Translate

jeudi 16 août 2012

Insécurité à l’Est de la RDC : comme si Kinshasa n’avait rien appris de ses erreurs…

L’insécurité qui sévit actuellement à l’Est de la République Démocratique du Congo est le résultat d’une suite d’erreurs et de maladresses commises par les gouvernements successifs à Kinshasa, depuis l’époque de Mobutu : d’abord la mauvaise gestion des crises identitaires dans cette partie de la République (en particulier la question des Congolais d’expression Kinyarwanda, et des Tutsi plus particulièrement) ; ensuite l’entrée massive et permissive sur le territoire du Zaïre de l’époque des ex Forces armées rwandaises et des Interahamwe, avec leurs armes et munitions ; et enfin – comble des bêtises – l'intégration au sein des Forces Armées de la RDC (les FARDC) des miliciens issus d’une multitude de rébellions et de groupuscules armés, à travers des procédés ridicules comme le « brassage », « mixage », et que sais-je encore…

Au premier plan, le Général Bosco Ntaganda
Cette intégration qui s’est accompagnée de l’octroi désordonné et irrationnel de grades à des miliciens sans aucune formation militaire classique, parfois analphabètes, selon l’unique critère de leur degré de nuisance réelle ou supposée, ou à mesure de leur barbarie. Dans le cas des miliciens du CNDP dont l’actuel soi-disant Mouvement du 23 mars n’est que la régénérescence, les unités « intégrées » ont gardé une large autonomie à la fois financière (avec des réseaux d’exploitation de ressources minières et des recettes générées par des administrations parallèles dans leurs anciens fiefs) et de commandement. Elles ont été déployées dans les zones où elles ont éclos et sévi, et les crimes qu’elles avaient commis, y compris des crimes internationaux, sont restés impunis « au nom de la paix ».

Cet état des choses peut trouver diverses explications de tous ordres, mais les plus importantes me semblent être au nombre de trois, mais elles sont très imbriquées l’une l’autre :
1°.    La mauvaise gouvernance, les atteintes à la démocratie et le non-respect des engagements, ce qui donne souvent aux revendications des groupes armés une certaine légitimité, ne serait-ce qu’en apparence ;
2°.    L’incapacité des gouvernants, en tous temps, de faire un diagnostic des racines du problème afin d’y apporter les remèdes les mieux appropriés et qui soient pérennes ;
3°.    Et enfin la mauvaise négociation de la paix – qui est elle-même due à plusieurs facteurs dont l’incapacité d’anticiper ou prévenir les problèmes, le manque de maîtrise des enjeux nationaux et régionaux, voire internationaux, le report des solutions durables car difficiles (tentation de la facilité et vision court-termiste des choses), la faiblesse de l’armée ou du gouvernement, etc.          

Avec le M23, c’est reparti les erreurs !

Face à la crise sécuritaire générée par le M23, le gouvernement congolais ne semble pas avoir tiré quelque leçon que ce soit de ses erreurs du passé. Pour commencer, entre autres faits, il a obstinément refusé d’arrêter Bosco Ntaganda et de le transférer à la Cour pénale internationale où il est recherché depuis 2006 ; il l’a au contraire gratifié d’un grade d’officier de haut rang au sein des FARDC, ainsi que d’une fonction dans son fief du Kivu, au commandement de ses loyaux soldats et frères du CNDP. Il a géré avec beaucoup de légèreté l’affaire Laurent Nkunda, dont il disait pourtant vouloir l’extradition. Au début de la guerre, alors que tous les signaux étaient portés au rouge par les acteurs de la société civile, le gouvernement a minimisé, tenté de boucher les yeux et les oreilles : il parlait d’une vulgaire indiscipline de quelques officiers des FARDC, puis d’une mutinerie qui allait être vite maîtrisée, ... Et enfin, lorsque Human Rights Watch et la MONUSCO ont évoqué le soutien du Rwanda à cette « mutinerie », le gouvernement a mis des semaines avant de l’admettre. Il paraît que c’est sa stratégie à lui, la façon de faire d’un « gouvernement responsable », d’après son tonitruant porte-parole…  N’est-ce pas de bon aloi pour un fainéant de proclamer que son choix est de ne pas être brave !

Soldats de la MONUSCO embarquant
à bord d'un hélicoptère
A présent, le pire est entrain d’être commis avec l’idée aussi fantastique qu’insensée de mettre en place une « force internationale neutre » qui mettrait fin à la rébellion du M23 ainsi qu’à tous les autres groupes armés qui pullulent à l’Est de la RDC. Erreur dans la conception-même de l’idée, dans sa mise en œuvre, et dans les résultats qu’on dit en attendre.

En effet, le gouvernement congolais clame haut et fort que le M23 n’est autre chose que la manifestation d’une Nième agression étrangère (rwandaise spécialement, mais aussi ougandaise), et que la RDC est victime d’un complot ourdi de balkanisation, de pillage de ses ressources, et que sais-je encore. Il s’appuie pour ce faire sur le rapport du panel des experts des Nations Unies ainsi que sur différents rapports des organisations de la société civile. Même si la communauté internationale ne semble pas approuver la thèse d’un quelconque projet de balkanisation ou d’annexion, elle a néanmoins reconnu plus ou moins explicitement l’implication du Rwanda dans cette rébellion, et certains pays ont posé des gestes concrets dans le sens de décourager les ardeurs du Rwanda.

