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mardi 12 novembre 2013

Est de la RD Congo: Ces guerres..."au nom des Tutsis !"

Minova: Des enfants dans un camp spontané pour déplacés internes ayant fui les violences dans le territoire de Masisi. Photo: JMobert.

Par Jean-Mobert N.Senga

1996 : la guerre qui allait emporter le régime trentenaire de Mobutu éclate, quelque part au Sud-Kivu, dans l'est de la République Démocratique du Congo. En première ligne se trouvent les Banyamulenge – ces Tutsis Congolais vivant principalement dans les plateaux de Mulenge au Sud-Kivu et dont la citoyenneté zaïroise était déniée par les caciques du Mouvement populaire de la Révolution, parti-Etat. Ils ont pour principaux alliés, si pas meneurs, d’autres Tutsis – étrangers, ceux-là – les militaires de l’Armée Patriotique Rwandaise venus de l’autre côté de la rivière Ruzizi, chez le minuscule voisin de la RDC, le Rwanda, où ils venaient fraîchement de renverser le régime du Hutu et ami personnel de Mobutu, le général Juvénal Habyarimana.

Deux ans plus tard, presque jour pour jour, alors que la rébellion de l’AFDL dans laquelle les Banyamulenge et d’autres Tutsis Congolais s’étaient tant investis dirige désormais le pays, avec à sa tête Laurent-Désiré Kabila, une autre rébellion éclate : le Rassemblement Congolais pour la Démocratie. Elle fait suite à l’endurcissement de ton – appelons - le comme cela – par Laurent-Désiré Kabila à l’égard de ses parrains Tutsis (Congolais et Rwandais). Soutenu également par le Rwanda, le RCD occupera jusqu’à la moitié du territoire national et durera jusqu’à la transition politique de 2003. Entretemps, le « traître » Laurent-Désiré Kabila – « traître » aux yeux des Tutsis et du Rwanda ayant substantiellement contribué à le faire installer au pouvoir – aura été assassiné dans des circonstances encore troubles à ce jour. Victime de la revanche des Tutsis qui lui en voulaient de les avoir trahis ? C’est l’une des hypothèses plausibles...

En 2003, à la suite d'âpres négociations entre Kinshasa et ses rébellions, un Tutsi (Munyamulenge) occupera le poste de vice-président pour la première fois dans l'histoire du Congo, en la personne d’Azarias Ruberwa Manywa, tandis que de nombreux autres seront déversés dans l’armée, la police, les services des renseignements et l’administration publique. Pour la première fois aussi, en 2006, un Tutsi – le même Azarias Ruberwa – sera candidat à l’élection présidentielle. Pourtant, à peine le « nouveau président » Joseph Kabila élu, d’autres Tutsis tentent une rébellion : Jules Mutebusi et Laurent Nkunda. Ayant échoué au Sud-Kivu, ce dernier émigre au Nord-Kivu où il crée, quelques mois plus tard, le « Congrès National pour la Défense du Peuple » (CNDP). En réalité, c’est un « Congrès pour la défense des Tutsis » qu’il estime marginalisés, forcés à l’exile au Rwanda et dans d’autres pays, et menacés par les rebelles Hutu rwandais installés au Congo depuis 1994. Au fur et à mesure des péripéties, on ira jusqu’à la création, début 2012, de l'actuel « Mouvement du 23 Mars » (M23) qui occupait encore il y a quelques jours une partie importante du Nord-Kivu.

De Azarias Ruberwa, Bizima Karaha, à Bosco Ntaganda, Sultani Makenga, en passant par Laurent Nkunda, les chefs de guerre Tutsis qui mènent les rébellions en République Démocratique du Congo prétendent lutter pour les droits de leurs frères Tutsis : droit à la nationalité, droit à être considérés dans la vie nationale, droit à retourner au pays pour les exilés, etc. Mais la main du régime Tutsi du Rwanda n’est jamais loin de toutes ces intrigues guerrières, si bien que les Tutsis sont de plus en plus indexés – collectivement, hélas ! – comme étant en grande partie à la base des souffrances endurées par les populations congolaises. L’idée qu’il y aurait un plan d’instaurer un empire Tutsi-Hima dans la région, ou encore d’opérer la partition de l’Est de la RDC à leur faveur a fait long feu. Le président Joseph Kabila, accusé à tort ou à raison d’incompétence est lui-même taxé de Tutsi ou de Rwandais. Mais bien sûr l’exacerbation, parmi les autres Congolais, du ressentiment envers les Tutsis n’est pas l’unique conséquence de ces rébellions menées en leur nom. D’une part, outre les millions de morts depuis 1996, des millions de gens ont dû fuir leurs maisons et leurs villages pour s’installer en lieux relativement plus sûrs au pays ou à l’étranger. La perte des biens, l’abandon de l’école pour des millions d’enfants, le viol massif des femmes, …sont autant d’autres conséquences. D’autre part, la situation des Tutsis Congolais ne s’est guère améliorée; bien au contraire. Des milliers d’entre eux vivent en exile depuis des décennies, et les guerres que l’on mène en leur nom sont loin de leur permettre un retour serein, voir un retour tout court.

