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vendredi 1 février 2013

Goma : Julien Paluku en passe d’être emporté par…la poussière ?


Goma : le principal axe routier de la ville (route de Sake), en pleine journée. Le million de Gomatraciens respirent et avalent cette poussière volcanique depuis deux ans. A cela s'ajoute de milliers de trous creusés sur la piste par les eaux de pluie. Un vrai calvaire. Photo : 2013 - Jean-Mobert N.N. 
La tension est montée d’un cran à Goma la semaine dernière, suite à l’enlisement des travaux de réfection des routes de cette ville jadis qualifiée de capitale touristique du Congo. La responsabilité (ou mieux l'irresponsabilité) du gouverneur du Nord-Kivu Julien Paluku, en poste depuis plus de six ans, est donnée pour être à la base de cet état des choses, mais la quarantaine de députés provinciaux ne sont pas non plus épargnés. Tout le monde fustige le fait qu’ils gardent silence et ne semblent guère se préoccuper de ce problème qui a trop duré et qui a des conséquences sanitaires, économiques et écologiques incalculables. De plus en plus de gens estiment que le gouverneur devrait démissionner et être poursuivi pour sa gestion de cette affaire, entre autres "calamités" de cette ville et de cette province.

A la maison, au bureau, dans les débits de boisson et dans les rues, les débats tournent autour de la poussière qui enveloppe la ville depuis si longtemps (deux ans), alors qu’on parle de millions de dollars déversés tantôt par le gouvernement central, tantôt par le Fonds national d’Entretien routier (FONER), tantôt encore par l’exécutif provincial. L’entreprise minière (oui, minière !) TRAMINCO, à laquelle les travaux ont été confiés semble ne pas disposer de la technicité et des moyens nécessaires, car elle est « à l’œuvre » depuis deux ans maintenant, pour des travaux qui ne portent que sur 10,5km de route ! En novembre 2011, à la faveur de la campagne électorale, quelque deux kilomètres avaient été asphaltés en toute hâte pour faire la « visibilité » des fictifs Cinq Chantiers de Joseph Kabila. Une fois l’élection passée (et Kabila humilié à Goma), les machines et les agents ont disparu du « chantier ».

Plusieurs fois, la population s’est soulevée pour exiger la poursuite et le parachèvement rapide des travaux, mais à chaque fois elle a été réprimée violemment par les soi-disant autorités urbaines et provinciales, qui se servent de la police comme un voyou se servirait d’un chien pour terroriser les passants. Evidemment, la population étant ce qu’elle est (laxiste, résignée et docile), il n’y a jamais eu de véritable mouvement de masse dans ce sens. Ce sont tantôt des étudiants, tantôt des conducteurs de taxis motos, tantôt encore des jeunes révoltés du mouvement Lutte pour le Changement, qui ont osé hausser du ton. Pas assez fort face à des autorités dont les oreilles n’entendent que les armes ou le bruissement des billets de banque, et qui ont chacun son 4x4 pour ne pas aspirer la poussière et pour amorcer les secousses des nids-de-poule. Julien Paluku a même trouvé mieux : faire en canot rapide sur le lac le trajet de cinq kilomètres entre sa résidence et son bureau, tous les deux situés au bord du lac. Quel génie, ce gouverneur ! Il ne lui reste plus qu’à se payer un hydravion pour ne pas avoir à faire des allers-retours ennuyeux entre la ville et le pitoyable aéroport de Goma lors de ses multiples déplacements de Kinshasa.

Dimanche 27 janvier 2013, lors d’une émission radiodiffusée au sujet de l’état des routes sur la radio Kivu 1 (une radio locale très suivie), une demi-dizaine d’invités ont sévèrement pris à parti le gouverneur de province, les députés provinciaux et l’entreprise TRAMINCO, épinglant leur responsabilité respective dans cette affaire. Les services du gouvernement ont dépêché un de ces « fou-du-roi » pour venir « limiter les dégâts. Mais rien n’y a fait. Ses tentatives de dépeindre le « bilan » de son roi de gouverneur ont achoppé aux arguments forts et unanimes de ses contradicteurs, parmi lesquels des représentants de partis de la « majorité présidentielle » chère à Julien Paluku. Donc des gens de son propre camp. L’écho s’est ressenti dans toute la ville. Le lendemain (lundi), des engins ont été déployés sur la route Goma-Sake qui a été barricadée, sous prétexte que les travaux allaient avoir un court d’accélérateur. 