En même temps, pourtant, Joseph Kabila et son gouvernement semblent comme obsédés par la volonté de collaborer coûte que coûte avec leurs agresseurs désignés pour juguler la rébellion qu’ils sont censés soutenir : A Addis-Abeba c’étaient Kabila et Kagame pour entériner la décision de déployer une « force internationale neutre »à l’Est de la RDC ; à Kampala, c’étaient encore eux, sous l’égide d’un certain Yoweri Museveni, pour discuter de la matérialisation de leur absurde projet ; à Goma, c’est Kabarebe et ses collègues ougandais, congolais et autres qui discutent de l’opérationnalisation de la fameuse force. Et alors que le Rwanda est farouchement opposé à ce que MONUSCO fasse office de cette force neutre, ou même à ce qu’elle y participe, le Secrétaire Exécutif de la CIRGL, Monsieur Ntumba Luaba (un Congolais !) a annoncé hier qu’il avait été acquis que la « force internationale neutre » serait composée essentiellement de pays des grands-lacs et de pays africains. Probablement une manière de préparer l’opinion à s’accommoder déjà à l’adoption des desiderata du Rwanda qui allaient plutôt dans ce sens.

Incohérences et illogismes

Militaires rwandais et congolais
lors de la clôture des opérations Umoja Wetu en 2009
La RDC est le seul Etat du monde qui formule à l’endroit d’un autre Etat des accusations aussi graves que celles d’agression (« Nième agression » !) et de d’une « tentative de balkanisation », mais maintient intacts ses relations diplomatiques avec cet Etat. A Kinshasa on a beau tirer à boulets rouges sur le Rwanda, sur Kagame, …le drapeau rwandais flotte encore ostensiblement à Gombe, et celui de la RDC à Kiyovu. Et le Rwanda ose presque montrer à la RDC les choix à faire et ceux à éviter. C’est un peu comme loger votre ennemi dans votre chambre, manger à la même table que lui, et même lui demander où et comment il accepterait que vous le frappiez, pendant que lui fait tout à sa guise...    

Mais bon sang ! Y a-t-il quelque logique dans tout ceci ? Ou bien est-ce moi qui ne suis pas assez…politiquement mature pour comprendre ! En premier lieu, c’est la RDC qui est attaquée (par des Congolais ou des étrangers, peu importe) : c’est son intégrité territoriale et sa souveraineté qui sont en jeu. Ce qui signifie qu’il revient avant tout aux Congolais de se défendre de la meilleure manière qu’il leur convient. En second lieu, officiellement, le Rwanda (et l’Ouganda) ne sont pas parties à ce conflit « congolo-congolais » : en tout cas ces pays ne sont pas officiellement en guerre contre la RDC. Dès lors, pourquoi une « force neutre » ? Les FARDC ne sont pas pour le moment à mesure de mettre fin à cette rébellion. Mais si elles l’avaient été, auraient-elles eu besoin d’être neutres ? Je ne le pense pas.

La RDC a une intégrité et une souveraineté à défendre, et elle est libre de faire recours à qui elle veut ; d’utiliser tous les moyens possibles (dans les seules limites définies par le droit international) pour arriver à ses fins. La RDC n’a pas à quémander la permission de ses voisins (ni celle de toute autre puissance) ; elle n’a pas besoin de se plier à leurs caprices, surtout lorsque ces voisins sont aussi ses agresseurs, réels ou présumés. Ce dont la RDC a besoin, c’est d’un engagement quelconque mais loyal à ses côtés (non pas un engagement neutre, cela n’a aucun sens en l’espèce) ; c’est d’un appui humain, logistique, matériel et technique l’aider à en terminer une fois pour toutes avec cette sinistre aventure.    

Mais à Kinshasa, a-t-on une tête pour penser, ou des oreilles pour entendre ?   

Des personnalités politiques congolaises (parlementaires de la majorité comme ceux de l’opposition, présidents de formations politiques, …), des diplomates, des personnalités de la société civile, et même certains membres du gouvernement sont opposés à la manière dont le gouvernement se comporte face à la problématique M23, et sceptiques quant à l’efficacité de l’option d’une « force internationale neutre ». Les plus courageux d’entre eux le disent ouvertement, et certains (plus rares, c’est vrai) vont jusqu’à proposer des solutions alternatives concrètes.

La manifestation des jeunes mercredi à Goma, quoiqu’isolée, est elle-aussi symptomatique de l’opposition  de l’opinion publique à cette perspective. Pourtant le gouvernement s’entête. Entre temps des sources de la société civile à Rutshuru font état de nouvelles incursions rwandaises « pour renforcer le M23 ». Les déplacés de guerre entassés près de Goma vivent dans des conditions inhumaines, malgré les promesses de la CIRGL (et de l’Ouganda, comble d’ironie !) de leur venir en aide.