Bref, comme le résumait si bien dans une interview Enock Ruberangabo, le lucide président de la communauté Banyamulenge de la RDC, les Tutsis Congolais sont « doublement victimes » des guerres chroniques que connaît la République Démocratique du Congo : comme d’autres Congolais, tout d’abord, ils vivent au quotidien les violences, l’exile et la misère ; et comme Tutsis, ils sont désignés comme étant les coupables, marginalisés, exclus, haïs, honnis par les autres communautés. Or, bien peu parmi les Tutsis ordinaires sont ceux qui trouvent leur compte dans cette folie, dont seuls quelques officiers militaires, hommes d’affaires et politiciens connaissent les tenants et les aboutissants. On en dirait autant, d’ailleurs, pour les autres groupes armés soi-disant communautaires (Hunde, Hutu, Lega, Nyanga, Tembo, Shi, etc.), dont seule une poignée de manipulateurs sont toujours bénéficiaires, et qui n’en embrasent pas moins les communautés tribales et ethniques, en les opposant les unes aux autres.

Alors, ces guerres et ces violences valent-elles vraiment la peine ? A qui profite-t-elles réellement ? Rarement à ceux dont elles portent abusivement le nom, qu’ils s’appellent Tutsi, Hunde, Lega, Hutu, Nyanga, Nande ou Tembo. Le jour où la population aura intériorisé cette réalité, personne ne pourra plus se servir de l’instrumentalisation ethnique pour justifier ou essayer de légitimer les violences. Et heureusement que ce jour est entrain de poindre à l’horizon, puisque de plus en plus de gens réalisent combien on est tous perdants dans la guerre ; combien les guerres qui opposent les uns aux autres ont toujours leur manipulateur, au pays ou à l’étranger, qui en tire parti et qui a intérêt à ce qu’elles perdurent.

Article publié initialement sur le site de Christoph Vogel (le 12 novembre 2013) dans le cadre des essais "Amani Itakuya", sur ce lien : http://christophvogel.net/2013/11/12/amani-itakuya-14-est-de-la-rdc-ces-guerresau-nom-des-tutsis/

samedi 26 octobre 2013

RD Congo - Rwanda : la guerre ouverte est-elle déclarée ?

"Les troupes rwandaises sont prêtes à riposter à l'intérieur de la République démocratique du Congo , si jamais il y a de nouveaux bombardements transfrontaliers sur le sol du Rwanda, a déclaré vendredi à New York l'ambassadeur Richard Gasana, chef de la mission permanente du Rwanda auprès de l'ONU, au sortir d'une audience de briefing avec les autres membres du Conseil de sécurité.

Une véritable déclaration de guerre à la RD Congo, qui accuse pourtant le Rwanda d'être le principal instigateur de la rébellion du M23 à laquelle les Forces armées congolaises sont confrontées depuis avril 2012, et qui occupe un territoire relativement étendu, le long de la frontière commune avec le Rwanda, dans la province du Nord-Kivu. Les allégations du gouvernement de la RDC s'appuient sur le rapport du Groupe d'experts de l'ONU rendu public l'année dernière, ainsi que sur plusieurs autres rapports de l'ONU et des ONG, et ont été expressément confirmées par plusieurs Etats puissants dont les Etats-Unis d'Amérique qui ont d'ailleurs pris des sanctions contre le Rwanda.

Le Rwanda a accusé l'armée congolaise d'avoir tiré trois obus sur son territoire au cours d'une nouvelle flambée de combats avec les rebelles près de la frontière, autour de la localité de Kibumba, à une trentaine de kilomètres au nord de la ville de Goma. «S'ils ne sont pas prêts à arrêter cela, nous agirons immédiatement et ça va faire mal", a dit déclaré à l'Agence France Presse le diplomate rwandais à l'ONU. «Nous le ferons avec la précision du laser , car nous savons d'où les tirs proviennent », a-t-il renchéri.

