisté et refusé de se soumettre au joug des autres ». « Bien qu’étant loin à Kinshasa – vous pouvez me croire ou ne pas me croire – mon esprit était à Goma », a-t-il dit. Et d’ajouter : « votre résistance et votre courage nous ont permis de vaincre cette guerre ».

3.       Bref commentaire   
-          C’est un Joseph Kabila étonnamment détendu qui s’est adressé à l’audience du New Riviera, malgré dix jours de voyage sur un millier de kilomètres d’une route en très mauvais état et traversant des milieux à haut risque sécuritaire, de multiples réunions, ... A Goma, il a fait quelque trois kilomètres de marche à pieds.
-          Joseph Kabila a littéralement évité des meetings populaires et les points de presse. A l’exception notable de Rutshuru, où il s’est adressé à la population au stade Mwami Ndeze, il a préféré des réunions en salles closes avec « des représentants de toutes les couches de la population » invités par les soins des autorités locales (le gouverneur et les maires en l’occurrence). Etait-ce faute de temps ou par crainte de s’offrir en proie à des masses dont il n’est pas certain d’avoir reconquis l’âme ? Difficile de savoir. Le fait est qu’à Goma, son arrivée n’a pas suscité beaucoup d’engouement de la part des habitants, à part les quelques centaines de gens mobilisés par les états-majors des partis de la majorité présidentielle (ou « proches ») et d’autres curieux.
-          Le convoi parti de Kisangani, composé d’une centaine de véhicules et de pas moins de 200 personnes (dont les militaires de la garde présidentielle), était aussi impressionnant que coûteux. Ajouté les délégations officielles qui attendaient à Goma. Il aurait certainement été possible de faire cette tournée nécessaire avec plus de parcimonie.
-          Le gouvernement qui a tenu un conseil extraordinaire expédie les affaires courantes. Cela aurait eu plus de sens, à mon avis, si Joseph Kabila s’était déplacé avec le nouveau gouvernement attendu.
-          Aucune grande mesure n’a été annoncée de façon concrète, que ce soit par le président de la République dans ses allocutions que par le Conseil des ministres : les questions essentielles éludées, pas d’échéances, …

