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mercredi 9 mai 2012

Mugunga, ou le calvaire des déplacés de Masisi

Carte postale

Mugunga est une petite bourgade située au pied du célèbre volcan Nyiragongo, à vingt minutes de voiture à l’ouest de la ville de Goma, sur la route qui mène vers les territoires de Masisi et Walikale au Nord-Kivu, ou encore le territoire de Kalehe au Sud-Kivu. Il y a quelques années seulement, Mugunga, qui est un pan du parc des Virunga, était pratiquement inhabitée. C’est à peine que l’on pouvait y compter un millier d’autochtones, dont l’activité principale était l’agriculture, le petit élevage, et la chasse. 

En 1994, à la suite de l’afflux massif des réfugiés rwandais, un bon million d’entre eux s’y étaient installés. En seulement quelques mois, l’endroit avait pris les allures d’une véritable ville, à ceci près qu’il n’y avait pas une seule maison en matériaux durables. Mais les avenues étaient tracées et avaient des noms, l’eau courante était disponible à plusieurs points, avec de gigantesques citernes, des marchés étaient organisés …  Cela dura deux ans, car en 1996, la guerre de l’AFDL de feu Laurent Désiré Kabila et ses alliés rwandais conduisit au démantèlement du camp. La plupart des réfugiés rwandais retournèrent bon gré mal gré au Rwanda, tandis que des milliers choisirent de poursuivre la fuite vers le profond Congo, à travers l’immense forêt équatoriale.
Aujourd’hui, Mugunga s’est complètement métamorphosée. Elle est en passe se fondre dans la ville de Goma dont la poussée démographique occasionnée surtout par des années de guerres et de conflits à l’intérieur du pays est impressionnante. C’est le lieu de prédilection de tous ceux qui peuvent encore acquérir une parcelle de terre pour construire, étant donné qu’à Goma, ville atypique mais touchée elle aussi par la spéculation – le capitalisme assaille le monde de toutes parts – les parcelles sont devenues trop chères.
Visite aux nouveaux  déplacés en provenance de Masisi
Trêve des préliminaires…  Je me suis rendu à Mugunga dimanche dernier (le 6 mai 2012), non pas pour y acheter une parcelle, moins encore pour y admirer de plus près l’intimidant volcan Nyiragongo, mais pour me rendre compte de l’arrivée de la nouvelle vague des déplacés de Masisi suite aux affrontements entre les Forces armées de RDC (les FARDC) et les militaires insurgés fidèles au Général Bosco Ntaganda. (Il faut savoir que Mugunga abrite depuis trois ans quelques milliers de déplacés essentiellement originaires des territoires de Masisi et de Rutshuru, qui avaient fui leurs villages à l’époque de la rébellion du Congrès national pour le Défense du Peuple de Laurent Nkunda, et qui n’ont jamais pu ou voulu retourner). 

Des milliers de déplacés qui ont fui les récents affrontements dans le Masisi sont répartis dans plusieurs sites (Mugunga I, II et III), sans compter ceux qui ont eu la grâce de trouver refuge chez les habitants ou dans des églises et des écoles de la place. Je n’ai pu me rendre qu’à deux endroits : le camp de Mugunga III, à 1500 mètres de la route, vers le volcan, et le groupe de l’église CEPAC aux environs de Mubambiro. En tout, ce sont quelque 3 000 personnes qui sont regroupés dans les deux sites. 

Un spectacle désolant  

A Mugunga III, le responsable du camp m’a expliqué qu’ils avaient enregistré 1.912 personnes. Les plus anciens étaient là depuis une semaine, mais d’autres continuaient d’arriver dimanche. Ils viennent des localités de Sake, Mushaki, Rubaya, Kitshanga, Mweso, et autres. 