Le Rwanda est actuellement un membre non permanent du Conseil de sécurité et Gasana a dit qu'il a donné un message clair de son gouvernement aux 14 autres Membres. Le conseil a demandé une enquête sur l'origine des tirs, ont indiqué diplomatiques. Il existe dans la région un "mécanisme conjoint de vérification", mis en place par la Conférence internationale sur la région des Grands-Lacs (CIRGL), et dont fait désormais partie la MONUSCO, qui est chargé de faire des vérifications sur de telles allégations. Sauf que son fonctionnement est sujette à caution...

L'ambassadeur rwandais a conclu : "Nous leur demandons de s'entendre ... et d'amener leurs combats loin de notre frontière. Nous avons déjà prévenu le gouvernement de Kinshasa ". Gasana a déclaré que le Conseil de sécurité avait été «très sympathique » à son message.

Les pourparlers de Kampala entre les rebelles du M23 et le gouvernement de la RDC butent à un nouveau blocage, après leur reprise la semaine dernière. Ils pourraient se poursuivre à partir de dimanche prochain. L'enjeu des combats qui ont resurgi au nord de Goma semble être davantage une pression sur ces pourparlers plutôt que de révéler une quelconque volonté des deux belligérants de régler la crise par les armes.

Article réalisé avec des extraits d'une dépêche de l'AFP. 

RD Congo. FARDC - M23 : ultime guerre ou ultimes enchères ?

Vingt-quatre heures seulement après l’intervention controversée du président Congolais Joseph Kabila devant les deux Chambres du parlement, et alors que les pourparlers de sont de nouveau dans l’impasse, de violents combats ont repris vendredi 25 octobre entre l’armée congolaise et les rebelles du M23.
Carte de la zone autour de Goma & Kibumba.
La ligne en grand trait blanc indique la frontière RDC-Rwanda.
Photo GoogleMap.
(Cliquer dans l'image pour agrandir si besoin)
Les habitants de Kibumba – une bourgade située à une trentaine de kilomètres au nord de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu – ont été réveillés dans la nuit de jeudi à vendredi par les bruits des balles, et ont dû fuir par milliers, les uns vers le Rwanda voisin, les autres vers Kanyaruchinya plus au sud. Les deux parties – Forces armées de la RD Congo (FARDC) et rebelles du M23 – se sont accusés mutuellement d’avoir provoqué la reprise de ces combats qui se sont poursuivis toute la journée de vendredi. Dans la soirée, l’armée congolaise affirmait avoir pris le contrôle de la bourgade de Kibumba et d’autres villages environnants tels que Buhumba et Butebo, ce que démentait la rébellion, qui affirme avoir pu maintenir ses positions initiales.

La brigade d’intervention de l’ONU à l’écart

La brigade d’intervention de l’ONU – la fameuse force de quelque trois mille soldats Tanzaniens, Sud-Africains et Malawites déployée à Goma depuis le milieu de l’année et ayant pour mandat de « neutraliser les groupes armés de l’est de la RDC », dont le M23, n’a pas pris part active aux combats de vendredi. Contrairement au mois d’août dernier où les soldats Tanzaniens de la brigade onusienne avaient épaulé l’armée gouvernementale et contribué à repousser les rebelles d’une dizaine de kilomètres de leurs positions initiales – en y laissant deux morts dont un officier et plusieurs blessés –  la MONUSCO s’est contentée d’un soutien logistique au FARDC ainsi que d’une surveillance aérienne de la zone des combats.

Des obus ont atterri au Rwanda…Kigali hausse le ton

Comme en juillet et août derniers, le Rwanda a accusé l’armée congolaise d’avoir « délibérément » tirés au moins trois obus et plusieurs balles ordinaires sur son sol, sans faire de dégâts, en dehors d’une femme congolaise de 58 ans fuyant les combats côté rwandais qui aurait été blessée par une balle. Sur son compte Twitter (@RwandaMoD), le ministère rwandais de la défense s’est alarmé : « #FARDC targeted innocent civilians in Rwanda, and fleeing Congolese Refugees.58 year old Catheline Gahombo from DRC was injured...(3) ». Ce qui peut se traduire par : « les FARDC ont visé des civils au Rwanda, ainsi que des Congolais fuyant les combats. Catherine Gahombo âgée de 58 ans et originaire de RDC a été blessée ».