Qui est-ce qui gagne de ce temps qui court ? Bien malin serait qui répondrait que c’est la RDC…   

Quelle issue ?

Il y a quelques jours, sur ce blog, j’avais formulé quelques propositions comme solution alternative à l’option d’une « force internationale neutre » (voir http://congo-revolution.blogspot.com/2012/08/kampala-de-la-bassesse-au-sommet.html ). Je les crois toujours valables, bien que certainement imparfaites. Un parlementaire qui fait partie d’un panel de 11 députés nationaux élus du Nord-Kivu et chargés par le Bureau de l’assemblée nationale de suivre la question m’a soufflé qu’ils abondaient dans le même sens, à ceci près que pour eux la RDC devrait faire recours à un seul pays, au lieu de deux ou plusieurs, pour une meilleure coordination, et pour éviter la cacophonie comme celle qui avait failli enliser les militaires zimbabwéens engagés contre la rébellion du RCD. Ce qui me semble pertinent. Pourvu qu’au gouvernement, et surtout à la tête de l’exécutif, quelqu’un veuille bien les suivre !
Prêtres et acolytes catholiques lors
de la Marche des Chrétiens en juillet 2012

C’est des idées qui peuvent être mûries par des spécialistes, et être mises en œuvre rapidement. La RDC devrait geler carrément les discussions en court au niveau de la CIRGL, car aboutiront au mieux au report de la solution, au pire à l’enlisement de la crise. Elle devrait ensuite inviter les personnes qui ont des propositions alternatives et s’asseoir avec eux autour d’une table pour en choisir les meilleures (en termes d’efficacité et de réalisme), avant de chercher l’expertise nécessaire pour planifier leur opérationnalisation.

La solution définitive et durable à cette crise ne sera ni régionale, ni internationale : elle sera congolaise, ou elle ne sera pas du tout. En reprenant ses responsabilités (ce qui ne me semble pas être le cas actuellement), le gouvernement congolais gagnera confiance, considération et respect, et rétablira la souveraineté bafouée de ce grand pays.

Joseph Kabila a encore le temps et les moyens d’éviter à la RDC le scénario malien, qui lui serait défavorable à lui, et à tous les congolais d’ailleurs. J’espère de tout cœur qu’il entendra raison avant qu’il ne soit trop tard !     

Est de la RDC : des jeunes intellectuels se mobilisent contre le projet de la « Force internationale neutre »

Une quarantaine de jeunes intellectuels congolais ont manifesté ce mercredi 15 août devant l’hôtel IHUSI de Goma où se tenait la réunion du fameux Sous-Comité des ministres de la défense des Etats Membres de la CIRGL (la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs) qui doit notamment « proposer des éléments précis sur l’opérationnalisation de la Force internationale neutre ».

L’objectif de ces jeunes était de marquer leur ferme opposition au déploiement d’une Nième « force internationale » à l’Est de la RDC, de dénoncer l’impasse qui s’observe dans la l’éradication définitive des rébellions récurrentes aux Kivu, et de dire leur ras-le-bol face aux tergiversations de leur gouvernement qui n’arrive pas à trouver une solution claire et durable à l’actuelle crise sécuritaire générée par le « sinistre M23 ».     

Les mains liées en signé de non-violence, ces jeunes arboraient des affiches (suspendues à leur cou) sur lesquelles on pouvait lire, notamment :

« Nous attendons la paix, nous voulons des solutions et pas de demi-mesures ou des excuses ».

« Six millions de morts, soit trente millions de litres de sang des congolais versé gratuitement et injustement, c’en est trop ».

« Non à une force internationale de trop, OUI AU RENFORCEMENT DES CAPACITES DES FARDC ET AU CHANGEMENT DU MANDAT DE LA MONUSCO (…) ».

« Faites vite, nous voulons regagner nos villages et nos territoires car nos champs nous y attendent ».

« Deux décennies de conférence en conférence, des rencontres en rencontres, de négociations en négociations. A quand la paix effective à l’Est de la RDC ? »

« Communauté internationale, à quoi sert le fameux Chapitre VII ?»


Une action lourde de sens  

C’est la première fois dans l’histoire du Nord-Kivu qu’on voit des jeunes intellectuels se mobiliser et manifester pacifiquement leur opposition, leur indignation, tout en proposant la meilleure solution à leurs yeux sur un sujet aussi sensible que celui de la rébellion du M23. Un important dispositif sécuritaire était déployé autour de l’hôtel IHUSI, pourtant ils ont pu arriver jusqu’à l’entrée de l’hôtel sans que les militaires ne se rendent compte que c’étaient des manifestants. Par la suite, la police a essayé de les chasser brutalement des lieux, mais elle n’a pas réussi. On aurait pu les arrêter, les disperser à coup de bâtons (ou de balles !), … Mais peut-être est-ce la magie de la non-violence qui a fonctionné ! En tout cas, la manifestation s’est tenue comme prévu, et le message que ces braves jeunes voulaient faire passer est arrivé aux oreilles des destinataires.