Ils passent la nuit à la belle étoile, et les plus chanceux ont pu trouver une place dans des pavillons en bâche ou devant les salles de classe d’où ils ont été chassés par les responsables des écoles. Un homme m’a expliqué, les larmes dans les yeux, qu’on l’avait battu la veille parce qu’il avait pris la place d’un autre, plus costaud, sous une maisonnette en planches pour lapins. La maisonnette qui fait à peine 80 centimètres de large sur 6 mètres de longueur, et dont les piliers en madriers s’élèvent à quelque 70 centimètres de hauteur, sert de toit de fortune à une dizaine d’hommes (les plus costauds,  naturellement). 

Dans une paillotte en chaume, j’ai compté une dizaine de familles, avec leurs maigres effets. Pour nombreux d’entre eux, le matelas est déjà un luxe, dans leurs maisons de Masisi. Mais là, ils n’ont même pas de natte, ou une bâche à étaler sur le sol caillouteux de Mugunga. Ils n’ont d’autre choix que de dormir à même le sol, sans couverture pour la plupart, y compris des petits enfants, voire des nourrissons.
Salongo et sa femme Tuyizere sont venus du village de Kibati, avec leurs six enfants âgés entre 10 ans et 9 mois. Ils n’ont pu prendre que leur vieux Kinga (vélo), un sac de vieux linges, et un bidon vide d’une capacité de dix litres. Les six enfants dorment chacun dans sa position, affaiblis autant par les jours et les nuits de marche depuis Masisi que par la faim. Ils n’ont rien mangé depuis deux jours. L’un d’entre eux, une fillette de 7 ans, a les yeux tout exorbités. Son père m’explique dans un demi-souffle que lorsqu’ils ont dû fuir suite aux affrontements, elle était déjà souffrante de malaria, et qu’il a dû l’attacher sur le vélo, au-dessus du sac de linges, pour l’emmener. La mère portait le nourrisson sur le ventre, un enfant sur le dos et un autre sur les épaules. Ils sont arrivés à Mugunga depuis mercredi, et étant restés deux jours durant aux abords de la route, ils ne sont montés à Mugunga III que le dimanche même car on leur disait que là on distribuait de la nourriture. Hélas, ils n’ont rien reçu jusque là.
A mon arrivée, j’ai en effet trouvé une centaine de femmes sur des filles devant un hangar. En me faufilant, j’ai pu entrevoir des agents du camp qui distribuaient quelques vivres (un gobelet d’huile de palme, une mesure de haricots, un peu de sel et de savon). De quoi nourrir un homme pendant – quoi ? – deux jours. C’est une aide d’urgence envoyée par le gouvernement provincial. Dans la foule, des femmes se lamentent. Certaines pleurent. Je m’approche d’elles pour savoir pourquoi. Elles me dévisagent et semblent reprouver le fait que je m’immisce dans leur cercle, comme si elles se doutaient que je sois de ceux qu’elles accusent de profiter de leur infortune. L’une d’elles finit par lâcher : « Nous n’avons pas mangé depuis plusieurs jours. Mais alors que nous pensions que ceci allait nous soulager, voilà que tout est entrain d’être distribué aux gens venus de Goma et aux anciens du camp, qui ne manquent de rien comparés à nous ». 

Une autre enchaîne : « Moi, ils ont refusé de m’enregistrer, au motif que je n’ai pas de carte d’électeur. J’en avais une, mais comment veulent-ils que lorsqu’on court pour sauver sa peau on se souvienne de chercher sa carte. C’est inhumain ce qu’ils sont entrain de nous faire. Je préfère rejoindre les autres qui sont allés au Rwanda. Au moins eux reçoivent à manger et ont un abri ».

Alors elles se mettent à parler en même temps. Comme si exprimer sa peine pouvait en atténuer l’intensité. C’est alors que Maria, 52 ans (mais qui paraît en avoir 80) me tire à côté. Elle me chuchote qu’elle est veuve, qu’elle a fui avec ses 6 enfants (dont le plus petit n’a qu’un an), qu’elle a pu leur préparer des légumes (des feuilles des haricots) qu’elle a cueillies dans les champs, mais que les enfants ne  parviennent pas à les avaler, parce qu’il n’y a pas de sel. Elle me supplie de lui en donner. Pauvre moi ! Où suis-je censé trouver du sel ? Je l’accompagne voir de mes propres yeux ces enfants dans une salle de classe non loin. Seigneur ! Ils sont là, déshydratés. Ils respirent à peine. Je cours chercher du sel. Je finis quand même par en trouver, avec un bonus de quelques beignets. 