Mais le Rwanda n’allait pas en rester là.  Lors d’un briefing au Conseil de sécurité à New-York sur la résurgence des combats près de Goma vendredi, l’ambassadeur du Rwanda Eugène-Richard Gasana a littéralement menacé : « Si un le moindre tir atteint de nouveau notre territoire [le Rwanda, ndlr], nous allons agir immédiatement et ça va faire très mal. Nous le ferons avec précision ; nous savons d’où les tirs proviennent ». Au moment où nous rédigeons ce papier, il n’y a pas encore de réaction côté Congolais.

Ultimes enchères pour forcer un accord à Kampala ?

La question que tout le monde se pose est celle du véritable enjeu de cette résurgence des combats : les FARDC ont-elles (enfin) reçu l’ordre de lancer une offensive de grande envergue contre le M23 pour libérer tout le territoire qu’il occupe ? S’agit-il au contraire d’une provocation orchestrée par les rebelles et visant à accroître la pression sur le gouvernement congolais afin de faire des concessions sur les questions à l’origine de l’échec des pourparlers de Kampala, suspendu le weekend dernier après d’intenses et longues tractations ? C’est la seconde hypothèse qui l’emporte !

En effet, un accord était annoncé à la fin de la semaine dernière entre le M23 et le gouvernement congolais, après la relance des pourparlers à coup de pressions diplomatiques (les quatre Envoyés spéciaux pour la région et la RDC – ONU, Etats-Unis, Union Africaine et Union Européenne) étaient tous à l’œuvre à Kampala. Mais à la dernière minute, les deux parties n’avaient pas réussi à s’entendre, achoppant notamment sur les questions d’amnistie et de réintégration, le gouvernement Congolais refusant d’accorder l’amnistie et de réintégrer les « rebelles récidivistes », les personnes sous le coup de sanctions de l’ONU ainsi que les auteurs présumés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Les pourparlers avaient donc été suspendus sine die et l’essentiel de la délégation gouvernementale tout comme les Envoyés spéciaux avaient quitté Kampala.  

Or, il est devenu habituel qu’à chaque fois que les pourparlers sont au point mort les rebelles cherchent un moyen de mettre de la pression sur le gouvernement afin qu’il retourne sur la table et fasse des concessions. Cela s’est passé successivement en janvier, avril, juillet et août de cette année. Plus loin, l’on se souvient que le gouvernement Congolais avait accepté de s’asseoir autour d’une même table avec les rebelles pour négocier à la suite de la pression créée par la chute aux mains du M23 des villes stratégiques de Goma et Sake (novembre 2012).

Par ailleurs, il n’est pas excessif de dire que la proximité du Rwanda facilite bien des choses aux rebelles. En août dernier, les FARDC et la brigade d’intervention avaient dû arrêter leur offensive après que des obus soient tombés dans la ville rwandaise de Gisenyi et à Goma – deux zones intensément peuplées – provoquant une sérieuse escalade entre le Rwanda et la RDC, et un l’embarras de la « Communauté internationale ». Les allégations que des obus auraient été lancés « délibérément » et « par les FARDC » au Rwanda et les menaces qui se sont ensuivies ne sont donc pas fortuites… 

Des sources à la zone de Kibumba frontalière avec le Rwanda n'ont-elles pas indiqué vendredi que les rebelles du M23 ont placé leur artillerie lourde sur les collines de Kabuhanga et Kabuye, sur la frontière avec le Rwanda, et qu’ils s’en servaient pour pilonner les positions de l’armée gouvernementale situées plus à l’ouest. Pratiquement, toute riposte par les FARDC risquait de dépasser sa cible et d’atterrir au Rwanda, ce qui s’est probablement passé. En fin de compte la posture complique l’option militaire pour le gouvernement Congolais, qui n’aurait d’autre choix que de poursuivre les négociations – en position de faiblesse, hélas, la voie militaire étant de facto exclue pour lui au risque d’entrer en guerre ouverte avec le Rwanda (un risque que l’on voit mal Kabila assumer).

La population inquiète plus du manque d’une perspective de guerre que de la guerre elle-même

Un paradoxe est particulièrement frappant dans la situation actuelle au Nord-Kivu : alors que l’on pouvait s’attendre à ce que la population répugne la guerre à cause de ses effets néfastes, c’est tout le contraire qui se constate. A Goma, Nyiragongo, Rutshuru et ailleurs, la plupart des Congolais sont convaincus qu’avec des ordres clairs et des moyens conséquents – avec ou sans l’appui de la brigade de l’ONU – leur armée, FARDC, est capable de défaire militairement le M23 et mettre fin une fois pour toutes à la guerre. Ils ne le croient pas seulement ; c’est le désir. Non pas qu’ils se réjouissent tant que ça de la guerre, mais à cause des mauvaises expériences du passé, où des accords signés avec les rebellions n’ont jamais permis de rétablir durablement la paix et la stabilité, et qu’ils croient que cette fois encore Kampala est un « marché de dupes ». Alors le sentiment général est que ces escarmouches régulières devaient laisser place à une vraie guerre, pourvu qu’elle se fasse une fois pour toutes, définitivement.