4.       Principaux extraits

« La guerre qui a éclaté début 2012 a été une grande surprise pour moi. Parce qu’après tout ce que nous avons accompli depuis 2003, nous pensions que la guerre était terminée, et que nous allions nous focaliser sur le développement, mais une nouvelle guerre a éclaté... »
« La population se demandait pourquoi cette nouvelle guerre, et pourquoi cela prenait beaucoup de temps pour y mettre fin. Le Kivu, c’est une région où règne beaucoup de rumeur, de mensonges et d’intoxication, ce qui produit une situation explosive. Je veux vous dire pourquoi il nous a fallu deux ans pour terminer cette guerre et ce que nous faisons pour qu’elle ne recommence pas… Cela ne dépend pas de nous. Si tout dépendait de nous, nous ne voudrions pas que la guerre survienne un seul jour. Mais nous vivons avec des voisins dont l’intention est peut-être de voir le Congo demeurer dans la guerre, et pour qui le Nord et le Sud-Kivu sont les portes d’entrée dans notre pays. Nous avons mis beaucoup de temps à terminer cette guerre parce que nous nous sommes dits : « cette fois, il faut que nous la menions vaillamment ».  
« J’ai dit nous allions mener la guerre sur trois fronts.
Le front diplomatique : les gens disaient qu’il y a la guerre au Congo à cause du tribalisme, parce qu’une certaine communauté serait victime d’exclusion, ou encore parce qu’il y aurait des problèmes de nationalité. Dans la guerre diplomatique, nous voulions que le monde entier sache la vérité sur qui fait cette guerre, pourquoi il la fait, qui le soutient, … Nous l’avons fait et je pense qu’aujourd’hui la voix du Congo a commencé à être entendue.
Le deuxième front c’est le front politique, que j’appelle le front de la cohésion interne, parce que nous voulions que la guerre qui se menait au Nord-Kivu ne soit pas seulement celle des enfants de Goma, de Rutshuru, mais celle du Congo tout entier, et pour que cela soit possible, il était nécessaire de mettre tous les Congolais ensemble, les amener à regarder dans la même direction et à avoir une même vision. C’était un front important et très difficile, parce que le Congo a de nombreux partis politiques, opposition comme majorité. Certains nous ont accepté de nous soutenir, d’autres ont choisi de ne pas nous soutenir. Mais nous ne nous soucions pas de savoir qui nous a soutenus ou pas. Nous regardons l’objectif que nous voulons atteindre, qui est de galvaniser l’ensemble de la population congolaise en vue de combattre pour la paix au Congo et dans la province du Nord-Kivu.
Je suis heureux de vous dire aujourd’hui que ce front [politique] nous a permis d’amener toute l’opinion nationale ou presque à se ranger derrière nos FARDC, derrière l’objectif que nous poursuivons : ramener la paix, le développement au Nord-Kivu. La deuxième raison qui nous a poussé à mener ce front politique, c’est que lorsque le M23 a été créé par les gens X, des députés – pas tous, mais certains – des députés ont rejoint le M23… Je me suis dit que si un député élu par le peuple peut se réveiller un matin et décider que sa place n’est plus à l’assemblée nationale mais à côté du M23 à Runyoni ou je ne sais où, c’est qu’il y a un problème très sérieux de vision, de patriotisme. C’est cela qui nous a poussé à galvaniser l’opinion…et c’est un grand travail qui nous a pris beaucoup de temps.
Le troisième front, qui était le plus important, c’est le front militaire : je sais que la population de Goma ou de tout le Nord-Kivu était très en leste, mais la guerre n’est pas une blague. Tu ne peux pas juste te réveiller un matin et te dire « je vais faire la guerre ». La guerre se planifie. Et moi je n’ai pas voulu que nous puissions tomber dans les mêmes erreurs que nous avons commises en 2009… J’ai dit « nous allons faire la guerre, mais nous la ferons de manière professionnelle ».  Ca signifie qu’il nous a fallu faire des changements au niveau du commandement de notre armée ; il nous a fallu nous procurer l’équipement militaire ; et il nous a fallu trouver une stratégie militaire pour mener cette guerre…
C’est là qu’il y a souvent une contradiction entre vous, population du Nord-Kivu, et moi-même… La contradiction que nous avons c’est laquelle ? Vous vous imaginez que s’il y a une telle stratégie militaire quelconque, je viendrai vous trouver et vous dire voilà demain nous attaquerons telle personne ! La guerre ne se fait pas comme cela. C’est de cette façon que la guerre se conduisait par le passé, et c’est ce qui nous conduisait aux échecs que nous avons connus. Nous avons mis un temps long, une année et demi, pour pouvoir préparer notre armée – et nous continuons de la préparer.
Parce que, bien que je vous ai dit tout à l’heure que la guerre est finie, ce n’est qu’une étape. Lorsqu’une guerre se termine dans la région des Grands-Lacs, tu commences à te préparer à la guerre suivante parce qu’elle viendra nécessairement. Elle viendra. Quelqu’un dit : « au nom de Jésus !» Ne nous y trompons pas, car il est dit aide-toi et le Ciel t’aidera. Notre façon de nous aider nous-mêmes, c’est continuer à nous préparer nuit et jour. Et c’est pour cela que je demande à la population du Nord-Kivu d’être très vigilante, pour que nous ne soyons pas surpris par une autre guerre. Et je veux que lorsque cette autre guerre va commencer nous soyons prêts, nous soyons debout ; que nous ayons la capacité d’y résister et de la vaincre.
« La guerre nous a pris beaucoup de temps, qu’est-ce qui suit ?
Hier quand je passais j’ai vu des gens qui me rappelaient que j’avais fait des promesses : des routes, tu as dit l’eau, tu as dit l’électricité… Au fond de mon cœur j’ai dit ils oublient la plus grande promesse que j’ai faite au Nord-Kivu. La plus grande et la première promesse que j’ai faite au Nord-Kivu c’était la paix. Et j’ai dit, fin 2011, avant que la paix n’éclate en 2012, que sans la paix nous ne réussirons pas à faire toute autre chose. Et c’est l’exemple que j’ai donné à la population de Butembo comme le gouverneur vient de le rappeler : si une personne a cinq mille francs ; qu’elle se sent malade, et qu’elle sent qu’elle en même temps besoin de chaussures ; elle a le choix entre se procurer les chaussures ou utiliser cet argent pour se procurer le médicament et se soigner. C’est ce dernier choix que moi j’ai fait. C’est-à-dire, nous avons la guerre – ce sont ces maux de tête – ; nous avons des routes à construire, de l’eau à amener – ce sont ces pieds sans chaussure – et nous avons l’argent pour acheter soit un char de combat, soit une niveleuse pour faire les routes à Goma.
J’ai dit à la population de Butembo que jusque là moi je ne regrette rien du choix que j’ai fait, et j’assume. J’assume ce choix qui était de nous procurer l’équipement, de faire la modernisation de l’armée pour que nous puissions vaincre la guerre, ce qui devait nous permettre par la suite de réaliser toutes les promesses que nous avons faites. Moi je tiens toujours mes promesses. Aujourd’hui, prenez bien note, c’est le 1er décembre, et je répète mes promesses : en 2003 j’avais promis la réunification et nous l’avons réalisée, en dépit de toutes les complications....