Plusieurs autres histoires poignantes me sont racontées par ceux et celles qui les vivent. Je vous en épargne l’horreur.  Je veux voir l’endroit où les malades sont soignés. On m’indique une grande bâche, qu’on croirait suspendue sur les pierres volcaniques : c’est ça le dispensaire. Un seul infirmier s’occupe d’une trentaine de patients. Parmi eux, huit femmes qui ont accouché la veille. Le dispensaire ne dispose que de 7 lits en tout et pour tout. Alors elles sont là, à trois sur un même lit –et quel lit ! Marius (c’est le prénom de l’infirmier) m’explique qu’il a dû leur partager des morceaux de draps qui ornaient les matelas pour qu’elles en couvrent leurs bébés. Il m’explique aussi que depuis que ces nouveaux déplacés ont commencé à arriver, le dispensaire (qui relève de la zone de santé de Karisimbi – et qui est donc un dispensaire public) n’a reçu aucune dotation et aucune assistance en médicaments ou en quelque autre chose. Qu’aucune ONG n’était passée par là, et que ces femmes, en plus de n’avoir pas de vêtements ni de médicaments, n’ont pas à manger ou à boire. Qu’il va malgré tout être obligé de leur demander de libérer les lits pour laisser la place à de nouveaux patients.  
Je me sens si impuissant. La colère enfle sous ma poitrine. J’en veux à mort à ces politiciens véreux qui ne peuvent pas assurer la sécurité d’une population innocente et longtemps meurtrie par des guerres qui n’ont de cesse à recommencer. J’en veux à ces ONG qui sont là, à Goma, et qui noient des millions de dollars sur le dos de cette population, mais qui sont incapables de soulager rapidement sa misère dans de telles situations. J’en veux ces fonctionnaires onusiens et ces soi-disant autorités qui se baladent en ce moment au bord du lac Kivu, ou qui écrasent, avec leur 4x4, les pauvres piétons et les motards sur les routes délabrées de Goma.

Une agréable surprise, tout de même…

Dans mon tourment, j’assiste pourtant à une action qui va me soulager. Alors que je visite les déplacés entassés dans la cour de l’église CEPAC, le long de la route vers Sake, j’aperçois des queues de femmes et d’enfants, et devant eux des personnes entrain de distribuer des vêtements et des vivres. Une dizaine de jeunes  gens de Goma se sont organisés en privé, ont réuni quelques effets et un peu d’argent, et sont venus porter secours à ceux que les fameux humanitaires et le gouvernement semblent avoir oublié. Vianney, l’un de ces jeunes, cadre dans une ONG internationale basée à Goma, me surprend tout particulièrement : il a ôté ses propres sandales pour les offrir à une dame qui a les pieds gonflés et blessés, et qui a du mal à marcher. Comme quoi, il y a dans ce pays des gens qui ont encore un cœur… Mais y en a-t-il assez pour mettre fin à la folie de nos politiciens véreux et de leurs armées de violeurs et d’assassins ? Pas sûr…




lundi 7 mai 2012

Affaire Bosco NTAGANDA : Et si Kabila jouait un double jeu !


 L’état-major général des forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont publié hier dimanche 6 mai 2012, un communiqué annonçant la suspension depuis vendredi 4 mai, des opérations militaires qui étaient menées depuis près de dix jours dans le territoire de Masisi contre les insurgés proches du Général Bosco Ntaganda. Le communique laconique explique que les FARDC ont repris « le contrôle de la situation dans ce territoire », et que le haut commandement militaire a donné un ultimatum de cinq jours aux militaires dissidents pour se rendre, sans nullement faire allusion à ce qu’il se passera à l’expiration de ce délai si les concernés refusaient toujours de se rendre. 