Vous vous posez sans doute la question de savoir ce que cela peut bien faire pour le gouvernement congolais ou pour la CIRGL que quelques dizaines de jeunes manifestent publiquement leur opposition à leur plan ? Que ces jeunes soient quelques dizaines ou des milliers ; que leur action ait ou non quelque influence sur les décisions des politiques ; là n’est pas la question. L’essentiel est dans la symbolique d’un éveil de la conscience et d’une veille citoyenne qui se raffermissent parmi les jeunes congolais – et pas n’importe lesquels : des jeunes instruits. Une véritable révolte constructive, résultante d’un ras-le-bol évident et prévisible de la part de l’élite juvénile congolaise, est entrain de d’émerger : c’est une bonne nouvelle pour ceux qui croient et se consacrent  honnêtement à l’avènement de la paix durable et de la résilience en République Démocratique du Congo, tandis que c’est la perspective la plus redoutable et la plus inattendue pour ceux qui, au Congo ou à l’étranger, ne souhaitent pas voir poindre à l’orient congolais le soleil d’un tel jour de gloire…

En fin de compte, la jeunesse commence à oser défier la peur, la violence et les intimidations de ceux qui préféreraient guider la RDC là où bon leur semble, et c’est déjà ça de gagné. Demain, qui sait, ce seront peut-être des centaines de jeunes congolais, puis des milliers et des millions qui diront non aux politiques machiavéliques ; qui dénonceront les coupables légèretés ; qui démasqueront les complicités dans la décadence de la Nation ; qui proposeront des solutions, même radicales, mais efficaces ; qui refuseront de demeurer les otages d’une classe politique défaillante ; qui cesseront de s’apitoyer sur leur sort ou de se plaindre, et qui prendront les choses en mains, tout simplement …        
  

vendredi 10 août 2012

Kampala, de la bassesse au Sommet ! Pourquoi l'idée d'une "Force internationale neutre" ne tient pas la route


De gauche à droite: P. Kagame, M. Kikwete, M. Kaguta et J. Kabila.
Photo radiookapi.net
Comme on pouvait s’y attendre, le « Sommet » de Kampala de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) de ces 7 et 8 août 2012 n’a abouti sur aucune avancée concrète en termes de solution – ou même de début de solution – à l’épineuse problématique de la rébellion du « Mouvement du 23 mars » à la base d’une grave crise sécuritaire à l’Est de la RDC depuis plusieurs mois maintenant.

Les chefs d’Etats et de gouvernements de la CIRGL se réunissaient à Kampala consécutivement à un autre « sommet », d’Addis-Abeba celui-là, au cours duquel il avait été arrêté le principe de l’envoi à l’Est de la RDC d’une « Force internationale neutre » qui serait chargée d’éradiquer le M23 et les FDLR, entre autres « forces négatives », et de surveiller la frontière commune entre la RDC et le Rwanda.

La rencontre de Kampala qui se déroulait après celle des Ministres de la Défense de la CIRGL tenue à Khartoum la semaine dernière devait déterminer les modalités de la mise en place et du déploiement de cette Force « neutre » : composition, termes précis et durée du mandat, pays fournisseurs de troupes, financement, etc. Une autre rencontre regroupant les ministres de la Défense et des affaires étrangères a par ailleurs précédé celle des Chefs d’Etats, à Kampala même, le lundi 6 août. Sur les onze pays membres de la CIRGL, seuls quatre étaient représentés au plus haut niveau à Kampala, à savoir la RD Congo, le Rwanda, l’Ouganda et la Tanzanie.

Une partie de loisir pour les Quatre, ou un affront diplomatique pour la RDC ?

P. Kagame et J. Kabila.
Photo radiookapi.net
Les photos des Quatre K : Kabila, Kagame, Kaguta et Kikwete, costumes impeccables et large sourire aux lèvres, tels de grands PDG venant de conclure ensemble une grosse affaire, ont fait la une des médias. Même le premier – Kabila – dont le pays est concerné au premier plan par la situation créée par ce très ambiguë M23… Même lui faisait apparaître une joie innocente à faire pâlir d’envie ses compatriotes en villégiature (?) forcée à Kibati et Kanyarucinya.    





Nos Quatre Braves ont décidé de ne pas décider du tout, mais de confier plutôt la tâche à leurs ministres de la défense. « Nous allons nous revoir dans quatre semaines pour apprécier ce que les ministres auront fait, et la suite on verra… »  Quatre semaines ce n’est pas bien trop, après tout, surtout lorsqu’on dort à la belle étoile, affamé et assoiffé, puisque dans ces conditions c’est à peine si l’on voit passer les jours !

Les larmes et le désarroi de ce pauvre enfant déplacé de guerre
contraste avec le sourire insouciant arboré
 par son gardien de Président
Photo J. Mobert (le 29 août 2012. Camp de Kanyaruchinya)
Enfin, bref ! Le sommet a été une pure bassesse ; du temps et de l’argent perdus ; une illusion d’espoir avortée pour les Congolais (toujours naïfs ?) qui avaient placé quelque espoir en cette Force-à-tout-résoudre.
Les choses se sont achoppées au niveau de la configuration et de la composition de cette soi-disant Force internationale neutre : le Rwanda de Kagame voudrait d’une Force composée de militaires des pays de la région. Surtout, il est hostile à toute implication de la MONUSCO (la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation de la RD Congo) qu’il accuse de n’avoir pas pu apporter la paix en RD Congo en plus de dix ans de présence, malgré ses 19 000 hommes et son budget annuel d’un milliard de dollars, et de n’être pas neutre (notamment suite au rapport de la MONUSCO faisant état du soutien militaire du Rwanda à la rébellion du M23).