Je voudrais vous dire, population de Goma, que la réunification n’était pas un jeu. Parce que toute guerre qui se mène au Congo, son objectif n’est pas simplement le pillage et partir ; l’objectif de la guerre c’est toujours la balkanisation de ce pays… En 2003 ou 2002, je recevais une délégation à Kinshasa. Dix ans ont passé, et lorsque tu as gardé un secret pendant dix ans tu es permis de le livrer. Alors – et je l’ai déjà dit à des gens de la société civile qui étaient venus me voir – en 2002, je reçois une délégation venue de l’Europe. Ils arrivent à Kinshasa et ils me disent « Président, tu vois, le gouvernement contrôle la plus grande partie du pays pour le moment ; le pays est divisé en trois parties avec le RCD à l’Est, le MLC au nord ; nous nous venons avec notre proposition que voici, et nous avons déjà pris langue avec les autres qui sont à Goma et à Gbadolité : pourquoi n’accepterais-tu pas qu’il soit établi une gestion séparée de ces parties sur une période de cinq ans, et par la suite vous pouvez vous asseoir et voir comment vous allez faire…» Je leur ai dit : vous pouvez jeter votre proposition dans les toilettes. Alors, l’objectif de la guerre dans le pays, il faut le savoir, ce toujours la balkanisation. Mais aujourd’hui toute la population congolaise s’est levée, et c’est depuis longtemps, et elle refuse la balkanisation de son pays.
La troisième chose, comme je l’ai dit à la population de Rutshuru, après la guerre, nous ne devons pas nous enivrer de victoire. S’enivrer de victoire c’est s’imaginer que la guerre est finie, qu’on est les premiers, … J’ai dit abandonnons l’exclusion ; abandonnons le tribalisme s’il existe. Tous ceux qui sont dans les groupes armés : Mayi-Mayi tel, Mayi-Mayi La Fontaine, Mayi-Mayi Cheka…disons-leur que ce jeu est terminé. Je veux que tous les leaders d’opinions, tous les notables, les députés au niveau national et provincial, fassent de la démobilisation de tous les miliciens leur affaire. Parce que notre population veut la paix, et eux ne peuvent pas triompher de l’Etat… Nous avons pris la décision, cette fois-ci, s’ils ne veulent pas déposer les armes, nous allons les poursuivre partout et nous allons les désarmer […]. Les autres groupes : FDLR, ADF/NALU, à eux le message c’est le même : quitter la forêt, déposer les armes, nous les remettons à la MONUSCO et elle les ramène chez eux. Dans le cas contraire, nous allons les traquer et en finir avec eux.
Voilà le message que je donne à la population. A Rutshuru, j’ai aussi adressé un message à nos voisins. Et c’est vous qui êtes avec eux tous les jours, vous allez leur faire parvenir ce message : j’ai dit que le Congo respecte tous les pays qui l’entourent. Le Congo n’a jamais entrepris de faire une agression dans un autre pays. Parce que nous n’avons ni l’intention, ni le motif, ni l’envie de le faire. Nous voulons vivre dans la paix, et nous avons tout ce dont nous avons besoin chez nous. J’ai dit : nous voulons qu’eux aussi aient ce même respect pour le Congo et son peuple. Parce que la tendance depuis dix ans maintenant c’est un jeu consistant à fabriquer des rébellions. Nous n’avons pas l’intention déstabiliser un seul pays voisin ; nous n’avons aucune raison de le faire. Mais nous ne voulons pas que quelque pays voisin que ce soit continue ou s’imagine pouvoir continuer de déstabiliser le Congo. Je sais que vos voisins ici tout près vont réagir. Quand ils réagiront, vous me transmettrez leur réaction...
« La cinquième chose, ce sont les problèmes qui sont dans la province. La guerre était une bataille, l’autre bataille c’est celle de la lutte contre la pauvreté et le sous-développement… Quand je passais dans le grand-Nord, la population me disait : président notre grand problème ce sont les tracasseries, surtout pour les personnes qui font des déplacements. L’autre problème c’est la corruption ; nous avons un problème avec notre justice. Et moi je leur ai dit la solution que j’ai à très court, peut-être moyen terme, à très court terme je leur ai dit : la plupart des problèmes de tracasserie c’est dû – et cela c’est notre faute – c’est dû au fait que nous avons laissé certains responsables très longtemps en place, à presque tous les niveaux, et ils sont devenus des chefs coutumiers.
« D’autres ont transformé leurs ressorts en de républiques, leurs petites républiques. Pour cela, la solution à très court terme avant la fin de cette année – c’est déjà le mois de décembre – mais avant la fin de cette année nous allons effectuer des changements. Ces changements seront effectués avec objectivité et vont concerner les responsables à tous dans l’ensemble de la province. Et ce n’est pas seulement au Nord-Kivu, c’est un problème que nous avons en Province orientale, au Sud-Kivu...presque toutes les provinces de l’Est de notre pays. Cela nous allons le faire…
« Nous tenons un Conseil de ministres ici…qu’est-ce que nous allons décider ? Nous déciderons deux ou trois choses. La première c’est la consolidation de la paix dans cette province, qui passe elle-même par plusieurs étapes, dont celle de la poursuite de la modernisation de l’armée pour que nous soyons toujours prêts ; celle de la dotation de moyens à l’administration, à la justice pour que les services de l’Etat soient assurés ; celle aussi de trouver les moyens nécessaires pour poursuivre tous les projets que nous avions suspendus. J’ai dit que nous avions suspendu tous les projets pas seulement au Nord-Kivu, mais dans tout le pays – j’insiste pour que nous puissions nous entendre – parce que nous nous disions, notre premier ennemi il faut que nous puissions le vaincre, et si nous y arrivons nous poursuivons avec les projets. C’est chose faite, maintenant nous allons débloquer les moyens et nous allons poursuivre avec tous les projets qui étaient gelés.
« Je sais que c’est devenu un fond de commerce pour beaucoup de gens, surtout les politiciens qui disent voyez ils ont dit qu’ils construiraient ceci, qu’ils feraient cela… Moi quand je promets je réalise. Et si je n’arrive pas à réaliser, je dois venir et dire voilà je n’ai pas pu réaliser telle promesse pour telle raison et telle autre. Et c’est ce que je viens de faire ici. J’avais promis de réaliser un certain nombre de choses, nous avons échoué de le faire, et je vous en ai donné les raisons. Pour cela, je vous prie d’avoir la patience… Bien que comme on dit « Saint Thomas croit seulement ce qu’il voit », je veux que vous puissiez me croire.
« Le dernier point, c’est celui de la démocratie. Après 2003, nous avons pris l’option de la démocratie, pour que la population se choisisse ses dirigeants. Nous avons déjà fait des élections à deux reprises. Certains disent qu’en 2006 elles se sont bien déroulées, en 2011 elles se sont mal déroulées ; pour ma part je pense qu’elles se sont toutes bien déroulées. La démocratie c’est un long processus, et d’autres élections – locales et provinciales – viennent bientôt, que tout le monde se prépare déjà… Le maire sera élu, les bourgmestres seront élus… ainsi après ces élections lorsque je reviendrai ne venez pas me demander pourquoi il n’y a pas tel boulevard : la première personne à qui il faudra vous adresser c’est le maire de la ville, le gouverneur de province.
« Je terminerai par où j’ai commencé : vous présenter ma compassion. Bien que j’étais loin à Kinshasa – vous pouvez me croire ou ne pas me croire – mon cœur battait à Goma. Désolé pour tout ce qui est arrivé ! Je félicite la population du Nord-Kivu, parce que c’est une population qui a résisté ; qui a refusé de se placer sous le joug des…autres. Certains ont prétendu qu’ils sont de Goma, du Nord-Kivu, mais la population n’est pas dupe. Elle a dit : « toi tu es un enfant de Bukavu, de Goma, mais qui est derrière toi ? » Félicitation parce que vous nous avez donné la force de vaincre cette guerre ».