Au milieu de la semaine dernière, plusieurs sources, dont la société civile du Nord-Kivu, confirmaient la reprise par les FARDC de tous les villages qui étaient tombés sous le contrôle des insurgés, à l’exception notable de la colline de Mushaki, où le Général dissident a admis se trouver, Mushaki où les combats faisaient encore rage jeudi.  

Mardi dernier pourtant, le Gouverneur du Nord-Kivu, Monsieur Julien Paluku Kahongya qui avait pour la première fois mis officiellement en cause le Général Bosco Ntaganda « dans ce qui se passe à Masisi », avait semblé indiqué que ce dernier était devenu la cible des FARDC en vue de son arrestation et de sa présentation devant la justice. 

Et voici que les FARDC suspendent brusquement leurs opérations sans dire à l’opinion, ni si le fief de Mushaki est aussi rentré sous leur contrôle, ni si le Général Ntaganda a été arrêté ou s’il s’est rendu. C’est donc une fois encore la confusion qui s’installe dans le chef de la population qui a cru, peut-être trop naïvement, que le gouvernement congolais, ou plutôt que Monsieur Kabila avait (enfin) résolu d’en finir avec Ntaganda et de le traduire devant la justice. Des rumeurs font état du déplacement de Bosco Ntaganda vers le territoire voisin de Rutshuru, limitrophe avec le Rwanda. A ce propos d’ailleurs, des combats ont été signalés dimanche dans le parc des Virunga, entre des insurgés en provenance de Masisi et les FARDC, les premiers ayant, voulu, semble-t-il, reprendre la colline de Runyoni (territoire de Rutshuru), lieu stratégique d’où partaient toutes les grandes campagnes de leur « ancien » mouvement, le CNDP, il y a de cela quelque trois ans. 

A quoi joue donc Kabila ? 

Il est à se demander si Kabila veut vraiment arrêter et faire juger son B. Ntaganda, contre qui il existe depuis plusieurs années un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale. L’on se reppelera que durant son premier mandat, Kabila a toujours soutenu qu’exécuter le mandat de la CPI n’était pas sa priorité, qu’il tenait à préserver la paix, et que Ntaganda en était un élément clé. A l’époque, Kabila jouissait d’une importante légitimité sur les plans interne et international, à la suite des élections – moins contestables – de 2006. Mais depuis novembre 2011 et sa réélection très contestée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, la donne a changée, et Kabila est conscient qu’il n’a plus toutes les cartes en main ; il est plus vulnérable aux pressions internationales. C’est sans doute ce qui explique ce que j’appellerais un changement de stratégie de sa part dans la gestion de ce dossier ö combien sensible. 

De mon analyse, l’intention du Président Kabila de protéger Bosco Ntaganda n’a pas évolué d’un iota, comme on a voulu le croire, à la suite de ses récentes déclarations et de l’insurrection des officiers des FARDC issus de l’ancienne rébellion du CNDP. Sa nouvelle stratégie protectionniste s’analyse en deux hypothèses : 

1.      Soit simuler une ferme résolution de se plier aux pressions pour arrêter Bosco Ntaganda, puis démontrer que ce fait est susceptible de (re)mettre la poudre sur le feu dans cette région, et en définitive amener ceux qui font pression sur lui à déduire d’eux-même que l’on ne peut mettre la main sur Bosco Ntaganda sans gravement compromettre les maigres progrès réalisés au Kivu en termes de paix et de stabilisation ; 

2.      Soit alors créer une situation telle que Ntaganda soit errêté, mais jugé par la justice militaire congolaise, au lieu qu’il ait à être transféré à la Haye. C’est cette dernière hypothèse qu’il a clairement évoqué lors de son entretien avec la société civile de Goma il y a trois semaines, lorsqu’il expliquait qu’il n’était pas fonctionnaire de « cette communauté internationale », et que si Ntaganda devait être jugé, la justice congolaise ne manque pas de reproche à lui faire. 