La RD Congo a eu bon, semble-t-il, bénéficier du soutien politique de la plupart des pays membres de la CIRGL, elle n’a pas réussi à infléchir la position du Rwanda. Le prochain sommet qui est annoncé pour la mi-septembre risque de tourner court, lui aussi, à moins que la RD Congo ne concède à la volonté affichée du Rwanda d’exclure la MONUSCO de ce processus.

Un jeu faussé à l’avance

L’échec du sommet de Kampala ne me surprend guère, tant il me semble que dès le départ, la RD Congo ne maîtrisait pas le jeu dans lequel il s’entraîne. Cela se vérifie à au moins deux niveaux.  
D’abord celui de l’idée-même de déployer une Force internationale « neutre » au Nord-Kivu ; ensuite, et à supposer que cette idée soit acceptable, celui du choix des interlocuteurs et/ou du facilitateur pour sa matérialisation.

A.      Du point de vue du principe de mettre en place une Force internationale « neutre » pour rétablir la sécurité à l’Est de la RDC (en éradiquant les groupes rebelles dont le M23 et les FDLR) et de surveiller la frontière entre la RDC et le Rwanda : dans le contexte actuel de la RDC et de la sous-région, l’idée me paraît non seulement irréfléchie, mais aussi contre-productive pour la paix et la sécurité durables ainsi que le développement de la RDC, et cela pour diverses raisons, dont voici les principales :

-          De par le droit international, la RDC en tant qu’Etat souverain et indépendant n’avait et n’a pas besoin de consulter d’autres Etats ou quelque organisation internationale, et encore moins ses prétendus agresseurs (en l’occurrence le Rwanda et l’Ouganda) pour mobiliser une Force (internationale, bilatérale, tierce) censée l’aider à mettre fin à une insurrection (ou une rébellion, peu importe) qui sévit sur son territoire, et qui est « menée par ses propres ressortissants ».  Le Rwanda prétend qu’il n’est pour rien dans ce qui se passe à l’Est de la RDC, et que c’est un problème congolo-congolais. L’Ouganda affirme la même chose. Que cela soit vrai ou faux, ça ne change rien au fait que la paix et la sécurité de la RDC sont perturbées, et que son gouvernement a le droit et l’obligation de les rétablir. Il appartenait donc à la RDC de décider de la façon dont elle règle le problème, des moyens qu’elle met en œuvre, des personnes qu’elle associe, etc. Ce serait alors au Rwanda et à l’Ouganda de rester neutre comme ils le prétendent, en se contentant de surveiller, à partir de leur territoire, leurs frontières respectives au cas où un rebelle traqué de l’autre côté voudrait les embêter.

-          Pourquoi « neutre » ? Si la RDC recourt à une puissance amie ou à une organisation internationale pour l’aider à juguler un problème qui lui est prétendument interne, la force qu’on lui prêterait a-t-elle à être neutre ? Neutre par rapport à quelles parties, puisque le territoire est le sien, et ses voisins assurent qu’ils n’y sont pour rien ? A mon avis,  cette force doit être tout sauf neutre : elle doit être du côté de ceux qui l’ont invitée ; ceux dont la paix et la sécurité sont perturbées ; en l’occurrence, la RDC. Ce ne peut être qu’une force d’appui à la force nationale (les FARDC) qui, pour des raisons je suppose réelles et involontaires d’insuffisance de moyens, n’est pas arrivée à faire face seule à la rébellion. Sinon, si les FARDC étaient assez fortes pour battre seules le M23 et éradiquer les FDLR, leur demanderait-on à elles aussi d’être neutres ? Non, elles ont un parti pris, un camp : c’est la RDC.

-          Il y a en RDC une Force internationale qui s’appelle MONUSCO. Elle est sous mandat des Nations-Unies dont le Rwanda lui-même est membre (soit dit en passant, si le Rwanda trouve l’ONU si médiocre et si inutile, pourquoi il ne s’en retire pas carrément ? Il en a le droit). La MONUSCO est forte de presque 20 000 hommes dont la plupart sont déployés aux Kivu, et dispose de moyens matériels et techniques suffisants, en plus de sa connaissance de la RDC. Pourrait-il y avoir force internationale (théoriquement) plus efficace et plus persuasive ? Je ne pense pas.

-          En pratique, les opérations UMOJA WETU co-planifiées et exécutées par les armées congolaise et rwandaise en 2009 n’ont pas produit les résultats escomptés, ce qui explique que l’on parle encore aujourd’hui des FDLR qu’elles étaient censées éradiquer définitivement. Leur impact a même été jugé contre-productif par de nombreuses organisations de la société civile. La Force internationale (ou « régionale ») serait-elle plus prolifique ? Répondre par l’affirmative relèverait de la pure spéculation.