N.B. : L’enregistrement audio original (en Swahili) de l’allocution est disponible sur ce lien : https://docs.google.com/file/d/0B1UXlTEYMzbhT25RR1l0RVlrVVU/edit (première partie) et https://docs.google.com/file/d/0B1UXlTEYMzbhQTVGamJjbGFhUnM/edit (suite et fin).       

dimanche 20 octobre 2013

Parc des Virunga : WWF porte le cas de l'exploration pétrolière par SOCO International devant l'OCDE

Le Fonds Mondial pour la Nature - WWF - a déposé, le 7 octobre 2013, une plainte alléguant que la compagnie pétrolière britannique Soco International PLC ne respecte pas les normes de responsabilité sociale des entreprises internationales.


Cette plainte déposée à l’OCDE démontre que les activités d'exploration pétrolière de la société Soco, dans et aux abords du Parc national des Virunga, violent les directives de l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) concernant l’environnement et les droits de l’homme
« Les activités de Soco mettent en danger les populations locales vivant dans le parc des Virunga, ses animaux et leurs habitats. La seule façon pour la société Soco de se mettre en conformité avec les directives de l'OCDE est de mettre fin pour de bon à toute exploration au sein du parc », a déclaré Lasse Gustavsson, Directeur de la Conservation au WWF International. « Nous demandons donc à la société Soco de cesser immédiatement ses activités ».
Les griefs élevés par WWF
1/ Il semble que la société Soco ait eu recours aux forces de sécurité de l'État congolais pour intimider les opposants.
2/ Lors des consultations communautaires, la société Soco n’a pas divulgué des informations vitales relatives aux impacts environnementaux et sanitaires potentiels liés à l‘exploration. De plus, le contrat de l'entreprise contient une clause lui permettant d’être exemptée des futures lois visant à protéger les droits de l'homme et de l'environnement.
3/ L’évaluation d’impact réalisée par la société Soco elle-même révèle que l'exploration pétrolière au sein du parc pourrait entraîner une pollution, endommager les habitats et favoriser le braconnage au sein de cet écosystème fragile. Ces explorations pourraient également nuire à la santé des populations vivant au sein du parc et endommager les ressources naturelles dont dépendent 50.000 personnes.
4/ Le parc national des Virunga, l’un des plus anciens sites du patrimoine mondial d’Afrique, est la zone la plus riche en biodiversité protégée de ce continent. Le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO soutient que l'exploration pétrolière est incompatible avec la Convention du patrimoine mondial, et a demandé l’annulation de tous les permis pétroliers dans les Virunga.
« En classant le parc des Virunga au patrimoine mondial, le gouvernement de la RDC a pris l’engagement juridique, auprès de la communauté internationale, de préserver le parc pour les générations futures », estime le WWF dans sa plainte déposée auprès de l’OCDE. « Enpénétrant dans le parc pour l'exploration pétrolière, la société Soco a violé les lignes directrices de l'OCDE prônant le respect des lois nationales et des traités internationaux ».
5/ La République Démocratique du Congo, où se situe le parc des Virunga, est une zone active de conflit. L’OCDE et les Nations Unies recommandent que les entreprises opérant sur ces zones à faible gouvernance, veillent particulièrement à ce que leurs activités ne portent pas atteinte aux droits de l’Homme. La société Soco n’a apporté aucune preuve de la mise en œuvre d’un audit préalable à ce sujet.
Selon WWF, les directives de l’OCDE s’appliquent aussi bien aux entreprises multinationales opérant dans ou à partir d’un pays adhérent à l’OCDE. Le Royaume-Uni est un membre fondateur de l’OCDE, créée par les gouvernements en 1961 dans le but de faire avancer le bien-être économique et social dans le monde.
Dans son rapport « Valeur économique du parc des Virunga » le WWF démontre que la valeur du parc des Virunga serait de 1.1 milliards USD par an, s’il était développé de façon durable et pourrait être à l’origine de 45 000 emplois permanents pour les populations qui y vivent.

samedi 12 octobre 2013

RD Congo : Des signes que Joseph Kabila pourrait se maintenir au pouvoir au-delà de 2016

L'on soupçonnait le président Joseph Kabila de vouloir faire réviser l'article 220 de la constitution qui, entre autres choses, limite la durée de son mandat à 5 ans renouvelable une seule fois, en vue de pouvoir se représenter aux élections de 2016 pour un troisième mandat, et - pourquoi pas - devenir rééligible à vie. Cependant, à mesure que les jours passent, il semble fort bien qu'une stratégie beaucoup plus subtile soit entrain de se mettre en place : la prolongation pure et simple de l'actuel mandat au-delà de 2016, quitte à mettre tout le monde devant un fait accompli...

Joseph Kabila lors de la clôture officielle des concertations nationales à Kinshasa, le 5/10/2013. Photo: Radio Okapi
Révision constitutionnelle, une idée trop dangereuse pour Joseph Kabila...pour l'instant

La sortie en juin dernier du livre très controversé du Secrétaire général du parti présidentiel, le PPRD, Evariste Boshab, intitulé : "Entre la révision constitutionnelle et l'inanition de la nation", avait soulevé un véritable tollé au sein de la classe politique et de la société civile Congolaise. Assez pour permettre au camp présidentiel de mesurer le danger de l'implosion sociale que présenterait dans l'immédiat l'idée de faire réviser le fameux article 220 de la constitution pour assurer à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat. Hostilité d'autant plus prononcée que nombreux sont les Congolais qui peinent encore à admettre la légitimité des institutions actuelles issues des élections de novembre 2011, à quoi s'ajoutent les frustrations causées par la persistance de l'insécurité dans l'est du pays, et les accusations de complaisance, d'incompétence, voire de complicité dont une opinion de plus en plus importante accable le président Joseph Kabila et son régime.

Depuis, les proches de Joseph Kabila ont multiplié les déclarations, expliquant à qui veut les entendre qu'Evariste Boshab n'a fait qu'exprimer une "opinion scientifique et personnelle", et que la question de la révision constitutionnelle n'était pas à l'ordre du jour dans la "Majorité présidentielle". Les participants aux concertations nationales qui se sont achevées le 6 octobre 2013 sont allés dans le même sens de l'apaisement, en indiquant dans leurs recommandations que l'article 220 de la constitution devait être respecté. 

Alors, bonne foi de Joseph Kabila et sa "Majorité présidentielle", ou simple changement de plan ? Les récentes déclarations des personnalités comme le nouveau président controversé de la Commission nationale électorale, l'abbé Apollinaire Malu-Malu, ou encore le président de l'Assemblée nationale Aubin Minaku, ne laissent plus beaucoup de doutes. 

Le recensement général de la population : la bonne parade ?

La règle de la continuité de l'Etat et des institutions est bien connu de tout le monde, même des profanes. Elle peut se résumer en cette phrase : "les animateurs des institutions du pays restent en place jusqu'à l'installation effective de ceux qui sont élus pour les remplacer". Peu importe que l'on respecte ou pas les délais constitutionnels. La règle est posée notamment à l'article 222 de la constitution de la RD Congo. 

Si donc Joseph Kabila devait rester au pouvoir au-delà de 2016 au nom de la continuité de l'Etat, faute d'élections devant désigner son successeur, il serait dans la légalité. La présidence de la République ne serait d'ailleurs pas la première institution à se retrouver dans pareille posture, puisqu'au jour d'aujourd'hui le Sénat, dirigé par le "semi-opposant" Léon Kengo wa-Dondo, de même que les gouverneurs de province et les assemblées provinciales, ont largement dépassé la durée de leur mandat de cinq ans, qui a expiré en 2011. Mais ils restent en place pour la simple (et "bonne") raison que les élections devant pourvoir à leur renouvellement n'ont toujours pas eu lieu. Et pour bénéficier de cette brèche, pas besoin de modifier la constitution; pas besoin de toucher au fameux article 220 de la constitution que les opposants à Joseph Kabila prennent pour leur fétiche-miracle contre son maintien au-delà de 2016. Les pauvres !