Pour vous en convaincre, je vais vous citer quelques faits qui rendent plus vraisemblables ces deux hypothèses, plutôt que tout autre cas de figure. Tenez : 

-         A l’occasion de la première vague d’insurrections dans le Nord et le Sud Kivu il y a de cela trois semaines, le Président Kabila, qui s’était dépêché dans la région, n’a pas pu ne pas comprendre que Bosco Ntaganda était derrière tout cela. L’on se rappellera que c’est à cette occasion-là que Kabila avait annoncé qu’il mettait fin aux opérations Amani Leo, dont le commandant n’était autre que Bosco Ntaganda, mettant ainsi ce dernier sur le banc de touche. Même si à l’époque Ntaganda n’avait pas été directement mis en cause comme la personne qui téléguidait – ou en tout cas qui était à la base de cette insurrection, ceux qui suivent la situation au Kivu savaient qu’il ne pouvait pas en être autrement, et que les revendications de solde et de conditions de vie des militaires – qui sont réellement mauvaises – n’étaient qu’un faux prétexte. Récemment encore, Bosco Ntaganda affirmait qu’il se trouvait à Mushaki au vu et au su du Gouvernement congolais et de la hiérarchie militaire. 

-         Kabila a toujours refusé d’arrêter Bosco Ntaganda (peut-être parce qu’il n’en a pas la capacité, peut-être aussi parce qu’il a des raisons politiques ou autres de ne pas le faire). Et lorsqu’il décide de le faire, il sonne clairon et tempête comme pour l’avertir. Et puis, brusquement, on met fin aux opérations et on en appelle à sa bonne foi (et celle de ses hommes) afin qu’ils « réintègrent leurs postes au sein des FARDC » (voir communiqué du dimanche 6 mai). 

-         Alors que les combats et les exactions de ces derniers jours dans le Masisi ont causé le déplacement d’une vingtaine de milliers de personnes, et que des atteintes graves ont été commises par les insurgés, selon la société civile du Nord-Kivu, le haut commandement militaire des FARDC demande aux mutins de réintégrer leurs postes au sein de l’armée, et parle de vouloir régler « quelque cas minimes d’indiscipline » dans ses rangs. 

Tous ces éléments, et beaucoup d’autres encore, montrent que le Président Kabila essaie tout simplement de soustraire Bosco Ntaganda à la justice, ce qui est une opprobre pour lui, pour son gouvernement, et pour tous ceux qui croient encore en l’humanité et en la justice. 

Et moi qui pensais, naïvement, que Monsieur Kabila avait enfin compris que l’impunité est ingrate ; qu’elle joue toujours des tours à ceux qui la préfèrent à la rigueur et à la justice. J’ignore si c’est du culot ou des moyens qu’il lui manque, mais je suis sûr d’une chose : tôt ou tard, le Président Kabila paiera lourd le tribut de ses actes et de ses décisions irresponsables. 

Quant à la soi-disant communauté internationale, je me demande si elle prend la mesure du martyr des populations innocentes du Kivu. Sinon, pourquoi n’agit-elle pas ? Et si elle agit, pourquoi est-ce si long ? Ceux qui meurent de faim, de fatigue, de maladies, de balles, .ne peuvent pas attendre des semaines, des mois, des années. Je suis convaincu qu’il y a à travers le monde des femmes et des hommes épris de justice et de paix : je vous exhorte à interpeller vos gouvernements afin que l’on mette fin à ce qui se passe dans le Kivu (dans le Nord-Kivu spécialement). Vous pouvez faire quelque chose, alors s’il vous plaît n’attendez pas !


mercredi 2 mai 2012

Réfugiés Hutu Rwandais au Congo: Ce que l'on ne dit pas

Les réfugiés Hutu Rwandais en République Démocratique du Congo sont souvent assimilés (globalement) aux miliciens Interahamwe ou aux FDLR, qui ont semé et sèment encore la désolation dans plusieurs parties de l'est de ce pays. C'est un tort. Ils sont au Congo depuis plus 18 ans aujourd'hui. Ils sont dispersés dans toutes les provinces de ce vaste pays, et la plupart sont ceux qui se sont parfaitement intégrés dans la société congolaise, et vivent quasiment comme des Congolais, en bonne harmonie avec ceux qui leur ont donné de l'hospitalité. Leur nombre est inconnu (ils vivent dans des villes et des villages, pas dans des camps de réfugiés comme ailleurs sur le continent africain), mais ils sont certainement plusieurs dizaines de milliers. Certains d'entre eux ne connaissent d'autre patrie que le Congo, parce qu'ils y sont nés ou y ont grandi.