Un mensonge de plus pour distraire la population et éviter une explosion massive de colère, car de l’avis même des responsables de la société TRAMINCO, l’usine d’asphalte n’est pas encore achevée (on parle de son montage depuis plus d’une année), et elle ne sera pas prête avant plusieurs semaines. A présent, la route de Sake est bloquée à la circulation, or elle est l'unique voie qui relie tant bien que mal les deux bouts de la ville. Les automobilistes n'ont pas d'autre choix que d'emprunter des déviations non assainies (des pistes jonchées de pierres, voire de roches volcaniques), avec tout le danger que cela comporte pour les enfants dans les quartiers. Circuler dans la ville de Goma était déjà problématique, maintenant c'est pire. "Ils se moquent de nous. C'est la quantième fois qu'ils bloquent les routes, alors qu'ils ne font rien", se plaint un motard, très remonté. 

Selon plusieurs spécialistes, la poussière et les secousses que le million d'habitants de Goma sont obligés de supporter depuis si longtemps a déjà des conséquences graves sur le plan sanitaire, et d'autres encore vont inévitablement se manifester dans les prochaines années. On note une augmentation inquiétante des cas des hémorroïdes, d'asthme, d'interruptions involontaires de grossesses, de diarrhée (surtout pour les enfants de 0 à 5 ans), de grippe chronique, etc. Des cas de cancer et d'autres pathologies graves, respiratoires notamment, sont "inévitables" dans les trois ou cinq prochaines années. Les milliers de conducteurs de taxis motos et de taxis bus ainsi que les petits commerçants qui passent la journée entière dans cette poussière le long des routes sont les plus exposés, mais "personne n'est à l'abri, y compris ces autorités", s'alarme un médecin spécialiste en pneumologie qui préfère rester anonyme. 

D'après des spécialistes de la santé publique, la situation est d'autant plus grave que la poussière inhalée à Goma est une poussière volcanique, d'une grande teneur en souffre et en d'autres métaux lourds. Qui plus est, la majorité de la population ne dispose pas d'eau potable. Elle consomme l'eau du lac à l'état brut, souvent sans le moindre ajout de chlore. Des aliments sont vendus le long des routes, à ras-le-sol. Lorsqu'ils ne sont pas consommés en l'état, ils ne sont pas lavés de façon appropriée, faute d'eau potable. La promiscuité est la règle. 

Ces dernières années, le gouverneur Julien Paluku a réussi à se rendre très impopulaire à Goma et partout dans la province, y compris dans sa propre communauté et sa famille politique, en raison à la fois de sa gestion calamiteuse de la province, de son enrichissement scandaleux, de ses prises de position et de la crudité (et la vanité) de ses discours. Tombé en disgrâce avec le leader du RCD/KML, le puissant Mbusa Nyamwisi, alors qu'il ne devait son élection qu'à ce dernier, il s'est rapproché de Joseph Kabila, a créé un nouveau parti, le Bloc Uni pour la Reconstruction et l'Emergeance du Congo (BUREC), et a intégré la "Majorité présidentielle". Une position qui ne l'aide guère, tant la population du Nord-Kivu déteste désormais Joseph Kabila et tous ses vassaux, tel que Julien Paluku. Déjà depuis le retrait du M23 de la ville de Goma, un groupe d'opposants ont initié contre lui une pétition pour exiger sa démission. A ce jour, la pétition aurait déjà récolté des dizaines de milliers de signatures à Goma, mais aussi dans le "grand-nord", son ex-fief. Alors, l'affaire des routes de Goma va-t-elle achever celui que tous les Gomatraciens considèrent comme l'un des principaux problèmes de cette province ? Ce n'est pas sûr, mais comme ce serait souhaitable ! 



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