B.      Du point de vue du choix par la RDC de ses interlocuteurs/facilitateurs dans cette crise :

-          Je relève que la diplomatie congolaise a commencé par crier partout que le pays était agressé ; que la communauté internationale devait demander au Rwanda de cesser son soutien au M23 ; etc. Sa voix a peut-être été entendue, et on a vu certaines puissances occidentales poser des gestes d’une apparente rigueur à l’égard du Rwanda. Elles ont suspendu leur aide à ce pays (pour combien de temps ? Sont-ce des gestes sincères ? Je n’ose savoir). Mais ces résultats de ce que j’appellerais la diplomatie du perroquet ont eu quel effet réel sur la situation sécuritaire et humanitaire dans le Rutshuru, le Nyiragongo ou le Masisi ? Que piètre !

-          Par ailleurs, la RDC qui accuse le Rwanda et, à demi-mot, l’Ouganda, de soutenir la rébellion du M23, voudrait encore compter sur eux pour mettre en place une Force internationale censée mettre fin à ce que le ministre de l’information appelle « leur aventure ». Le comble, cette Force reçoit le qualificatif de « neutre ».

-          Et pour couronner le tout, Joseph Kabila trouve que le Museveni est à même, dans ces conditions, de jouer aux facilitateurs et d’être l’hôte des « sommets-de-la-solution » sous prétexte qu’il est le président en exercice de la CIRGL. Manque de discernement, d’intelligence, ou volonté d’égarer la population dans des palabres dont il connaît les tenants et les aboutissants ? J’aimerais pouvoir me répondre à moi-même !

Quelle alternative ? 

Je suis très pessimiste quant à une panacée qui tomberait hier ou demain de la CIRGL pour mettre un terme à la crise militaire à l’Est de la RDC. J’espère de tout cœur que les autorités congolaises vont avoir vite l’intelligence et la sagesse de cesser de renoncer à cette idée absurde d’une Force internationale « neutre », car même si par quelque miracle elle venait à se réaliser, elle n’est et ne sera jamais une solution efficace et durable à la problématique de la paix et de la sécurité à l’Est de la RDC.

En revanche, pour éradiquer définitivement le M23 et tous les groupes armés de son acabit sans avoir à compter sur une hypothétique Force internationale neutre, je propose aux autorités congolaises une stratégie en cinq temps successifs que voici :

1.       Demander qu’il soit créé à l’ONU un comité spécial de surveillance des frontières de l’Est de la RDC, auquel la MONUSCO peut prendre part, avec des moyens techniques conséquents, de façon à s’assurer qu’aucun pays voisin de l’Est ne fournit (plus) un soutien quelconque au M23 ou aux autres groupes rebelles : une sorte de mur virtuel étendu sur terre, sur mer et dans l’espace aérien (surveillance par drones, par satellite, …) ;

2.       S’engager solennellement, devant le peuple souverain, à entamer dans un délai raisonnable (six mois maximum) la création – je dis création, pas réforme – d’une nouvelle armée véritablement républicaine, apolitique et professionnelle ; et à procéder à des réformes  institutionnelles réelles en matière de : décentralisation, justice, partis politiques, élections, éradication de la corruption, respect des droits humains, avec un plan clair et réaliste ;

3.       Enjoindre le M23 et tous ses soutiens à déposer les armes ; poursuivre tous ceux qui ont pu commettre des crimes et mettre en garde les autres. Enjoindre tous les Hutu rwandais à déposer les armes en leur donnant la possibilité, soit de s’établir en RDC (loin de la frontière rwandaise) ou ailleurs comme réfugiés, soit de retourner volontairement  au Rwanda ;    

4.       Solliciter l’intervention des pays amis, à titre individuel, pour d’épauler militairement et matériellement les FARDC en vue de combattre tout groupe armé réfractaire et de le vaincre par la force. Passer à l’acte au plus tard le 1er octobre 2012, en cas de réticence, d’opposition ou d’entêtement par quelque groupe ou quelque personne. (L’aide militaire étrangère est ainsi un moyen transitoire car la formation d’une nouvelle armée prendra certainement du temps, or la résolution de la crise sécuritaire au Nord-Kivu est une urgence) ;  

5.       Organiser un Dialogue national inclusif apaisé sur la bonne gouvernance et le développement de la RDC, et suivre scrupuleusement les recommandations qui en sortiraient.
A mon sens, l’ensemble de cette stratégie peut être exécutée en 12 mois, hormis le processus de formation (ou création) d’une nouvelle armée qui, naturellement, peut s’étendre sur davantage de temps.

  

jeudi 2 août 2012

Guerre du Nord-Kivu : Joseph Kabila « opte » pour l'indécision !

« L’événement est assez rare pour être remarqué : Joseph Kabila s’est confié à la presse ce dimanche à Kinshasa. Entre autres points abordés lors de cette conférence de presse : le très controversé sommet de la Francophonie prévu à Kinshasa au mois d’octobre ainsi que l’épineuse question de la rébellion du M23 qui sévit à l’Est de la République Démocratique du Congo ». C’est en ces termes que la plupart des médias internationaux ont rapporté l’intervention du Chef de l’Etat rd-congolais dimanche soir à Kinshasa, point de presse qui a été relayé par la radio et la télévision nationales. 