Vous en doutez ? Je dois avouer qu'il y a de cela quelques jours, moi même je ne pouvais pas être aussi certain de ce que je suis entrain de dire maintenant. Mais je suis tombé sur l'article que je vous propose ci-dessous en intégralité, au hasard de mes lectures sur Internet, et j'ai été surpris ! Je le reproduis pour rendre témoignage, à ma manière, de cet exemple rare d'intégration, dans une région où les préjugés et la désinformation gouvernent souvent les cœurs et les esprits. 

Kasaï -Oriental – Des Hutus rwandais devenus presque congolais

Au Kasaï-Oriental, Congolais et Hutus rwandais installés là depuis 16 ans vivent en bonne entente. Des terres ont été données aux réfugiés qui vendent leurs productions aux autochtones, les mariages entre eux sont nombreux, les autorités satisfaites… Il ne manque aux Rwandais que la nationalité congolaise pour être totalement intégrés.
Quand on arrive à Ciabobo ou à Kacia à quelque 200 km de Mbuji-Mayi au centre de la RD Congo, il est difficile de savoir qui est congolais et qui ne l’est pas. Tout le monde parle le swahili, le tshiluba et le kanyok un dialecte local. Il faut poser la question pour savoir qui est effectivement congolais et qui fait partie des 12 200 Hutus rwandais réfugiés ici après avoir fui la guerre de libération de Laurent Désiré Kabila en 1996–1997. « Depuis leur arrivée, ils ont appris notre dialecte et nous nous comprenons le leur », explique un autochtone. Ils sont actuellement repartis en trois colonies de champs basés à Ciabobo, Kacia et Lusuku. Aujourd’hui ils font plus que cohabiter avec les gens du cru, ils sont bien intégrés.
« A notre arrivée personne ne voulait s’approcher de nous car nous parlions le kinyarwanda que les Congolais ne parlaient et ne comprenaient pas mais aussi nous étions dans période de troubles. C’est le swahili qui nous a permis de nous parler, explique un de ces « réfugiés » qui s’est marié à une Congolaise. Grâce à cette langue les Congolais nous ont donné des terres. Aujourd’hui nous avons des champs qui nous permettent de vivre. »
« Pour avoir les terres les autorités d’alors avaient mené une sensibilisation auprès des autochtones pour qu’ils nous cèdent les lopins inexploités », précise Grégoire Mutuza croisé à Lusuku.
Depuis lors, ils cultivent activement bananes, riz, patates douces et toutes les cultures maraichères. Des semences leur ont été distribuées par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) qui surveille régulièrement leur vie. « Nos produits nous les vendons aux commerçant congolais qui vont les rendre à Mbuji-mayi et depuis ils nous fréquentent et nous allons vers eux », renchérit Mutuza.
Mariages entre communautés
A Kacia, Junior Muderwa explique que la cohabitation est bonne : « Ils sont extraordinaires dans leur relation avec d’autres communautés ! ». Les Rwandais sont satisfaits non seulement de l’accueil qui leur a été réservé mais aussi des terres qu’ils ont eues.
Des mariages ont été célébrés selon la coutume de la place, le plus souvent entre une Congolaise et un Rwandais, moins entre une Rwandaise et un Congolais.
« Au départ les parents congolais ne voulaient pas laisser leurs filles nous épouser mais ils ont compris que l’amour n’a pas des frontières », raconte Daniel Kabore trouvé à Lukusu. Maintenant les mariages entre les deux communautés sont légion et ne posent aucun problème.
« Si nous nous marions aux Congolais, c’est parce que nous sommes sûrs d’une chose, la RDC est devenue notre patrie », estime Cyprien Biriganine qui ajoute : « Je suis ici depuis 15 ans et pendant toutes ces années, j’ai travaillé les champs, mes produits sont aussi consommés par les Congolais. » Pour lui la RDC devra être reconnaissante des services qu’ils rendent.
Pour Guillaume Inganore qui a 50 ans, « le Rwanda c’est mon pays, je peux y rentrer à tout moment, mais me demander de rentrer, c’est me demander de revenir 15 ans en arrière. » La plupart ne souhaitent pas y retourner. « Je suis né ici, mes parents me parlent du Rwanda, mais pour moi le Rwanda est un pays étranger », clame Jacques Birigngua, 14 ans.
Considérant vraiment la RD Congo comme leur pays, certains ont demandé à avoir la nationalité congolaise.
Côté congolais, les avis sont clairs : « Leur donner la nationalité ou pas, peu importe, ce sont déjà des Congolais car nous nous marions et nous parlons les mêmes langues et dialectes », estime un cultivateur de Lusuku qui apprécie bien le Kasiski, la bière de bananes fabriquée par les Hutus. « Ces terres étaient Inexploitées depuis des décennies, aujourd’hui nos frères hutus les ont mises en valeur. C’est une bonne chose qu’ils restent là », renchérit un autre.
Pour l’administrateur du Territoire de Luilu, la cohabitation entre les deux peuples est réelle : « Depuis notre avènement à la tête du territoire, aucune plainte n’a été portée à notre connaissance. Mais l’administration locale n’a pas qualité de donner la nationalité à qui que ce soit. Pour Hippolyte Mutombo, ministre provincial de l’Intérieur, « le Congo est une terre d’asile pour tout le monde sauf pour celui qui veut déstabiliser un pays voisin ». Mêmes propos tenus par Bruno Kazazdi, vice-gouverneur et natif de Luilu : « Ils vivent bien, la question de la nationalité est résolue par les lois du pays. »
Richard Kayembe Kasongo (http://syfia-grands-lacs.info/)