Dans un point de presse mercredi 9 octobre 2013 à Kinshasa, la déclaration de l'abbé Malumalu, nouveau président de la CENI, indiquant que les prochaines élections seraient organisées "à l'issue du prochain recensement général de la population" avait intrigué plus d'un observateur. En effet, ce recensement général de la population - le second dans l'histoire du pays, après celui réalisé il y a de cela plus de 29 ans, en 1984 - est censé débuter en 2014 et se terminer avant la fin de 2015. Mais il pourrait bien, pour une raison ou une autre, aller jusqu'en 2016, voire au-delà : problème de financement, difficultés logistiques ou techniques, ou bien, le meilleur de tous, un blocage politique pur et simple pour retarder le recensement..."autant que de besoin". Et Dieu sait que sur ce dernier coup, les politiciens Congolais peuvent être particulièrement brillants. 

"Le jour où on organisera les élections..."

Dans une interview sur RFI vendredi 11 octobre 2013, répondant à la question pourtant explicite du journaliste qui insistait pour savoir si le président Joseph Kabila partirai en 2016, le président PPRD de l'assemblée nationale, Aubin Minaku, a enfoncé le clou en déclarant : 
"Le président de la République partira après les prochaines élections. Parce que selon la constitution congolaise, une institution libère les fonctions quand il y a une autre qui a été élue de façon démocratique. Le jour où on organisera les élections présidentielles dans cette République, et que ce sera gagné par quelqu’un d’autre, celui-là remplacera Kabila".

Aubin Minaku a soigneusement évité le chiffre "2016", lui préférant une formule vague : "...après les prochaines élections". Mais il a surtout pris le soin de rappeler la fameuse règle de la continuité des institutions : "Une institution libère les fonctions quand il y a une autre qui a été élue de façon démocratique". (Juriste de formation, Aubin Minaku a-t-il pu manqué de peser ses mots?). En enfin la phrase assassine : "Le jour où on organisera les élections, et que ce sera gagné par quelqu'un d'autre...". Ça peut être en 2016 ou n'importe quand. Le jour où cela sera possible, ou nécessaire,...

Ce n'est pas excessif de penser qu'il se trame un plan de prolongation du mandat de Joseph Kabila au-delà de 2016. L'annonce qu'il devrait faire la semaine prochaine devant le congrès, en rapport avec les conclusions des concertations nationales, va probablement en révéler un peu plus sur ses véritables intentions. En tout cas, la formule de la prolongation est nettement plus facile et relativement plus "douce" qu'une révision constitutionnelle. Pas besoin de consulter le parlement ni le peuple : juste s'abstenir de faire ce qui rendrait possible l'organisation de la présidentielle en 2016. Il n'en demeure pas moins que le risque de protestations demeure, si jamais ce plan se confirmait. On peut juste espérer que ce ne soit qu'un banal suspense; que les élections se tiendront bel et bien en 2016; qu'elles seront meilleures que celles de 2011; et que Joseph Kabila n'y prendra pas part.

dimanche 6 octobre 2013

Souriez avec moi ! Je suis de retour sur Blogger...

Bonjour à toutes et à tous !

Après près de cinq mois d'absence - mon Blogger s'était bloqué aussi miraculeusement et aussi soudainement qu'il s'est débloqué - je suis heureux de vous retrouver.

Je vous réitère mes excuses pour cette longue et pénible interruption, qui était totalement étrangère à ma volonté.

Je ne puis vous dire combien je suis heureux de retrouver la possibilité d'utiliser ce blog, que votre fidélité et vos remarques bienveillantes ont réussi à me faire aimer tant.

Vous m'avez beaucoup manqué...

A très bientôt, avec un billet de (ré)inauguration !

Bien à vous,
JM

dimanche 28 avril 2013

Nord-Kivu : quand le gouvernement perçoit l'impôt pour le compte de groupes armés !

Les autorités du groupement Muvunyi-Shanga, en territoire de Masisi ont annoncé mardi le 23 avril dernier qu'elles allaient désormais percevoir un impôt en nature qu'elles distribueront ensuite aux groupes armés APCLS et Nyatura présents dans ce groupement. La nouvelle a été annoncée par radio Okapi dans ses éditions de mercredi 24 avril 2013. Le gruopement Muvunyi-Shanga est situé au sud-est du territoire de Masisi, sur le littoral du lac Kivu, jusqu'à la limite avec la province du Sud-Kivu. Il compte quelques-uns des principaux débouchés des produits agricoles de ce territoire (les marchés de Bweremana et de Shasha, qui alimentent la cité de Sake et la ville de Goma en vivres). Ce groupement abrite aussi le chef-lieu de la chefferie des Bahunde, à la tête de laquelle se trouve actuellement le Mwami Nicolas Kibanja Kalinda (qui réside tranquillement à Goma).

Shasha, un jour de marché. Des paysans travesent à gué une rivière pour atteindre le marché. L'avant-dernier point de perception de l'impôt (celui de la Chafferie des Bahunde) se cache derrière ces arbres. Photo : J.Mobert N.


La nouvelle peut surprendre les uns, paraître dérisoire pour les autres. C'est pourtant quelque chose d'extrêmement grave, impossible à imaginer dans un Etat normal. Certes, même sans cette collaboration des autorités gouvernement, les groupes armés sont omniprésents dans le groupement et rançonnent quotidiennement la population dans les collines surplombant le lac Kivu. Mais que des autorités gouvernementales, au lieu d'arrêter des mesures pour mettre durablement fin à cette situation, décident plutôt de contribuer à l'entretenit "autrement", est pour le moins stupéfiant.