Y a-t-il la moindre chance que le gouvernement Congolais soit de cet avis ? Rien n’est moins certain. Le président Joseph Kabila a eu beau déclarer mercredi devant le Congrès que groupes armés devaient déposer les armes et se rendre sous peine d’y être contraints par la force, les Congolais attendent qu’il traduise cela en actes…désespérément.

Par Jean-Mobert N.Senga

dimanche 20 octobre 2013

Parc des Virunga : WWF porte le cas de l'exploration pétrolière par SOCO International devant l'OCDE

Le Fonds Mondial pour la Nature - WWF - a déposé, le 7 octobre 2013, une plainte alléguant que la compagnie pétrolière britannique Soco International PLC ne respecte pas les normes de responsabilité sociale des entreprises internationales.


Cette plainte déposée à l’OCDE démontre que les activités d'exploration pétrolière de la société Soco, dans et aux abords du Parc national des Virunga, violent les directives de l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) concernant l’environnement et les droits de l’homme
« Les activités de Soco mettent en danger les populations locales vivant dans le parc des Virunga, ses animaux et leurs habitats. La seule façon pour la société Soco de se mettre en conformité avec les directives de l'OCDE est de mettre fin pour de bon à toute exploration au sein du parc », a déclaré Lasse Gustavsson, Directeur de la Conservation au WWF International. « Nous demandons donc à la société Soco de cesser immédiatement ses activités ».
Les griefs élevés par WWF
1/ Il semble que la société Soco ait eu recours aux forces de sécurité de l'État congolais pour intimider les opposants.
2/ Lors des consultations communautaires, la société Soco n’a pas divulgué des informations vitales relatives aux impacts environnementaux et sanitaires potentiels liés à l‘exploration. De plus, le contrat de l'entreprise contient une clause lui permettant d’être exemptée des futures lois visant à protéger les droits de l'homme et de l'environnement.
3/ L’évaluation d’impact réalisée par la société Soco elle-même révèle que l'exploration pétrolière au sein du parc pourrait entraîner une pollution, endommager les habitats et favoriser le braconnage au sein de cet écosystème fragile. Ces explorations pourraient également nuire à la santé des populations vivant au sein du parc et endommager les ressources naturelles dont dépendent 50.000 personnes.
4/ Le parc national des Virunga, l’un des plus anciens sites du patrimoine mondial d’Afrique, est la zone la plus riche en biodiversité protégée de ce continent. Le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO soutient que l'exploration pétrolière est incompatible avec la Convention du patrimoine mondial, et a demandé l’annulation de tous les permis pétroliers dans les Virunga.
« En classant le parc des Virunga au patrimoine mondial, le gouvernement de la RDC a pris l’engagement juridique, auprès de la communauté internationale, de préserver le parc pour les générations futures », estime le WWF dans sa plainte déposée auprès de l’OCDE. « Enpénétrant dans le parc pour l'exploration pétrolière, la société Soco a violé les lignes directrices de l'OCDE prônant le respect des lois nationales et des traités internationaux ».
5/ La République Démocratique du Congo, où se situe le parc des Virunga, est une zone active de conflit. L’OCDE et les Nations Unies recommandent que les entreprises opérant sur ces zones à faible gouvernance, veillent particulièrement à ce que leurs activités ne portent pas atteinte aux droits de l’Homme. La société Soco n’a apporté aucune preuve de la mise en œuvre d’un audit préalable à ce sujet.
Selon WWF, les directives de l’OCDE s’appliquent aussi bien aux entreprises multinationales opérant dans ou à partir d’un pays adhérent à l’OCDE. Le Royaume-Uni est un membre fondateur de l’OCDE, créée par les gouvernements en 1961 dans le but de faire avancer le bien-être économique et social dans le monde.
Dans son rapport « Valeur économique du parc des Virunga » le WWF démontre que la valeur du parc des Virunga serait de 1.1 milliards USD par an, s’il était développé de façon durable et pourrait être à l’origine de 45 000 emplois permanents pour les populations qui y vivent.