Source: www.direct.cd

Insurrection au Nord-Kivu: Bosco NTAGANDA se moque du monde !

La trève de l'insurrection au Nord-Kivu n'aura finalement été que de courte durée.
Alors qu'à Kinshasa l'on annonçait le nouveau gouvernement à la fin de la semaine dernière, la population de Masisi, elle, était mise en débandade par des affrontements entre des insurgés que les médias ont donné pour fidèles au général Bosco Ntaganda, et les forces armées de la République Démocratique du Congo, les FARDC.

Lundi matin, plusieurs cités et agglomérations du territoire de Masisi (à la limite nord-ouest de la ville de Goma, à plus ou moins 25 kilomètres) étaient sous le contrôle de ces mutins: Kitchanga (ancien quartier général du CNDP de Laurent Nkunda), Kingi, Rubaya, Bwiza, Muheto, Kibabi, Kirorirwe, Mweso, Murambi, Bihambwe, Bunyoli, et surtout Mushaki (lieu où B. NTAGANDA dit se trouver actuellement). Selon certaines sources dignes de foi à Masisi, les insurgés, qui avaient lancé leur offensive dans la nuit de samedi à dimanche, avaient installé leur état-major sur les collines de Kingi et Kibati.

Dès dimanches, des dizaines de milliers de gens affluaient vers Sake (à la limite sud du territoire de Masisi) et Goma, bagages sur la tête (certains visiblement très fatigués et désemparés). Quelques centaines d'entre eux ont même passé la frontière au niveau de la grande barrière de Goma pour se réfugier au Rwanda voisin. Plusieurs témoignages faisaient état de la poursuite des combats ce dimanche-là dans les collines verdoyantes du territoire le plus meurtri du Nord-Kivu. L'on a parlé aussi d’enrôlement forcé d'hommes et d'enfants, ainsi que des mesures prises par les mutins pour empêcher systématiquement la population de fuir. Mais c'est des informations difficiles à vérifier. Certes les personnes qui ont traversé la frontière pour se réfugier au Rwanda étaient remarquablement des femmes et des enfants pour la plupart, mais cela ne veut pas dire forcément que leurs maris et frères sont restés entrain de combattre aux cotés des insurgés...