La 8ème Région militaire des FARDC a son quartier général dans le coin

Il est vrai que les autorités au niveau du groupement n'ont ni le pouvoir, ni les moyens de mettre fin à l'activisme des groupes armés qui y opèrent. Mais une telle décision a-t-elle pu être prise sans que les autorités au niveau de la chefferie, du territoire, de la province, et le gouvernement central à Kinshasa ne soient infirmées ? Il n'y a eu en effet aucune réaction ni de la part du Mwami, de l'administration du territoire, du gouvernement de province, ... Pire, le quartier général de la 8ème Région militaire des FARDC (commandement du Nord-Kivu) est établi à deux pas de la base de l'APCLS sur l'axe Shasha-Bweremana. La population et les autorités locales se plaignent même de la surmilitarisation de la contrée. Le général Bauma, commandant Région, y réside depuis qu'il avait fui la ville de Goma - je devais dire depuis qu'il avait opéré un "replis stratégique" -  en novembre 2012. Mais sous le nez des FARDC, ce sont les APCLS qui font la loi. 

On attend la Brigade d'intervention ? Ah oui, c'est la recette-miracle qui va tout régler, y compris traquer des bandits armés de kalachnikov qui rançonnent la population et lui privent de ses modestes moyens de subsistance. Ce que les autorités du groupement n'ont pas dit, c'est la manière dont elles comptent gérer les militaires FARDC, qui ne se comportent pas différemment des miliciens, et qui rançonnent eux aussi les habitants. Va-t-il y avoir un troisième impôt en nature pour eux, ou va-t-on les laisser poursuivre le boulot eux-mêmes ? Entre trois et cinq points de perception sont installés à plus de cinq endroits sur les sentiers qui arpentent les collines de Muvunyi-Shanga,  par exemple pour aller de Karuba au marché de Shasha (8 heures de marche à pied). Les Nyatura ont leur point de perception (et leur mesure d'imposition), l'Alliance des Patriotes pour un Congo Libre et Souverain (APCLS) ont le leur, les FARDC, la PNC, la Chefferie également). Parfois, des bandits non organisés érigent eux aussi leurs points de perception, et les paysans n'ont pas d'autre choix que d'obtempérer, sous peine d'être maltraités. 

Où sont les "amis" de la RDC ? 

Ils ont voté une résolution et se frottent les mains. Trois mille soldats vont venir (quand ?) "neutraliser" les groupes armés et instaurer la paix, l'autorité de l'Etat, et bla-bla-bla... Bon sang, mais quand est-ce qu'on va se mettre à l'évidence que le problème du Congo c'est avant tout la léthargie et l'irresponsabilité des autorités congolaises, depuis la présidence jusqu'aux ministres, parlementaires, gouverneurs, magistrats et autres ? Ceux qui prétendent être des "amis du Congo" pourraient-ils regarder davantage de ce côté là, plutôt que de nous larguer des résolutions qui en définitive ne sont qu'un rideau pudique sur leur propre irresponsabilité et leur lâcheté. Il faut faire pression sur Kinshasa, au besoin couper toute aide autre qu'humanitaire (et encore ?) au Congo jusqu'à ce que des réformes soient entreprises, et des responsabilités minimales, comme dans ce cas celle de l'armée dans le groupement Muvunyi-Shangi, soient exercées. Sans cet effort, la Brigade d'intervention va échouer autant que la MONUC et la MONUSCO. Responsabiliser les autorités congolaises est plus qu'un besoin, c'est une absolue nécessité. C'est aussi une responsabilité pour des pays comme la France, la Belgique, les Etats-Unis, la Canada, ...bref tous ces tenors de la "communauté internationale", pour autant que leur volonté affichée d'aider la RDC comporte quelque degré de sincérité et de cohérence.  

En attendant, une autre preuve est là, si besoin en était, que les groupes armés sont, non pas combattus, mais entretenus.

mercredi 3 avril 2013

RDC : Pour que la Brigade d'intervention ne soit pas une tentative vaine, ou la paix une conquête éphémère". Lettre ouverte de la jeunesse congolaise à M. Ban Ki Moon, Secrétaire Général de l'ONU


Depuis le 15 août de l'année dernière, ces jeunes de Goma, au Nord-Kivu, la province la plus meurtrie par les guerres et les violences, avaient écrit et manifesté pour demander le renforcement du mandat de la MONUSCO. Le 11 septembre, devant le Secrétaire-adjoint de l'ONU Hervé Ladsous, de passage à Goma, ils avaient écrit sur leur calicot : "la meilleure manière de nous protéger, nous civils congolais, c'est de nous protéger. La MONUSCO doit y oeuvrer ou s'en aller". 

Le Conseil de sécurité leur a finalement donné raison en votant, jeudi le 28 mars dernier, la résolution 2098 (2013) qui crée une Brigade d'intervention doté du mandat de "neutraliser les groupes armés" dans l'Est de la RDC, et proroge le mandat de la MONUSCO jusqu'au 31 mars 2014. 

Pourtant ils demeurent préoccupés. D'où cette lettre ouverte et leur manifestation devant le Quartier Général de la MONUSCO, ce mercredi 3 avril 2013. 



POUR QUE LA BRIGADE D’INTERVENTION NE SOIT PAS UNE AUTRE INITIATIVE VAINE,
OU LA PAIX UNE CONQUETE EPHEMERE

Lettre ouverte à Monsieur Ban Ki Moon,  Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies
New-York, Etats-Unis d’Amérique.


Monsieur le Secrétaire Général,

C’est avec un grand soulagement que nous avons accueilli la nouvelle de la création, par la résolution 2098 du Conseil de sécurité de l’ONU, sur votre recommandation, d’une Brigade d’intervention au sein de la MONUSCO, avec un mandat explicite de « neutraliser tous les groupes armés » actifs dans l’Est de notre pays. C’est depuis le début de l’année dernière, et l’apparition du sinistre M23 que nous avions écrit et manifesté pour demander la transformation du mandat de la MONUSCO afin qu’elle devienne véritablement une force d’imposition de la paix, au lieu de prétendre « maintenir » une paix inexistante.

La création de la Brigade d’intervention nous redonne espoir en l’avènement de la paix dans notre pays et spécialement dans la province du Nord-Kivu, après deux décennies de guerres cycliques et de violences inouïes. Nous nous réjouissons aussi de ce que le Conseil de sécurité ait tenu à rappeler la responsabilité première du gouvernement congolais à assurer la paix et la sécurité du pays, et à défendre son indépendance et sa souveraineté.