C’est vrai que le Président Kabila s’adresse rarement à la presse. Ses collaborateurs justifient cette attitude en le présentant comme un homme qui pense et fait plus qu’il ne parle ; ce qu’ils disent être un signe de sagesse et de grandeur. Lui-même a d’ailleurs emprunté (ou inventé !) un adage selon lequel l’on serait « maître de son silence, et esclave de sa parole ». Ses détracteurs pensent au contraire qu’il parle rarement parce qu’il a rarement des choses pertinentes à dire, ou parce qu’il préfère entretenir une sorte de confusion permanente sur sa vraie personnalité, ou parce qu’il a rarement des réponses convaincantes aux défis que pose la vie de la Nation congolaise...   

Trêve de polémique sur les interprétations de l’attitude du Chef de l’Etat… L’essentiel ici c’est que certains Congolais ont dû se frotter les mains à l’annonce de cette conférence de presse. A Goma – ville quasiment assiégée, qui vit heure après heure dans la psychose et l’incertitude – les plus crédules attendaient beaucoup la position du Président de la République sur la sinistre guerre du « M23 » qui déchire à nouveau le Nord-Kivu, et qui a déjà (re)mis sur la route des milliers de congolais ; ils attendaient surtout la solution qu’il préconiserait, après les nombreuses déboires des FARDC sur le front, les rencontres d’Addis-Abeba, et le positionnement on ne peut plus clair de son gouvernement au sujet de l’implication du Rwanda dans cette guerre.

On n’a pas besoin de procéder à un sondage d’opinions pour savoir ce qu’était le sentiment des Congolais après la conférence du Président de la République : je peux parier qu’ils ne sont pas nombreux ceux qui ont trouvé quelque pertinence à cette intervention qui était tout sauf  un événement, hormis bien sûr les flatteurs et les opportunistes qui bénéficient d’une manière ou d’une autre du « système Kabila ». Suivez mon regard…

Vous parlez d’option ? Vous plaisantez !

Joseph Kabila préconise « soit l’option diplomatique, soit l’option politique, soit l’option militaire, soit les trois à la fois ». Interdiction formelle de s’exclamer, le Président de la République a parlé. Eh oui ! Il a parlé, et si les Congolais font semblant de ne pas comprendre, c’est bien leur problème…
Non, sérieusement : ou bien Kabila a une option, ou bien il n’en a pas du tout. Je pense qu’il n’en a pas, et à ce sujet, son silence était infiniment plus précieux… 

Je m’explique : 

Primo,il y a de l’indétermination dans son propos. Les trois « options » avancées sont les seules voies possibles pour résoudre un conflit comme celui créé actuellement par le M23 au Nord-Kivu (à moins de considérer l’intersession et la prière comme une option,  « spirituelle » celle-là !). Le Président Kabila n’a pas pris position pour dire clairement aux Congolais laquelle des trois options il préconisait. Pour lui, c’est soit la première, soit la deuxième, soit la troisième, soit les trois à la fois. N’est-ce pas un exemple patent de tâtonnement, de manque de position…pour ne pas dire d’absurdité sur un sujet aussi important, qui touche en même temps la souveraineté nationale et la vie de millions de citoyens. Comment Joseph Kabila, que l’encyclopédie Encarta présente comme « un esprit aiguisé » peut-il être aussi ambigu et superflu ? 

Secundo, la voie politique signifie faire des pourparlers, négocier, en vue de trouver un compromis qui permette de mettre fin aux hostilités. Ce qui sous-entend que le gouvernement serait prêt à répondre aux revendications du M23, ne serait-ce qu’en partie. Or, les autorités gouvernementales n’ont de cesse à déclarer qu’ils ne négocieront pas avec le M23. En même temps, elles se disent favorables à l’idée d’une évaluation de l’Accord du 23 mars, « sous l’égide de la communauté internationale » ; évaluation qui n’a aucune raison d’être si elle ne doit pas aboutir à un compromis sur base du bilan que les deux parties auront fait de l’application de ce fameux accord. En clair, ce n’est pas seulement Joseph Kabila qui ne sait pas ce qu’il veut ni ce qu’il faut, mais bien l’ensemble de son gouvernement. 

Quant à l’option diplomatique, je me demande bien ce que le Président Kabila entend par là : est-ce les démarches pour obtenir de la communauté internationale la condamnation du Rwanda ou la prise de sanctions économiques à son encontre ? Je ne vois pas en quoi ceci peut constituer une solution durable à ce problème récurrent d'insurrections et de rébellions à l'Est de la RDC. Non seulement le Rwanda continue de nier son implication dans cette guerre (et le rapport du panel de l’ONU pourrait être revu d’ici le mois de novembre après les observations formulées par les autorités rwandaises), mais aussi la décision prise ces derniers jours par un certain nombre de pays occidentaux de suspendre leur aide au Rwanda ne semble pas avoir dissuadé le M23 de progresser sur le front au Nord-Kivu. Au contraire, ce mouvement continue de gagner du terrain. Bien plus, comment accuser une certaine communauté internationale d’être l’instigatrice d’un certain complot visant à balkaniser la RDC ou à piller ses ressources, et en même temps croire qu’elle pourrait apporter une solution à ce conflit ? C’est une attitude paradoxale, irraisonnable et incohérente qui prouve bien que les autorités congolaises n’ont pas ne maîtrisent pas leur politique, ou alors qu’elles connaissent les véritables enjeux de cette guerre, mais qu’elles préfèrent jouer à la diversion.   