A Goma, l'on a assisté à une mobilisation générale de l'armée et de la Monusco (la force onusienne dite de stabilisation): visiblement, les FARDC avaient été prises de cours et se déployaient en cascade dans la zone de combat. Les combats auraient fait plusieurs morts et blessés au sein des FARDC, mais aucun bilan officiel n'a été donné.

L'attitude des autorités congolaises a été très maladroite: le porte-parole des FARDC à l'Est a minimisé la situation, assurant que l'armée maitrisait la situation. Le Gouverneur Julien Paluku a abondé dans le même sens dans la soirée sur les antennes de Radio Okapi. Selon lui, il s'agissait de petits troubles occasionnés par des militaires indisciplinés, et aucune cité parmi les neuf données pour prises n'était contrôlé par les insurgés. Ah, il a d'ailleurs refusé d'employer le terme insurgé... Sur le plan humanitaire, le loquace Gouverneur avait parlé de "quatre ou dix familles" qui auraient paniqué suite au crépitement des balles, et auraient décidé de quitter les villages. Pourtant dans la matinée, un conseil extraordinaire de ministres s'était tenu, sous les hospices du vice-gouverneur Feler Lutahichirwa, et avait bien parlé d'une insurrection, invitant les mutins à se rendre. Il avait aussi mis en place un "comité de crise" pour s'occuper de la situation humanitaire. 

Mardi, l'on a annoncé la reprise de quelques cités par les forces loyalistes, après d'intenses combats à l'arme lourde. Mais Mushaki serait toujours aux mains des insurgés. il faut dire que c'est un endroit stratégique, pour ceux qui ne connaissent pas Masisi...

En meme temps, le Général Bosco Ntaganda, qui d'habitude n'aime pas parler aux médias, a donné une interview téléphonique à un journaliste de l'AFP (Agence France Presse), assurant ne pas être ni de près ni de loin associé à cette insurrection, et ne pas la soutenir. "Je me trouve à Mushaki, la hiérarchie militaire sait où je me trouve, je suis toujours membre des FARDC, et je ne suis pas impliqué dans ce qui est entrain de se passer à Masisi", a-t-il proclamé, en swahili. "Je ne peux pas combattre ces insurgés, parce que je n'ai aucune fonction de commandement pour le moment".

Mais il faut être naïf pour penser que B. NTAGANDA n'est pour rien dans tout ça. Non seulement il a "repris le maquis" après que l'on ait mis de la pression sur lui pour l’arrêter, mais aussi les insurgés sont ses anciens militaires qu'il commandait au sein du CNDP, et l'insurrection s'est faite là où il se trouve. Mushaki, sa colline de retraite, a même été prise, elle aussi. serait-il prisonnier de guerre, là? Rien n'est moins sur !

Bien plus, le Gouverneur Julien Paluku vient d'annoncer lui-même ce mercredi, lors d'une conférence de presse, que Bosco NTAGANDA sera "responsable de ce qui se passe dans le Masisi". Il faut dire qu'à Goma, tout le monde sait que Ntaganda essaie juste d'égarer les dupes, mais qu'il est l'instigateur de cette nouvelle guerre qui ne dit pas son nom. Pour quelle revendication? Quel objectif? Malin est celui qui saurait le dire pour le moment (d'ailleurs les insurgés n'ont fait aucune déclaration officielle. Personne ne sait ce qu'ils veulent).

Je crois pour ma part que c'est une démonstration de force, en vue de dissuader le gouvernement congolais de mettre la main sur Ntaganda. Le message codé que je crois dénicher est: osez, et nous saccageons la province !

Pour sa part, le CNDP (l'atypique parti politique), a publié mardi un communiqué dans lequel il s'explique, sans que personne ne lui ait rien demandé. Il dit ne pas être lié à ces affrontements, et en appelle au dialogue. Oui, au dialogue. Avec qui ? Au sujet de quoi? Allez vous-mêmes savoir...