Monsieur le Secrétaire Général,

Notre réjouissance est malgré tout emprunte de prudence et d’inquiétude, au regard de certains éléments qui risquent de compromettre, soit la réalisation effective et rapide de la mission d’imposition de la paix assignée à la Brigade d’intervention, soit la pérennité de la paix qu’elle aura pu imposer.

C’est sur ces éléments que nous souhaiterions attirer votre attention, et à travers vous, celle de l’ensemble de la communauté internationale et des autorités congolaises. Notre unique leitmotiv, c’est que nous avons subi les guerres et les violences répétitives dans notre propre chair, et que nous ne voulons ni de trêve, ni de demi-solutions : nous voulons d’une paix véritable, solide et durable pour enfin nous développer et nous épanouir.

Une telle paix ne peut s’accommoder ni de nouvelles primes à des criminels impénitents de quelque bord qu’ils soient ; ni de l’impunité ou des arrangements occultes. Une telle paix ne peut pas non plus s’accommoder d’un voile pudique sur les problèmes réels de gouvernance, d’atteintes à la constitution et à la démocratie, d’injustices sociales, de corruption, de légèreté et d’incompétence que nos dirigeants actuels entretiennent délibérément.


Monsieur le Secrétaire Général,

La République Démocratique du Congo a tout le potentiel pour devenir une grande nation, démocratique, paisible et prospère, et le moment est propice pour tourner définitivement la longue page des guerres répétitives, des violences, et des atteintes à la démocratie. En dépit de leurs lacunes, la résolution 2098 et l’accord-cadre d’Addis-Abeba offrent une chance réelle d’évolution positive dans cette direction.     

Si, au-delà des textes et des déclarations d’intention, la communauté internationale est réellement résolue à contribuer à l’avènement d’une paix véritable et durable, gage du développement de la RD Congo et de l’épanouissement de son peuple – ce dont la sous-région, l’Afrique et le monde ne manqueront pas de tirer meilleur bénéfice qu’actuellement –, nous l’exhortons, à travers vous, à :    

1.        Mettre à la disposition de la Brigade d’intervention, non seulement des moyens financiers et matériels suffisants et adéquats (notamment les drones et les hélicoptères), mais aussi leurs troupes aguerries et possédant avec la RDC plus d’affinités. L’une des raisons de l’échec de la MONUSCO durant la décennie de sa présence nous semble être le manque de motivation suffisante de la part des pays pourvoyeurs de l’essentiel des troupes. Outres les Etats de l’Afrique australe qui ont déjà proposé leurs troupes à la Brigade d’intervention, les pays occidentaux comme les Etats-Unis d’Amérique, la France, la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Norvège, la Suède et le Canada devraient eux aussi mettre à contribution leurs armées plus expérimentées, mieux entraînées et mieux équipées pour plus d’efficacité de la Brigade d’intervention. C’est une question de cohérence et de responsabilité et cohérence de leur engagement politique et diplomatique en RDC et en Afrique des Grands-Lacs.    

2.       S’assurer que la Brigade d’intervention est déployée dans les meilleurs délais, et qu’elle accomplit sa mission le plus rapidement possible : les trente jours annoncés pour l’opérationnalisation de cette Brigade ne devraient pas être dépassés, au risque de permettre aux groupes armés visés d’élaborer des stratégies pour se soustraire à la traque sans disparaître vraiment. Par ailleurs, les dix ans de la MONUSCO, c’est déjà trop. Nous apprécions que dans ce contexte particulier, la communauté internationale nous aide établir les bases d’une paix durable et d’une stabilité certaine, mais cela ne peut en aucun cas justifier une présence et une assistance permanentes. Les actions de la communauté internationale ne seront légitimes que pour autant qu’elles visent à nous aider à prendre nos responsabilités, à nous conduire souverainement en tant que Nation, à atteindre notre résilience. 

3.       Ne pas s’écarter de la résolution 2098 qui vise tous les groupes armés locaux et étrangers : la communauté internationale ne doit pas tomber dans les mêmes errements que ceux de notre gouvernement qui a trop souvent tendance à considérer certains groupes armés comme « plus importants », ou « plus tolérables », ou « plus fréquentables » que d’autres. Tous les groupes armés, y compris le M23, doivent être neutralisés sans condition ni différenciation comme stipulé dans la résolution 2098 (2013). La communauté internationale doit peser de tout son poids pour qu’aucune mesure autre que le désarmement volontaire et sans condition ne soit plus accordée à aucun groupe armé, quel qu’il soit : ni intégration au sein de l’armée nationale, ni accords occultes, ni amnistie collective, ni mutation en groupements politiques des groupes armés comme par le passé.

4.      Maintenir la pression sur les autorités congolaises pour que les réformes que toute la population attend, et qui sont le véritable gage de la cohésion nationale et de la paix durable, soient effectivement entreprises : réforme du secteur de sécurité ; mise en œuvre accélérée de la décentralisation ; réformes électorales ; réforme de la justice et jugement de tous les crimes commis en RDC ces vingt dernières années ; mise en place de toutes les institutions prévues dans la constitution du 18 février 2006 ; réformes électorales et tenue en cette année 2013 des élections provinciales, sénatoriales et locales ; engagement concret dans la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance économique ; réformes économiques et sociales ; etc. Pour ce faire, nous attendons de la communauté internationale qu’elle encourage et soutienne ces réformes. Dans cette optique, pourquoi ne pas réduire les autres effectifs quasi inutiles de la MONUSCO ainsi que leur budget, et engager ces moyens dans le soutien aux réformes prioritaires comme celle du secteur de sécurité ? Nous pensons qu’il est important d’encourager le gouvernement congolais à adopter et rendre public, dans les meilleurs délais, une feuille de route pour la mise en œuvre de toutes ces réformes, avec un chronogramme clair.

Monsieur le Secrétaire Général,

La résolution 2098 est un pas important de la communauté internationale dans l’accompagnement de notre pays vers le recouvrement de la paix et de la stabilité, mais beaucoup reste encore à faire. A commencer par la réalisation effective et rapide de tous les points énumérés dans cette résolution. Nous osons espérer que la mutation opérée dans la façon dont la communauté internationale perçoit la crise dans notre pays permettra une amélioration concrète de la situation. Notre souci est de nous défaire des chaînes qui empêchent depuis tant de décennies notre Nation de prendre son envol. Nous avons besoin, non pas d’une tutelle permanente, mais d’un soutien sincère des autres Nations du monde, pour réaliser ce rêve commun à notre génération.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l’expression de notre considération hautement distinguée.