L’option militaire qui était privilégiée depuis le début a montré ses limites. Malgré le déploiement à Rutshuru des unités « bien formées » par des instructeurs étrangers, les FARDC ont subi plusieurs revers et abandonné aux mains du M23 de nombreuses armes et munitions. On en est au point où la MONUSCO met publiquement en cause la capacité des FARDC à défendre la ville de Goma au cas où le M23 décidait de l’attaquer. Joseph Kabila ne peut donc compter ni sur son armée, ni sur la MONUSCO (dont la présence à Bunagana et à Rutshuru n’a pas empêché les mutins de s’emparer de ces cités stratégiques), et encore moins sur la fameuse « force internationale neutre », dont la mise en place et le déploiement sont incertains, du moins dans l’immédiat. 

En fin de compte, on est dans l’impasse, et le Président de la République ne semble pas avoir la solution. Joseph Kabila et son gouvernement savent qu’ils finiront par négocier avec le M23, en dépit de toutes les incongruités qui vont avec cette perspective. Ont-ils le choix ? Je ne pense pas. La négociation est pour le moment la seule option réaliste à prendre. Sauf que comme en 2009, ils sont en position de faiblesse et devront se soumettre à tous les caprices des rebelles. Le malheur c’est que dans ces conditions le gouvernement congolais accepte toujours tout pour donner un sursis à la menace, ce qui entretient le cercle vicieux des rébellions et des insurrections. 

Manque de modestie de la part du gouvernement congolais 

L’opinion congolaise est lasse de négociations, de pourparlers, d’accords, et de ces éternels recommencements. Elle aimerait voir son gouvernement répondre de manière forte à cette mutinerie – ou à cette agression, peu importe l’appellation – et y mettre définitivement fin. A un moment, le gouvernement a fait croire qu’il tenait lui aussi à cette option forte, et qu’il en avait la capacité. Ce manque de modestie empêche les autorités à dire clairement qu’elles n’ont pas d’autre choix que de négocier avec le M23. D’où la sortie en fin de semaine dernière du gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya, qui s’est appuyé sur la déclaration du Coordonnateur de la société civile du Nord-Kivu pour affirmer que le gouvernement était favorable à l’idée d’évaluer l’accord du 23 mars 2009, « sous l’égide de la communauté internationale ».
Hélas, la déclaration du prétendu Président de la société civile ne reflète pas l’opinion majoritaire de la population du Nord-Kivu (il a d’ailleurs été rapidement contredit par son collègue de la société civile de Beni/Butembo, et sa sortie a été très mal accueillie par la majorité de l’élite intellectuelle de la province). Visiblement, cette idée d’une évaluation est récupérée par les autorités de Kinshasa en vue de couvrir l’opprobre que suscitera immanquablement leur revirement de l’option forte à la solution négociée. Elles voudraient bien faire endosser l’initiative des négociations à un tiers, en l’occurrence la société civile. 

Mais si tout ça n’était que de la diversion ? 

Le Président Kabila n’a pas intérêt à négocier. D’ailleurs, que va-t-il offrir d’autre qu’il n’a pas offert au CNDP en 2009 ? Réintégrer Makenga et sa troupe au sein des FARDC ? Remettre en cause sa propre réélection en s’engageant à faire connaître « la vérité des urnes » comme le réclame le M23 ? La population est tellement lassée de ces guerres à répétition et de la manière dont le gouvernement  les gère, qu’il y a lieu de penser que de nouvelles négociations pourraient ne pas emporter son adhésion. 

Par ailleurs, il y a cette histoire de « complot de la balkanisation de la RDC » qui existe peut-être réellement. La désorganisation et les dysfonctionnements des FARDC dont Kinshasa semble ne pas se préoccuper comme il se devait, préférant s’adonner à de fallacieux jeux diplomatiques et politiques, laisse penser que certaines personnalités politiques et militaires à la tête même de l’Etat ont d’autres agendas. Auquel cas tout ce folklore ne servirait qu’à gagner le temps, soit pour permettre de réajuster les manettes, soit pour donner l’illusion d’une bonne foi et d’un sincère engagement à mettre fin à la guerre de la part des autorités qui en sont à la fois les instigateurs. L’exemple-type des pompiers-pyromanes…

En tout cas, à l’allure où vont les choses, je commence à douter sérieusement de la volonté du Président Kabila et son gouvernement de mettre fin à l’aventure (ou au projet ?) du M23 et de ses commanditaires supposés. De là à penser qu’ils seraient complices de tout ce qui se trame, au détriment de la RDC et de ses paisibles citoyens, il y a un pas que je n’ose pas (encore) franchir.