Fait le 3 avril 2013, à Goma (province du Nord-Kivu).

Pour La LUCHA, les signataires :

1. Fred Bauma Winga                                                                   6.Micheline Mwendike Kamate,
2. Jean-Mobert N. N’senga                                                        7.Luc Nkulula-wa-Mwamba
3.Chantal Faida Mulenga-Byuma                                             8.Fidèle Niyirema
4.François Lukaya N’yombo                                                      9.Claudia Chuma
5.Serge Kambale Sivyavuwa                                                     
                                                               

mardi 26 mars 2013

La Haye : Le "Terminator" plaide (déjà) non coupable !

Bosco Ntaganda lors de sa première comparution à La Haye.
Crédit photo : CPI. 
L'audience de première comparution dans l'affaire Procureur contre Bosco Ntaganda à la Cour internationale pénale a s'est tenue à La Haye aux Pays-Bas ce mardi 26 mars 2013 comme prévu. Bosco Ntaganda est apparu en costume sombre et chemise bleue foncée, les traits tirés comme à son ordinaire, osant rarement lever les yeux. 

L'audience de ce mardi était destinée à identifier le suspect Bosco Ntaganda, à s'assurer qu'il a été informé des crimes portés contre lui, et à l'informer de ses droits tels que consacrés par le Statut de Rome. A la question de savoir s'il avait été informé des crimes mis à sa charge, Bosco Ntaganda a répondu affirmativement : "j'en ai été informé mais je plaide non coupable parce que...", avant d'être interrompu par la présidente de la Chambre, la bulgare Ekaterina Trendafilova. Celle-ci lui a expliqué que le moment n'était pas encore venu de parler de son innocence ou de sa culpabilité, et que moment venu il aurait tout le temps pour s'exprimer en détail à ce sujet. Mais le ton du procès (si procès il y aura) est donné : le "Terminator" s'est peut-être rendu, mais il n'est pas prêt à accepter ce dont on l'accuse. Ce qui pourrait ne pas être sans conséquences sur le plan politique. Par exemple, des révélations sur de très probables implications de personnalités à Kinshasa et à l'étranger dans les évènements de l'Ituri. 

Le Général "congolais" ne plaidera pas en Lingala, ni en Français, mais bien en Kinyarwanda !

Appelé à décliner son identité, Bosco Ntaganda a dit qu'il ne portait que ces deux noms, attribués par ses parents. Il a indiqué être né au Rwanda, mais avoir grandi au Congo avant de conclure : "je suis un soldat Congolais; je suis Congolais". 

Quant à la langue dans laquelle il s'exprimera au cours des audiences, il a choisi le Kinyarwanda. "Choisi", dis-je ? C'est probablement la seule langue qu'il maîtrise vraiment. Le Kinyarwanda est une langue assez répandue dans l'Est de la RDC, mais elle n'est ni l'une des quatre langues nationales, ni la langue de l'armée (qui est le Lingala), encore moins la langue officielle (qui est le Français). Un "profane" du Congo s'expliquera difficilement comment un homme aussi inculte - Dieu sait s'il sait lire et écrire, même en Kinyarwanda - comment donc un tel homme peut atteindre le rang des officiers généraux dans l'armée d'un Etat digne de ce nom. C'est qu'en RDC, ce n'est pas un cas rare, bien au contraire : ne deviennent pas officiers supérieurs et généraux (que) ceux qui ont fréquenté des académies militaires ou effectué une carrière classique, mais ceux qui ont su démontrer leur degré de brutalité. Ca peut être au sein des groupes armés et des rébellions, mais il peut aussi s'agir des soldats de rang de l'armée nationale qui aspirent à la promotion à des grades supérieurs. 

Ce que la Cour reproche à Bosco Ntaganda comme crimes a donc plutôt constitué son tremplin et fait sa renommée. L'armée congolaise n'est-elle pas pleine de petits ou grands Terminator parvenus à de hautes charges après des parcours terribles dans les milices et les rébellions ! Après tout...qui est-ce qui attribue les grades aux officiers ? A-t-il eu besoin d'avoir un titre académique pour parvenir à la tête de l'Etat, où des professeurs d'universités se tiennent à ses pieds ? 

Ntaganda n'est pas un militaire formé dans une académie; c'est un soldat formé dans la brousse depuis son jeune âge et qui a fait le tour de pratiquement toutes les rébellions de la région : d'abord l'armée patriotique rwandaise, ensuite l'alliance des forces démocratiques de Laurent-Désiré Kabila, l'Union des patriotes congolais de Thomas Lubanga (en Ituri, où il est présumé avoir commis les crimes pour lesquels il est actuellement poursuivi), le Congrès national pour la défense du peuple de Laurent Nkunda, et enfin le Mouvement du 23 mars. Partout, il s'est avéré être un seigneur redoutable, intrépide et indimptable. 

La suite de l'affaire...

La Cour internationale pénale a indiqué que dans cette affaire, les audiences de confirmation de charges (où Bosco Ntaganda pourra enfin clamer longuement son innocence) débuteront le 23 septembre 2013. Elles serviront, pour la Chambre préliminaire, à déterminer s'il y a des raisons sérieuses de croire que le suspect Bosco Ntaganda a commis les crimes qui lui sont reprochés, afin de l'envoyer éventuellement en Chambre de première instance pour instruction et jugement. 

Les victimes Ituriennes de ses crimes devront donc s'armer de davantage de patience (sept ans d'attente ne suffisent pas). Celles du Kivu, quant à elles, garderont les yeux rivés au Bureau du procureur qui serait (encore) entrain de mener ses enquêtes. Comme si les faits commis dans le Kivu étaient enfuis plus loin que le coltan ! C'est cela, la parodie de justice qu'offre si chèrement la "communauté internationale" aux populations de l'Est  de la RDC... Qui les plaindra ? Ce n'est tout de même pas leur gouvernement, cet autre...bourreau.